Carmen SEVILLA (1930)

Article de Paule Corday-Marguy, paru dans le N° 375 de la revue "Mon Film" (28-10-1953)

Vingt-deux ans, belle et charmante par surcroît, Carmen Sevilla est unanimement appréciée et aimée sur le plateau où elle tourne "La Belle de Cadix".Ses coéquipiers espagnols l'entourent et manifestent leur sympathie pour notre journal.

Autour d'elle, outre Luis Mariano, nous retrouvons des acteurs de talent: Jean Tissier, Claude Nicot et Thérèse Dorny.

Des paroles aux actes…

Carmen SevillaCarmen Sevilla

"Mes parents habitent Madrid, mais je suis née à Séville.

- Que fait votre papa ?"

Carmen Sevilla cherche sa phrase. Son interprète et librettiste espagnol José-Maria Ochoa, trouve, pour lui venir en aide, une expression dont je vous laisse savourer le pittoresque :

- Son papa, il fait le mot de la chanson…

- Cela s'appelle un parolier, dit une voix à la cantonade. Il est célèbre à Madrid et travaille sous différents pseudonymes.

- Des chansons de son père au théâtre, pour sa ravissante fille, il n'y avait qu'un pas.

- Toute jeune, j'ai travaillé le chant et la danse, reprend Carmen Sevilla, mais je vous demande, madame, de ne pas juger ma voix sur les horribles enregistrements que vous venez d'entendre.

En effet, Carmen Sevilla n'a rien de commun avec les disques d'essai que nous venons de subir.

Henry de Montherlant a écrit sur l'Espagne un livre humoristique où il insiste sur la “familia”, continue l'actrice. Je n'ai que deux frères.

- Plus âgés que vous ?

- Plus jeunes, Antonio et Joseph. Le premier s'occupe de photographie, le second de prise de vues cinématographiques. Tous deux travaillent auprès de moi, dans «La belle de Cadix», et je serais très heureuse, à ce propos, si vous vouliez bien nommer, dans votre article, mon metteur en scène espagnol…

- Pourquoi pas ?

-Je vous présente Eusebio F.Ardaviu, qui veille sur moi autant que ma propre mère.

- Je m'excuse, mademoiselle, mais nous en étions encore à la famille…

- Nous habitons à Madrid, juste en face du Palais Royal.

- Vous avez un jardin ?

- Mieux que cela. Nous jouissons du parc, de tout le bois, qui est immense. De notre balcon nous embrassons du regard ce Palais magnifique, nous respirons l'air pur de ses arbres. Nous avons même tourné les scènes d'un film dans ce charmant décor naturel.

- Chantez-vous les chansons de votre père ?

- En Espagne, oui.

Hommage à Paris

- Est-il vrai, mademoiselle, que vous êtes fiancée avec votre partenaire Luis Mariano ?

La jeune fille secoue la tête avec douceur, et en souriant.

- Non, ce sont les journalistes qui nous ont fiancés.

- Pourtant…

- C'est un camarade très affectueux, très gentil avec moi, mais nous ne sommes pas fiancés, confirme la chanteuse.

- N'avez-vous pas un autre amour ?

Carmen Sevilla se tourne vers José-Maria Ochoa et, avec sa main, mime les battements du cœur, en lui expliquant en espagnol ce qu'elle lui demande de traduire.

- Elle vous fait dire, transmet l'interprète, que son cœur ne bat pour personne. Qu'il est libre…

-Vous n'avez pas encore rencontré le grand amour ?

- Pourtant j'ai fait de grands voyages : l'Amérique du Sud, où j'ai été très applaudie; le Mexique, où j'ai tourné deux films…

- Et pas un homme ne vous a conquise ?

- Mon cœur bat pour Paris, avoue soudain l'exquise jeune fille en découvrant des dents éclatantes.

Mais je ne vous l'ai pas encore assez décrite, ou dépeinte, si vous aimez mieux.

Carmen Sevilla a des cheveux châtain foncé. Ses yeux sont très noirs. Son regard est très franc et très tendre en même temps. Elle tourne, en ce moment vêtue d'un costume de gitane, jupe à fleurs doublée d'un jupon brodé qui fait la jupe plus aérienne. Deux peignes, l'un vert et l'autre blanc, retiennent son chignon du côté droit. Sur l'oreille gauche, cieux roses rouges. Sur son front, un accroche-cœur très espagnol, bien lustré et fixé par le cosmétique ; aux oreilles, des anneaux.

- En or, vos boucles d'oreilles ?

- Non ! On les a fabriquées en Espagne, dans une maison où l'on fait ces ornements gracieux mais sans valeur, pour les assortir aux costumes. Elles sont seulement typiques…

… Savez-vous quelle est la réplique que je trouve la plus jolie, dans ce film ?

- Je ne demande qu'à la connaître…

- "Je n'ai jamais tant travaillé de ma vie, parce que les gitans ne travaillent que lorsqu'ils n'ont rien à faire"

- Alors, que faites-vous, pendant vos vacances ?

- Je n'en prends jamais. Je n'ai jamais le temps. Si je ne me plains pas du travail, c'est que j'ai un amour si grand pour mon métier que je lui sacrifie même l'art des loisirs.

- Vous me disiez également que vous êtes éprise de Paris…

- Éperdument ! ponctue la jeune comédienne.

- Qu'est-ce qui vous y charme ?

- Tout, la cuisina… quelle cuisina ! (Elle dit “couisina”, et n'en est que plus charmante). La cuisina de France, ça, c'est quelque chose !

- Vous aimez souper dans les grands restaurants ?

- Les grands, les petits… J'aime visiter les monuments, les vieilles rues de Paris dont je me fais traduire les noms. Mais j'ai si peu de temps !

- Tellement peu ?

- Pensez donc : le chant, la danse, les leçons de français, de diction, les répétitions… Dés que j'ai un instant, je me hâte d'admirer les collections de haute couture. Ma maman me suit partout. Elle est très gentille avec moi.

- Si vous aimiez, seriez-vous jalouse ?

- Un petit peu… au moins, répond la ravissante vedette. Et se tournant vers son interprète ↔

-S'il n'y a pas de jalousie, il n'y a pas bon.

Elle a voulu dire : "S'il n'y a pas un peu de jalousie, c'est que l'on n'aime pas."

Paule Marguy
Ed.8.1.2 : 22-2-2016