Grace KELLY (1929 / 1982)

… princesse étoile

Grace Kelly

Il était une fois un bébé de sexe féminin si joli que ses parents décidèrent de l'appeler Grace.

Les fées qui s'étaient penchées sur son berceau dès sa naissance s'y attardèrent tant que sa beauté alla sans cesse croissant. Devenue jeune fille, elle fit son entrée dans le monde et les curieux accouraient de tous les horizons pour assister à la moindre de ses apparitions.

Jusqu'au jour où un prince charmant, la voulant pour lui tout seul, l'emporta sur son beau destrier et l'emmena vers son rocher ancestral. Amoureux l'un de l'autre comme il est commun aux personnes de leur âge, les deux jeunes gens se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants…

Christian Grenier

The Philadelphia Story…

Grace Kellyune Grace qui se cherche encore

Voici raccourcie, à la manière d'un conte de fées, la vie de Grace-Patricia Kelly, née le 12 novembre 1929 à Philadelphie (Pennsylvanie). Il nous reste à préciser dans quelle mesure la réalité correspondit à la légende.

D'origine irlandaise par son père, John Brendan Kelly a indubitablement le sens des affaires. Tout ce qu'il touche se transforme en or. En 1920 déjà, jeune homme attiré par le sport et membre de l'équipe américaine d'aviron, il décroche deux médailles de ce noble métal aux Jeux Olympiques d'Anvers. Entré dans la vie active et affirmant haut et fort ses ambitions, il se lance dans la construction immobilière où il connaîtra une grande réussite. Au tournant des années 1920, il épouse un ravissant modèle allemand, Margaret Mayer, qui lui donne bien vite deux enfants, un garçon et une fille aussi jolie que sa mère, portant avec tout autant d'aisance le doux prénom de… Margaret ! Car il faudra attendre encore un peu pour voir venir au monde, après un petit Jack, le bébé qui nous intéresse, 3ème élément d'une lignée conclue par Elizabeth.

On ne peut pas faire aveuglément confiance aux fées, et Grace-Patricia n'a ni le charme de sa soeur aînée ni la beauté de sa mère. Pâle, fluette, maigrichonne même, elle fait de surcroit preuve d'un caractère ombrageux et souffre d'une grande timidité. Mélancolique, elle ne bénéficie pas de cette attention patennelle essentiellement tournée vers le rejeton mâle de la famille. Envoyée dans un établissement religieux pour parfaire son éducation et asseoir son instruction, elle souffre néanmoins de cet éloignement familial, épreuve à laquelle elle ne pourra pourtant pas déroger.

Avec le temps, l'adolescente se découvre une attirance pour les disciplines artistiques et, le contact avec ses congénères aidant, acquiert peu à peu l'assurance qu'il sied aux demoiselles de bonnes familles. Elle attire bientôt l'estime de ses professeurs et l'amitié, qui se révèlera indéfectible, du Père Tucker.

A 17 ans, romanesque comme toutes les jeunes filles en fleur, Grace est présentée par son oncle George Kelly, auteur dramatique à succès, au grand Douglas FairbanksDouglas Fairbanks qui lui dépose un baiser sur le front, lui insufflant peut-être cette flamme qui ne tardera pas à la dévorer…

L'envol du cygne…

Grace Kellypublicité pour la télévision…

A 10 ans déjà, Grace-Patricia, alors membre d'une petite association théâtrale, a eu l'occasion d'interpréter Cendrillon dans une saynète écrite pas sa soeur Margaret, expérience dont elle retira une grande satisfaction. Elle n'a pas encore 18 ans lorsque, encouragée par tonton George, elle annonce fièrement à ses parents son intention de s'installer à New York pour tenter de devenir comédienne. Devant les tergiversations paternelles et le refus catégorique de maman, qui préfèrerait voir sa fille épouser un beau gars de la haute société philadelphienne, elle n'hésite pas à faire une fugue !

Installée dans un hôtel convenable de la Grande Pomme, elle rassure ses parents – dont elle finit par arracher l'assentiment – et court s'inscrire à l'American Academy of Dramatic Arts. Elle est désormais devenue une fort belle jeune femme (nous sommes en 1947) et se distingue rapidement de ses collègues d'études par son acharnement au travail et une certaine réserve qui lui sert de bouclier. Pour payer ses études et acquérir l'indépendance financière, elle exerce également les activités de modèle et de cover-girl d'une manière fort honorable comme il convient aux personnes de sa condition.

Pendant une paire d'années, Grace n'obtient que quelques figurations théâtrales, au mieux quelques petits rôles insignifiants. Mais sa beauté est telle qu'elle ne tarde pas à faire la une des grands magazines féminins de l'époque. A 20 ans, enfin diplômé de l'A.A.D.A., elle ose se montrer plus exigeante et refuse les propositions qu'elle juge mineures. Son obstination finit par payer lorsqu'elle est choisie, au détriment d'une vingtaine de concurrentes, pour jouer aux côtés de Raymond MasseyRaymond Massey et Mady Christians dans la pièce «The Father», à Broadway. Avec la joie que l'on devine, la demoiselle de Philadelphie s'abreuve des premiers applaudissements qui lui sont adressés.

La télévision américaine, encore adolescente, peut s'enorgueillir d'avoir offert la primeur de ses caméras à notre future princesse qu'une proposition alléchante attire à Hollywood. Si le bout d'essai – qui profitera à Constance Smith et débouchera sur le film «Taxi» (1953) – ne se concrétise pas, il aura néanmoins des conséquences définitives sur l'avenir de la cadette des filles Kelly…

Les douze stations d'un chemin de gloire…

Grace Kelly«La main au collet» (1955)

En 1950, Grace Kelly profite de son passage par la Mecque du cinéma pour décrocher une première apparition cinématographique dans un film de Henry Hathaway, «Quatorze heures» (1951). Loin d'y figurer en haut de l'affiche, elle doit se contenter d'une courte composition. Insatisfaite de la tournure des événements, elle retourne sur les scènes new-yorkaises, ne dédaignant pas pour autant le petit écran.

En 1951, Fred Zinnemann la rappelle pour donner la réplique à Gary Cooper dans «High Noon/Le train sifflera trois fois» (1952). Ce western tragique et psychologique, qui devait procurer une nouvelle statuette dorée au grand cowboy du Montana, révèle sa partenaire au monde entier : une nouvelle étoile est née.

Autour de Clark Gable, Ava GardnerAva Gardner, femme sulfureuse, et Grace Kelly, bourgeoise frustrée, se livrent un duel amoureux dans un film aux couleurs flamboyantes et sous l'oeil amusé de la caméra de John Ford, «Mogambo» (1953).

Beaucoup plus tourmentée fut la prestation de Grace en épouse infidèle de Ray Milland dans «Le crime était presque parfait» (1954). Cette oeuvre marque sa rencontre avec Alfred Hitchcock, dont on sait qu'elle devint le fantasme qu'il s'efforcera de poursuivre de film en film, même après la retraite de sa vedette préférée (Tippi HedrenTippi Hedren ne sera jamais rien d'autre que la réplique de Grace).

Toujours aussi séduisante en célibataire amoureuse, l'élégante blonde fait de bien fréquentes apparitions dans la chambre de James Stewart dont la «Fenêtre sur cour» (1954) permet au couple d'observer les agissements d'un voisin mal intentionné à l'égard de son épouse. Mais que faisait la censure cette année-là ?

William Holden nous paraît plus attentionné que ne l'exige la courtoisie envers «Une fille de la province» (1955), Grace qui, traitreusement dénigrée par son manipulateur de mari, fait semblant de ne pas comprendre. Si le choix de Bing Crosby pour compléter le trio ne nous semble pas des plus heureux, les membres de l'Academy of Motion Pictures surent dénicher sous la tenue austère de son épouse tout le talent de l'actrice à laquelle ils accordèrent l'oscar de la meilleure interprète féminine (1956).

Aventures sud-américaines pour Stewart Granger, à la recherche de «L'émeraude tragique/Green Fire», à laquelle il préfèrera les bras fraîchement libérés de Grace Kelly, une épouse de colon qui n'hésita pas à devenir veuve afin de pouvoir l'accueillir sans que la morale ne trouve à y redire. L'oeuvre ne fut pas le plus beau joyau de la carrière de notre vedette.

Plus discrète en épouse de soldat, cette dernière assure le repos de son guerrier de mari, William Holden, en pleine Guerre de Corée avant que celui-ne s'envole pour faire sauter «Les ponts de Toko-Ri» (1955), une mission dangereuse dont il ne reviendra pas. Militaires et armements sont le véritable sujet de ce film où l'actrice a du mal à faire sa place.

Le commissaire René Blancard ne désespère pas de pouvoir mettre enfin «La main au collet» (1955) de Cary Grant, soupçonné d'être ce "Chat" qui déambule nuitamment à des fins malhonnêtes sur les toitures des beaux quartiers de la Côte-d'Azur. Bien que ce soit pour une tout autre raison, Grace Kelly nourrit envers le prétendu cambrioleur la même espérance. Dans une scène de cette oeuvre tournée en 1954 par Alfred Hitchcock sous le chaud soleil méditerranéen, Cary Grant confie le volant à sa partenaire pour une ballade périlleuse sur la route d'une corniche surplombant un célèbre rocher. A l'issue de leur folle virée, il lui déclare tout de go : "Dans le fond, vous êtres venus en Europe pour chercher un mari" !

La même année, Grace Kelly interprète une jeune fille de haute noblesse que sa mère destine au prince héritier de la Couronne affublé des traits forts communs du grand Alec Guinness. Au-delà d'une intrigue qui paraît être nouée de curieuses coïncidences, «Le cygne» n'offre d'intérêt que pour les inconditionnels de Grace, d'Alec Guinness et de "Point de vue (images du monde)". Le hasard faisant bien les choses, les premières américaine et française se donnèrent simultanément le 18 avril 1956…

En 1956, Grace Kelly fait sa dernière intrusion au sein d'une «Haute société» de carton-pâte dans une comédie musicale agréable, entourée de Bing Crosby et de Frank SinatraFrank Sinatra dans une nouvelle mouture cinématographique d'une pièce de Phillip Barry qui ne nous a pas fait oublier la précédente. Laquelle s'appelait «Philadelphia Story», c'est vous dire si le monde est petit !

"Et la douzième station ?" me direz-vous… Le jalon en sera planté, au sommet de la gloire, au moment où l'actrice cèdera définitivement la place à la souveraine…

"The Wedding of Monaco"

Grace KellyCe fut un beau mariage…

Est-il possible qu'au cours de l'été 1954, Rainier Louis Henri Maxence Bertrand Grimaldi n'ait pas rendu visite à l'équipe d'Alfred Hitchcock en plein tournage, sur ses terres, de «La main au collet» ? Si cette rencontre éventuelle sera souvent évoquée par les publicitaires de la Paramount, c'est avec plus de certitude lors du Festival de Cannes 1955 que l'actrice, assurant la promotion du même film, sera reçue par le Prince, sous l'objectif révélateur des photographes de Paris Match. Dans la cour du palais princier, "le plus beau parti d'Europe" reçoit la jeune femme, croisant les yeux bleus qui le chavirèrent et changèrent le destin d'un tout petit morceau de la planète. Sept mois plus tard, accompagné par son confesseur, le Rév.Père Tucker (op.cit.), il est reçu à Philadelphie par la famille Kelly à l'occasion des fêtes de Noël. Il profite de ce séjour pour solliciter la main de Grace-Patricia, qu'hier encore l'on voyait beaucoup en compagnie du couturier Oleg Cassini et qui le connaît à peine !

Certes, l'actrice estime avoir désormais satisfait toutes ses ambitions artistiques et songe depuis quelque temps elle-aussi à fonder une famille. Mais elle est encore sous contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer ; aussi accordera-t-on à la compagnie les droits du film officiel de la cérémonie de mariage, «The Wedding of Monaco» (1956). La déesse est à l'Olympe de son chemin de gloire. Ce n'est pourtant pas sans angoisse qu'elle embarque à bord du paquebot "Constitution" pour connaître la fin de son conte de fées. Le 12 avril 1956, le navire fait son entrée dans la baie de Monaco où l'attend un fiancé impatient.

Les 18 avril 1956 (op.cit.) devant monsieur le maire, et le 19 devant Dieu, les hommes et 1 600 journalistes, le prince épouse la roturière. Les télévisions de 9 pays européens retransmettent la cérémonie en direct tandis que les images filmées de la jeune princesse, pour l'occasion revêtue d'une robe dessinée par la costumière hollywoodienne Helen Rose et gracieusement offerte par la Métro, s'envolent immédiatement vers les Etats-Unis et le monde entier. Dès lors, la suite de la vie de Grace Kelly n'est plus du domaine de l'histoire du cinéma.

"Et maintenant, que vais-je faire ?"

Grace KellyPremier voyage officiel, aux USA (octobre 1956)

Au cours de ce qu'il faut bien appeler son “règne”, la Princesse Grace ne sombra pas dans une oisiveté facile. Elle multiplia ses activités dans bien des domaines, entreprenant en bonne maîtresse de maison, de redonner une beauté au palais princier et à ses dépendances territoriales. Comme beaucoup de "premières dames", elle s'impliqua dans de nombreuses oeuvres caritatives, tournées essentiellement vers l'enfance malheureuse et la vieillesse en souffrance. Présidente de la Croix Rouge Monégasque, elle sauva de la faillite l'association fondée par Joséphine Baker en lui permettant de s'installer à Roquebrune.

Malgré l'insistance réitérée d'Alfred Hitchcock, et bien qu'elle l'ait un temps envisagé (essais lumière pour «Marnie», 1962), Grace Kelly ne reviendra pas au septième art. Mais, dans le domaine culturel, elle sera à l'origine du Festival International des Arts, du Festival International du Cirque, du Festival de la Télévision et donna même naissance à un prix littéraire. Sur un plan plus personnel, elle s'adonna avec beaucoup de goût et de plaisir à la composition de tableaux floraux qu'elle signait d'une main médiocrement anonyme, "GPK". Plus prosaïquement, on la vit régulièrement remettre les prix aux vainqueurs successifs du célèbre Grand Prix de Formule 1.

Bien sûr, c'est surtout sa vie de famille (on ne présente plus Caroline, Albert et Stéphanie) qui fut, avec son époux, au centre des vingt six années de bonheur qu'il lui restait à vivre. Mais, au fond de son coeur, fut-elle véritablement heureuse au fond de sa prison dorée ?

Où étaient donc les fées !?

Le 13 septembre 1982, il devait faire extrêmement beau pour que les fées, pour une fois négligentes, préférassent aller s'allonger sur le sable blond de la plage du Larvotto plutôt que prendre place à bord du carrosse princier. Accompagnée de sa fille Stéphanie, Grace de Monaco quitte sa résidence estivale de Rocagel, au volant de sa Rover 3500, pour regagner le palais. Dans la descente de La Turbie, un virage anarchiste tend un piège aux deux passagères, qui se révèlera fatal pour la conductrice dont le décès ne sera officialisé que le 14 septembre.

Le soir même de sa mort, un journaliste d'une chaîne de télévision publique française commentait la nouvelle en qualifiant Grace Kelly de princesse d'opérette. Tous ceux qui, comme nous, sont attachés à la liberté de la presse au point de se dire "Charlie" aujourd'hui, se posèrent la question de savoir si le tragique du moment n'imposait pas quelques journées de respect. Le Président de la République Française d'alors, François Mitterrand, en son temps représentant officiel du gouvernement français lors du fameux mariage, fut de cet avis.

Documents…

Sources : «Grace, star et princesse», édition S.I.P.E. (1982), «Grace Kelly, l'incroyable destin», documentaire de Thomas Briat (2014), «Grace Kelly, princesse de Monaco», de Frédéric Mitterrand (2007), plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Elle est la femme la plus féminine que je connaisse depuis Carole Lombard!"

Clark Gable
Christian Grenier (février 2015)
Ed.7.2.2 : 17-2-2016