Simone SIMON (1911 / 2005)

…  ou la part de Dieu

Simone Simon

Simone Simon, charmante jeune fille au nez retroussé que Colette qualifia de plus beau pékinois du monde, sut se bâtir une carrière atypique dans le monde du cinéma français.

Attirée très tôt par les sirènes hollywoodiennes, elle fut de celles qui s'accrochèrent longtemps à ces rochers d'outre-Atlantique d'où tant d'autres glissèrent.

Elle eut la réputation d'avoir un caractère difficile, mais sut générer autour d'elle de si profondes amitiés (Charles Boyer, Roland Toutain, Jean-Pierre Aumont, Marc Allégret dont vous pourrez lire l'extrait d'un article qu'il lui consacra) qu'il est plus vraisemblable qu'il y avait là un rempart à franchir.

Même si la formule ne respecte par l'ordre chronologique des événements, reconnaissons à l'actrice l'opportunité et le talent d'avoir su transformer une créature féline en une véritable bête humaine.

De cette métempsycose nous lui rendrons éternellement grâce.

Christian grenier

Ah ! Tananarive !

Simone SimonSimone Simon

Simone Simon est née à Marseille, le 23-2-1911, d'un père français et d'une mère italienne. Celle-ci n'a que 17ans à l'heure de l'heureux événement.

En 1914, les occupations professionnelles de son ingénieur de papa amènent la famille à s'installer à Tananarive (Madagascar). La petite fille tombe sous l'enchantement de cette île merveilleuse dont elle gardera, après son départ définitif, une éternelle nostalgie. Aussi le retour en Métropole (1918) fut une source de perturbation pour la fille qui sollicite, d'une manière déjà romantique, à goûter à la pension. Un second séjour à Madagascar résout le problème et la jeune enfant se montre bonne élève et découvre la lecture au travers de sa collection de "La Bibliothèque Rose" dont elle réclame régulièrement de nouveaux exemplaires.

En 1928 (?), le retour en France est définitif. Après quelques semaines de vacances à Cassis, sur la Côte d'Azur, l'adolescente vit chez un oncle lyonnais pendant deux années. C'est l'âge où elle se découvre un intérêt pour diverses activités artistiques, telles que le dessin, la sculpture, la danse, la musique, le chant…

Ah ! Paris !

Simone SimonSimone Simon (1937)

Installée à Paris et décidée à mener une carrière dans l'opérette Simone Simon, dessinatrice de mode et mannequin à l'occasion, obtient un petit rôle dans «Balthazar», au Théâtre de l'Apollo. En 1931, elle a l'occasion de tourner un sketch humoristique, «On opère sans douleur», avec le réalisateur Jean Tarride, qui lui fait visiter les studios et rencontrer le réalisateur Marc Allégret. Séduit par l'air mutin que lui confère son petit nez retroussé, ce dernier lui offre une “figuration intelligente” dans sa nouvelle production, «Mam'zelle Nitouche» (1931). Malheureusement, la plupart des scènes (toutes ?) où figure la belle enfant furent sacrifiées au (dé)montage…

Remarquée par Victor TourjanskyViktor Tourjansky, la starlette fait ses véritables débuts cinématographiques dans «Le chanteur inconnu», (1931), tout en assurant, sur la scène des Bouffes Parisiens, sa présence dans «Le roi Pausole».

A Berlin, engagée pour jouer dans les versions françaises de deux films de la UFA (dont «L'étoile de Valencia» où elle côtoie Jean Gabin à une époque où cela ne représentait pas grand chose), Simone fait la connaissance de Charles BoyerCharles Boyer dont elle gardera l'indéfectible amitié.

De retour en France, Marc Allégret se fait pardonner en lui proposant un rôle de bonne, face au grand Raimu dans «La petite chocolatière». Malgré la différence de stature, les deux partenaires font bon ménage et la carrière de la jeune actrice commence véritablement à démarrer.

Quelques oeuvrettes plus loin, le même Marc Allégret lui donne la preuve de sa confiance en lui distribuant le rôle principal du film tiré du roman de Vicky Baum, «Lac aux dames» (1934). Sur des dialogues français adaptés par Colette, Simone remporte à cette occasion, avec son jeune partenaire Jean-Pierre Aumont, un succès considérable. Les deux jeunes gens se retrouveront l'année suivante pour passer, toujours avec Marc Allégret, «Les beaux jours» ensemble (1935).

L'azur de son regard ne l'empêche pas d'être retenue dans «Les yeux noirs» (1935) pour donner la réplique à Harry Baur. On peut lire dans une revue de l'époque : "Elle a les yeux d'un très beau bleu lumineux et franc sous des cils châtains. Pourtant, ils photographient foncé…" !

Ah ! Hollywood !

Simone Simon«La féline» (1942)

En 1936, le producteur américain Darryl ZanuckDarryl Zanuck, grand importateur de vedettes européennes, fait venir Simone Simon à Hollywood. L'adaptation est difficile. Une indisposition l'empêche de poursuivre le tournage de son premier film outre Atlantique, «Under Two Flags» et le rôle échoit à Claudette Colbert. Mais bientôt, le soleil californien lui rappelle les couleurs de son île enfantine…

«Girl's Dormitory» (1936) constitue son premier succès outre-Atlantique. Elle y partage la vedette avec un comédien injustement oublié, Herbert Marshall. Les rôles s'enchaînent, entrecoupés de petits voyages en France au cours desquels la jeune fille renoue avec ses amitiés d'antan, Jean‑Pierre AumontJean-Pierre Aumont, Roland ToutainRoland Toutain

En 1938, la coupure est bien plus longue, à la suite des commérages de Louella ParsonsLouella Parsons, consécutifs aux démêlés juridiques de l'actrice et de sa secrétaire. Cet intermède lui permet de renouer avec le cinéma français. Car Jean Renoir l'a choisie pour donner la réplique à Jean Gabin dans «La bête humaine» (1938), un rôle de femme fatale partagée entre un mari assassin et un amant psychopathe… "C'est du lourd", dirait-on aujourd'hui ; d'une densité propre à vous faire entrer dans la légende du cinéma.

Elle y inscrit son nom d'une manière plus indélébile lorsque, de retour aux États-Unis, elle interprète le rôle-titre du film de Jacques Tourneur, «Cat People/La féline» (1942). Dans l'incarnation d'une jeune femme qui se transforme en panthère au moment de passer à l'acte sexuel (la version de 1981 sera beaucoup plus explicite à ce sujet, y perdant tout autant de force), Simone Simon utilise l'ingénuité et la séduction que lui permet sa physionomie de vierge mutine : ne manquent à cette chatte-enfant que les moustaches !

En 1944, la suite de cette histoire originale, «The Curse of the Cat People», ne rencontra pas le même succès, la femme panthère ne pouvant “ressusciter” que sous une forme spectrale.

Ah ! Montmartre !

Simone Simon«I tre ladri» (1954)

L'évolution de sa carrière hollywoodienne laisse Simone Simon insatisfaite. Après s'être produite sur scène, dans un tour de chant et au cabaret, puis avoir créé la pièce de John Colton et Robert Harris, «Emily», la jeune femme regagne son pays natal.

Max Ophuls lui offre deux participations aux films à sketches qu'il réalise en ce début des années 50 : «La ronde» (1950) qu'elle valse entre les bras de Serge Reggiani, et «Le plaisir» (1951) que «Le modèle» partage avec son peintre, Daniel Gélin.

Signalons également sa participition transalpine au délicieux film de Lionello de Felice, «I tre ladri» (1954), où elle se montre l'excellente partenaire de Totò et Jean-Claude Pascal, film hélas difficile à voir en France.

Mais nos compatriotes n'ont plus d'oreilles que pour les ronronnements d'une nouvelle génération de minettes, parmi lesquelles Brigitte Bardot n'est pas la moins mutine. Simone n'insiste pas : elle se retire du cinéma en 1956. Seul Michel Deville la fera revenir sur sa décision. C'est en toute discrétion qu'elle donne sa dernière représentation cinématographique dans «La femme en bleu», en 1972.

Simone Simon décéda le 22-2-2005, à son domicile parisien de la rue Tilsitt. De Montmartre, où elle résida, jusqu'à Nîmes où il est peu vraisemblable qu'elle se rendît un jour, il reste encore quelques chats pour en miauler, les nuits de pleine lune…

Documents…

Sources : «Visages et Contes du Cinéma : Simone Simon» (1938), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées ça et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"C'est une des rares natures poétiques que je connaisse. C'est une grâce, c'est la part de Dieu."

Marc Allégret
Christian Grenier (novembre 2006)
Ed.7.2.2 : 29-2-2016