Brigitte BARDOT (1934)

… sa vie d'actrice

Brigitte Bardot

Rédiger la notice biographique de Brigitte Bardot n'est guère enthousiasmant. Non pas que la vie de celle que tout le monde appela B. B. soit dépourvue d'intérêt, loin de là, mais l'on a déjà tant écrit sur le sujet - y compris son contraire - que l'enjeu n'en vaut pas la mise.

Pourtant, lorsqu'on se targue de constituer une petite encyclopédie du cinéma, aussi modeste soit-elle, il serait injuste que celle qui fut longtemps la première dame du cinéma français n'y figure en bonne place.

Alors, s'il faut répeter les mots, autant les sortir de sa propre plume, plus précisément de la première partie de ses mémoires qui se termine avec sa vie d'actrice. Le reste n'appartient pas à l'histoire de notre art…

Christian Grenier

Cette sacrée gamine…

Brigitte BardotBrigitte Bardot

La petite Brigitte fait son apparition au sein de la famille Bardot le 28 septembre 1934, dans le Paris de l'entre-deux guerres. Son père, Louis, dit “Pilou”, poète à ses heures perdues, dirige avec ses trois frères une entreprise de distribution de produits gazeux. Sa mère, Anne-Marie, née Mucel et dite “Toty”, reste à la maison.

Le 5 mai 1938, la famille s'agrandit avec la naissance de Marie-Jeanne, très vite appelée “Mijanou” - les surnoms sont de règle chez les Bardot - qui deviendra elle-même actrice avant d'épouser le comédien Patrick BauchauPatrick Bauchau. Mais laissons-la vivre sa propre histoire.

Rapidement confiée aux soins de différentes "nounous" qu'elle chérira toute sa vie, la fillette qui nous intéresse se partage très vite entre des études ennuyeuses, menées dans différents établissements privés, et l'apprentissage de la danse où elle trouve davantage l'épanouissement, malgré les difficultés d'un temps où le pavé de la capitale vibrait au pas des bottes cloutées.

A sept ans, à la suite d'une bêtise d'enfants, les deux soeurs sont punies par "Toty" qui les oblige définitivement à vouvoyer leurs parents, créant ainsi un fossé que même l'événement éloigné du décès de "Pilou" (1975) ne pourra combler.

Brigitte aborde son adolescence avec le complexe d'une laideur qui lui fait verser des larmes devant le miroir, souffrance aiguisée par la préférence marquée de son entourage pour Mijanou, source d'une méfiance et d'une jalousie naissantes. Et les disputes parentales incessantes ne font qu'aggraver son mal-être. Heureusement, il y a la danse

Future vedette…

Faisant partie des 10 candidates retenues parmi une sélection de 150, l'adolescente est admise au Conservatoire de Danse de Paris (1947) dont elle sort, tout comme sa copine Christiane Minazzolli, honorée d'un premier accessit. Premiers spectacles, nouvelle classe, et la voici appelée à faire des photos de mode pour quelques magazines("Le Jardin des Modes Junior", "Elle",…). L'une d'entre elles tombe sous les yeux du réalisateur Marc AllégretMarc Allégret. Brigitte et sa maman sont reçues par l'un de ses assistants, le jeune Roger VadimRoger Vadim. A l'issue des essais, chaperonnée par Vadim, Brigitte est sélectionnée pour un premier film, «Les lauriers sont coupés» (1952)… qui ne se fera pas ! Elle y gagne tout de même la découverte de l'amour.

Les dents longues…

Brigitte BardotUne jeune starlette sur la plage cannoise (1953)

Chevalier servant attentionné, Vadim lui fait bientôt rencontrer des gens célèbres (Colette, Jean Cocteau). Son premier imprésario, un ami de son père, lui obtient un rôle de jeune paysanne cupide dans une production de Jean Boyer, «Un trou normand» (1952), tournage dont elle ne garde qu'un mauvais souvenir. Après «Manina, la fille sans voiles» (il faut bien se nourrir et se rhabiller), l'actrice en herbe peut enfin épouser son mentor, le 12 décembre 1952, à Paris. Les témoins, Daniel Gélin et Danièle Delorme, reproduisent à l'envers la courte scène du film qu'ils venaient de terminer ensemble, «Les dents longues» (1952).

Son nouvel impresario, Olga Horstiz, lui décroche une apparition qui lui permet de croiser Kirk DouglasKirk Douglas dans un couloir («Un acte d'amour», 1953) et lui conseille de s'inscrire au cours d'art dramatique de René SimonRené Simon. Ce qu'elle fit… pour une seule et unique leçon ! Dans la foulée, elle tient pourtant ce qui sera son unique apparition sur une scène de théâtre, le rôle d'Isabelle dans «L'invitation" de Jean Anouilh (1953). En 1955, l'actrice fait ses débuts de chanteuse (en play-back tout de même) parmi les «Futures vedettes» entourant avantageusement Jean Marais.

La même année, elle figure dans une grosse production hollywoodienne tournée en Italie, «Hélène de Troie». (1955). Les Américains de la Warner lui proposent bientôt un contrat qu'elle refusera en apprenant l'exécution du couple Rosenberg. un peu plus tard, lors des «Grandes manoeuvres» (premier tournage qui trouve grâce à ses yeux), elle cotôie Michèle MorganMichèle Morgan et Gérard PhilipeGérard Philipe sous la direction agréable de René Clair.

«Cette sacrée gamine» (1955) n'en finit pas d'étonner son monde, se révélant délicieuse dans l'art de la comédie futile.

Et Vadim créa Bardot…

Roger Vadim travaille déjà à soigner l'image de son épouse qu'il confie, avec son propre scénario, à son maître Marc Allégret. «En effeuillant la marguerite» (1956), on finit par la découvrir dans sa tenue la plus naturelle, tendre fruit à peine mûri qui réclame sa part de plaisir à la chaleur de «La lumière d'en face» (1955).

Enfin, grâce à la participation de Curd JürgensCurd Jürgens, Vadim peut concrétiser son ambition de devenir metteur en scène. Il étale son monde au long des plages tropéziennes, véritable Eden méridional pour lequel, n 'en doutons plus, «Dieu créa la femme» (1956, quoiqu'en dise la Bible). Quelques semaines avant le tournage, Brigitte s'est laissé aller, dans une boîte cannoise, à une danse sensuelle devant les yeux ébahis de son mari, donnant naissance sans le vouloir à l'une des plus célèbres séquences du film.

Si l'oeuvre ne fut accueillie qu'avec tiédeur par la critique française, son succès au Etats-Unis et sa rencontre avec le public lui assurent une place pérenne dans l'histoire du 7ème art. Brigitte y acquiert une renommée internationale jusque là mal assise. Elle y rencontre surtout l'amour de Jean-Louis TrintignantJean-Louis Trintignant, immense bain de fraîcheur dans une vie qu'elle commence à trouver pesante. Le divorce de la jeune starlette et de son pygmalion de metteur en scène est d'autant plus rapidement prononcé que le couple n'avait plus en commun qu'une raison sociale.

Une ravissante idiote…

Brigitte BardotBrigitte Bardot

Brigitte Bardot retourne au genre qui lui sied le mieux dans les premières années de sa carrière, la comédie légère qui lui permet de jouer délicieusement les ravissantes idiotes : «La mariée est trop belle» (1956), «Une Parisienne» (1957), «Voulez-vous danser avec moi ?» (1959). Elle poursuivra dans cette voie jusqu'au titre éponyme réalisé en 1963 par Edouard Molinaro.

Plus éprouvant se révèle le tournage des «Bijoutiers du clair de lune» (Roger Vadim, 1961), surtout lorsqu'une vague de boue envahit le petit village de Torremolinos, au sud de l'Espagne. Les séquences durent être reprises aux studios niçois de La Victorine.

Heureusement, quelques metteurs en scène vont enfin penser à l'utiliser pour ce que sa beauté mutine et son esprit rebelle savent le mieux exprimer. Et tout d'abord Claude Autant-Lara qui, dans «En cas de malheur» et pour notre plus grand bonheur (1958), la distribue en délinquante n'ayant rien d'autre à offrir que son corps pour régler les émoluements de son avocat. Face à un Jean Gabin qu'elle emprunte à Edwige FeuillèreEdwige Feuillère, la petite Brigitte ne démérite pas, et l'on comprend que Maître Gobillot aille jusqu'à compromettre sa réputation et sa carrière pour l'entretenir. Hélas, parallèlement, l'actrice vit des moments difficiles, ballotée entre Trintignant et Bécaud (qui compose «Croquemitoufle» en son honneur), trouvant une délivrance illusoire autant qu'éphémère dans la consommation abusive de somnifères.

Heureusement, dans une veine cinématographique semblable à celle de «En cas de malheur», elle se montre tout aussi criante de «Vérité» (1960) entre les mains manipulatrices d'Henri-Georges Clouzot et les bras réconfortants de Sami Frey. Il faut dire qu'elle ne jouait plus !

Vie privée…
Brigitte Bardotun nouveau rôle ?

Entre temps, en mai 1958, elle fait l'acquisition, aux environs de Saint-Tropez, d'une maison de pêcheur, "La Madrague", sujet de la charmante chanson qui agrément cette page. Appelée à devenir aussi célèbre que sa propriétaire, cette bâtisse, lieu de repos et de plaisir où se donneront d'inoubliables fêtes nocturnes, devient vite le refuge de nombreux animaux. Elle est aujourd'hui la propriété de La Fondation Brigitte Bardot, bien que l'actrice en garde l'usufruit.

Mais pourquoi s'encombre-t-elle alors d'un compagnon (Sacha Distel à l'aube d'une gloire artificielle) davantage soucieux de sa propre publicité que de lui apporter cette joie de vivre qui lui manque tant ? Heureusement, sur le plateau de «Babette s'en va-t-en guerre» (1959), elle soulage «Le repos du guerrier» (1962) bien au delà du champ de bataille. Il faut dire que le premier d'entre eux arbore le charmant visage de Jacques Charrier.

Hélas, il voulait un enfant, elle n'en voulait pas. Il le lui volera ! Alors, le 18-6-1959, on se présente devant monsieur le maire de Louveciennes, cérémonie qui se déroule dans des conditions invraisemblables. A peine, formé, le couple se déforme, se déchire, se raccommode, se perd. Dans cette atmosphère, Brigitte s'apprête à traverser les heures les plus noires de sa vie. On imagine une femme riche, heureuse comblée : sa vie est un enfer dans lequel elle multiplie, avec plus ou moins de consciences, des actes suicidaires, tandis que son jeune mari s'ouvre les veines pour échapper à l'enrôlement qui, à cette époque, avait le désagrément de vous envoyer en Algérie.

Le 11 janvier 1960, le petit Nicolas vient au monde. A l'annonce rituelle, "C'est un garçon", la maman ne trouve qu'une réplique, "Je m'en fous, je ne veux plus le voir !". Phrase isolée de son contexte, qui n'en demeure pas moins terrible et justifie à elle seule la lecture de ses mémoires (1996).

A l'aube des années soixante, sa «Vie privée» (1962, un film de Louis Malle qui doit beaucoup à celle de sa vedette) fait les choux gras d'une presse malsaine et n'inspire à la moitié de ses compatriotes qu'un seul sentiment : «Le mépris» (Jean-Luc Godard, 1963).

Brigitte s'en va-t-en guerre

Brigitte Bardotune certaine image de la France

En janvier 1965, Brigitte Bardot s'envole pour l'Amérique du Sud. Elle a choisi de relever le défi d'une confrontation cinématographique avec la grande Jeanne Moreau en acceptant le projet de Louis Malle, «Viva Maria». On s'attend à des crêpages de choucroutes ! Combat, il y eut, mais entre filles bien élevées : à la malice de Jeanne, Brigitte répondit par des audaces de cascadeuse qu'elle ne se soupçonnait pas. Et toute l'équipe de se souvenir longtemps de celui qui occupa l'espace de son coeur pendant quatre mois ... un canard ! Verdict de la presse et du public : match nul !

Parallèlement, elle entame un combat qu'elle poursuivra certainement jusqu'à ses derniers jours, s'attachant à défendre les conditions de vie des animaux. Choquée par les pratiques d'abattage, elle décide de devenir végétarienne avant d'organiser une émission sur le sujet pour «Cinq colonnes à la une». Reçue par le ministre Roger Frey pour promouvoir l'usage des pistolets en remplacements des gourdins, elle fait, quelques années plus tard une irruption, à grand renfort de publicité, dans le refuge-mouroir de Gennevilliers (1965).

Par ailleurs, sa vie privée défraye tout autant la chronique. Le 17 juillet 1966, elle épouse le milliardaire bavarois Gunter Sachs, rencontré 6 mois plus tôt à Saint-Tropez. L'annonce de cette union surprend le monde entier, mais davantage encore le pauvre Bob Zagury, son compagnon depuis plus de trois ans, qui l'apprend comme nous par la presse.

En 1967, un auteur-compositeur aux feuilles de choux, Serge Gainsbourg, lui présente une chanson écrite pour elle, «Harley Davidson». Ensemble les nouveaux amoureux préparent un album dont une piste au moins devrait faire du bruit : «Je t'aime… moi non plus». Hélas, le mari bafoué obtient au dernier moment le retrait du titre sulfureux : il faudra se contenter de «Bonnie and Clyde». Quant au brave Serge et à sa chanson, une autre se chargera, quelques mois plus tard, de les aimer…elle aussi !

Dear Brigitte…

C'est sans enthousiasme que notre vedette rejoint Sean Connery et sa nouvelle moumoute sur le tournage de «Shalako», un western d'Edward Dmytryk (1968) que le public reçoit avec le même sentiment.

Plus heureuse sera sa participation à l'oeuvre de Michel Deville, «L'ours et la poupée» (1969). Si la bête est sobrement incarnée par Jean-Pierre Cassel, la belle se présente aux spectateurs dans toute la splendeur de ses 35 ans, laissant aux premiers cinéphiles post-soixante-huitards un souvenir impérissable.

Oublions ces «Novices» (1970) qui n'étaient pas nées de la dernière pluie pour nous intéresser à un ours tout aussi bien léché, Lino Ventura. Rencontrant, «Boulevard du Rhum» (1971), celle que tout le monde appelle B.B. , le plantigrade saura respecter son serment de ne pas embrasser ses partenaires à l'écran : un vrai dur, ce Lino !

Après avoir joué «Les pétroleuses» avec Claudia Cardinale (1971), dans une parodie de western paëlla susceptible de couper l'appétit d'un boulimique affamé, et concédé à Roger Vadim, qui la place dans le même lit que Jane BirkinJane Birkin, l'inversion sexuelle de «Don Juan» (1973), Brigitte Bardot devient, sous la direction de Nina Companeez , l'une des héroïnes de «L'histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemises», objet de convoitise d'un Francis HusterFrancis Huster déjà convaincu de faire une carrière éclatante.

Les années Bardot…

Brigitte BardotBrigitte Bardot

Au beau milieu du tournage de «Colinot…», Brigitte Bardot annonce son intention de mettre un terme à sa vie d'actrice. Les raisons de cette décision sont assez faciles à comprendre. De son propre aveu, elle n'a jamais été une comédienne et son statut de vedette lui est devenu insupportable. Ayant enregistré près d'une centaine de chansons (à celles déjà citée, rajoutons pour mémoire «Sidonie», «La fille de paille», «Tu veux ou tu veux pas ?», «Le soleil de ma vie», «Vous ma lady»), elle aima davantage cette activité à laquelle elle n'eut pas à s'adonner par nécessité.

A son corps défendant, celle qui refusa toujours de se reconnaître comme un sex-symbol aura marqué d'une manière indélébile ces 'sixties' que tous ceux qui ne furent pas Vietnamiens sur Terre s'accordent à dire qu'elles furent les années les plus douces de l'histoire de l'humanité. Bouleversant le paysage cinématographique international, elle mit à la retraite toute une génération d'actrices “vampires”, personnifia la République Française, fixa les modes, donna naissance à toute une lignée de “sous Brigitte”, participa enfin, par la liberté de son comportement, à la libération (sexuelle et bien plus encore) de la femme du XXème siècle pour qui "… il s'agissait d'être vertueuse et Bardot ne l'était pas !" (Françoise Sagan)…

Les grandes manoeuvres…

Mais là n'était pas son ambition. Harcelée en permanence par les paparazzi et agressée à plusieurs reprises par ses détracteurs les plus excessifs, victime d'une image - qu'on a certes construit pour elle mais qu'elle a entretenue avec plus ou moins de conscience - , elle ne pouvait que tomber dans une misanthropie galopante que le comportement de ses contemporains, à son égard ou envers ses amies les bêtes, justifie à ses yeux. Paraphrasant le grand Pascal, plus elle voit les hommes, plus elle aime ses chiens. C'est à ces derniers en particulier et à tous les animaux en général, qu'elle va, dès lors consacrer son existence. Ses interventions, respectables et salutaires, contre le massacre des bébés phoques ou des tourterelles du Médoc sont dans toutes les mémoires. Face à des adversaires qui n'hésitèrent pas à éliminer un à un les pensionnaires de sa propriété de Bazoches, elle ne baissera jamais les bras. De ce combat inégal, on lui saura gré d'être à l'origine de trois lois votées par la communauté européenne.

Elevée au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur par François Mitterrand (1985), créatrice d'une fondation qui porte son nom, elle est récipiendaire de nombreux prix internationaux pour ses actions "animalitaires".

Côté coeur, il lui resta encore un peu de place pour épouser en 4ème noces, le 16 août 1992, Bernard D'Ormale, rencontré deux mois plus tôt au cours d'un repas chez Jean-Marie et Jany Le Pen.

Au tournant de cette année 2013, son actualité la plus récente est reliée à l'affaire des éléphants tuberculeux du Parc de laTête d'Or : exigeant une intervention présidentielle sur le sujet, elle menace, succombant à l'épidémie galopante, de s'expatrier en Russie. On la comprend, les différents régimes soviétiques qui se sont succédé depuis sa naissance s'étant toujours montrés respectueux du droit des animaux.

Documents…

Sources : «Initiales B. B.» par Brigitte Bardot (Grasset, 1996, à lire absolument pour ne pas s'en tenir à des idées préconçues), «Spécial Bardot» (reportage d'Eddy Matalon et François Reichenbach, 1968), «Et Bardot créa Bardot», documentaire de Benjamin Roussel (2007), «Le mystère Bardot», documentaire de Sophie Agacinsky, Gilles Nadeau et Mei-Chen Chalais (2012), plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je n'ai jamais été une actrice dans l'âme.

Ce que je préférais dans le cinéma, c'était le soir, quand le travail était fini et que je pouvais enfin me détendre et penser à autre chose."

Brigitte Bardot
Christian Grenier (janvier 2013)
"La vérité"…

Brigitte Bardot telle qu'en elle-même, enfin…

Clouzot la change. D'abord semblable à son personnage d'enfant gâtéé évaporée et boudeuse, elle se métamorphose en femme dans son box de criminelle.

Alors elle est autre : par sa voix, son regard et ce corps brusquement effacé. Quand elle crie son amour et l'amour de celui qu'elle a tué, elle émeut. Et son regard de bête traquée, la nuit, dans la prison, à l'instant où elle saisit son morceau de miroir, ce regard fait mal

Quelle est la part de fascination du réalisateur dans cette métamorphose ? Il est difficile de le dire mais elle est certainement prépondérante.

Jean de Baroncelli, «Le Monde»

Le 18 juin 1959…

"Pauvre papa qui avait cru m'amener à son bras jusqu'à monsieur le maire. Ce fut un pugilat sans précédent ! Nous avons dû nous frayer un chemin à coups de poings et de pieds au milieu des photographes.

Ils étaient montés sur les tables, avaient envahi la salle de mairie, bousculé les chaises, les fauteuils des mariés, même le buste de Marianne était tombé par terre.

Je pleurais, enfouissant mon visage dans l'épaule de Jacques qui comprenait, mais trop tard, son erreur ! Lorsque les photos parurent dans la presse, la légende disait que je le serrai contre moncoeur au moment du "oui" traditionnel et que l'émotion m'avait terrassée.

Le colonel Charrier et papa déclarèrent que si tous les photographes ne quittaient pas immédiatement et sans délai, la salle des mariages, il n'y aurait pas de cérémonie.

(…) Mais le maire rappela que le mariage était public et qu'un huis-clos était impossible, sinon le mariage serait nul et illégal.

(…) C'est dans cette ambiance atroce, surtendue, devant les visages crispés et traqués de nos parents, sous les flashs incessants que Jacques et moi avons été unis. J'avais des larmes plein les yeux…"

Brigitte Bardot, «Initiales B.B.»

Misanthropie…

"Ah ! Humanité, tu te laisses aller, tu te laisses aller.

Avant, les gens un peu patraques réagissaient, essayaient de lutter et ne s'alitaient et ne se droguaient qu'en dernier recours.

Maintenant, pour un oui pour un non, arrêt de travail et intoxication par absorption d'un nombre incalculable de médecines gratuites. D'où les mines verdasses, les yeux creux, les teints cireux, les allures malsaines et scrofuleuses de toutes ces victimes d'une société qui promet leur sécurité et obtient leur dégénérescence.

Voilà à peu près ma vision de l'humanité.

On comprend, j'espère, pourquoi je préfère les animaux."

Brigitte Bardot, «Initiales B.B.»

Ed.7.2.2 : 9-2-2016