Gina LOLLOBRIGIDA (1927)

… Notre Dame des Abruzzes

Gina Lollobrigida

Cette belle dame du cinéma transalpin fut, tout au long des années cinquante, la rivale inconstestée de sa compatriote Sophia Loren dans le coeur des cinéphiles de la Péninsule… et d'ailleurs.

Finalement peu avantagée par les producteurs, c'est sans aucun doute au cinéma français que Gina Lollobrigida doit ses plus beaux lauriers, grâce à des films comme «Fanfan La Tulipe», «Les Belles de Nuit» ou encore «Notre-Dame de Paris».

Mais sa beauté avantageuse sut lui conserver une aura éternelle bien longtemps après qu'elle eût pris ses distances avec le septième art pour se tourner vers la photographie et la sculpture. Et aujourd'hui encore, chacune de ses apparitions ne manque pas de faire la une des média.

Auteur

«Au fond du coeur»

Gina LollobrigidaLa jeune et jolie Luigina

Elle est née Luigina Lollobrigida, le 4-7-1927, à Subiaco, petite cité italienne de la région des Abruzzes, deuxième des quatre filles du menuisier Giovanni Lollobrigida et de Giuseppina Mercuri. Elle prétendra plus tard avoir plusieurs peintres parmi ces ancêtres, dont un aurait travaillé au Vatican avec Michelange.

Toujours est-il que la belle Luigina, se tourne dès l'adolescence vers des activités artistiques, faisant du chant et du dessin ses occupations principales.

Chassée de Subiaco par les difficultés économiques, la famille Lollobrigida s'installe à Rome où la jeune fille obtient une bourse d'études et devient étudiante à l'Académie des Beaux Art de la capitale italienne. Luigina est remarquée par un photographe, qui lui confie le rôle principal d'un roman-photo, «Au fond du coeur», “interprété” sous le nom de Diana Loris. Le cinéma l'appelle très rapidement. Elle y fait ses débuts la même année dans un film de Riccardo Freda, «L'aquila nera (L'aigle noir)».

En 1947, dans l'attente du développement de sa carrière, Gina se présente à quelques concours de beauté. Elle devient ainsi la dauphine (à gauche) de Miss Rome 1947, Ludmila Duradova (au centre, félicitée par Anna Magnani, et dont ce fut le seul titre de gloire ), devançant Silvana Mangano (à droite). Quant au titre de Miss Italie, il est attribué à Lucia BoseLucia Bose, qui devance Gianna Maria CanaleGianna Maria Canale. Gina doit se contenter de la médaille de bronze !

«La belle des belles»

Gina Lollobrigida«La belle des belles»

Les petits rôles s'accumulent pour Gina. Après deux apparitions dans des adaptations d'opéras célèbres, «L'élixir d'amour» et «Lucia di Lammermor» (1946), son nom apparaît au bas de quelques génériques, jusqu'à «I Pagliaci/Paillasse, amour de clown», une autre adaptation lyrique, sur un livret de Ruggero Leoncavallo, dans laquelle elle est doublée vocalement, malgré ses prédispositions pour le chant (1947). Pleine d'ambition, tenant enfin quelques premiers rôles - «Follie per l'opera (Folie à l'opéra, 1948)», «A Campagne a Martello/Le tocsin» (1949), Gina Lollobrigida n'a rien tourné d'essentiel lorsque, le 15 janvier 1949, elle épouse un médecin yougoslave, Miklo Scofic. Infidèle au serment d'Hippocrate, celui-ci laisse tomber le caducée pour prendre en charge l'avenir artistique de sa charmante épouse. Le couple aura un enfant, Miklo Jr (1957).

En 1951, Gina devient enfin «Miss Italia» dans le film homonyme de Duilio Coletti. Lasse des rôles de jolies filles pulpeuses qu'on lui propose, l'actrice tente de pénétrer des univers moins convenus, «Achtung ! Banditi» (1950) de Carlo Lizzani ou «La città si defende/Traqué dans la ville» (1951) de Pietro Germi. Mais le public la préfère dans «Caruso, legenda di una voce» de Giacomo Gentilomo (1951). Sa plastique superbe la dirige inévitablement vers des rôles stéréotypés. Il est amusant de constater que celle qui n'a pas voulu prendre de pseudonyme pour faire carrière va voir son patronyme en devenir un en France ... à son corps défendant !

Heureusement, le cinéma français va tirer la belle de l'ornière où elle se sent trop à l'étroit. Christian-Jaque, tout d'abord, l'engage pour donner la réplique à Gérard Philipe dans un truculent «Fanfan la Tulipe» (que la version de 2003 ne fera pas oublier), tandis que René Clair en fait un des plus beaux fantasmes du même acteur dans «Les belles de nuit» (1952). La carrière internationale de la nouvelle star est enfin lancée.

Tout auréolée de ces succès, l'actrice obtient l'honneur de donner la réplique au grand Vittorio de Sica dans les deux premiers films de la série «Pane, amore e…» : «Pain, amour et fantaisie»(1953), «Pain, amour et jalousie» (1954). Le troisième sera confié à Sophia LorenSophia Loren, éternelle concurrente aux talents tout aussi avantageux.

«Trapèze»

Gina Lollobrigida«Trapèze»

En 1952 déjà, Gina fut appelée aux Etats-Unis par le milliardaire Howard HughesHoward Hughes, afin de lui faire signer un contrat de sept ans et, accessoirement, l'épouser. Mais l'affaire ne se fit pas pour des raisons médicales, la jolie dame - déjà mariée - n'ayant pas obtenu l'accord de son médecin !

Deux années plus tard, l'actrice italienne donne la réplique à Humphrey Bogart dans un film réalisé par John Huston, «Beat the Devil/Plus fort que le Diable». La carrière américaine de Gina démarre enfin. En 1955, dans ce qui en fut peut-être le plus beau fleuron, elle est opposée à Burt Lancaster et à une étoile ascendante du cinéma hollywoodien, Tony Curtis, en un triangle amoureux en forme de «Trapèze», film réalisé par le très britannique Carol Reed.

Pourtant, c'est encore en France que Gina fait parler d'elle. Sa composition d'Esmeralda dans «Notre-Dame de Paris» (1956), d'après l'oeuvre de Victor Hugo, demeure toujours inégalée, malgré Walt Disney Pictures et Richard Cocciante…

En 1958, le cinéma français, ainsi que leurs tempéraments - opposent la belle Gina à Melina Mercouri dans un film de Jules Dassin, «La loi». La Grecque aura des mots blessants pour l'Italienne, frappant là où ça fait mal…

Tandis que Sophia Loren occupe, d'une courte pointe, la première place dans le coeur des spectateurs italiens, Gina persévère dans une carrière américaine. Mais ni «Never so Few/La proie des vautours» (1957), ni l'énorme «Salomon et la reine de Saba» (1959) du vétéran King Vidor, ni encore «Go Naked in the World/Volupté» (1961), dans lesquels elle se montre pourtant magnifique, ne connaîtront un franc succès de l'autre côté des Alpes.

«Ce merveilleux automne»…

Gina LollobrigidaGina Lollobrigida photographe

Gina Lollobrigida forme un duo inattendu avec Rock HudsonRock Hudson ( et dire que… enfin, bon !) dans deux autres films américains, «Come September/Le rendez-vous de Septembre» (1961) et «Etranges compagnons de lit» (1964). Plus étrange encore est celui qu'elle forme avec le froid Sean Connery dans «La femme de paille» (1964). Pas davantage d'étincelle...

Après une fin d'été tardive, Gina aborde la saison suivante, «Ce merveilleux automne» (1968), dans les bras du jeune André Lawrence, fraîchement sorti d'une série à succès de la télévision française, «Thibaud des croisades».

Divorcée de son mentor de mari, Gina Lollobrigida s'éloigne peu à peu du cinéma. Luigi ComenciniLuigi Comencini tente bien d'amorcer un retour avec «Pinocchio» (1972), mais la flamme sacrée s'est éteinte. Désagréable sur le tournage, la star fait comprendre qu'elle a désormais d'autres chats à fouetter. Se souvenant des ses talents picturaux, elle se lance dans la photographie artistique et la sculpture, domaines dans lesquels elle s'est fait aujourd'hui un nouveau nom. On parlera beaucoup également de l'interview par elle obtenue de Fidel Castro…

Plutôt rares furent ses apparitions à la télévision (5 épisodes de la série «Falcon Crest» en 1984, etc).

Honorée de la Légion d'Honneur par le président François Mitterand, récipiendaire du titre de Cavaliere della Republica Italiana, on la vit réapparaître à l'écran ces dernières années, notamment dans le film français d'Ariel Zeitoun, «XXL». Décidément, on ne se débarasse pas si facilement de sa réputation !

Documents…

Sources : Plusieurs numéros de Ciné-Revue et autres magazines, Imdb, quelques images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas gardé trace de l'origine.

Une Vénus impériale…

Citation :

"La popularité a ses bons côtés, ouvrant de nombreuses portes. Mais, en vérité, je ne l'aime pas beaucoup car elle ramène la vie privée à la taille d'une toute petite chose."

Gina Lollobrigida (sources Imdb)
Christian Grenier(juin 2005)
Ed.7.2.2 : 25-2-2016