Maria MONTEZ (1912 / 1951)

… la reine de nos mille et une nuits…

…la reine de nos mille et une nuits… Maria Montez

Maria Montez, beauté exotique s'il en fut, promena sa belle silhouette aux allures orientales dans une foultitude de films d'aventures, genre duquel Hollywood ne lui offrit guère l'occasion de s'évader.

Alors, devenue l'heureuse épouse de l'un de nos plus charmants comédiens français, Jean-Pierre Aumont, elle quitta La Mecque américaine pour venir fouler notre sol hexagonal après avoir eu l'heureuse idée de mettre au monde la délicieuse Tina.

Il ne nous en faut pas plus, cinéphiles aux fantasmes faciles, pour lui être éternellement reconnaissants.

Christian Grenier

Une enfance bourgeoise…

Maria MontezMaria Montez

Maria Gracia Antonia “Africa” Vidal de Santos Silas (j'espère n'avoir rien oublié dans la version la plus longue de son patronyme !) est née le 6-6-1912… Enfin… Pour le 6 juin, tout le monde est d'accord. C'est pour l'année qu'il y a des divergences, celle-ci, au hasard des biographies, s'étalant de 1912 à 1920. Néanmoins, l'année 1912 semble la plus probable.

Toujours est-t-il que l'événement se produisit à Saint-Domingue, où le papa exerçait l'honorable profession d'exportateur de bois, alourdie du titre honoraire de consul d'Espagne, accompagné de son épouse et de sa nombreuse progéniture: Maria Antonia (…) est la deuxième fille d'une colonie de 10 enfants.

Dans ce milieu aisé, c'est une nécessité de bien élever les jeunes filles. Quoi de plus respectable que le couvent pour parfaire cette éducation bourgeoise ? Un couvent (de Tenerife en l'occurrence, mais tous les couvents font l'affaire…) dont la jeune adolescente ne devait pas tarder à sortir (1932) pour épouser le représentant de la First National Bank en République Dominicaine, l'Irlandais, William McFeeters, dont elle divorcera en 1939.

Les débuts chez Universal…

Maria MontezMaria Montez

A la recherche d'une carrière artistique - on put la voir sur scène à Belfast, un peu partout comme modèle - la jeune femme voyage intensément, jusqu'au jour où, de passage à Hollywood (tout à fait par hasard, je vous le jure), elle se fait remarquer par un talent-scout de la compagnie Universal. Adoptant le pseudonyme de Maria Montez (en hommage à la danseuse Lola Montes), elle s'engage dans la voie royale. Son contrat septennal, le minimum syndical de l'époque, lui vaut de faire sa première apparition à l'écran dès 1940 dans «The Invisible Woman» (si, si, on la voit… Pas longtemps, mais on la voit !).

Très remarquée en 1941 dans «That Night in Rio», aux côtés de Don AmecheDon Ameche et Carmen MirandaCarmen Miranda, la jeune fille a le pied (d'ailleurs fort joli) à l'étrier. Rapidement, ses origines étrangères la confine dans des rôles exotiques où la beauté de ses épaules, aussi légendaire que celle des jambes de Cyd Charisse, et son accent dominicain font merveille.

Partenaire d'acteurs spécialisés dans les films d'aventures orientales, comme SabuSabu, Jon Hall ou Turhan Bey, Maria Montez se promène, transformée en blonde, dans le technicolor de notre petite enfance comme un poisson (jaune, hélas) dans l'eau du Gange.

En 1942, «The Mystery of Mary Roget» lui permet de s'évader de ces décors de pacotille pour apparaître dans l'univers inquiétant d'Edgar Allan Poe. Mais l'escapade sera sans lendemain.

Les mille et une nuits (et autres “merveilles”)…

Maria Montez"lobby card" américaine

Ainsi donc, Maria Montez acquiert ses galons de vedette dans des films comme «Arabian Nights/Les mille et une nuits» (1942), «White Savage/La sauvagesse blanche» (1943), «Cobra Woman/Le signe du cobra» (1944), «Ali Baba and the Forty Thieves/Ali Baba et les quarante voleurs» - pas celui avec Fernandel, bien entendu - , «Sudan/Soudan» (1945), «Tangier/Tanger» (1946), toute une série de bandes de série “B”, dépassant rarement les 76 minutes.

Mais pourquoi toutes ces apparitions nous la font aujourd'hui considérer comme une star du cinéma hollywoodien ? Sont-ce les décors de carton-plâtre de ces oeuvres qui symbolisent un certain cinéma d'outre-Atlantique, celui de l'apparence et des faux-semblants ?

Quoi qu'il en soit, la beauté de la principale interprète, plus que son talent d'actrice, a gravé ces images au plus profond de nos mémoires de cinéphiles encore insuffisamment avertis.

Au voleur !

Nous ne fûmes pas les seuls à faiblir sous le charme de la jolie Maria. Exilé à Hollywood, un jeune acteur français, Jean-Pierre Aumont, en tournage sur le plateau de «Cross of Lorraine» (1943) avant de partir poursuivre - dans les F.F.L, pour de vrai cette fois - la guerre sur le sol natal, tombe amoureux de l'objet de notre attention. Le couple se marie à Hollywood le 13 juillet 1943. Il aura une fille, Maria Christina (14-2-1946), qui connut plus tard une certaine notoriété sous le nom de Tina Aumont.

La même année, Maria Montez reçoit la Médaille de l'ordre de Juan Pablo Duarte et de l'ordre de Trujillo par le “dictateur de la République Dominicaine” (c'est possible? Hélas oui…), Rafael Leonidas Trujillo.

En 1945, Jean-Pierre Aumont revient de guerre. Son épouse refuse alors le film que lui propose Universal, «Frontier Gal». Il se fera avec Yvonne De CarloYvonne De Carlo, mais la compagnie se souviendra de ce refus lorsqu'il s'agira, en 1947, de renouveler le contrat de l'actrice.

En Europe…

Maria MontezMaria, Jean-Pierre et Tina

En 1948, les jeunes mariés tournent leur premier film en commun, «Siren of Atlantis/L'Atlantide». Maria est alors une actrice indépendante, et le film est diffusé par United Artists.

Déçue de la tournure de sa carrière hollywoodienne, l'actrice cède aux instances de son mari et la famille s'installe en France, dans la banlieue parisienne. Le premier (et unique) film français interprété par les deux conjoints est réalisé par le frère de Jean-Pierre, le réalisateur François Villiers: «Hans le marin» (1948). Maria enchaîne rapidement avec un second film français, «Portrait d'un assassin» (1949).

En 1951, Maria Montez fait sa première véritable apparition au théâtre dans une pièce écrite par son époux, «L'île Heureuse». Le couple se retrouve peu après sur le plateau d'une production italienne, «La vendetta del corsario». Ce film devait être son dernier…

Un terrible accident…

…Car, le 7 septembre 1951, Maria Montez se noie dans sa baignoire à la suite d'une défaillance cardiaque. Les médecins s'accordent à dire que la température élevée de son eau de bain fut à l'origine d'un choc thermique. Jean-Pierre Aumont mettra longtemps à se relever de ce drame.

Et nos nuits ne furent plus tout à fait les mêmes…

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je suis venue en France pour y trouver l'amour"

Christina De Rinck (extrait d'un dialogue mis dans la bouche de Maria Montez par Charles Spaak dans «Portrait d'un assassin», 1949)
Christian Grenier (mai 2004)
Ed.7.2.2 : 20-2-2016