Viviane ROMANCE (1912 / 1991)

… une vamp bien discrète

Viviane Romance

"Je n'ai aucune honte à avouer que mes débuts au cinéma furent des plus modestes. C'est au contraire une grande satisfaction pour moi de penser que je suis arrivée, aujourd'hui, à force de tenacité et de persévérance, au but que je m'étais fixé depuis l'âge de douze ans: être une vedette de l'écran.

Pour celà, il m'a fallu batailler durement et surmonter bien des moments de découragement et de déception, avant de sortir de l'anonymat de la foule…"

Ainsi s'exprimait Viviane Romance dans un fascicule de la revue Cinémonde, série le Film vécu, à l'aube des années cinquante. Bien sûr, elle ignorait que ce vedettariat tant convoité entamait déjà sa phase descendante.

Mais il ne faut pas oublier pour autant que cette grande actrice fut en son temps la première dame du cinéma français, devançant Danielle Darrieux ou Michèle Morgan à ce classement purement comptable que l'on n'appelait pas encore le box-office

Auteur

La place Blanche…

Viviane RomanceViviane Romance

Pauline Arlette Ortmans est née à Roubaix, le 4 juillet 1912.

Très tôt, la jeune enfant manifeste son intention de réussir une carrière artistique. En attendant, il lui faut enfiler de fausses perles, au sens propre du terme, dans une manufacture de Roubaix.

A 13 ans, elle figure une danseuse anonyme, dans une farandole, au cours d'une représentation de «L' Arlésienne», donnée au théâtre Sarah Bernhardt.

A 14 ans, Pauline entre dans la troupe du Moulin Rouge. Travaillant la danse, elle tient de touts petits rôles dans les spectacles menés par la grande MistinguettMistinguett. Après avoir, espiègle, tiré les cheveux de la grande dame (ailleurs, on peut lire giflé), l'artiste en herbe se retrouve au Bal Tabarin, figurante dans les quadrilles et autres french Can-Can à la mode.

A 16 ans, Viviane se tourne vers les spectacles d'opérette («Tonton», «Ici Paris»,«Les sœurs Hortensia»,...) et le théâtre de Boulevard («J'ai dix ans»,…), commençant à se faire remarquer par les critiques du monde du spectacle.

Selon ses propos, c'est en 1929 qu'elle fait sa première figuration cinématographique, dans le film «Paris-girls», du vétéran Henry RoussellHenry Roussell.

Primée au concours de beauté de Miss Paris 1931 (la date varie selon les sources), elle tient la une des gazettes “people” de l'époque lorsque l'on découvre que la jeune couronnée est mère célibataire d'une petite Michèle. Ca ne se fait pas, et la belle lauréate se voit aussitôt retirer son titre. A quelque chose malheur est bon, puisque cet événement attire sur la “coupable” l'attention des producteurs de cinéma qui font alors sortir Viviane Romance du puits sombre de la figuration (qui saura la reconnaître dans «La chienne» que tourna Jean Renoir en 1931 ?).

Miss Paris…

Viviane RomanceViviane Romance (1937)

Comme elle sait bien danser, la “scandaleuse” obtient une silhouette de ... chanteuse de cabaret dans le film que réalise Fritz Lang, de passage en France entre l'Allemagne et les États-Unis, «Lilliom» (1934). Après avoir tenu un rôle un peu plus étoffé sous la direction de Julien Duvivier dans «La bandera», Viviane Romance a la chance de rencontrer à nouveau le cinéaste français à Prague, lors du tournage de «Les deux favoris» (Georg Jacoby, 1936). Elle tente sa chance : "Avez-vous un rôle pour moi ?". Le maître répond : "Rien pour l'instant, mais je vous promets de vous donner un jour un vrai rôle." Ce sera «La belle équipe»(cf. Visages et Contes du Cinéma Français N° 33).

Sur un scénario de Charles Spaak, ce film réunit le déjà important Jean Gabin, le déjà vieux briscard Charles Vanel, le déjà omniprésent Raymond Aimos. Dans une ambiance de Front Populaire, Viviane incarne une femme fatale venant détruire l'amitié qui réunit les idéalistes co-propriétaires d'une guinguette des bords de la Marne. La carrière de l'actrice est définitivement lancée.

Après avoir donné la réplique à Dita Parlo, Pierre Blanchard et Pierre Fresnay dans le film de Georg Wilhelm Pabst, «Mademoiselle Docteur» (1936), la nouvelle coqueluche du cinéma français tient à nouveau un premier rôle féminin dans un film de Léon Mathot, «L'homme à abattre» (1937). La voici maintenant chanteuse de cabaret. Quelle vie dissolue !

La même année, elle est la victime du faux vertueux Jean-Louis Barrault dans ce film mal connu que demeure «Le puritain», réalisé par le trop rare Jeff Musso. Et la voici à Naples, où elle vient détruire le mariage qui s'annonçait très respectable entre le beau Tino Rossi et la mystérieuse Mireille Balin («Naples au baiser de feu», 1937). On sait que, hors des plateaux, ce fut sa rivale qui l'emporta… sans combattre !

Abordant enfin les rôles “classiques”, l'actrice interprète Blanche du Placet dans la version française du film tiré de l'œuvre de Dostoïevsky par la société allemande Tobis, «Le joueur» (1938).

Mais c'est bien «La maison du Maltais», de Pierre Chenal (1938), qui l'immortalise dans son personnage de garce et d'aventurière, film dans lequel elle rivalise avec Marcel Dalio (dans un de ses rares premiers rôles) et le grand Louis Jouvet.

Carmen…

Viviane Romance«Carmen» (1943)

La Seconde Guerre Mondiale s'annonce alors que l'actrice, plus célèbre que Danielle DarrieuxDanielle Darrieux ou Michèle MorganMichèle Morgan, est au sommet du “box-office”. Que serait-il advenu de la carrière de Viviane Romance si ce conflit eut pu être évité? Question dérisoire, tant il est vrai que là ne fut pas le plus grand dommage de cette nouvelle folie meurtrière, mais qu'il est permis de se poser lorsqu'on retrace la carrière de l'intéressée.

Un «Madame Sans Gêne» est annoncé pour la vedette à la mode, mais le film ne sera jamais réalisé. En 1940, Abel Gance lui offre un rôle lourdement mélodramatique dans «La Vénus aveugle» qui ne sortira qu'en 1943. En 1941, Viviane devient la Reine des Gitans dans «Cartacalha» de Léon Mathot, film impossible à voir sur nos chaînes de télévision. Elle y impose son amour du moment, l'acteur Georges Flamant.

Après une participation à «La boîte aux rêves» d'Yves Allégret (1943), pour lequel elle collabore au scénario et impose son nouvel “ami”, Frank Villard, Viviane Romance tient enfin le rôle de sa vie, celui pour lequel elle semblait prédestinée, «Carmen», l'héroïne fatale de Prosper Mérimée, dans la version de Christian-Jaque (1943), pour laquelle Jean Marais incarne un Don José à peine crédible.

L' Histoire de France…

Viviane RomanceViviane Romance

La paix est revenue sur l'Europe. Les affaires cinématographiques reprennent. Mais l'âge du vampirisme vénusien est passé pour la brune brûlante du cinéma français. Elle tient néanmoins le premier rôle, celui de la sombre «Jeanne De la Motte», dans «L'affaire du collier de la Reine» (Marcel L' Herbier, 1946), une aventurière participant à une escroquerie à l'encontre de la Reine de France Marie-Antoinette. Puis vient enfin le plus beau fleuron de la dernière partie de sa carrière, encore à elle confié par Julien Duvivier, ce rôle dans «Panique» (1946), où elle provoque un Michel Simon / Monsieur Hire démoniaque, le poussant à commettre l'irréparable afin de dévoiler le côté “Hyde” de l'ambiguë personnage.

La suite est moins intéressante. L'actrice est tenue de mettre la main au porte-monnaie pour permettre à Georges Lampin de la mettre en scène, avec son deuxième époux, Clément Duhour, dans «Passion» (1950). En 1955, elle incarne une autre vilaine figure de l'Histoire de France, l'empoisonneuse La Voisin au service d'une Danielle Darrieux / Madame de Montespan courroucée de se voir éloignée du cœur (et du lit) de son royal amant Louis XV («L'affaire des poisons»).

Son troisième époux, le réalisateur Jean Josipovici, ne fit rien pour sa gloire avec les trois oeuvrettes dans lesquelles il la dirigea. Déçue de la tournure de sa carrière, l'ex-vedette, encore jeune et fraîchement divorcée, se retire du cinéma en 1956. Il faudra attendre 1963 pour la revoir sur nos écrans, rappelée par l'ami Jean Gabin, dans «Mélodie en sous-sol» de Henri Verneuil.

En 1973, pourtant ignorée par les auteurs de La Nouvelle Vague, c'est sous la houlette de Claude ChabrolClaude Chabrol que Viviane Romance fait une dernière apparition. «Nada» est un “Chabrol politique” sans véritable nom accrocheur au générique, car il y a longtemps que l'intéressée n'est plus au sommet des affiches. Une double curiosité, donc…

Sans doute Viviane Romance eut-elle le tort, à certains moments, de vouloir diriger sa carrière elle-même. Ses tentatives de productrice furent notamment désastreuses, l'amenant jusqu'à la vente d'une partie de ses propriétés et bijoux personnels pour une bouchée de pain. Ses exigences d'imposer les partenaires sa vie sentimentale ne fut pas non plus de la meilleure veine. N'est pas Vadim qui veut…

Celle qui fut l'une des plus grandes “vamps” du cinéma français demeura toujours très discrète sur sa vie de femme. Elle termina sa vie dans les Alpes-Maritimes, se consacrant à la restauration de son château de La Gaude où elle envisageait de fonder un centre oecuménique. Le 26-9-1991, elle décèdait d'un cancer à l'hôpital Nice.

Documents…

Sources : Viviane Romance, sa Vie, ses Films (avril 1939), N° 33 de la série Visages et Contes du Cinéma, divers numéros de Mon Film, Ciné-miroir, Ciné Revue, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Rajoutons que notre “collectionneuse”, Marlène Pilaete, a consacré une page à Viviane Romance dans sa planche N° 8.

Viviane Romance…

Citation :

"Que nous le voulions ou non, nous trichons de plusieurs façons, car nous sommes toujours irrémédiablement seuls."

Viviane Romance
Christian Grenier (septembre 2005)
Ed.7.2.2 : 25-2-2016