Simone SIGNORET (1921 / 1985)

… Simone Signoret, ou les rêves partagés…

…Simone Signoret, ou les rêves partagés… Simone Signoret

Bien sûr, le nom de Simone Signoret restera eternellement associé, dans la mémoire des cinéphiles et autres curieux de la vie artistique, à celui de son compagnon pendant plus de trente années, Yves Montand.

Egérie des artistes “de gauche“ une décennie avant Juliette Gréco, l'actrice se composa une carrière qui sacrifia l'abondance à la qualité. “Oscarisée”, “Césarisée”, “awardisée”, elle fut ainsi la vedette française la plus hautement récompensée du 20eme siècle.

Tout au long de sa vie professionnelle, ses engagements politiques aux côtés (ou non) de son époux furent aussi forts que ses incarnations cinématographiques, témoignages de l'intérêt qu'elle porta à son siècle et à ses contemporains.

Trop tôt disparue, elle laissa un énorme vide dans le paysage du cinéma français dont il est est encore difficile aujourd'hui d'affirmer qu'il est enfin comblé, les «Madame Rosa» n'étant plus invitées sur les toiles blanches de nos complexes multi-salles.

Christian Grenier

Simone Kaminker…

Simone SignoretSimone Signoret

… est née Henriette Charlotte Simonne Kaminker (mais nous l'appellerons Simone), le 25 mars 1921, à Wiesbaden, en Allemagne occidentale, où son père, juif d'origine polonaise, fait partie des troupes d'occupation françaises.

De retour à Neuilly, riche banlieue parisienne, l'enfant est inscrite en école primaire. Elle a neuf à la naissance de son premier frère, Alain, puis onze lorsque apparaît le second, Pierre.

Un dimanche, sa grand-mère maternelle l'emmène au cinéma, où elle voit le fameux «Chanteur de Jazz», d'Alan Crosland, souvent (et abusivement) considéré comme le premier film "parlant".

En 1933, Adolf Hitler prend le pouvoir en Allemagne, tandis que l'adolescente suit les cours du Lycée Pasteur de Neuilly. Le père, abandonne ses occupations publicitaires pour se consacrer à la traduction, délaissant chaque jour davantage le domicile familial.

C'est à Saint-Jean-de-Rhuys, au cours de vacances bretonnes chez ses grand parents, que la jeune fille entend sonner la déclaration de guerre. La famille reste dans le Morbihan, tandis que le père est appelé sous les drapeaux, Simone suit les cours de philosophie au lycée de Vannes où l'une de ses professeurs, Mme. Salomon, se révèlera plus tard être Lucie Aubrac.

A l'appel du 18 juin, M. Kaminker rejoint le général De Gaulle à Londres.

Baccalauréat en poche, Simone s'installe dans l'appartement de famille parisien et obtient son premier emploi en donnant des leçons particulières. Peu après, elle devient assistante secrétaire au journal "Le Petit Parisien", qui prend rapidement le nom de "Les Nouveaux Temps", faisant une reconversion fascisante sous la direction de Jean Luchaire, le père de l'actrice Corinne LuchaireCorinne Luchaire.

Simone Signoret…

Simone SignoretSimone Signoret

Dans ce Paris de l'Occupation, Simone fréquente Saint Germain des Prés, le café de Flore et ses habitués, artistes et philosophes "de gauche". Sous cette influence, elle abandonne rapidement son poste aux "Temps Nouveaux" (1941) pour tenter sa chance dans le monde du spectacle. Son patronyme jugé trop dangereux pour l'époque, elle prend le nom de jeune fille de sa mère ,et devient Simone Signoret, tout en obtenant une première figuration dans un film oublié de l'inévitable Jean Boyer, «Le prince charmant».

Entre 1941 et 1943, la jeune actrice obtient des silhouettes de plus en plus valorisante dans sept ou huit films, dont le fameux «Les visiteurs du soir» de Marcel Carné (1942). Se faisant ainsi remarquer, elle est autorisée à suivre les cours d'art dramatique donnés par Solange SicardSolange Sicard pour la maison Pathé.

Parmi les figurations intelligentes qu'elle effectue sous l'Occupation, il en est une d'importance : celle qu'elle fit dans «La boîte aux rêves» en 1943 et dont le réalisateur se nomme Yves AllégretYves Allégret

Simone Allégret…

Simone SignoretUne beauté sensuelle…

Depuis 1944, Simone Signoret partage la vie d' Yves Allégret. De cette union naîtra une fille, Catherine Allégret (1946), future actrice. Autour du couple gravite une joyeuse bande de jeunes comédiens appelés à devenir célèbres, comme Daniel GélinDaniel Gélin (le premier amour de l'actrice), Serge ReggianiSerge Reggiani, Danièle DelormeDanièle Delorme, Raymond BussièresRaymond Bussières

La Guerre se termine enfin. Yves Allégret offre à celle qui deviendra son épouse (1948) ses premiers véritables rôles dans «Les démons de l'aube» (1946), face à Georges Marchal. Le film suivant, «Macadam» (1946, Marcel Blistène), l'oppose à Françoise Rosay et la lance définitivement.

Pratiquant bien la langue de Shakespeare, elle est engagée en 1947 pour son premier film britannique, «Against the Wind (les Guerriers de l'Ombre)». La même année, Yves Allégret et Jacques Sigurd la font entrer dans l'histoire du cinéma français en lui confiant le rôle-titre de «Dédée d'Anvers», une jeune prostituée que le destin accable. Public et critiques se retrouvent pour faire le succès de l'œuvre et de l'actrice.

Après l'intéressant intermède que constitue «L'impasse des deux anges» (1948), de Maurice Tourneur, Simone Signoret retrouve Yves Allégret et Jacques Sigurd pour ce qui s'annonce comme un nouveau succès, un autre rôle de femme fatale - vilaine cette fois - , «Manèges» (1949). Mais le public boude cette production qui le dérange. Ce qui n'empêche pas l'actrice française de signer un contrat "hollywoodien" avec le célèbre producteur Howard Hughes.

Pour se remettre de ces années besogneuses, Simone Signoret se repose, en compagnie de Catherine, à Saint-Paul-de-Vence lorsque, le 19 août 1949, au célèbre restaurant "La Colombe d'Or", elle rencontre un jeune chanteur qu'elle a admiré et applaudi, Yves MontandYves Montand

Simone Livi…

Simone SignoretSimone Signoret et Yves Montand (1951)

On a tout dit et tout lu sur le couple Montand/Signoret. Récemment encore, le petit fils de l'actrice, Benjamin Castaldi… Mais c'est le cinéma qui nous intéresse et nous tâcherons de rester dans ce domaine, tout en signalant les faits importants dans la vie de l'actrice.

Les amants emménagent rapidement dans le fameux appartement de la place Dauphine et se marient le 21-12-1951. Tandis qu'Yves se partage entre les tournées et ses prestations parisiennes du Théâtre de l'Étoile, Simone s'installe, avec Catherine, dans un confort douillet. Plus question d'Amérique. D'autant plus qu'en 1950, le couple signe "L'appel de Stockholm", un texte pacifiste dans lequel les signataires clament leur NON à l'armement nucléaire qui vient de faire des dizaines de milliers de victimes à Hiroshima et Nagasaki. En France, on leur reproche leur appartenance (inexacte) au Parti Communiste Français. Montand et Signoret sont au centre de leur première polémique politique.

Max Ophuls ramène l'actrice sur les plateaux en lui proposant deux interventions dans le film qu'il prépare, «La ronde», d'après une oeuvre d'Arthur Schnitzler. Tandis qu' Yves tourne «Le salaire de la peur» dans la région nîmoise, Simone rejoint Jacques Becker sur le tournage de «Casque d'Or»". Partagée entre Serge Reggiani et Claude DauphinClaude Dauphin, Marie, dite Casque d'Or, offre un rôle du même métal à Simone Signoret. Mais la critique est négative. Pire, le public ne vient pas. Lorsque le film sort à Londres, puis à Rome et à Berlin, c'est le revirement le plus complet: le producteur retrouve enfin sa mise, tandis que Simone reçoit un British Academy Award (1952).

La comédienne annonce qu'elle met un terme à sa carrière au bénéfice de sa vie de couple. Mais Montand n'a nullement besoin d'une femme au foyer et la jeune épousée annonce son retour dans le film de Marcel Carné, «Thérèse Raquin», aux côtés de Raf Vallone (1953).

En 1954, Yves et Simone emménagent dans leur nouvelle propriété d'Autheuil. Tandis qu'elle répète la pièce «Les sorcières de Salem» au Théâtre Sarah Bernhardt, sous la direction de Raymond Rouleau, l'actrice est sollicitée par Henri-Georges Clouzot qui prépare son prochain film, «Les diaboliques». Ce fut, cette fois, un succès immédiat.

Deux années après leur apparition théâtrale dans «Les sorcières de Salem», Yves Montand et Simone Signoret entament leur première communion cinématographique dans l'adaptation de la pièce d'Arthur Miller, toujours sous la direction de Raymond Rouleau. La jeune femme rejoint ensuite Luis Bunuel au Mexique pour «La mort en ce jardin» (1956).

Fin 1956, Yves Montand a signé un contrat pour chanter en Union Soviétique. Mais les chars russes viennent d'envahir Budapest. Après une nouvelle et profonde polémique, les deux artistes partent pour Moscou où Montand est félicité par Khroutchev. On connaît l'épisode du repas au cours duquel le couple fait des remontrances à un Nikita étonné et amusé…

Simone en Amérique…

Simone SignoretUn oscar à Hollywood (1959)

L'épisode soviétique laisse des traces dans la carrière de Signoret: le téléphone ne sonne plus pour les affaires sérieuses. Lorsque vient une proposition britannique d'interpréter Alice Aisgill, héroïne du best-seller de John Braine, la vedette est enchantée. Sa performance dans «Room at the Top/Les chemins de la haute-ville)» (1958) lui vaut ainsi le prix de la meilleure actrice attribué par la London Academy Film. Surprise: le film est bien accueilli aux États-Unis (1959).

En septembre 1959, le couple débarque à New York où Yves Montand donne un récital. A San Francisco, il rencontre un autre couple célèbre, Arthur Miller et Marilyn Monroe.

En janvier 1960, Simone reçoit le premier Oscar jamais attribué à une actrice non américaine pour sa performance dans «Room at the Top». Elle devance Katharine Hepburn, Doris Day, Elizabeth Taylor et Audrey Hepburn ! L'Amérique a dit YES…

Tandis que la lauréate rentre en France, Yves reste à Hollywood pour tourner «Le milliardaire» sous la direction de George Cukor et dans les bras de Marilyn MonroeMarilyn Monroe. On connaît la suite… Simone déclarera après la mort du sex-symbol : "Elle n'a jamais su à quel point je ne l'ai pas détestée", tandis qu' Yves se justifiera auprès de Benjamin: "Hé, qu'est-ce que tu aurais fait à ma placeuuu ?".

Simone tourne en Italie, sous la direction d'Antonio Pietrangeli, «Adua et ses compagnes» (1960), un dernier rôle de prostituée. En France, elle est signataire du "Manisfeste des 121", une pétition de personnalité diverses opposées à la guerre en Algérie. En 1962, premier travail d'écriture, elle adapte pour la scène le roman de Lillian Hellman, «The Little Foxes». En 1964, fait peu connu, elle abandonne le plateau de «Zorba Le Grec» dès le début du tournage, ne supportant pas l'enlaidissement que lui impose Michael Cacoyannis. On peut pourtant la deviner dans une séquence, la voyant courir dans le lointain. Elle sera remplacée par Lila Kedrova.

Négligeons «Le jour et l'heure», signalons sa participation artistique et financière, aux côtés d' Yves Montand et Catherine Allégret, à la première réalisation de Constantin Costa-Gavras, «Compartiment tueurs» pour mettre en valeur ses magnifiques performances dans les excellent films de Jean-Pierre Melville, «L'armée des ombres», et Costa-Gavras, «L'aveu»" (1969).

Simone en impose…

Simone Signoret«Chère inconnue» (1977)

Les années passent, qui flétrissent plus cruellement les charmes féminins. Le talent de l'actrice écrase désormais la beauté de la femme. Simone Signoret s'impose dans des personnages inoubliables : «Le chat», dos à Jean Gabin (1970) - prix d'interprétation à Berlin et San Francisco - , «La veuve Couderc» (1971) et «Les granges brûlées» (1973), contre Alain Delon, «Rude journée pour la reine» de René Allio (1974) ou encore «Police Python 357» d'Alain Corneau (1976).

La télévision fait appel à elle pour une série de 6 petits films, «Madame le juge» (1976/1977). Elle réapparaîtra sur le petit écran en 1983 dans le personnage de «Thérèse Humbert».

Le Prix Goncourt 1975 a été décerné à un jeune auteur mal connu, Emile Ajar, pour son roman «La vie devant soi». Le livre révèle un talent original dont on apprendra plus tard qu'il appartenait pourtant à un écrivain confirmé, Romain Gary. En attendant, le réalisateur israélien Moshe Mizarahi en obtient le droit d'adaptation cinématographique et confie le rôle de Madame Rosa à Simone Signoret. Comme Vivien LeighVivien Leigh est Scarlet O'Hara, comme Gene TierneyGene Tierney personnifie Laura, Simone incarnera à jamais ce personnage de femme juive qu'un enfant accompagne aux portes de la mort (César de la meilleure actrice).

Adieu, Volodia…

1976 est également l'année de publication du récit autobiographique de Simone Signoret, «La nostalgie n'est plus ce qu'elle était», écrit avec collaboration (passive, dira-t-il) de Maurice Pons. Des auteurs reconnus, comme Marie Cardinal ou Jean-Edern Hallier, dans une émission radiophonique de France-Inter, mettent en doute la "maternité" de Simone sur l'ouvrage. La justice rendra à l'actrice ce qui lui appartenait. Dans son deuxième livre, «Le lendemain, elle était souriante…», réglant des comptes, elle ne l'était plus.

Dans les derniers mois de sa vie, Simone franchit l'étape littéraire qui fait passer l'écrivain du récit à la fiction. «Adieu, Volodia» est le récit d'une famille juive d'origine polonaise entre les deux guerres mondiales. L'auteur a vraisemblablement puisé dans la mémoire familiale pour créer ses propres personnages.

Depuis trois ans déjà, Simone Signoret n'apparaissait plus à l'écran. Atteinte d'un cancer, elle est opérée en août 1985. Sans succès : elle s'éteint le 29 septembre 1985 (le 30 pour l'état civil) dans la grande propriété d'Autheuil. De nombreux téléspectateurs se souviennent encore du visage de Montand aux obsèques, livide et désemparé. Nous le fûmes aussi.

Documents…

Sources : «La nostalgie n'est plus ce qu'elle était», de Simone Signoret, «Simone Signoret ou la mémoire partagée», de Catherine David, archives personnelles (revues), Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Casque d'Or…

Citation :

"Quand on raconte, on usurpe la mémoire des autres. Du seul fait qu'ils étaient là, on leur vole leur mémoire, leurs souvenirs, leurs vérités."

Excusez-moi, Madame, d'avoir commis cette impudence pour vous rendre un si mince hommage.

Simone Signoret : "Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il le faut."

Simone Signoret
Christian Grenier (avril 2005)
Ed.7.2.2 : 24-2-2016