Julie Andrews (19XX / 19XX)

… la mélodie du bonheur

Julie Andrews

Son nom fait jaillir dans nos mémoires l'image d'une facétieuse et adorable nounou venue de l'au-delà, «Mary Poppins». Elle sera aussi la tendre Maria de «La mélodie du bonheur». Deux rôles mythiques, un peu trop pour elle qui essaiera de gommer cette image de femme idéale.

Récompensée par toutes les instances du cinéma, Julie Andrews aura été aimée par le public, et particulièrement celui des enfants et par tous ses partenaires qui, nombreux, avoueront être tombés amoureux d'elle…

Donatienne

Au bord de la Tamise…

Julie AndrewsJulie Andrews

Le 1er octobre 1935, à Walton-on-Thames, petite ville du Surrey (Angleterre), naît Julia Elizabeth Wells. Ses parents sont issus d'un milieu modeste. Edward, le père, donne des cours de menuiserie et de ferronnerie. Barbara, la mère, accompagne au piano les cours de danse que donne sa sœur. Julia, bien vite surnommée Julie, a un petit frère, John.

La fillette n'a pas soufflé sa 5ème bougie que ses parents se séparent. En un premier temps, les deux enfants sont confiés à la garde de leur père. Mais deux gosses à élever pour un homme seul, au début de la guerre, c'est difficile ! Julie rejoindra donc sa maman qui vient d'épouser Ted Andrews, un chanteur canadien. La nouvelle famille s'installe momentanément dans le Kent où Ted met en place une chorale. Il découvre les qualités vocales de Julie : une voix d'ange, fine, pure qui traverse allégrement 5 octaves. Elle n'a alors que 8 ans…

Une enfant de la balle…

Julie, qui suit les cours de danse donnés par sa tante, accompagne Barbara et Ted dans leurs tournées. Son beau-père prend en main la formation de sa fille adoptive qui figure sur les programmes sous le nom de Julie Andrews.

Les années passent… Inconnue du public, Julie se met un jour à chanter «La Polonaise», un air de l'opéra «Manon». Les spectateurs en restent bouches bées. Le succès ne tarde pas à venir, mais Ted exploite à son avantage les talents de la petite cantatrice. Celle-ci est aux anges : pas d'école, seulement des cours particuliers. Seul papa Edward, dont les rencontres lui apportent un certain équilibre, se montre un peu inquiet…

En novembre 1948, la petite Julie se produit devant la reine et les princesses Margaret et Elisabeth (future reine qui l'anoblira en 1999). Elle fera également entendre sa jolie voix dans le fameux West-End londonien, avec des comédies musicales comme «Aladdin» ou «Le petit chaperon rouge».

Elle a maintenant 17 ans sa voix se transforme. Des 5 octaves du début, elle n'en couvre plus que 3 !

«My Fair Lady»

Julie AndrewsJulie Andrews

En août 1954, après avoir longuement hésité, Julie Andrews s'envole vers Broadway et le Nouveau Monde. Elle n'aime pas cette ville où elle répète presque vingt heures chaque jour. Remplie de doutes, elle a envie de jeter l'éponge et de rentrer au bercail. Le producteur Cy Feuer la conseille : "Joue ton personnage comme s'il était vrai". Son premier spectacle américain, «The Boy Friend», donné précédemment à Londres, lui vaut un triomphe : une nouvelle star est née.

C'est alors qu'un coup de téléphone vient bouleverser sa vie. Deux compères, Lerner et Loewe ont transformé la pièce de George Bernard Shaw, «Pygmalion», en une comédie musicale, «My Fair Lady». L'héroïne tombe amoureuse de son professeur. Le choix des producteurs se fixe sur Julie qui donnera la réplique à Rex Harrison. Le retour à la maison n'est donc plus d'actualité ! La première a lieu le 14 mars 1956, et Barbara fait le voyage pour y assister. Pendant trois ans et 2 717 représentations, Julie incarnera sur scène la petite bouquetière de manière triomphale. Pourtant, quelques années plus tard, elle devra céder sa place sur l'écran à Audrey Hepburn. Elle en gardera très longtemps une rancœur au fond d'elle-même…

Heureusement, elle se fait applaudir dans d'autres œuvres musicales comme «Cinderella» ou encore «Camelot» (reine Guenièvre d'un Arthur incarné par Richard Burton dont elle avouera "… être tombée un peu amoureuse mais, prudente, ne pas s 'en être approchée".

Supercalifragilisticexpialidocius !…
Julie AndrewsMary Poppins et les pingouins

En 1956, Tom Dalton, un gentil flirt du temps des comédies musicales du West-End, s'installe à New-York pour se lancer dans la décoration. Leur liaison reprend et Tom deviendra son mari en 1959. Emma Kate naîtra de cette union en 1962. Reprenant ses activités, elle monte, avec sa grande amie Carol Burnett, un spectacle au Carnegie Hall de New York.

En 1962, l'actrice se voit présenter par les productions Disney le projet du film «Mary Poppins» pour lequel son époux est engagé comme décorateur et costumier. Ravie par les refrains composés par les frères Robert et Richard Sherman, elle accepte de tourner son premier film. Pendant le tournage, toute jeune maman, elle n'a aucun mal à s'entendre avec ses deux petits partenaires, Matthew Garber et Karen Dotrice. Mais elle aura gardé en mémoire les difficultés du tournage engendrées par les nombreux effets spéciaux.

Original par l'introduction de dessins animés mêlés aux prises de vues réelles (même si l'on a déjà vu ça), le film obtient un succès mondial extraordinaire et tout le monde connaît les chansons de l'adorable gouvernante aux joues roses, au chapeau excentrique et qui glisse sur les rampes d'escalier ! Ce n'est pas sans un sentiment de revanche que Julie Andrews recevra l'oscar de la meilleure actrice (1965) aux côtés de Rex Harrison, là où l'on attendait Audrey Hepburn !

«La mélodie du bonheur»

Alors qu'elle est encore sur le plateau de «Mary Poppins», Julie Andrews est contactée par la 20th century fox qui lui propose le rôle de Maria dans une adaptation américaine de l'histoire de la famille Trapp, «La mélodie du bonheur». Au préalable, elle aura goûté «Les jeux de l'amour et de la guerre (The Americanization of Emily)» sous la houlette d'Arthur Hiller (1964, son unique film en noir et blanc). Passer du rôle de Mary Poppins à celui d'Emily est d'autant moins aisé qu'elle doit tourner des scènes assez intimes avec son partenaire, James Garner. Coquine, elle avouera n'avoir pas trouvé la chose déplaisante !

Julie AndrewsMaria Trapp

Alors que ses deux premiers films ne sont pas encore sortis sur les écrans, Julie se fait religieuse, rivale d'une baronne (Eleanor ParkerEleanor Parker), épouse d'un officier de marine (Christopher Plummer) et enfin maman d'une ribambelle de 7 enfants farceurs, tout cela dans «The Sound of Music/La mélodie du bonheur» (1965), sur fond des magnifiques décors naturels de la ville de Salzbourg et de ses environs. Ce "film que personne n'aime, sauf le public" bat tous les records de recettes, dépassant le célèbre «Autant en emporte le vent». Sans sexe ni violence, bourrée de bons sentiments, romancée, chantée, l'histoire vraie de la famille Trapp devient un conte de fée. Julie est alors l'actrice la mieux payée au monde.

Revers de la médaille : à l'instar de Romy SchneiderRomy Schneider qui aura du mal à sortir des robes à crinoline de Sissi, Julie ne parviendra jamais tout à fait à quitter Mary et Maria !

La rançon de la gloire…

Les films s'enchaînent. «Hawaï» (1966) dénonce le puritanisme et l'intolérance religieuse ainsi que les méfaits de la colonisation, et lui donne comme partenaires Max von SydowMax von Sydow et Richard HarrisRichard Harris. Elle y incarne une femme soumise et honnête mais se sentira troublée : "Je ne me suis pas sentie en accord avec le personnage".

«Le rideau déchiré» d'Alfred Hitchcock (1966) lui permet de rencontrer Paul Newman au fil d'une histoire d'espionnage située derrière le rideau de fer. L'oeuvre n'obtiendra qu'un succès mitigé, le public préférant la retrouver ravissante et plus naturelle. Ses passages à la télévision font un tabac : 35 millions de téléspectateurs, un soir de novembre 1965, pour connaître le bonheur de la voir danser avec Gene Kelly !

Son nouvel opus, «Millie» (1967), une comédie musicale et dansante, oscillant entre le pastiche et la douce parodie, ne récolte pas moins de 3 oscars… mais aucun pour elle !

Sur le plan professionnel, tout semble parfait, mais dans sa vie privée, les difficultés s'accumulent et l'actrice doit entreprendre une psychanalyse pour mettre des mots sur son mal-être. Tom, malgré sa sincérité, vit mal la fulgurante gloire de son épouse. En 1967, le couple finit par divorcer, laissant Julie très fragile et en proie au doute…

La traversée du désert…

Julie Andrews«The Julie Andrews Hour»

En 1968, Julie Andrews fait la tendre rencontre de Blake Edwards, réalisateur déjà célèbre et qui le sera davantage avec la série de «La panthère rose». Fasciné par la jeune femme, le metteur en scène s'attache à la petite Emma, leur présente ses deux enfants, Jennifer et Geoffrey nés de son union avec l'actrice Patricia Walker, et emmène tout son monde à Gstaad qui deviendra par la suite leur port d'attache.

Si l'avenir sentimental de notre vedette semble s'éclaicir, celle-ci va pourtant vivre sa première grosse désillusion professionnelle. Tout se présente bien lorsque Robert Wise envisage de faire revivre à l'écran la légendaire Gertrude Lawrence, une vedette de music-hall de l'entre-deux guerres. Achevé, «Star» (1968) ressemble pourtant à un documentaire et, malgré tout l'engagement de Julie, manque terriblement de rythme. Bloquée sur le plateau de tournage due «Darling Lili» (Blake Edwards, 1968), celle-là ne peut assister aux premières londoniennes et new yorkaises, au grand désappointement des journalistes. «Darling Lili», qui la présente en espionne allemande sera également un échec, engageant l'actrice dans une longue traversée du désert.

Le 12 novembre 1969, Julie Andrews devient officiellement Mrs Blake Edwards et se consacre à sa petite tribu dans leur maison de Malibu. Elle accepte néanmoins de de paraître dans une série de 24 émissions télévisées où elle accueille, manière de conjurer le mauvais sort, l'authentique Maria von Trapp.

Confrontés à des tracasseries financières et administratives, Blake et Julie Edwards décident de s'installer à Londres où ils ont la possibilité de monter «The Tamarind Seed/Top Secret» (1970), avec Omar Sharif, une histoire d'amour et d'espionnage qui ne rencontrera pas le succès aux USA où les tabloïd ne pardonnent pas au "director" d'avoir enlevé la petite fée américaine.

Le couple se repose à Gstaad où il retrouve calme et sérénité. Julie en profite pour écrire des livres pour enfants («Mandy», 1971). En 1974, Amy et Johanna, deux petites rescapées de l'enfer vietnamien, viennent compléter la famille, un engagement pour la protection des enfants qui l'incitera à devenir ambassadrice de l'Unicef.

Victor et Victoria…

Julie AndrewsEmma et Julie Andrews

Le cinéma reprend ses droits et Blake Edwards met en scène son épouse dans «Ten/Elle» (1979), un rôle de femme équilibrée au milieu d'une faune qui ne l'est pas (1979). Dès lors, Julie Andrews ne tournera pratiquement plus qu'avec son époux qui arrivera à la débarrasser de son image trop idéalisée. Ainsi, dans «S.O.B.» (1981, littéralement "Son of a Bitch"), incarnant une actrice qui donne dans le “porno”, elle ose montrer sa poitrine.

Vient ensuite le fameux «Victor, Victoria» (1982), remake d'une comédie germano-française de 1933, «Viktor un Viktoria/Georges et Georgette». Elle y incarne une femme qui prétend être un homme qui prétend être une femme ! Il s'agit en fait d'une actrice qui se travestit en homme pour avoir plus de succès sur scène et qui va y prendre goût. La communauté homosexuelle fera du film une référence, le public découvrira une nouvelle Julie et les critiques, conquis, parleront du "film de sa vie" !. Lequel deviendra une comédie musicale que la chanteuse reprendra à Broadway.

Au côtés de son époux, Julie Andrews tournera encore «L'homme à femmes» (1983, remake de l'oeuvre presque homonyme de François Truffaut),et «That's Life !» (1986). Après «Duo pour une soliste» d'Andrei Konchalovsky (1987), elle se tournera vers la télévision.

Julie et Blake…

En 1998, Julie Andrews subit une opération des cordes vocales et le verdict est sans appel : plus question de chanter. Une thérapie l'aidera à surmonter cette douloureuse privation. Elle pourra compter sur l'amour de son, mari, de ses enfants, et de Samuel, Hope et Max, leurs petits-enfants. Elle se lance dans l'écriture de ses mémoires qui paraîtront en 2008, «Home : Memoir of my Early Years».

Le 15 décembre 2010, Blake Edwards disparaît, lui causant pour la première fois un immense chagrin. Elle continue cependant à être la bonne fée pour les siens et aime retrouver leurs souvenirs heureux dans la charmante station balnéaire de Gstaad.

Documents…

Sources : «Julie Andrews» par Françoise Arnould, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Il était une fois…

Citation :

"Je ne veux pas renier Mary Poppins ou Maria, mais je suis prête à tourner une scène de nu pour effacer cette image et faire comprendre que je ne suis pas une petite sainte qui fait des miracles"

Julie Andrews
Donatienne (juin 2012)
Ed.7.2.2 : 7-2-2016