Marilyn MONROE (1926 / 1962)

… "dis Marilyn, est-ce un baiser ?"…

… "dis Marilyn, est-ce un baiser ?"… Marilyn Monroe

Sur les origines et la mort de Marilyn Monroe circulent de nombreuses légendes, parmi lesquelles se trouvent sans doute quelques “vérités”. Car tout a été écrit sur la blonde explosive du cinéma américain des années cinquante, y compris son contraire.

Comme toutes celles et ceux qui n'ont pas subi l'outrage des ans, elle est devenue un mythe éternel pour les différentes générations de cinéphiles qui se sont succédé depuis sa disparition.

Sans être une grande comédienne, elle a su aller, grâce à sa présence et son sex-appeal, jusqu'au bout de ses rêves les plus fous. Mais, meurtrie dès son plus jeune âge, elle n'avait pas les armes nécessaires pour se défendre contre les effets pervers de cette gloire démesurée qui ne devait pas tarder à l'emporter…

Christian Grenier

Fille de personne…

Marilyn MonroeNorma Jean, bébé

Norma Jeane arrive en ce bas monde le 1er juin 1926, à Los Angeles (Californie). Elle doit ses prénoms à l'actrice Norma TalmadgeNorma Talmadge et la comédienne Jeanne EagelsJeanne Eagels, deux idoles de maman. Si tout le monde s'accorde à dire aujourd'hui que son véritable nom de famille est Mortenson, l'enfant et la jeune fille qu'elle deviendra furent longtemps connue comme Norma Jeane Baker, patronyme du premier époux de sa mère. Celle-ci, Gladys Monroe, épousa donc en premières noces un Kentuckian, Jasper Baker, qui lui fit deux enfants, avec lesquels il disparut à l'heure de leur divorce.

En 1924, Gladys épousa Martin Edward Mortenson, un employé d'une compagnie de gaz d'origine norvégienne, dont elle se sépara en mai 1926 pour en divorcer en octobre 1928. Parallèlement, elle connut quelques aventures, dont une avec Charles Stanley Gifford, son supérieur à la Consolidated Film Industries, entreprise pour laquelle elle travaillait comme monteuse. Elle se retrouva bientôt enceinte de la petite Norma et Gifford fut toujours désigné à l'enfant comme étant son véritable père, un géniteur qu'elle ne rencontra jamais.

Pour l'état civil, la fillette fut d'abord déclarée Norma Jeane Mortenson, patronyme bientôt corrigé en Norma Jeane Baker, peut-être pour cacher une naissance devenue illégitime parce que non admise par le père officiel. Toutefois, en 1984, au décès de Mortenson, le document original fut retrouvé. Aussi, en l'absence de preuve contraire, nous nous rangerons à la "vérité administrative".

Une enfance abîmée…

Assez rapidement , il devient évident que Gladys, souvent sujette à des troubles psychiques nécessitant parfois l'internement, n'est pas en mesure d'élever continuellement son enfant. Dès lors, celle-ci est balancée entre le domicile de ses grands parents maternels, un séjour en orphelinat (1935) et quelques passages en familles d'accueil. Une amie de Gladys, “Tante Grace”, la prend en charge et lui fait découvrir le théâtre et surtout le cinéma, un univers qui ne tarde pas à la fasciner.

Tante Grace s'est mariée. Devenue Mrs Goddard, elle peut reprendre Norma en 1937. Mais, en 1941, le couple quitte la Californie pour la Virginie, sans emmener leur “nièce”. Problèmes financiers où raison moins avouable ? Marilyn déclarera plus tard avoir subir des violences sexuelles au cours de son enfance, mais les biographes sont partagés sur le crédit qu'il faut accorder à ses déclarations trop souvent discordantes. Vulnérable et traumatisée, l'adolescente qu'elle est devenue va-t-elle retourner à l'orphelinat ? Fort opportunément, un voisin de 20 ans, Jim Dougherty, accepte de l'épouser, bien qu'il la trouve un peu trop jeune pour elle. Peu après son seizième anniversaire afin de se conformer à la loi californienne, Norma Jeane Baker devient Norma Dougherty

Une figurante de luxe…

Marilyn MonroeMarilyn Monroe (1946)

En 1944, en pleine Seconde Guerre Mondiale, Jim, mobilisé dans la marine, embarque pour le Pacifique. Fragilisée depuis toujours par l'absence d'un père qui la pousse à rechercher une éternelle protection, Norma Jeane se retrouve seule. Elle travaille dans une usine de pliage de parachutes. Commandité par le capitaine Ronald ReaganRonald Reagan, le photographe militaire Donald Conover vient y réaliser un reportage sur les femmes participant à l'effort de guerre. Séduit par la beauté de la jeune ouvrière, il lui fabrique un photo-book en marge de sa mission.

Au grand désappointement de Jim qui, en campagne prolongée, ne songe qu'a la simplicité d'une vie familiale, Marilyn est bien décidée à saisir sa chance. Engagée par l'agence de mannequins Blue Book (1946), elle pose pour différents magazines. En juillet de la même année, elle tourne un bout d'essai pour la 20th Century Fox. Au pied du mur, il faut choisir : Jim Dougherty ou le cinéma. C'est tout réfléchi ! Prise sous contrat en août 1946 par la Fox, Norma Jean Baker se mue en Marilyn Monroe, en hommage à la reine de Broadway Marilyn MillerMarilyn Miller, et demande le divorce…

Une starlette avantageuse…

Mais ce premier miroir hollywoodien ne brille pas plus longtemps que le vol d'une alouette et, après lui avoir accordé deux ou trois servitudes («Dangerous Years», «Scudda Hoo ! Scudda Hay !», 1947, etc), la Fox ne renouvelle pas sa confiance à sa nouvelle starlette. Marilyn va faire ce qu'il faut pour rester dans son rêve : "J'ai couché avec des producteurs. Je mentirais si je disais le contraire…". Elle décroche ainsi un rôle intéressant dans «Ladies of the Chorus/Les reines du music hall», assorti d'un contrat de 6 mois avec La Columbia de Harry CohnHarry Cohn. A cette époque, elle pose nue pour un calendrier qui ne deviendra fameux que trois ans plus tard.

En janvier 1949, elle est prise en charge par un agent de stars, Johnny Hyde, qui, bien que devenu son amant, décèle en elle autre chose qu'une fille facile. Convaincu de son sex-appeal, il change rapidement l'apparence de sa protégée : la Marilyn que l'on aperçoit dans le film de John Huston, «Asphalt Jungle/Quand la ville dort» (1950), est une nouvelle femme. En décembre de la même année, apprenant le suicide de son protecteur auquel elle venait de refuser le mariage, elle commet un premier acte d'auto destruction…

"Les hommes préfèrent les blondes"…

Marilyn MonroeMarilyn Monroe, la célébrité…

Au tournant des années cinquante, par l'intermédiaire du producteur Darryl ZanuckDarryl Zanuck, la Fox récupère Marilyn Monroe et commence à l'utiliser plus intelligemment. Ses compositions prennent de l'ampleur, même si elle ne fait qu'enchaîner des Marilyn à longueur de bobines. «All About Eve» de Joseph Mankiewicz (1950) et «Clash by Night/Le démon s'éveille la nuit» de Fritz Lang (1952), lui font gravir quelques degrés aux génériques et finissent par attirer l'attention d'un public que Zanuck sait parfaitement appâter. Avec «Don't Bother to Know/Troublez-moi ce soir» (1952), la voici enfin au premier plan de l'affiche.

1953 est une année charnière dans la vie de l'actrice. «Niagara» nous la livre resplendissante et sensuelle, énigmatique et dangereuse. «Comment épouser un millionnaire» révèle qu'elle peut réussir dans la comédie au travers d'un personnage de blonde un peu mièvre, «Les hommes préfèrent les blondes» la met en concurrence, y compris vocale, avec la grande et brune Jane Russell : si cette dernière répond davantage aux critères de beauté en vigueur – grande taille et jambes fines – il n'en demeure pas moins que les regards masculins se portent immanquablement sur la première qui nous paraît somme toute plus accessible. Pour couronner le tout, elle fait la une (et la page centrale !) du N°1 d'un nouveau magazine “for men”, Play Boy !

En 1954, Marilyn Monroe promène son image de fille légère dans les bras musclés du sauvage Robert Mitchum, sur les flots tourmentés de «La rivière sans retour». Côté coeur, elle épouse celui dont elle partage la vie depuis plusieurs mois, l'émigré italien Joe Dimaggio, un célèbre joueur de base-ball au soir d'une grande carrière…

L'intellectuel et la danseuse…

Marilyn MonroeArthur Miller & Marilyn Monroe

Mais les choses ne vont pas tarder à se gâter. Joe Dimaggio se montre extrèmement jaloux de la notoriété de son épouse, qui dépasse désormais la sienne, et de la place que son métier et son public tiennent dans sa vie : la première. Marilyn n'est pas faite pour être une femme au foyer. Assistant au tournage de la scène du métro pour «Sept ans de réflexion», l'ex champion affiche publiquement son mécontentement. Le couple divorce en octobre de la même année.

En 1955, l'actrice décide de constituer sa propre société de production en association avec le photographe Milton Greene, acte considéré comme une rupture de contrat par la 20th Century Fox. Les deux parties trouvent cependant un arrangement, très avantageux pour la star. Décidée à prendre sa carrière en mains, celle-ci s'inscrit humblement aux cours de l'Actors Studio, dispensés à New York par Lee Strasberg qui, avec l'assentiment de son épouse, l'héberge dans son appartement.

Le premier fruit de ce changement, «Arrêt d'autobus» (1956), tombe alors que l'actrice est en pleine "cristallisation" de sa nouvelle aventure amoureuse avec le dramaturge en vogue Arthur Miller («La mort d'un commis voyageur», «Les sorcières de Salem», etc). La star et l'intellectuel s'étaient déjà croisés en 1951, mais l'homme de lettres avait rapidement pris ses distances pour préserver son couple et sa famille d'une éventuelle déchirure. Cette fois moins scrupuleux, il conduira la diva jusqu'à un mariage (juin 1956) pour lequel Marilyn se convertira au judaïsme.

Dans la foulée, le couple se rend en Angleterre où, après avoir été reçue par la Reine Elizabeth II, la jeune femme entame le tournage de son unique production personnelle, «Le prince et la danseuse» (1957), pour lequel Laurence Olivier est à la fois son metteur en scène et son partenaire. Pour la première fois depuis qu'elle tient le haut de l'affiche, le film essuiera un échec commercial dans lequel sombrent Les Marilyn Monroe Productions : le public ne reconnaît pas sa star qui découvre alors qu'elle ne s'appartient plus.

Dans sa vie de femme, elle espère avoir un enfant, mais une fausse couche(1957) met fin à ses premières espérances.Pendant le tournage de «Certains l'aiment chaud» (1958), une nouvelle grossesse s'annonce, qui connaîtra le même sort. Les barbituriques et l'alcool constituent désormais pour elle le moyen le plus sûr d'échapper à son sentiment de l'échec perpétuel et à cette profonde angoisse qui la poursuit depuis l'enfance. En 1959, on la retrouve inanimée dans son appartement après l'ingurgitation de ce mélange qui lui sera fatal…

"Happy Birthday, Mister President"

Marilyn MonroeMarilyn Monroe, une légende

En 1960, sur le tournage de «Le milliardaire» de George Cukor, Marilyn Monroe tombe amoureuse de son partenaire français, Yves Montand. Celui-ci, qui n'a pas l'intention de se séparer de son épouse Simone SignoretSimone Signoret, considère cette aventure comme une fantaisie de circonstance. Pendant ce temps, isolé dans le Connecticut, Arthur Miller écrit le scénario des «Misfits», ce qui ne l'empêche pas de lire les journaux…

Le tournage du bien nommé «Les désaxés» rassemble trois acteurs en pleines crises personnelles. Bientôt papa, Clark Gable se sait affaibli : il ne connaîtra pas son fils. Montgomery Clift ne s'est jamais complètement remis du terrible accident qui l'a défiguré. De son côté, Marilyn, découvrant que son mari s'est servi de leur vie intime pour bâtir son histoire, se sent trahie, moralement mise à nue et disséquée. Tandis qu'elle ne cesse de se disputer avec Miller, le réalisateur John Huston s'affronte avec Monty Clift dont il accepte mal l'homosexualité. Difficile, le tournage est interrompu pour une courte hospitalisation de sa vedette féminine, laquelle décide de mettre un terme à une union dont la dissolution sera prononcée le 20 janvier 1961. Ce jour-là, l'Amérique fête l'intronisation de son nouveau président, John Fitzgerald Kennedy.

Sujette à des périodes alternées d'agitation et de dépression, Marilyn Monroe, admise dans la section psychiatrique du New York Hospital, craint d'être atteinte du même mal que sa mère et sa grand-mère. Elle trouve l'apaisement auprès d'un Joe Dimaggio toujours prompt à la réconforter. Reprenant goût à la vie, elle fréquente le "Rat Pack", un groupe d'électrons libres virevoltant autour du noyau Frank Sinatra. Parmi eux se trouve l'acteur Peter LawfordPeter Lawford, beau-frère du nouveau président. On connaît la suite

"Something got's to give (Quelque chose à payer)"…
Marilyn MonroeLes hommes préfèrent les blondes…

En 1962, l'actrice doit honorer son dernier engagement envers la Fox. «Something Got's to Give», dirigé par George Cukor, lui offrira pour partenaires Dean MartinDean Martin et Cyd CharisseCyd Charisse. Mais elle préfère s'envoler pour New York afin de chanter lors de la fête anniversaire de Kennedy donnée par le Parti Démocrate. Elle se présente en scène, émêchée, avec deux heures de retard – Norma Jeane met chaque jour plus de temps pour se transformer en Marilyn – et entonne un «Happy Birthday, Mister President» qui fait scandale. L'intéressé mesure enfin le danger tandis que La Fox, quelques semaines plus tard, exclue temporairement son interprète d'un film dont elle ne tournera finalement que quelques plans.

Car, le 5 août 1962, à 5h du matin, la police récupère le corps de la vedette américaine la plus photographiée de tous les temps. L'enquête conclue à un "probable suicide" par abus d'alcool et de somnifères.

On a beaucoup glosé sur les circonstances de cette disparition, certains parlant même d'un assassinat. S'il paraît plausible que des proches du président Kennedy informés avant la police – on désigne parfois Peter Lawford ou même Robert Kennedy qui aurait eu des relations intimes tardives avec elle – aient pu pénétrer dans les appartements de l'artiste pour y récupérer des documents gênants, le reste nous semble pour le moins sujet à caution : on attend des autorités qu'elles apportent la preuve du suicide, mais aucune des thèses divergentes n'a davantage pu être vérifiée.

En quête éternelle d'une famille, Marilyn Monroe aura partagé de nombreuses bribes de sa vie personnelle, et souvent même un coin de son lit, avec des hommes dont la plupart ne furent que de passage ; elle cherchait à aller là où aucun d'entre eux ne pouvait l'emmener. Lors de ses funérailles, il n'y eut guère que Joe Dimaggio pour faire un dernier bout de chemin derrière elle. Le seul homme à l'avoir vraiment aimée semble l'avoir voulu ainsi. Mais qui donc les aurait empêchés de venir s'ils avaient daigné être présents, ces chevaliers servis à la libido courte ?

"Elle est morte la pècheresse

 Elle a raté son jubilé

 Ses fiancés portant sa caisse

 Ca ferait un chouette défilé."

Salvatore Adamo

Documents…

Sources : «Hollywood Stories : Marilyn Monroe», documentaire américain, «Marilyn Monroe, derniers tourments», magazine de la télévision française réalisé par Dominique Fargues pour la série «Un jour, un destin» (2011), Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Pourquoi ai-je ce sentiment que les choses n'arrivent pas vraiment, mais que je joue un rôle ?

 Pourquoi est-ce que je me sens moins un être humain que les autres ?"

Marilyn Monroe, «Carnets intimes»
Christian Grenier (juillet 2014)
Ed.7.2.2 : 12-2-2016