Margaret LEIGHTON (1922 / 1976)

… l'élégance britannique au service du public…

…l'élégance britannique au service du public… Margaret Leighton

Margaret Leighton est totalement inconnue en France. Beau début pour un dossier qui lui est consacré ! Au mieux, les cinéphiles se souviennent d’elle dans le rôle de Milly , la gouvernante maléfique, amoureuse de Joseph Cotten dans «Les Amants du Capricorne» (Alfred Hitchcock, 1949), et de Mrs Maudsley, la mère de Julie Christie dans «Le Messager» (Joseph Losey, 1970), jalons extrêmes d’une carrière cinématographique décevante, tant en termes de grands rôles que de succès.

Et pourtant, le succès , voire la gloire ne lui ont pas fait défaut, mais c’est au théâtre , dans le West-end londonien puis à Broadway, qu’elle les a connus …

Aimée et admirée à l’égal de Vivien Leigh en Angleterre, sa haute taille et son allure aristocratique la destinaient aux personnages de lady, de femme dominatrice. Mais, la souplesse de son talent et de sa personnalité ne lui fit négliger aucune « incarnation », même et surtout les plus risquées, de la Belle du Sud déchue dans «Le Bruit et la Fureur» (Martin Ritt, 1959) à la demi-folle recluse Miss Havisham dans une énième version des «Grandes espérances» (Joseph Hardy, 1973).

Des risques, elle savait aussi en prendre dans sa vie personnelle, défiant la morale victorienne de l’Angleterre des années cinquante par sa liaison publique avec le jeune et ambitieux Laurence Harvey et par le divorce retentissant qui s’en suivit !

Une lady, certes, mais libre de corps et d’esprit ; une vraie Anglaise en somme !

Muriel Lherme

Enfance et jeunesse…

Margaret LeightonThe Birmingham Repertory Theater (1913)

Née le 26 février 1922, à Barnt Green près de Birmingham, Margaret Leighton a pour parents Augustus-George Leighton, un self-made man qui, de simple commis dans une usine textile, en est devenu un des directeurs. Sa mère, Doris Evans, appartient à une famille de la grande bourgeoise « qui a eu des revers de fortune ». Elle a une sœur, Hazel et un frère, John , plus jeunes qu’elle , dont elle n’est guère proche.

Son enfance privilégiée se déroule dans un quartier bourgeois de Birmingham. Elle est externe dans une institution religieuse pour jeunes filles. Excellente élève, elle prend des cours de diction et, très vite, devient la vedette des spectacles de fin d’année, alternant les rôles de bonne fée avec ceux de vieille sorcière !

A 16 ans , au lieu de passer le concours d’entrée à Cambridge comme l’y incite ses professeurs, elle réussit à convaincre son père de la laisser auditionner au Birmingham Repertory theatre, le théâtre d’avant-garde le plus renommé d’Angleterre où ont débuté Laurence OlivierLaurence Olivier et Ralph RichardsonRalph Richardson, entre autres. A sa grande surprise, elle décroche un second rôle , celui de Dorothy, une servante. L’essai n’est pas concluant et elle est rétrogradée au rôle de petite main du théâtre.

S’ensuivent quelques années obscures, où elle passe laborieusement de la figuration aux seconds rôles jusqu’à ce qu’en 1943, elle accède enfin au statut de vedette, dans le rôle de Lady Babbie, dans «Le petit ministre», une pièce de James Barrie.

Carrière au théâtre…

En 1944 , lorsque Laurence Olivier et Ralph Richardson viennent la voir jouer dans «Six personnages en quête d’auteur» de Luigi Pirandello, elle est la vedette incontestée du théâtre. Ils l’engagent les rôles de jeune première à l’Old Vic, le théâtre le plus prestigieux de Londres. A plusieurs reprises, elle donne la réplique à Laurence Olivier dans les pièces classiques du répertoire: «Oncle Vania» (1945), «Henry V», «Le roi Lear» (1946), etc.

Mais, c’est avec Ralph Richardson, son ami et rival dans la troupe qu’elle entame une liaison passionnée. Celui-ci, de 20 ans son aîné, vient juste de se remarier. Cette relation complexe et insatisfaisante sentimentalement, est très riche professionnellement. Ils créent ensemble «Cyrano de Bergerac», que le public anglais n’avait jamais vu.

En 1947, Margaret épouse Max Reinhardt, un éditeur d’origine autrichienne (aucune relation avec le célèbre metteur en scène). Elle quitte alors l’Old Vic pour entamer une carrière dans le théâtre commercial , jouant avec Robert Donat dans «The Sleeping Clergyman» de James Bridie.

Margaret Leighton«The Winslow Boy» avec Robert Donat (1948)
…et au cinéma

Ses débuts au cinéma interviennent en 1947, sous l’égide du célèbre producteur Alexander KordaAlexander Korda, célèbre pour avoir “découvert” Vivien LeighVivien Leigh.

Si «The Winslow Boy» (1948) d’Anthony Asquith est un grand succès - et un classique du cinéma anglais - il n’en est pas de même de son deuxième film, «Bonnie Prince Charlie» (1948), avec David Niven . Elle n’est guère plus heureuse avec les suivants, malgré les prestigieuses collaborations d’ Hitchcock pour «Les amants du Capricorne» (1949) et de Michael Powell pour «The Elusive Pimpernel/Le chevalier de Londres» (1950), toujours en compagnie de David NivenDavid Niven qui, décidément, ne lui porte pas chance !

Déçue, elle revient vite à ses premières amours , le théâtre, créant le personnage de Tracy Lord dans «The Philadelphia Story/Indiscrétions», rôle illustré par Katharine Hepburn aux Etats-Unis. Deux pièces de T.S. Eliot suivent, «The Cocktail Party» et «The Confidential Clerk», lui faisant une réputation d’actrice intellectuelle, au service de textes difficiles, qui sont néanmoins de grands succès commerciaux.

Les années cinquante…

Margaret Leighton«Lady Macbeth» (1952)

En 1952, Margaret est engagée à Stratford, pour le festival Shakespeare, sommet de la carrière de tout acteur anglais ! Jouant «La tempête» et «Macbeth» avec Ralph Richardson - leur liaison s’est poursuivie de façon sporadique - elle est la partenaire d’un jeune acteur ambitieux, Laurence Harvey, dans «Comme il vous plaira». Rosalinde tombe follement amoureuse de son Orlando ! Leur liaison très médiatisée mène à un divorce retentissant en 1955, où, fait exceptionnel à l’époque, elle est citée comme “coupable”, avec Laurence Harvey comme “complice” ! Leur mariage est célébré en août 1957, à bord d’un bateau croisant au large de Gibraltar. Pendant plusieurs années, leur couple va se retrouver au cœur d’une vie mondaine intense et fréquenter la “café society” de l’époque, les Noel Coward, Marlene Dietrich , Paul Getty, etc.

Si les années 50 sont riches théâtralement - elle connaît le triomphe dans «Tables séparées» de Terence Rattigan et obtient son premier Tony Award - sa carrière marque le pas au cinéma : un film avec Laurence Harvey dans le rôle prémonitoire de la femme trompée («The Good Die Young», 1954), le rôle de la femme acariâtre de David Niven dans «Carrington VC» (1954), quelques comédies au succès exclusivement anglais, dont «The Constant Husband/Un mari presque fidèle» (1955) avec Rex Harrison. Un joyau mérite cependant d'être retenu: «The Holly and the Ivy»(1952) où elle joue la fille de Ralph Richardson et apparaît dans tout l’éclat de sa beauté et de son talent.

En 1959, Margaret s’embarque pour Hollywood, bien tardivement !

Son premier film américain est une adaptation de «Le bruit et la fureur» (1959) de William Faulkner, mise en scène par Martin Ritt (1959), avec Joanne Woodward dans le rôle de sa fille. Le personnage d’une belle du Sud alcoolique et nymphomane n’a rien qui puisse attirer la foule américaine et, malgré un succès critique pour Margaret - on parle même d’un Oscar - le film est un échec public.

Les années soixante…

Margaret LeightonMargaret Leighton et Laurence Harvey

La relation destructrice avec Laurence Harvey s’achève par un divorce amer en 1961. Mais, c’est à ce moment-là que Margaret connaît son plus grand succès au théâtre : elle obtient un deuxième Tony Award pour sa création du personnage d’Hannah dans «La nuit de l’iguane» de Tennessee Williams.

Sentimentalement, elle erre de liaison destructrice en dépression, collectionnant les aventures avec Anthony QuinnAnthony Quinn, Robert StephensRobert Stephens et d’autres, et ne trouve de refuge que dans l’amitié de quelques gays, comme Terence Rattigan.

Ses participations au cinéma se font de plus en plus sporadiques, si on excepte son rôle d’Agatha Andrews dans «Seven Women/Frontière chinoise» (1966), le dernier film de John Ford , où elle incarne une rigide directrice de mission anglicane qui sombre peu à peu dans la folie. Rude programme! Trop rude sans doute car le film est encore un échec !

En 1970, elle incarne Mrs Maudsley dans «The Go-Between/Le messager» (Joseph Losey, 1971), rôle qui lui vaut un Bafta (l’équivalent anglais de l’Oscar) et une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle . Il était temps !

Le déclin…

Margaret LeightonMichael Wilding et Margaret Leighton

Mais, lors du tournage du «Messager», elle commence à manifester les signes de plus en plus invalidants d’une sclérose en plaques, qu’elle prend tout d’abord pour des crises d’arthrite. L’évolution de la maladie, aggravée par une forte consommation d’alcool, ne l’empêche nullement de travailler au théâtre et au cinéma, même si elle doit compter de plus en plus sur le soutien de son troisième mari, Michael Wilding, un des ex époux d’Elizabeth Taylor.

Epousé en 1964, ce dernier a renoncé à sa carrière d’acteur et se réjouit de n’être plus qu’un auditoire appréciatif et une aide quotidienne pour sa femme. La force et l’harmonie de leur couple frappent tous ceux qui les approchent.

Margaret Leighton meurt à 53 ans, le 13 janvier 1976, quelques jours après la dernière représentation de «Une famille et une fortune, une pièce d’Ivy Compton-Burnett, où elle a retrouvé son complice des années à l’Old Vic, Alec GuinnessAlec Guinnes. Des années auparavant, lors des répétitions de «La vipère» de Lilian Hellman, entendant le metteur en scène demander au pianiste de "jouer vite, avec beaucoup d’erreurs", elle avait ajouté: "Jouer vite, avec beaucoup d’erreurs, n’est-ce pas l’histoire de nos vies ?".

Quel meilleur résumé, peut-être , de sa propre vie !

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Jouer vite , avec beaucoup d’erreurs, n’est-ce pas l’histoire de nos vies ?" (Margaret Leighton)

Muriel Lherme (juillet 2007)
Ed.7.2.2 : 2-3-2016