Maria MONTEZ (1912 / 1951)

… la reine de nos mille et une nuits…

…la reine de nos mille et une nuits… Maria Montez

Maria Montez, beauté exotique s'il en fut, promena sa belle silhouette aux allures orientales dans une foultitude de films d'aventures, genre duquel Hollywood ne lui offrit guère l'occasion de s'évader.

Alors, devenue l'heureuse épouse de l'un de nos plus charmants comédiens français, Jean-Pierre Aumont, elle quitta La Mecque américaine pour venir fouler notre sol hexagonal après avoir eu l'heureuse idée de mettre au monde la délicieuse Tina.

Il ne nous en faut pas plus, cinéphiles aux fantasmes faciles, pour lui être éternellement reconnaissants.

Christian Grenier

Article non signé, paru dans la revue Paris-Cinéma du 10-9-1946

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Jean-Pierre Aumont a amené à, Paris Maria Montez, sa jeune femme. Tous deux prennent leur petit déjeuner dans un petit boudoir fleuri de roses et d'orchidées.

Il est très tôt. Maria sort du bain. Aucun maquillage ne farde sa peau mate, ses lèvres charnues, ses yeux noisette.

Elle a rapidement rejeté en arrière ses cheveux auburn, séparés au milieu par une raie. Avec un accent sud-américain très prononcé, en hésitant un peu, mais en un français très compréhensible, elle raconte…

"- Je suis née à Saint-Domingue, aux Iles Caraïbes, dont le ciel bleu foncé semble refléter les tons des trois mers qui les baignent, ciel des Antilles, uni, calme, brillant. J'ai parcouru bien des pays, l'Irlande au plafond gris, constamment nuageux, au travers duquel on cherche vainement un coin d'azur. L'Espagne dont la voûte céleste brille des lumières du soleil, sur un fond pervenche plus clair que celui de l'Amérique du Sud, mais aussi uniformément bleu. Là, comme aux Antilles, au Mexique ou en Californie, la terre paraît si éloignée des cieux que l'on se sent tout petit lorsque l'on circule dans les avenues et les boulevards. Le ciel est si haut que l'on n'y pense même pas, et que l'on ne se donne pas la peine de lever la tête pour le regarder.

Lorsque je suis arrivée à Paris, la voiture qui nous conduisait à l'hôtel remontait les Champs-Élysées.

A la hauteur de l'avenue George V, nous sommes descendus un instant parce que Jean-Pierre voulait que j'admire le coucher de soleil derrière l'Arc de Triomphe.

C'est là que j'ai ressenti une impression inoubliable. Il m'a semblé tout à coup que j'avais grandi. Le ciel était bleu pâle et rose, d'un mélange de tons que je n'avais jamais encore vu (il paraît que seul le ciel de l'Île-de-France est ainsi). Le soleil était orange et jetait des rayons d'or (on aurait dit de l'or pur) derrière le monument.

Il m'a paru alors que j'étais tout près du ciel, que je n'avais qu'à m'élever un peu. qu'à grimper simplement sur une très longue échelle pour l'effleurer.

J'ai cru que j'allais pouvoir toucher le fond du ciel. Jamais nulle part encore je n'avais pensé qu'il pût être si proche des humains.

4

Je suis restée à le contempler avec une sorte de ferveur mystique que je ne me connaissais pas, et je répétais toujours : "Le ciel de Paris… Le ciel de Paris… Le ciel de Paris…"

Anonyme
Ed.7.2.2 : 20-2-2016