Audrey HEPBURN (1929 / 1993)

Pauvre petite fille riche…

Audrey HepburnBaby Audrey Hepburn<

La petite Audrey (Edda en néerlandais) Katleen Ruston, qui naît ce 4 mai 1929 à Ixelles, Belgique, est un gros bébé joufflu. Mais pourquoi la Belgique ?

Son père, Joseph Ruston, un anglo-irlandais divorcé, fait la connaissance de la mère d’Audrey, de 12 ans sa cadette, et l’épouse à Djakarta (1926) où il est conseiller financier à la banque d’Angleterre. Muté malgré lui, il s’installera en famille à Ixelles où il deviendra le directeur de l’agence bruxelloise de la même compagnie. Voilà l'explication !

Quant à sa maman, la Baronne Ella van Heemstra, issue d’une vieille famille de la noblesse hollandaise, elle a déjà deux garçons, Alexander (1921) et Jan (1925), nés d’une première union. Ella sera une mère très (voire trop) présente dans la vie de sa fille.

Malheureusement, Joseph et Ella ne formeront pas un couple uni. Outre la différence d’éducation et de fortune, ils se disputeront continuellement. Ce climat conflictuel pèsera sur l’enfance de la petite fille. Longtemps, elle culpabilisera, se persuadant qu’elle avait une part de responsabilité dans la mésentente de ses parents.

Les choses se compliquent quand, à partir de 1931, Joseph déserte le foyer conjugal pour Londres où il s’intégre à un cercle pro-nazi. Il quitte définitivement les siens en 1935, sans un mot d'explication. "Mais je l’aimais toujours. De toute ma vie, je n’ai jamais aimé un homme autant que j’ai aimé mon père".

Le démantèlement de la cellule familiale va marquer la fillette, alors âgée de 6 ans. A la place des scènes incessantes s’installe dès lors un silence absolu et pesant. Les deux grands frères, turbulents et solidaires, ne sont pas proches de leur petite sœur. Ils le seront davantage à l’âge adulte : Jan sera le parrain de son fils Sean et l’accompagnera dans sa dernière demeure.

A cette époque, Audrey est désespérément seule. Elle traverse une période de dépression enfantine et se goinfre de barres de chocolat et de pâtisseries. Elle devient une petite “boulotte” !

La danse…

Audrey HepburnAudrey Hepburn à 10 ans

Un jour, sa mère l’emmène voir un ballet . La danse, la musique lui ouvrent le cœur. Très rapidement, l'enfant veut faire de la danse.

Ses parents, pour atténuer l’écartèlement moral vécu par leur enfant au moment de leur divorce, estiment que la solution provisoire de la pension lui évitera un choix douloureux. Audrey va y vivre enfin un certain épanouissement. Elle parle maintenant l’anglais, le français. Elle sera une vraie polyglotte maîtrisant, outre ces deux langues, le néerlandais bien entendu, mais aussi l’italien et l’espagnol.

En 1939, la voici à Arnheim, auprès de sa mère. Celle-ci, par réaction aux positions de Joseph, prend la tête d’un mouvement anti-nazi. Audrey ne reverra son père que bien plus tard, à la fin des années 50, grâce à Mel Ferrer : "La rencontre que j’avais tant espérée aboutit à une de mes plus grandes déceptions. Depuis je n’ai plus jamais entendu parler de lui".

Années de guerre, années terribles. Un de ses frères est porté disparu…

La danse est toujours son espace-rêve ! Elle a la chance de remettre un bouquet de fleurs à l’étoile Margot Fonteyn Ce souvenir sur fond de bombardements de fusillades, de hurlement des sirènes et de cavalcades précipitées dans les caves-refuges est un soleil dans sa nuit.

Autre événement destructeur : l’arrestation et l’exécution de son oncle maternel. Devant le chagrin de sa mère, elle adopte une attitude qu’elle reprendra toute sa vie : "paraître faible pour que les autres se sentent forts". Dans ces moments là, elle décide aussi d’entrer dans la résistance à sa façon ! Elle va savoir jouer à la perfection son personnage de petite jeune fille insouciante et fragile, apparemment inconsciente de la gravité du moment, tout en cachant des messages dans ses chaussures ou bien détournant l’attention des Allemands quand un fait ne devait pas être remarqué. Elle restera cachée pendant un mois dans un réduit. La maison de famille sera pillée, dévastée…

La paix enfin…

Audrey HepburnAudrey Hepburn

Audrey a 18 ans. C’est maintenant une jolie jeune fille élégante, fine, patricienne. Mais elle n’a pas vraiment confiance en elle. Pourtant un metteur en scène de cinéma, Charles Huguenot van der Linden, la fait tourner dans un petit film, «La Hollande en sept leçons» (1948), premiers pas timides vers le septième art.

A Londres, dotée d'une bourse, elle suit les cours de danse de Marie Rambert. Période de vaches maigres et d'incertitudes pour la mère et la fille : Audrey est-elle faite pour être danseuse ? De son style passionné irradie trop d’énergie pour qu’elle s’intègre dans un ensemble.

Une opportunité se présente : le chorégraphe Jerome RobbinsJerome Robbins conçoit quelques tableaux dans la comédie musicale «High Button Shoes». Elle est choisie pour y participer.

Commence alors une merveilleuse période pour Audrey qui suscite un effet de séduction irrésistible. Elle est ravissante et enfin heureuse ! Elle part en tournée avec une nouvelle revue, «Sauce tartare». et connaît un immense succès personnel. Elle adopte le nom d’un lointain ancêtre de la branche paternelle, James Hepburn, 3ème époux de la tragique reine Marie Stuart.

Les grands couturiers, les photographes commencent à s’intéresser à cette nouvelle et imprévisible beauté, à l’opposé des modèles de l’époque. En 1951, Mario Zampi lui donne un rôle de cinéma dans «Rires au paradis», une minuscule scène où elle a une petite réplique. Mais on ne voit qu’elle ! Elle va signer son premier contrat d’une durée de 7 ans.

Du jour au lendemain, elle enchaîne avec quelques films anglais, comme «Secret People» (1952) avec Valentina Cortese et Serge Reggiani. La même année, elle vient en France pour incarner une actrice dans le sympathique «Nous irons à Monte-Carlo», simplette comédie sur les airs de l’orchestre de Ray Ventura.

Gigi pour Colette…

Sur ce dernier tournage, elle rencontre Colette. La célèbre romancière pointe un doigt vers la délicieuse jeune fille et s’exclame : "Voilà ma Gigi". Audrey mettra beaucoup de temps à accepter le rôle, doutant de son talent de comédienne. Colette lui donnera confiance en elle. Raymond Rouleau la fera travailler et la pièce finira sur les scènes de Broadway, rencontrant un énorme succès.

Sabrina, Ariane… et les autres !

Audrey HepburnAudrey Hepburn & James Hanson

Tout se précipite. Elle rompt avec son amoureux le richissime James Hanson, qui aurait bien voulu l’épouser et la transformer en petite femme au foyer.

On lui propose un rôle de premier plan au cinéma. «Vacances romaines» de William Wyler est en chantier. Gregory Peck est retenu pour incarner le journaliste qui entraînera la jeune princesse Anya dans une folle journée romaine. Audrey, la jeune étoile montante, devient sa partenaire. Le film sera plébiscité et fera rêver et pleurer le public des salles obscures du monde entier. Un oscar de la meilleure actrice récompensera, en 1953, la "petite fiancée du monde".

Mutine, amusante, fine, élégante, l'actrice persévère avec «Sabrina» (1954) sous la houlette de Billy Wilder avec Humphrey Bogart et William Holden. Le cœur de Sabrina balance entre les deux hommes devant la caméra pour s'accrocher, hors plateau, sur celui de William Holden, marié et père de deux enfants. Mais celui-ci, loin d’être le prince charmant, ne lui apporte que les satisfactions d’une liaison éphémère. La jeune femme prendra l’initiative douloureuse de la rupture.

A l’occasion de ce film, Audrey fait la connaissance d’un jeune couturier français, Hubert de Givenchy, dont elle deviendra la muse, lançant un style subtil, raffiné, élégant. Il créera les robes de ses principaux films et lui dédiera un parfum, "Interdit".

"Drôle de frimousse"…

En 1956, Stanley Donen, lui permet de réaliser son rêve, danser dans les bras de Fred Astaire. Dans «Drôle de frimousse», Audrey chante deux chansons de George Gershwin et cette délicieuse histoire envoûtera tout le monde.

Elle enchaîne avec «Ariane» (1957), toujours de Stanley Donen. Gary Cooper, dans le rôle d’un homme mûr, aimant les femmes et quelque peu blasé, fait la connaissance d'une jeune fille aussi mutine qu'ensorcelante, qui finit par le séduire. Tourné à Paris, avec Maurice Chevalier dans le rôle du père de la jeune fille, cette romance plaira énormément.

Son amour pour Mel…

Audrey HepburnMel Ferrer, Sean Ferrer et Audrey Hepburn

Lors d’une réception londonienne, en 1953 , Gregory Peck présente à sa jeune amie un séduisant comédien, Mel Ferrer, de onze ans son aîné. Cultivé, homme de théâtre, metteur en scène, il subjugue la belle invitée. Cependant le fringant jeune premier n’est pas non plus l’amoureux rêvé : il sort de trois mariages ratés, et est père de quatre enfants, déjà ! Véritable pygmalion quelque peu dévorant, il contrôlera tout : sa nourriture, ses réponses aux journalistes, ses choix professionnels.

Ils jouent ensemble la pièce de Jean Giraudoux, «Ondine». Entièrement sous la coupe de son amant, Audrey ne s’autorise plus aucune initiative, ce qui amène une grande tension pendant les répétitions. Elle sera tout de même récompensée d’un Tony Award.

Epuisée, souffrant d’anorexie, l'actrice maigrit. Les médecins lui imposent un séjour réparateur en Suisse. Lors d'une rémission, elle épouse Mel Ferrer le 25 septembre 1954 à Burgenstock (Suisse). Très vite, elle est enceinte et tout lui paraît merveilleux. Bonheur de courte durée : le couple n’est déjà plus en harmonie. Mel se montre jaloux du succès de son épouse. Elle l’impose pour le film de King Vidor, «Guerre et paix» (1956). Durant le tournage, elle fait une fausse couche qui la plonge dans le désespoir. Le film ne rencontrera pas le succès escompté : "Trop de guerres, pas assez de paix" résumeront les critiques.

1958. Après bien des hésitations, Audrey accepte de partir tourner «Au risque de se perdre» en Afrique. Elle devient l’émouvante Sœur Luc face au troublant Dr Fortunati, incarné par le séduisant et cynique Peter Finch. Le film, proposé pour 8 oscars et n'en obtenant aucun, lui fait découvrir le Continent Noir. Elle restera marquée à jamais par les visages d’enfants, si beaux, mais aussi par la pauvreté, les maladies…

Après «Vertes demeures» (1959), réalisé par son mari, elle accepte un rôle dans «Le vent de la plaine» pour donner la réplique à Burt Lancaster. De nouveau enceinte, elle n'en continue pas moins à travailler, monte à cheval et fait une chute qui aurait pu être très grave et la contraint à faire une pause.

Une deuxième fausse couche plonge la jeune actrice dans une très grave dépression. Heureusement la troisième grossesse ira jusqu’à son terme. Le 17 janvier 1960, Audrey met au monde son premier enfant, Sean Ferrer. Mais cette naissance ne réussira pas à reconstruire le couple qui finira par se séparer.

Mel et Audrey seront restés mariés pendant 13 ans. Chacun refera sa vie avec plus ou moins de bonheur sans jamais oublier le grand amour qu’ils auront éprouvé l’un pour l’autre.

«Diamants sur canapé»…

Audrey Hepburn«Diamants sur canapé»

«Breakfast at Tiffany's/Diamants sur canapé» (Blake Edwards, 1961) lui vaut un nouveau triomphe. La musique qui l’accompagne, «Moon river», composée spécialement pour elle et qu’elle chante de façon émouvante, fera le tour du monde.

«The Children’s Hour/La rumeur» de William Wyler (1961), son premier drame psychologique, la marque et la trouble. Le mot “lesbienne” n’y est pourtant jamais prononcé et la rencontre avec Shirley MacLaine, au départ délicate, débouche sur une sincère complicité qui se transformera en véritable amitié.

«Paris when It Sizzles/Deux têtes folles» (1963) lui donne l’occasion de retrouver William Holden, "la pire expérience de ma carrière". Vient ensuite «Charade» (1963), une délicieuse histoire avec Gary Grant qui déclarera : "Comme cadeau de Noël, j’aimerais un autre film avec Audrey !"

Fair Lady pour tous…

«My Fair Lady», d’après «Pygmalion» de George Bernard Shaw, est déjà une comédie musicale célèbre, dont Rex Harrison et Julie Andrews, encore inconnue du grand public, sont les vedettes à Broadway. Le producteur Jack Warner veut une valeur sûre pour l'adaptation cinématographique qu'il prépare. Exit Julie, vive Audrey !. Cecil BeatonCecil Beaton imagine les magnifiques robes portées par Eliza/Audrey. Mais rien n’ira vraiment bien pendant le tournage, et l'actrice réalise bientôt qu’on ne lui pardonne pas de “piquer” le rôle à Julie. Le 5 avril 1965, elle remet l’oscar du meilleur acteur à Rex Harrison ; elle n’a même pas été nominée.

«How to Steal a Million» (William Wyler, 1965) lui permet de regarnir sa tire-lire tout en donnant la réplique à Peter O'Toole.

«Voyage à deux» (Stanley Donen, 1967), la sort momentanément de son désespoir. Comme par hasard, le scénario évoque l’effondrement d’un mariage après 12 ans de vie commune. Pas besoin de composer, Audrey connaît ! Albert Finney joue le rôle de son époux. Le couple de l’écran poursuit ses tendres échanges hors des caméras.

Andrea et Robert…

Audrey HepburnLuca et Audrey Hepburn

Amaigrie à l’extrême, Audrey Hepburn se réfugie auprès de ses amies Doris Brynner (l’épouse de Yul) et la fragile actrice française CapucineCapucine qui l’emmène dans la station touristique ibérique de Marbella. La presse lui prête des idylles, à peine commencées, tout de suite terminées.

Lors d’une croisière, elle rencontre Andrea Mario Dotti, de 8 ans son cadet, un riche psychiatre spécialisé dans les dépressions féminines. Il est attentionné, compréhensif et très vite amoureux. Audrey répond à cet amour et le mariage est célébré le 18 janvier 1969 en Suisse.

Bientôt, la jeune femme est enceinte. Ce qui devrait être un grand bonheur devient une période d’angoisse. De la Suisse où elle s’est retirée pour attendre le bébé, elle apprend les frasques amoureuses de son jeune époux dans la ville éternelle. Le 8 février 1970, Luca naît et rien n’est plus beau pour elle.

Après 8 ans, elle réapparaît sur les plateaux de tournage pour «La rose et la flèche» de Richard Lester aux côtés de Sean Connery. Une menace d’enlèvement de ses deux fils oblige l'actrice à se réfugier à La Paisible, Suisse. Andrea, victime d’une agression, refuse pourtant de la rejoindre. L'union s'achève sur cette fausse note.

Robert, pour un vrai bonheur

Au cours d’un dîner, Audrey rencontre Robert Wolders, veuf de la légendaire actrice Merle OberonMerle Oberon. L’amour ne vient pas tout de suite. Patient, Robert est en attente des plus beaux yeux de biche de l'écran. Finalement, il s’installe à La Paisible en 1981 et y restera. Dès lors, Audrey va vivre des années de bonheur en s’appuyant sur l’épaule rassurante de son compagnon et en s’occupant à des activités salvatrices, comme le jardinage.

En 1989 , elle prend le temps de tourner son dernier film, «Always», sous la houlette de Steven Spielberg. Toute de blanc vêtue, comme la fonction l'exige, elle y incarne un ange

Un Ange pour toujours…

Audrey HepburnAudrey Hepburn (1989)

Robert entraîne son épouse à œuvrer pour des causes humanitaires. Nommée en 1988 collaboratrice officielle de l’UNICEF, elle devient une ambassadrice du cœur auprès des enfants en détresse dans le monde entier.

Elle entreprend plus de 50 voyages : Ethiopie, Salvador, Bangladesh, Somalie… Elle participe au film «Un monde d’amour», en compagnie de nombreuses célébrités, pour recueillir des fonds.

En 1991, le président Jimmy Carter lui remet le "Child Survival Award" et, l’année suivante, George Bush la décore de la "Presidential medal of Freedom".

Elle est en Somalie lorsque elle ressent les premiers signes inquiétants d’un mal qu’elle ne sait nommer. Le diagnostic, sévère, tombe en 1992 : cancer du colon. Après une opération dans un hôpital de Los Angeles, elle choisit de regagner La Paisible avec ses deux fils et Robert pour se préparer à son grand voyage.

Courageuse, se sachant condamnée, après avoir passé Noël auprès des siens, elle disparaît le 20 janvier 1993, à seulement 63 ans. Ses obsèques sont célébrées dans l’église de Tolochenaz, en présence de ses fils, de son fidèle compagnon, mais aussi de Mel Ferrer très ému, d’Andrea Dotti, et de Hubert de Givenchy.

Documents…

Sources : Biographie d’Audrey Hepburn, par Diana Maychick, «Audrey, une vie en images» de Carol Krenz, Site Officiel français d’Audrey Hepburn, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Pour avoir de beaux cheveux, laissez un enfant y passer ses doigts chaque jour"

Audrey Hepburn
Donatienne (février 2009)
Ed.8.1.2 : 5-3-2016