Micheline PRESLE (1922)

… la vie et rien d'autre

Micheline Presle

Peu nombreux sont les cinéphiles qui se souviennent que, à la tombée des années quarante, Micheline Presle était l'une des plus grandes vedettes du cinéma français.

En 1949, fraîchement sortie de l'incarnation de l'héroïne de Guy de Maupassant, «Boule de Suif», elle a même le rare privilège de pouvoir choisir sujet et partenaires pour honorer son contrat suivant, «Le Diable au Corps», d'après un roman de Raymond Radiguet.

Les années cinquante s'annoncent donc prometteuses lorsque la jeune actrice rencontre et épouse le réalisateur américain William Marshall. Dans cette union dont elle veut retenir le bonheur (que nous partageons) d'avoir mis au monde la petite Tonie Marshall, l'actrice met en gage son avenir. Si l'on ne refait pas l'histoire, on peut - davantage que l'intéressée - avoir le regret des beaux rôles qui lui furent ainsi interdits.

Mais commençons par le commencement…

Christian Grenier

Enfance et jeunesse…

Micheline PresleMicheline Chassagne

Micheline Chassagne est née le 22-8-1922, à Paris, dans le quartier Montparnasse. Fille d'un important agent de change et d'une jeune femme tout imprégnée de culture et peintre de talent, la fillette connaît une enfance que l'on peut qualifier de bourgeoise.

Elle est encore très jeune lorsque sa mère lui fait découvrir le cinéma. De ces sorties du samedi, la petite Micheline ramène un désir profond de jouer la comédie, obligeant son petit frère ou ses amis de vacances à admirer ses pirouettes enfantines.

Elle n'a que douze ans lorsque, inquiets de l'évolution de son caractère, ses parents décident de l'inscrire au couvent de Notre Dame de Sion. Les cornettes survivantes s'en souviennent encore !

En 1936, afin de canaliser son énergie, sa mère lui fait suivre les cours de danse rythmique d'Irène Popard. Mais la jeune fille poursuit son rêve d'enfant et n'a qu'un désir: jouer la comédie…

Débuts au cinéma…

Micheline Presle«Paradis perdu» (1939)

En 1938, grâce à l'intervention de son parrain, ami du réalisateur Christian Stengel, elle fait ses débuts à l'écran sous le nom de Micheline Michel dans «Je chante», une simple figuration aux côtés de Charles Trénet. Toutefois, un article du numéro 80 de Votre cinéma (1946) précise: "On ne la vit pourtant pas paraître. Mme. Chassagne dû au dernier moment excuser sa fille. Micheline avait la jaunisse. L'émotion,sans doute !". Se peut-il que toutes les filmographies du monde soient fausses? Peut-être pas, car notre collaboratrice, Donatienne, nous dit l'avoir reconnue, jeune fille en écharpe écossaise.

La même année, elle se présente au concours d'entrée au Cours Raymond RouleauRaymond Rouleau. Il y eu ce jour-là deux admissions : M.Serge ReggianiSerge Reggiani et Mlle. Chassagne. Celle-ci est rapidement remarquée par un adjoint du réalisateur Georg Wilhelm PabstGeorg Wilhelm Pabst, qui la retient pour son prochain film, «Jeunes filles en détresse». “Fille” du grand André Luguet et de Marcelle Chantal, Micheline tient son premier rôle important, qui lui vaut le Prix Suzanne Bianchetti 1939 des jeunes espoirs. Sur les conseils d'André LuguetAndré Luguet, la jeune actrice adopte le nom de son personnage pour pseudonyme.

En cette même année 1939, elle enchaîne avec le film d'Abel Gance, «Paradis perdu», où elle côtoie Fernand Gravey. On l'entend alors chanter pour la première fois (dans «Je chante», il ne vous aura pas échappé que ce n'était pas elle qui chantait !).

Micheline Presle est devenue, en l'espace de deux films, une actrice connue, tandis que les nuages commencent à s'amonceler, principalement du côté des Vosges…

Les grand rôles…

Micheline Presle«Boule de suif» (1945)

1940. Marcel L'herbier engage Micheline désormais Presle pour son film «La comédie du bonheur». Les vedettes principales sont masculines: Michel SimonMichel Simon, qui lui laissera un souvenir impérissable, et l'ancien concurrent de Rudolph Valentino, Ramon NovarroRamon Novarro, qui finit doucement sa carrière.

Mais l'exode repousse notre héroïne sur la Côte d'Azur, où Marc Allégret l'engage pour «Parade en sept nuits».

La situation parisienne se stabilise. Micheline Presle rejoint la capitale et Marcel L'Herbier pour interpréter «La nuit fantastique» et retrouver Fernand Gravey. Quelques tentatives théâtrales - avec Bernard Blier ou François Périer - tournent court et la jeune actrice apparaît dans le second film réalisé par Pierre Blanchar, «Un seul amour».

A la fin de la guerre, Raymond Rouleau, son premier maître, lui donne la réplique, sous la houlette de Jacques Becker, dans l'admirable «Falbalas», un film situé dans les milieux de la haute couture. L'année suivante, Micheline Presle incarne le personnage qui deviendra le symbole de sa jeune carrière, «Boule de suif», créé par Guy de Maupassant. Cette demoiselle de peu de vertu, qui fait voyage avec quelques bourgeois, se montre finalement plus honorable et patriote que ceux qui la méprisent. Plus de doute, Micheline Presle est l'étoile montante du cinéma français.

En 1946, elle rencontre le producteur Paul Graetz, qui l'a vue dans «Falbalas». Celui-ci lui propose un contrat pour un prochain film, lui laissant des options sur le choix du sujet, du metteur en scène et de son partenaire principal. Elle charge le scénariste Pierre BostPierre Bost de lui trouver un sujet. Ce sera l'adaptation du roman de Raymond Radiguet, «Le Diable au corps», réalisé par Claude Autant-Lara, et dans lequel elle a pour partenaire le jeune Gérard Philipe, qu'elle a vu au théâtre dans «Une grande fille toute simple».

Une carrière américaine…

Micheline PresleTyrone Power et Micheline Presle

Devenue Micheline Lefort pour l'état civil, après son mariage avec un jeune homme d'affaires, Michel Lefort, la jeune actrice tourne un film intéressant de Jean Delannoy, «Les jeux sont faits».

Micheline Presle, qui a signé un contrat avec un producteur hollywoodien, traverse l'Atlantique. Les journaux de l'époque relèvent que l'époux américain de Michèle Morgan, William Marshall, - un obscur réalisateur de cinéma (à lui les petites Françaises) - se montre un chevalier plus que servant auprès de la nouvelle vedette. Mais le film hollywoodien ne se fait pas - on peut lire que Micheline refusa de tourner avec Tyrone Power dans «Prince of Foxes» - et la dame rentre en France et en Italie pour rejoindre Marcel L'herbier, Georges Marchal et «Les derniers jours de Pompéi».

En 1949, après avoir croisé à nouveau celui de Gérard Philipe dans «Tous les chemins mènent à Rome», elle s'installe enfin à Hollywood où elle épouse en secondes noces le réalisateur… William Marshall!

Pour son premier film américain, «Under My Skin», elle partage la vedette avec le rebelle John Garfield. Ironie du sort, son prochain partenaire n'est autre que… Tyrone Power dans un film réalisé par Fritz Lang, «American Guerilla in the Philippines». Enfin, son réalisateur de mari l'entraîne dans «La taverne de la Nouvelle Orléans» où elle à l'occasion de trinquer avec le grand Errol Flynn, un homme qu'elle qualifiera de "grand seigneur", mais qui a déjà entamé sa déchéance alcoolique.

De William Marshall, Micheline Presle ne garde aujourd'hui qu'un seul grand souvenir, la naissance de la petite Tonie Lee, plus connue sous le nom de Tonie Marshall, récente réalisatrice des films «Vénus Beauté (Institut)» et «France Boutique».

Retour en France…

Micheline Presle«Les saintes chéries»

En 1952, Micheline Presle rentre en France. Mais plus rien ne sera jamais comme avant… Certes, «L'amour d'une femme», réalisé par Jean Grémillon, lui offre un rôle intéressant. Le film suivant, «Villa Borghese», lui permet de retrouver Gérard Philipe dont elle fut la plus fréquente partenaire. Je n'ai pas vu «Les louves», de Luis Saslavsky, un échec commercial dont elle dit le plus grand bien.

Micheline, renouant avec le cinéma italien, est la partenaire de Marcello Mastroianni («Casa Ricordi», 1954) et Gino Cervi («Beatrice Cenci», 1956). Mais ni «Les impures», ni «Bobosse» ne laisseront une grande trace.

Les premiers rôles se font de plus en plus rares. Mais l'actrice a la joie de donner la réplique à Jean Gabin ( «Le baron de l'écluse», 1961) et à Paul Newman («The Prize», 1963). Petit à petit, Micheline Presle s'éloigne du grand écran, tandis que le petit lui offre 3 fois 13 épisodes de la fameuse série de Nicole de BuronNicole De Buron, «Les saintes chéries», où elle forme un couple célèbre avec le regretté Daniel Gélin.

Et pourtant…

Ces dernières années…

Micheline PresleMicheline Presle (2003)

Et pourtant, Micheline Presle n'a pas encore atteint la moitié de sa carrière cinématographique!

En effet, dès l'aube des années 70, la comédienne apporte son soutien à de nouveaux réalisateurs. Guy Gilles, Claude d'AnnaClaude d'Anna, Pierre Lary, Nelly KaplanNelly Kaplan, Jacques Davila, Christian Paureilhe… et plus tard, bien sûr, les films de Tonie Marshall.

De cette carrière d'actrice de second plan, on peut détacher, pour ne citer que quelques titres, «Le Diable dans la boîte» (Pierre Lary, 1976), «En haut des marches» (Paul Vecchiali, 1983), «Beau temps mais orageux en fin de journée» (Gérard Frot-Coutaz, 1985), «Casque bleu» (Gérard Jugnot, 1993), «Pas très catholique» (Tonie Marshall, 1993, un court rôle dans un film remarquable), «Vénus Beauté (Institut)» (Tonie Marshall, 1998), etc.

Signalons également sa carrière théâtrale («Tucaret» en 1973, «Lily Lamont» en 1988, «Gigi» en tournée avec Françoise Fabian, etc) et la parution, en 1994, d'un recueil de conversations intitulé «L'arrière-mémoire».

C'est avec beaucoup de plaisir que les vieux cinéphiles ont accueilli le César d'honneur qui lui fut attribué en 2004 pour son apport à l'art cinématographique français.

Micheline Presle a toujours refusé de vivre dans son glorieux passé. Elle ne doit donc pas être femme à avoir le moindre regret. Qu'elle me permette d'en avoir un pour elle : celui de ne pas l'avoir vu jouer dans tous les films qu'elle aurait tournés si, à l'aube des années cinquante, elle n'avait pas décidé de partir pour les États-Unis.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

""Je ne me complais pas dans la nostalgie. Je vis au présent""

Micheline Presle
Christian Grenier (septembre 2004)
Ed.7.2.2 : 22-2-2016