Frances FARMER (1913 / 1970)

… la star qui voulut être femme…

…la star qui voulut être femme… Frances Farmer

L'histoire de Frances Farmer a été rappelée au grand public par le film de Graeme Clifford, «Frances», dans lequel l'actrice rebelle fut merveilleusement incarnée par Jessica Lange.

Mais on peut reprocher à cette oeuvre d'être devenue une référence quant aux événements malheureux qu'il relate.

Aujourd'hui, des voix s'élèvent pour remettre en cause la réalité des faits, notamment l'affirmation qu'elle ait subie une lobotomie. Il faut dire que son biographe le plus accusateur, William Arnold, a bien voulu reconnaître avoir commis certaines exagérations.

Plus de soixante années après les fait, que faut-il retenir de tout celà ? Sans aucun doute que Frances Farmer n'aurait jamais dû poser les pieds en terre hollywoodienne…

Christian Grenier

Jeune, belle et déjà rebelle…

Frances FarmerFrances Farmer

Quel étrange et tragique destin que celui de cette starlette de 23 ans (née à Seattle le 19-9-1913) qui, en 1936, débarque dans un Hollywood riche de promesses.

Pas tout à fait inconnue d'ailleurs, puisque, adolescente, elle a déjà fait son premier scandale en présentant une thèse intitulée «Dieu est mort» ! Ce travail littéraire lui permet de gagner, outre le début d'une renommée sulfureuse, un voyage en URSS primé par un journal radical. Ce qui n'arrange rien à l'affaire, dans cette Amérique déjà réactionnaire.

Sa passion pour le théâtre et le cinéma la conduisent à faire des débuts remarqués, en 1936 donc, sur une scène de Broadway, qui l'accueillera à plusieurs reprises («Golden boy», 1937,…), puis à Hollywood. Elle épouse alors l'acteur Leif Erickson.

Mais la jeune femme, pourtant à l'aube d'une carrière prometteuse, refuse de se fondre dans le moule réservé aux jeunes stars hollywoodiennes, ne voulant pas changer son nom et discutant sans cesse ses rôles. En 1938, obtenant un congé, elle claque la porte des studios pour les scènes new-yorkaises, partageant alors la vie du dramaturge et scénariste Clifford OdetsClifford Odets dont elle interprète la pièce «Golden boy» (1939).

C'est à cette époque qu'elle commence à s'adonner à la boisson…

La spirale…

Frances FarmerUne arrestation mouvementée…

Mais on ne défie pas impunément les “moguls” du septième art. Menacée de rupture de contrat, Frances Farmer regagne La Mecque du cinéma où on l'humilie dans des films de petits calibres, eu égard à son talent et sa renommée naissante.

Mais non, décidément, la jeune actrice ne se laissera pas faire. Et son tempérament rebelle, face aux producteurs et autres policiers (elle a été arrêtée pour conduite en état d'ivresse), l'amènent devant les tribunaux où elle écope finalement d'une peine de prison. Déclarée alors "mentalement irresponsable", la jeune femme est placée successivement dans plusieurs asiles.

Médicaments, électrochocs, épreuves toujours plus terribles: "Les conditions étaient barbares: les criminels et les gens mentalement retardés étaient entassés ensemble, leurs repas jetés à même le sol sale, pour qu'ils se battent pour manger. Farmer fut à nouveau soumise à des électrochocs répétés et continus. De plus, elle fut prostituée aux soldats de la base militaire locale, violée et abusée par les garçons de salle. Un des souvenirs les plus marquants des vétérans de l'institution, c'est la vue de Frances Farmer maintenue par des aides-infirmiers et violée par des bandes de soldats ivres. Elle fut également utilisée comme sujet d'expérience pour des drogues telles que la Thorazine, la Stelazine, le Mellaril et la Prolixine", écrit William Arnold dans «Shadowland»… Mais que faut-il retenir de tout celà ?

Cette chute sans fin (à laquelle sa mère n'a pas été étrangère, l'ayant fait ré-interner devant son refus de renouer avec le cinéma) se terminera - selon certains, donc - par une lobotomie, victoire définitive de “l'establishment” contre celle qui avait osé le narguer.

L'après Hollywood…

Frances FarmerImmortalisée par Hollywood (!)
sous les trais de Jessica Lange (1982)…

Au début des années cinquante, reconnue “apte à mener une vie normale”, on retrouve Frances réceptionniste dans un hôtel.

De 1958 à 1964, l'actrice présente une émission sur le petit écran, «Frances Farmer Presents…». Là encore, c'est la boisson qui met un terme à l'aventure.

Elle décède en 1970, des suites d'un cancer de l'œsophage.

Son histoire a été mise en images, en 1983, par le réalisateur Graeme Clifford. C'est Jessica Lange qui incarnait «Frances» à l'écran.

Qui était véritablement Frances Farmer ? Une jeune personne hystérique et asociale ou le symbole de la femme libre, émancipée, qui se voulait maître de son destin ? Car, assurément, elle se situait quelque part entre ces deux rives…

Bien plus que James DeanJames Dean, qui ne s'est pas élevé contre grand chose, davantage encore que John GarfieldJohn Garfield, Frances Farmer méritait le qualificatif de “rebelle ”, mais certainement pas le sort inique qui lui fut réservé.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je me dois de rapporter l'horreur comme je l'ai vécue, dans l'espoir que certaines forces dont l'humanité est dotée pourrait être mieux utilisées afin de soulager pour toujours les créatures gênantes qui sont encore emprisonnées dans des établissements de décomposition"

Frances Farmer
Frances Farmer…
Christian Grenier (juillet 2003)
Ed.7.2.2 : 13-2-2016