Shirley TEMPLE (1928 / 2014)

… poupée de son, poupée de cire…

…poupée de son, poupée de cire… Shirley Temple

Enfant précoce, davantage que prodige, du cinéma américain, Shirley Temple enthousiasma un temps les coeurs les plus sensibles de la face occidentale de notre planète par ses mimiques enjôleuses et ses enthousiasmes juvéniles au fil de la vingtaine de bandes de nitrate sur lesquelles sont gravées les marches essentielles de son ascension vers la gloire.

Car, papillon aux ailes brûlées, comme il arrive souvent aux artistes en herbe, la fillette ne sut pas annoncer l'adolescente qu'elle allait devenir à un public qui n'aurait pas voulu la voir grandir si vite. Ou peut-être que le charme frivole que dégageait l'insouciante gamine n'avait plus rien d'exceptionnel à l'âge ou les toutes les jeunes filles découvrent qu'elles sont capables de séduire.

Alors, étoile au destin de comète, c'est avec la même précocité que la jeune Shirley éteignit ses dernières lumières.

Christian Grenier

poupée de cire…

Shirley TempleShirley Temple et Baby LeRoy

Née le 23-4-1928 à Santa Monica, une banlieue hollywoodienne, la jeune Shirley Temple demeure à ce jour la plus célèbre des enfants-étoiles du cinéma “occidental”.

Troisième enfant de Gertrude, mère au foyer, et George Temple, directeur d'une succursale de la Banque de Californie, l'enfant fait preuve très tôt d'une telle propension à sourire qu'on lui octroie rapidement les surnoms de “Smile” (sourire) ou “Dimples” (fossettes), un terme qui sera repris comme titre de l'un de ses films.

Dans le journal familial, on peut lire que la petite Shirley, dès 3 ans, s'amusait à reproduire les pas de danse qu'elle avait vu effectuer par Joan Crawford sur un écran de cinéma. Elle pratique également la chanson avec talent et devient très rapidement célèbre dans son quartier par la grâce de ses facilités artistiques.

Nous ne sommes pas loin de Hollywood, et le succès de la poupée de "son" parvient rapidement aux oreilles d'un directeur de la Fox. Après quelques hésitations, les parents acceptent que leur fillette apparaisse au cinéma, exigeant néanmoins que maman Gertrude puisse l'accompagner sur les lieux de tournage.

Poupée de son !…

Shirley Temple«The Little Colonel» (1935)

Ne vous imaginez pas que le talent de la fillette va s'imposer rapidement à l'esprit des producteurs de la Fox. Pendant deux ans, elle n'apparaît essentiellement que dans des courts-métrages. Elle fut un temps sollicitée par la MGM pour apparaître dans la fameuse série «Our Little Rascals/Les petites canailles», mais la Fox refusa le prêt de sa jeune vedette.

Il faut attendre 1934 et «Stand Up and Cheer» pour la voir tenir un rôle véritable dans un film de long métrage. Curieusement, La Fox va “prêter” Shirley à la Paramount pour le tournage de deux films , «Little Miss Marker» et «Now and Forever», dans lequel elle partage la vedette avec Gary Cooper et Carole Lombard.

Cette fois, ca y est, l'étoile Shirley est en orbite, avec retour du vaisseau sous l'influence de la planète Fox. Les journaux du monde entier parlent de la fillette…

La gloire à 6 ans…

L'essentiel de la carrière de Shirley Temple se situe entre 1934 et 1939.

Outre les films cités, la vedette apparaît dans «Baby Take a Ball/La petite Shirley», «The Little Colonel», «Our Little Girl», «The Littlest Rebel», «Poor Little Rich Girl», «Heidi, la petite sauvageonne», «The Little Princess». Hollywood et le reste du monde se mettent à sa taille !

Mentionnons également «Curly Top/Boucles d'or», puis «Wee Willie Winkie/La mascotte du régiment», mis en scène par John Ford, et dans lequel on n'a pas hésité à changer le sexe du personnage principal par rapport au roman originel.

Le monde entier connaît l'actrice aux jupettes courtes dont les cachets montent en flèche. Mais maman tient bien les cordons de la bourse et c'est papa qui garde la banque ! Hélas, la notoriété a ses inconvénients, parmi lesquels les menaces d'enlèvement, qui amènent la famille à engager des policiers privés pour la garde personnelle de la jeune enfant.

“Has been” à 17 ans…

Shirley TempleShirley Temple adolescente

Ce qui pouvait amuser dans les mimiques d'une gamine de 6 ans devient plus difficilement supportable de la part d'une jeune actrice aux abords de l'adolescence. Le tournant de la carrière de Shirley se situe après la sortie de «The Blue Bird (1940)» dont les gazouillements ne surprennent plus personne. La Fox va donc le laisser s'envoler sous d'autres cieux hollywoodiens, ceux de la MGM ou de producteurs indépendants comme Edward SmallEdward Small ou David O.SelznickDavid O.Selznick.

Shirley a grandi et tient son premier rôle d'adulte dans «Since You Went Away» (1944). L'année suivante, âgée de 17 ans, elle épouse le jeune acteur John Agar. En 1948, le couple participe au film de John Ford, «Fort Apache», et donne naissance à une petite fille, Linda. Mais le mariage tourne court, et le divorce est prononcé dès 1950.

Shirley a compris que sa carrière était terminée. En 1949, à l'âge de vingt et un an, elle tourne son dernier film, «A Kiss for Corliss», qui confirme sa décote. Toujours en avance sur le temps, la voici qui prend déjà sa retraite (artistique) !

En 1952, elle épouse Charles Black - un homme d'affaires qui n'a jamais vu un seul des films de son épouse ! - et donne un frère et une sœur à Linda.

Mrs Temple…

Mère de famille accomplie, Shirley Temple revient dans l'actualité par ses activités politiques. Nommée, en 1969, déléguée des États-Unis aux Nations Unies par le président Nixon, la voici, entre 1974 et 1976, ambassadrice des États-Unis au Ghana. En 1989, elle tient le même poste en Tchécoslovaquie.

Shirley Temple est toujours présente dans le cœur des vieux cinéphiles, qui ne l'ont pourtant connue que plusieurs années après son retrait de la carrière. La magie perdure au-delà des générations. Si les enfants d'aujourd'hui n'ont plus leur poupée de cire Shirley Temple, celles-là sont encore très recherchées par les collectionneurs. Tapez Shirley Temple Doll sur le portail américain du site d'enchères ebay et vous m'en direz des nouvelles !

Documents…

Sources : revue «Visages et contes du cinéma : Shirley Temple, sa vie, ses films», Imdb, quelques images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas gardé trace de l'origine.

Citation :

"J'ai cessé de croire au Père Noël à l'âge de six ans. Ma mère m'avait emmené le voir dans un grand magasin et il m'a demandé un autographe !"

Shirley Temple
Une petite princesse…
Christian Grenier (février 2005)
Shirley super little girl

Pendant que Shirley devait tourner avec d'autres enfants et qu'elle attendait d'être appelée en scène, une petite fille s'était éloignée de quelques pas de ses camarades.

On tournait un extérieur, près d'une ligne de chemin de fer, et une locomotive devait prendre part à l'action.

La locomotive faisait machine en arrière sur la voie et le mécanicien, que le tender empêchait de voir derrière lui, ne pouvait apercevoir l'enfant qui se trouvait au milieu des rails et qui ne s'apercevait pas que la lourde machine allait l'écraser.

Shirley, qui s'était élancée a la recherche de sa camarade, eut conscience du danger. Elle comprit en une seconde que, même si elle avait crié, la locomotive n'aurait pu s'arrêter à temps. Elle comprit également quelle était la façon - la seule - de sauver sa petite camarade. Se précipitant d'un bond sur les rails, elle jeta à terre d'un coup d'épaule sa petite camarade et s'étendit à côté d'elle. La locomotive et le tender passèrent sur les deux petits corps sans leur faire aucun mal, au milieu des cris d'horreur de tous ceux qui assistaient à l'horrible scène.

Lorsque le lourd convoi fut passé et s'arrêta, on vit les deux fillettes se lever, Shirley un peu pâle, pleurant et tremblant, l'autre apeurée, mais toutes deux indemnes. Un cri de soulagement s'échappa de toutes les poitrines, et Shirley, hissée sur les épaules du mécanicien, fut portée en triomphe.

Visages et Contes du Cinéma N°6

Ed.7.2.2 : 24-2-2016