Irene DUNNE (1890 / 1990)

… "la Première Dame d'Hollywood"…

…"la Première Dame d'Hollywood"… Irene Dunne

Comme sa consoeur Greer Garson à laquelle on l'a si souvent comparée, Irene Dunne fait partie de ces actrices américaines dont les choix artistiques forcent le respect.

Entrée dans la carrière grâce à ses talents vocaux et musicaux, c'est pourtant dans le mélodrame qu'elle se sentit le plus à l'aise et laissa les plus longs souvenirs. Mais ses duos avec Cary Grant, notamment dans le registre de la comédie, démontrent l'étendue de son registre que seuls les membres de l'Academy of Motion Pictures n'ont jamais voulu reconnaître.

Christian Grenier

Enfance et adolescence…

Irene DunneIrene Dunne

Née à Louisville, Kentucky, le 20-12-1898 selon les dernières recherches (la date fut longtemps sujette à caution), Irene Mary Dunn est la fille d'un inspecteur des bâteaux à vapeur de l'armée américaine, Joseph Dunne, et d'une pianiste de concert, Adelaide Henry, professeur de musique à ses heures perdues.

L'influence maternelle devait naturellement orienter la jeune enfant vers des aspirations artistiques, et plus précisément musicales. Elle-même avoua sa présence sur scène, dès 1904, dans une représentation locale (Louisville) de la pièce de William Shakespeare, «A Midsummer Night's Dream».

En 1909, ayant eu la douleur de voir disparaître son “chef”, le foyer s'installe à Madison, Indiana, dans la demeure familiale maternelle, auprès des grands-parents de la petite Irene. Celle-ci poursuit son éducation musicale en recevant des leçons de chant et de piano qui lui permettent de se produire en public.

En 1916, diplômée de la Madison High School, elle s'inscrit à la Academy of Fine Arts of Indinapolis, une sorte de conservatoire de musique. Ayant obtenu un certificat d'enseignement musical du Webster College, elle décroche un premier emploi avant d'obtenir une bourse lui permettant de s'inscrire au Chicago Musical College (1919).

En 1920, la jeune femme s'installe à New York, en quête d'engagements lui permettant de compléter son bagage artistique par des apparitions sur scène, envisageant un engagement par le Metropolitan de New York. Rejetée, elle part en tournée avec la comédie musicale «Irene» (1920, aucun rapport avec son prénom) avant de faire sa première apparition à Broadway dans la revue «The Clinging Vine» (1922), remplaçant au pied levé la jeune Peggy WoodPeggy Wood. En 1927, elle obtient son premier grand succès personnel dans la pièce «Yours Truly» (janvier à mai 1927).

La carrière : les années trente…

Irene Dunne«Leathernecking» avec Eddie Foy Jr

En 1929, choisie par le grand Florenz ZiegfeldFlorenz Ziegfeld, Irene Dunne tient le rôle principal de la comédie musicale «Show Boat» montée par une compagnie de Chicago pour une tournée américaine, après que la pièce ait terminé ses représentations à Broadway. A cette occasion, elle se fait remarquer par un “talent-scout” de la compagnie RKO, compagnie qui lui fait signer un contrat. Pour sa première apparition sur la toile blanche, elle se trouve en tête d'affiche d'un petit film qui n'a pas laissé de trace immortelle dans l'histoire, «Leathernecking» (1930), comédie à vocation musicale dont les numéros chantants ont été finalement supprimés.

Le second essai, même s'il ne fut pas transformé, laissa davantage de souvenirs. En effet, sa performance dans «La ruée vers l'Ouest» (1931), un western dans lequel elle donne la réplique à un spécialiste des films d'action, Richard Dix, lui vaut une première nomination à l'Oscar 1932 de la meilleure actrice.

Cette prestation la dirige vers le répertoire dramatique. En 1932, elle crée à l'écran l'héroïne de la romancière Fanny Hurst dans la première version de son mélodrame sentimental, «Back Street», narrant la déchéance d'une femme après le décès de son amant, par ailleurs époux d'une dame de bien meilleure société.

Sa formation musicale la prédisposant aux comédies du genre, nous ne serions pas surpris de retrouver la belle Irene chantant sous les beaux yeux de Fred Astaire. En effet, les producteurs les rassemblèrent dans «Roberta» (1934). Fausse espérance : en fait, Fred Astaire lui préférant encore Ginger Rogers, notre héroïne doit se contenter du regard de Randolph ScottRandolph Scott. Il y a des consolations moins avantageuses, m'assurent certaines de mes amies…

En 1935, l'actrice revient au mélodrame avec la première adaptation du roman de Lloyd C.Douglas, «Le secret magnifique», une oeuvre écrite en 1929 en vue de son adaptation à l'écran. Cette histoire pleine de bons sentiments, un peu “lourde” à nos âmes contemporaines, asseoit s'il le fallait la réputation de l'actrice dans les coeurs des spectateurs les plus sensibles.

Décidément associé à ceux des grandes héroïnes romanesques de la littérature américaine, le nom d'Irene Dunne apparaît au générique de la deuxième adaptation cinématographique du roman d'Edna Ferber, «Show Boat» (1936), reprenant à cette occasion son personnage tenu à la scène de Magnolia Hawks. Cette même année, son retour à la comédie, «Théodora devient folle», lui vaut une deuxième nomination à l'Oscar de la meilleure actrice.

Nouvelle nomination (et nouvel échec), «Cette sacrée vérité» (1937) constitue le premier volet de d'un tryptique qui la fera se mesurer à Cary Grant. Ces deux acteurs, jamais couronnés par la célèbre Academy of Motion Pictures, se découvrent des qualités complémentaires, lui excellant dans la comédie, elle célèbre pour les mélodrames les plus larmoyants. La dame, pourtant, tiendra la distance…

C'est dans ce dernier genre qu'Irene Dunne excelle à nouveau dans la première version du célèbre «Elle et lui» où elle donne la réplique à Charles Boyer dans un sujet qui sera repris en 1957 par Cary Grant et Deborah KerrDeborah Kerr («An Affair to remember»), puis en 1994 par Warren BeattyWarren Beatty et Annette BeningAnnette Bening («Love Affair»). Encore une nomination infructueuse aux Oscars…

La carrière : la guerre et l'après-guerre…

Irene Dunne«A Guy named Joe» (1943)

A l'issue de son contrat avec la RKO, Irene Dunne refuse de se lier à une compagnie. Elle travaillera désormais de manière indépendante, en “free lance”, comme l'on dit de l'autre côté de l'Atlantique.

Le duo qu'elle forme avec Cary Grant fonctionne aussi bien dans la comédie («Mon épouse favorite», 1940), que dans le drame sentimental («Penny Serenade/La chanson du passé», 1941), lui permettant de mettre en valeur les deux facettes de son talent. Pour ce dernier film, c'est Cary Grant qui se voit honoré d'une nomination, sans plus de réussite que sa partenaire.

On peut trouver quelque intérêt «Un nommé Joe» (1943), retraçant l'histoire d'un pilote américain dont l'appareil s'abat sur un sous-marin allemand. Son arrivée parmi les Anges annonce l'oeuvre de Michael Powell et Emeric Pressburger, «A Matter of life and death» (1946). Mais il n'y a guère de place pour une femme dans cette histoire d'hommes…

Les temps sont difficiles et l'issue de la guerre incertaine. Il faut préparer les Américains aux plus grands sacrifices. «Les blanches falaises de Douvres» (1944) relève de cette propagande et met davantage en valeur les qualités de l'actrice qui a la douleur, dans cette sombre histoire, de perdre son époux et son fils au cours des deux conflits mondiaux successifs.

Retour aux grandes oeuvres littéraires, encore écrite par une femme, «Anna et le roi de Siam» (1946), vante les qualités d'une heroïne, féministe avant l'heure, qui finit par amener à la raison le souverain (Rex HarrisonRex Harrison) d'un royaume tout aussi imaginaire qu'oriental. Nouvelle création d'un roman de Margaret Landon, qui fera l'objet de “remakes” avec Deborah Kerr (oui, encore elle !) et Yul BrynnerYul Brynner (1956), et plus récemment (et anonymement, l'auteur n'étant pas crédité) avec Jodie FosterJodie Foster et un jeune acteur chinois, Yun-Fat Chow (1999).

Après une comédie bien agréable («Mon père et nous», 1947) aux côtés d'un spécialiste du genre (le bien oublié William Powell, mais L'Encinémathèque y remédiera un de ces jours), Irene Dunne redevient l'incarnation d'un personnage issu d'une imagination féminine dans «I remember Mama/Tendresse» (1948). Adapté pour la scène en 1944, le roman de Kathryn Forbes, «Mama's Bank Account», permet à l'actrice d'obtenir une nouvelle et dernière nomination à l'Oscar. Mais le genre chronique familiale, pourtant fort propice aux performances par les multiples changements qu'impose ce fameux temps qui passe, ne lui réussira pas davantage…

Même l'étonnante composition de la reine Victoria qu'elle fit dans «Le moineau de la Tamise» (1950), ne sut émouvoir les distributeurs de la fameuse statuette. Peut-être déçue par tant d'indifférence, sans doute blessée par l'insuccès de ses derniers films, «Never a Dull Moment/Mon cow-boy adoré» (1950) et «Ca pousse sur les arbres» (1952), Irene Dunne décide de mettre un terme à sa trop courte carrière cinématographique.

Oscars et vie privée…

Irene DunneIrene Dunne et Francis Griffin

En 1928, Irene Dunne épouse Francis Griffin, un dentiste new-yorkais. Celui-ci, dans un premier temps, s'oppose à ce que son épouse poursuive une carrière dramatique. Mais la proposition de Florenz Ziegfeld, en 1929, le fait changer d'avis. Le couple s'installe à Hollywod. N'ayant pas de progéniture, il adopte en 1936 une fillette de 4 ans, Mary Frances. Vie maritale et familiale sans histoire jusqu'au décès de Francis, survenu en 1965.

Retirée du cinéma, Irene fit encore quelques apparitions à la télévision (un épisode de la série «Frontier Circus» en 1961, avec Ellen Corby…) et travailla également pour la radio. En 1957, elle fut nommée déléguée de remplacement aux Nations Unies par le président Dwight Eisenhower.

Très croyante, catholique, elle multiplia les activités caritatives, domaine pour lequel, plus heureuse qu'au cinéma, elle fut souvent honorée.

Car la plus grosse injustice que subit cette actrice fut d'avoit été “oubliée” par ses collègues lors des remises des Oscars, une erreur qui ne fut même pas corrigée par l'attribution d'un Oscar Spécial pour l'ensemble de sa carrière, procédure par ailleurs si souvent utilisée dans des cas similaires. Est-ce là le prix qu'elle dut payer pour son indépendance? En 1985 toutefois, elle fut récompensée d'un Kennedy Center Honors Celebration pour ses multiples triomphes. A cette occasion, elle put rencontrer son collègue et ami, le président Ronald Reagan, engagé dans une carrière politique dans ce Parti Républicain qu'elle même avait longtemps soutenu.

Irene Dunne passa les dernières années de sa vie à Holmby Hills (Californie), où le couple avait élevé une splendide demeure (aujourd'hui démolie au profit d'une construction plus moderne) en compagnie de ses deux petits-enfants, un garçon et une fille nés de l'union de Mary Frances. Elle y mourut le 4 septembre 1990, d'une crise cardiaque. Dernière incertitude, sur la porte de sa crypte, l'année de sa naissance

Documents…

Sources : Site internet Meredy's Palace (http://www.meredy.com/irenedunne) pour le premier paragraphe de cet article, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Quelle joie de vivre…

Citation :

"Aucun succès tout au long de ma carrière n'a jamais rivalisé avec l'excitation des voyages au long du Mississippi sur les bateaux du fleuve aux côtés de mon père"

Irene Dunne
Christian Grenier (octobre 2007)
Ed.7.2.2 : 2-3-2016