Brigitte BARDOT (1934)

… sa vie d'actrice

Brigitte Bardot

Rédiger la notice biographique de Brigitte Bardot n'est guère enthousiasmant. Non pas que la vie de celle que tout le monde appela B. B. soit dépourvue d'intérêt, loin de là, mais l'on a déjà tant écrit sur le sujet - y compris son contraire - que l'enjeu n'en vaut pas la mise.

Pourtant, lorsqu'on se targue de constituer une petite encyclopédie du cinéma, aussi modeste soit-elle, il serait injuste que celle qui fut longtemps la première dame du cinéma français n'y figure en bonne place.

Alors, s'il faut répeter les mots, autant les sortir de sa propre plume, plus précisément de la première partie de ses mémoires qui se termine avec sa vie d'actrice. Le reste n'appartient pas à l'histoire de notre art…

Christian Grenier

Article paru dans le N° 1 de la revue "Studio" (11-02-1988)

Brigitte Bardot, une interview…

Brigitte BardotBrigitte Bardot
B. B. : Celui qui a su lire que "Brigitte" et "Bardot" commençaient par la même lettre-un grand érudit probablement.

Studio : On vous consacre une rétrospective en dix-huit films. Quel effet cela vous fait-il ?
B. B. : Cela m'étonne, me flatte, mais ne m'empêche pas de dormir.

Studio : Quel regard portez-vous aujourd'hui sur vos “années cinéma” ?
B. B. : je n'y pense jamais-jamais. C'est une période passée, je vis l'instant présent. je trouve que j'ai eu bien de la patience et bien du courage.

Studio : La “bardolâtrie” est-elle née malgré vous ? Comment l'avez-vous vécue ?
B. B. : La “bardolâtrie” me fait rire ! Quand je faisais du cinéma, on n'arrêtait pas de critiquer ma façon de jouer la comédie, ma façon de me coiffer, de m'habiller, de vivre ! Maintenant que j'ai arrêté net, on en fait tout un tintouin ! Avouez que c'est risible, non ?

Studio : Pensez-vous que le fait que vous soyez issue d'une famille bourgeoise a contribué à renforcer l'impact que vous avez produit sur la société française ?
B. B. : Bourgeoise ou pas, l'impact vient plus de ma personnalité que de mon éducation stricte et assez sévère, dont j'ai gardé l'essentiel mais heureusement pas la superficialité des bonnes manières et du langage châtié.

Studio : Pour vous, la famille était-elle comme une prison ?
B. B. : Pour moi, la famille est le plus beau souvenir que je garde de ma vie passée. N'en ayant plus, je m'aperçois que rien ni personne ne la remplace.

Studio : Aviez-vous conscience de vous dresser contre la morale ou l'ordre établi ?
B. B. : Je ne me suis jamais dressée contre rien - ni la morale, ni le désir, ni la jalousie, ni la haine, ni l'hypocrisie. J'ai toujours vécu comme j'en avais envie, naturelle, simple, ayant besoin de plaire, d'aimer et d'être aimée.

Studio : Dans une interview, à “sex-symbol“, vous aviez répondu “pureté“. Répondriez-vous la même chose aujourd'hui, et y a-t-il encore, selon vous, des sex-symbols ?
B. B. : S'il y avait des sex-symbols ça se saurait ! Du reste ça ne veut rien dire du tout …

Studio : Il nous semble que les metteurs en scène qui ont eu pour vous le plus d'importance ont été Roger Vadim, Jean-Luc Godard, Louis Malle et Henri-Georges Clouzot. Êtes-vous d'accord avec cette impression ? Et que vous ont-ils respectivement apporté … ou pris ?

B. B. : Vous remettez la liste à l'envers et elle sera plus vraisemblable … Ils m'ont apporté leur talent. Ils m'ont pris ce que j'avais de meilleur en moi-même pour le jeter sur les écrans-en pâture au public.

Studio : Vous étiez la seule comédienne de votre époque qui intéressait aussi bien les “anciens”(Clouzot, Autant-Lara) que les “jeunes” (Malle, Godard, Vadim). Vous sentiez-vous à l'aise avec les uns comme avec les autres ?
B. B. : Je me suis toujours sentie à l'aise avec les metteurs en scène qui me faisaient travailler. Sinon je n'aurais pas accepté le film.

Studio : Avez-vous d'emblée considéré Roger Vadim comme votre Pygmalion ? L'a-t-il jamais été ?
B. B. : Vadim m'a laissé m'exprimer sans entraver ni mon instinct, ni mon physique. Il a autant profité de moi, que moi de lui. Nous ne nous devons rien.

Studio : «Vie privée» répondait-il à un besoin de votre part d'en finir avec le mythe Bardot ; ?
B. B. : «Vie privée» a été difficile à tourner pour moi-trop proche de moi-même, une certaine pudeur me retenait et en même temps c'était un témoignage de l'enfer qu'a été ma vie à cette époque.

Studio : Plus tard, des films comme «L'ours et la poupée», «Les novices» ou «Boulevard du rhum» ne marquaient-ils pas votre volonté d'en finir avec le mythe Bardot, mais dans un registre plus “léger” ?
B. B. : «L'ours et la poupée» est un de mes films préférés. «Boulevard du rhum» aussi. «Les novices», je préfère ne pas en parler. J'aime les comédies. Au fond de moi-même je suis rigolote.

Studio : Vous est-il arrivé de regretter d'avoir refusé certains films ?
B. B. : Je ne regrette jamais rien. Il peut m'arriver d'avoir des remords, jamais des regrets !

Studio : Lorsque vous étiez comédienne, aviez-vous plus de plaisir à jouer la comédie ou à être star ?
B. B. : Je ne me suis jamais sentie ni comédienne, ni star. Je me suis toujours considérée comme une femme avant tout.

Studio : Vous avez souvent exprimé le désir de tout arrêter. Quand en avez-vous ressenti le besoin pour la première fois ? Pourquoi est-ce en 1973 que vous avez effectivement pris cette décision ? Si vos derniers films avaient eu le succès escompté, auriez-vous pu revenir sur votre décision ?
Brigitte Bardot : J'exprimais le désir de tout arrêter parce que j'en avais assez ! Mais l'engrenage est dur à quitter ! Je me suis toujours foutue du succès ou des échecs de mes films, ce qui m'importait c'était la course au bonheur ! Ce bonheur après lequel je cours toujours-un peu essoufflée je dois dire ! La Roche Foucault a dit : "Il est un temps pour réussir dans la vie, il est un temps pour réussir sa vie".

Studio : Quel est votre meilleur souvenir de cinéma ?
B. B. : Mon premier jour de tournage dans mon premier film.

Studio : Et votre plus mauvais ?
B. B. : Mon premier jour de tournage dans mon premier film.

Studio : Quels plaisirs, quels “plus” avez-vous trouvé dans la chanson et les shows télévisés ?
B. B. : Une véritable récréation, une joie, un plaisir fou. J'adorais chanter, tourner des shows pour la télévision. J'en garde un souvenir merveilleux.

Studio : Avez-vous manqué votre rendez-vous avec le cinéma américain, ou bien Hollywood ne vous a-t-il jamais attirée ?
B. B. : J'ai toujours refusé d'aller tourner aux États-Unis.

Studio : Luchino Visconti vous a proposé le rôle d'Odette de Crécy lorsqu'il projetait d'adapter «A la recherche du temps perdu». Comment cela s'est-il passé ?
B. B. : Par téléphone !

Studio : On dit que vous avez écrit à Ingmar Bergman pour lui dire votre désir de travailler avec lui. Est-ce vrai ? Que représente-t-il pour vous ?
B. B. : J'avais écrit à Ingmar Bergman parce que j'aimais ce qu'il faisait. J'aime les gens qui ont du talent.

Studio : Vous arrive-t-il de revoir vos films ?
B. B. : Je regarde mes films quand ils passent à la télévision, et c'est rare !J'ai l'impression de voir ma fille.

Studio : Allez-vous souvent au cinéma ? Est-il vrai que vous avez refusé de voir «Le dernier tango à Paris» et «La grande bouffe» ? Et pourquoi ?
B. B. : Je ne vais jamais au cinéma. Je n'y ai pas mis les pieds depuis seize ans !Je n'ai pas vu «Le dernier tango à Paris» ni «La grande bouffe» . Je cherche une évasion dans les films, un peu de rêve, de beauté. J'ai horreur de la vulgarité, horreur de la violence.

Studio : Star, vous avez rencontré les personnalités les plus importantes de votre époque. Que vous reste-t-il de ces rencontres ?
B. B. : Des souvenirs, souvenirs …

Studio, 1988
Ed.7.2.2 : 9-2-2016