Imperio ARGENTINA (1906 / 2003)

… bailarina y cantante española…

…bailarina y cantante española… Imperio Argentina

Peu connue de ce côté-ci des Pyrénées, l'actrice/chanteuse/danseuse Imperio Argentina fut l'une des plus grandes vedettes du cinéma espagnol de l'entre-deux guerres, et même sans doute un peu plus…

Danseuse de talent, dotée d'une vois merveilleuse, celle qui fut l'égérie de la grande danseuse flamenco Pastora Imperio et eut la joie et l'honneur d'être la partenaire de Carlos Gardel tourna l'essentiel de ses films sous la direction de deux grands metteurs en scène ibériques: Benito Perojo et Florian Rey, lequel fut un temps son époux.

Telle fut sa renommée qu'un épisode de sa vie inspira récemment le réalisateur Fernando Trueba, qui personnifia la cantatrice sous les traits agréables de la délicieuse Penelope Cruz.

Christian Grenier

Naissance, enfance et jeunesse……

Imperio ArgentinaImperio Argentina

Fille du guitariste espagnol Antonio Nile, la petite Margareta est née à Buenos Aires (Argentine), le 26 décembre 1906 [1910?], lors d'une tournée paternelle en Amérique du Sud.

La fillette, après avoir passée sa petite enfance à Malaga, se passionne pour la danse et la célèbre danseuse de flamenco Pastora Imperio (dont le patronyme sera une composante du pseudonyme que prendra Margareta, l'autre relevant de son pays d'adoption).

A l'âge de 12 ans, la fillette débute dans le groupe chorégraphique de la Escuela de Bail del Tatro de la Comédia de Buenos Aires - sous le nom de Petit Imperio - et acquiert rapidement une certaine renommée en Amérique Latine.

En 1923, de retour en Espagne où elle grave sa voix dans la cire, elle découvre l'art dramatique et débute dans cet art au teatro Romea de Madrid (1924). C'est là que le réalisateur espagnol Florian Rey la découvre et la fait débuter au cinéma. Nous sommes en 1927…

Avant guerre : Carlos Gardel…

Imperio Argentina«Morena Clara» (1936)

Ce premier film «La hermana San Sulpicio», sombre mélodrame religieux tiré d'un roman d'Armando Palacio Valdés, fut son premier grand succès, à tel point qu'il fit l'objet, avec le même réalisateur et la même actrice, d'un remake parlant dès 1934.

En 1928, Imperio enchaîne son 2ème film, «Corazones sin umbro», sous la direction du plus grand célèbre réalisateur espagnol de l'époque, Benito PerojoBenito Perojo, oeuvre tournée en Allemagne et dont il ne subsiste aujourd'hui que quelques mètres de pellicule. Dès l'année suivante, elle retrouve Florian Rey pour «Los Claveles de la Virgen». A eux seuls, les titres de ces oeuvres, pour peu que l'on possède une petite connaissance de la langue espagnole, nous laissent deviner qu'elles ne devaient contenir rien de très réjouissant !

Au début des années trente, tandis que le cinéma sonore et parlant déferle sur la vieille Europe, Imperio Argentina tourne dans la version espagnole du film de Robert Florey, «L'amour chante», réalisée par Armando Guerrera et localement rebaptisé «El amor solfeando». En 1931, la voici occupée à tourner les versions espagnoles de films français dans les studios que la Paramount possède à Joinville-le-Pont: «Su noches de nodas/Marions-nous» (1931), «¿Cuando te suicidas ? (Quand te tues-tu ?)», «La casa e seria» (court métrage co-interprété par Carlos Gardel),…. Sa voix, qu'elle a d'ailleurs fort ravissante, envoûte durablement le public des salles obscures ibères. Pour la même compagnie, et sous la direction de Louis Gasnier, elle a à nouveau l'avantage d'être la partenaire féminine de Carlos Gardel dans «Melodia de Arrabal» (1933).

Depuis 1934, l'actrice - chanteuse - danseuse, devenue Madame Florian Rey, a définitivement confié ses destinées cinématographiques à son réalisateur de mari. Les deux artistes donnent alors quatre oeuvres importantes du cinéma espagnol de l'ère (pré-) franquiste : «Nobleza baturra», «Morena Clara», «Carmen, La de Triana» (adaptation de l'œuvre de Prosper Mérimée), «La cancion de Aixa (La chanson d'Aïcha)». Avec son partenaire masculin le plus fréquent de cette période, Miguel LigeroMiguel Ligero, elle forme le couple le plus fameux du cinéma espagnol d'avant-guerre, avant que le monsieur ne succombe aux sirènes hollywoodiennes.

Pendant la guerre civile, alliances politiques aidant, l'actrice travaille en Allemagne («Carmen, La de Triana», qui attire sur elle l'attention de Joseph Goëbbels et lui permet de rencontrer le Führer), «Andalusische Nächte» de Herbert Maisch) et en Italie («La Tosca» de Carl Koch avec… Michel Simon !). La guerre la surprend dans la capitale française alors qu'elle s'apprêtait à tourner une version espagnole de «La chaste Suzanne», film réalisé en 1937 par Jean Boyer.

Imperio Argentino se décide alors à effectuer une grande tournée aux USA et en Amérique Centrale où sa popularité est énorme…

Après guerre…

Imperio ArgentinaFilm non identifié…

Après guerre, ses retrouvailles avec Benito Perojo la replacent au devant de la scène et au sommet de l'écran: «Los majos de Cadix» (1946), «Lo que fue de la Dolores» (1947)…

L'année suivante, elle tourne pour la dernière fois sous la direction de Florian Rey, désormais son ex-mari, dans «La cigarra», retrouvant à cette occasion son partenaire de naguère, Miguel Ligero.

En 1951, après «Cafe cantante», film-hommage à la danse et aux chants flamencos, Imperio Argentina s'éloigne du septième art pour se consacrer à ses carrières théâtrales et musicales. On put ainsi la voir au Carnegie Hall de New York (1952), ou sur une scène madrilène («Un sueño para Constanza» de Luis Matilla en 1957).

De manière surprenante, elle réapparaît en 1960 dans un mélodrame de l'obscur Léon Klimowsky, «Ama Rosa», avant de faire des apparitions dans une paire d'oeuvres articulées autour du style flamenco, «Con el viento soleno» de Mario Camus en 1966 et «Canciones de nuestra vida» en 1975.

Nous la revîmes (enfin, pas moi…) à deux reprises sur nos écrans pendant la décennie 80, dans «Tata Mia» de José Luis Borau et «El polisson del Ulises» de Javier Aguirre.

En 1998, Imperio Argentina reconnaît son personnage et son intermède allemand dans le film réalisé par Fernando Trueba et interprété par Penelope Cruz, «La niña de tu ojos/La fille de tes rêves».

En 2003, la mort surprit la cantatrice dans sa province espagnole de Malaga où elle était sans doute partie, comme il en vient le besoin à chacun de nous au crépuscule de son existence, à la recherche des jours heureux de son enfance.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

En décembre 2003, Marlène Pilaete consacra une fiche à notre artiste du jour, agrémentée d'une carte postale de sa collection personnelle, dans sa chronique annuelle La Chambre Verte de 2003.

Christian Grenier (mai 2006)
Ed.7.2.2 : 26-2-2016