Maureen O'HARA (1920 / 2015)

… la flamme celtique

Maureen O'Hara

Belle comme une flamme, telle était Maureen O’Hara qui symbolisa au milieu du XXème siècle pour le monde entier la Femme irlandaise.

Comédienne de tempérament, découverte par Charles Laughton, révélée par John Ford, elle formera avec John Wayne un de ces couples mythiques de cinéma que le public aime tant à imaginer. A la ville, ils étaient tout simplement les meilleurs amis du monde.

La belle aventurière qu’elle reste dans nos souvenirs en aura fait rêver plus d’un, à travers des histoires de cowboys, de pirates et corsaires, de mousquetaires, de héros de contes de fée et même du père Noël. Elle aura su également camper à maintes reprises des femmes de caractère.

Donatienne

“Baby Elephant”…

Maureen O'HaraMaureen O'Hara et sa maman

Maureen Fitzsimons naît le 17 août 1920, à Ranelagh dans la banlieue de Dublin (Irlande). La petite fille a déjà une sœur aînée, Peggy, qui deviendra religieuse. Florrie, Charles, Margot et James viendront ensuite compléter la fratrie; pratiquement tous deviendront acteurs.

Le père, Charles, de confession catholique, gère une entreprise et une équipe de football. Très présent auprès de ses enfants, il appellera affectueusement sa cadette “Maisin” ou encore “Baby elephant”. Quant à sa maman, Marguerita Lilburn, comédienne et chanteuse irlandaise, de confession protestante, c’est une très jolie femme très élégante, à la chevelure d’un roux lumineux. Dotée d’une voix remarquable de contralto elle n’aura jamais pu réaliser son rêve : devenir cantatrice et se consacrer à l’art lyrique. Bien occupée avec sa nichée de 6 enfants, elle donnera très tôt à Maureen le goût des arts. Mère et fille seront toujours très proches. Notre petite Irlandaise décrira son enfance comme heureuse, pleine d’amour et de rires, au sein de laquelle la religion aura son importance.

La première prestation de l'enfant sera d’ailleurs la lecture d’un poème religieux pendant l’entracte de la fête de l’école : à 6 ans, elle séduit déjà son auditoire.

Les véritables débuts de la fillette dans le “métier” se font, alors qu’elle a tout juste 10 ans, dans le cadre d'une émission de radio. Sa voix s’embellissant au fil des ans, elle rêve à son tour de devenir cantatrice. Elle fréquente l’Abbey Theater et suit une formation classique pour arriver à son objectif : le théâtre et l’opéra…

Le temps passe. La fillette devient une belle jeune fille saine, aimant pratiquer le sport et sachant garder les garçons à distance.

S’il tolère la passion de sa fille, papa Charles, en bon gestionnaire, ne la considère pas pour autant comme une voie professionnelle à envisager sérieusement. Parallèlement, il lui fait donc entreprendre des études de secrétariat et de comptabilité. On ne sait jamais…

Miss O'Hara…

Maureen O'HaraMaureen O'Hara, Esmeralda

Londres, 1938. Le chanteur de variété américain Harry Richman assiste à la représentation d'une pièce de Shakespeare. Il est impressionné par une adolescente à la belle chevelure rousse à laquelle il trouve du charisme et du talent. Il la recommande pour un petit rôle dans une comédie musicale réalisée par Walter Forde, «Kicking the Moon Around» (1938).

A son tour, Charles Laughton, célèbre acteur anglais, la repère sur un bout d’essai filmé. Captivé par cette jeune femme qui “crève l’écran”, il la contacte, la présente à son associé Erich Pommer et lui fait signer un contrat de 7 ans avec sa propre société, la Mayflower Pictures Production. La nouvelle vedette obtient rapidement un rôle important dans «La taverne de la Jamaïque» (1939), adaptation très personnelle de l’œuvre de Daphné du Maurier réalisée par Alfred Hitchcock. Si les critiques ne sont pas tendres, le public se montre séduit.

. La jeune actrice embarque pour l'Amérique et Hollywood en compagnie de sa maman chérie. Sur le conseil de Pommer, elle décide d’opter pour un nom de scène à consonnance irlandaise, O’Hara. Déjà sur place et définitivement conquis, Charles Laughton, qui a le projet d’incarner QuasimodoCharles Laughton dans une adaptation cinématographique du roman de Victor Hugo, ne peut rêver d’une autre Esmeralda. «Quasimodo » (William Dieterle, 1939), film aux 3 500 figurants, remporte un immense succès. Le grand comédien considérera Maureen comme la fille qu’il n’aura jamais eue, et celle-ci verra en lui un véritable second père.

Au début de la guerre, Maureen O'Hara est retenue dans la distribution du film de John Farrow, «A Bill of Divorcement», reprenant 8 ans après, le rôle autrefois tenu par Katharine Hepburn.

Vont suivre quelques rôles légers dans de gentilles comédies musicales, comme «They Met in Argentina» (1940), où elle côtoie Lucille Ball.

L'aventure en technicolor…

Maureen O'HaraMaureen O'Hara

Nous sommes en 1941. John Ford projette de réaliser «Qu’elle était verte ma vallée» en s’inspirant de l’histoire de sa propre famille. Katharine HepburnKatharine Hepburn et Gene TierneyGene Tierney ont été pressenties, lorsque le metteur en scène découvre Maureen O'Hara. Enthousiasmé par le tempérament de feu de la jeune Irlandaise, il en fait son héroïne principale. Bon choix : la belle rousse au jeu aussi ardent que la couleur de sa magnifique chevelure, va entrer avec conviction dans le personnage d’Angharad et animer cette histoire dramatique. Si elle n'obtient pas l'Oscar, le film sera plusieurs fois récompensé. Malgré quelques tiraillements, l'irascible “director” et sa comédienne tourneront 5 films ensemble.

Convaincue par ce succès, la 20th Century Fox rachète le contrat de la vedette à la RKO. Maureen peut désormais voler de ses propres ailes, autorisant sa mère à rentrer au pays natal. De son côté, elle acquiert la nationalité américaine tout en restant Irlandaise (1946).

A la 20th Century Fox, notre héroïne se voit offrir des rôles qui font rêver, qui permettent de s’évader à travers les époques ou dans des contrées exotiques. Merveilleusement servie par les nouvelles techniques du cinéma en couleur, elle devient une sorte de déesse. Elle éclaire de sa beauté plusieurs histoires de corsaires ou de pirates dont la plus célèbre, «Le cygne noir» (1942), est dirigée par un maître du genre, Henry King. Elle y tombe amoureuse de Tyrone Power qu’elle retrouvera dans «Ce n’est qu’un au revoir» (John Ford, 1955).

«Pavillon noir» (Frank Borzage, 1945) lui donne comme partenaire Paul Heinreid. Pour la séduire, «Sinbad le marin» (1947) prend les traits de Douglas Fairbanks Jr, tandis que Paul Hubschmid lui offre une place sur son tapis afin de survoler «Bagdad» (1949). Dans le même genre, «Les frères Barberousse» (1951) la jettent dans les bras de l’athlétique Jeff Chandler, un partenaire, qu’elle retrouvera pour monter «A l’assaut de Fort Clark» (1953). Tout aussi courageuse, la belle aventurière se lance «A l’abordage» (1952) aux côtés d’Errol Flynn !

La cape sur le dos et l'épée à la ceinture, Maureen devient Claire, fille d’Athos, dans une surprenante variation de la légende d'Alexandre Dumas, «Les fils des mousquetaires»(1952). Cocorico !

Dans un registre plus familial, «Miracle dans la 34e rue» (1947), un conte de Noël régulièrement repris sur les chaînes de télévision américaines, nous aura fait découvrir une petite ingénue, Nathalie Wood.

John, Maureen et John…

Maureen O'Haraun couple tranquille…

Mais tous ces rôles flamboyants ne la comblent pas vraiment. Heureusement elle retrouve John Ford pour «Rio Grande» (1950), un western avec John Wayne. La réussite commerciale du film permet la mise en chantier d'un projet cher à John Ford, «L’homme tranquille» (1952). Cette histoire d'amour au coeur de la campagne irlandaise, dont personne n'a voulu, obtiendra 7 nominations et deux oscars ! Maureen et John Wayne auront tout fait pour permettre à leur metteur en scène de réaliser son film-rêve, sacrifiant leur cachet et embauchant leur famille pour les petits rôles, comme Charles et James, les deux cadets de Maureen. Le trio se reformera, avec moins de bonheur, pour «L’aigle vole au soleil» (1957).

Par ailleurs, John et Maureen tourneront ensemble dans «Le grand Mc Lintock» (1963), où l'actrice recevra une magistrale fessée et, pour la dernière fois, dans «Big Jake» (1971). Les deux éternels époux de l’écran resteront soudés par une amitié que seule la mort de John viendra rompre.

Sur le tard, Maureen O'Hara entame une série de comédies familiales que l'on qualifiera avec indulgence de “gentilles”. En 1960, les studios Disney lui offrent le rôle de la maman de deux jumelles toutes deux incarnées par la jeune Hayley Mills dans une agréable histoire, «La fiancée de papa». Cependant, les relations avec le papa de Mickey seront teintées de malentendus et de trahisons peu propices à des retrouvailles.

Plus sympathiques, James Stewart lui fait voir la mer («Monsieur Hobs prend des vacances», 1962) et Henry Fonda«La montagne des 9 Spencer» (1963) !

Pour son dernier film, «Only the Lonely» (1991) , elle retrouve Anthony Quinn, un partenaire qu'elle a déjà affronté dans l'arène de «The Magnificent Matador» (1955).

Maureen O'Hara terminera sa carrière en jouant pour la télévision dans plusieurs fictions et séries («The Dinah Shore Show», «The Bob Hope Show», etc).

La femme-flamme…

Maureen O'HaraMaureen et George Blair

Il est difficile d'imaginer que cette superbe actrice eut à traverser tant d'épreuves. En 1957, la revue "Confidential" la mêle à une histoire scabreuse la décrivant comme exhibitionniste. Courageusement, elle se battra jusqu’au bout, prouvant magistralement son innocence, mais ressortira terriblement meurtrie de cette affaire dont sa carrière pâtira.

Dotée d'une voix mélodieuse, elle enregistrera alors plusieurs disques et participera à une comédie musicale on Broadway, «Christine» (1960), malheureusement sans succès.

Dès 18 ans, avant son départ aux Amériques, Maureen O’Hara a épousé George H Brown, obscur acteur britannique. Cette union qu’elle qualifiera d’erreur de jeunesse sera annulée en 1941. La même année, elle se remarie avec Will Price, futur réalisateur américain générateur d'encore moins de lumière, même lorsqu'il la dirigera dans «To the Shores of Tripoli» (1950). En 1944, elle met au monde Bronwyn, prénom emprunté à un personnage de «Qu’elle était verte ma vallée». Mais Will n’étant ni fidèle, ni sobre, Maureen tremblera plus d'une fois pour la sécurité de sa fille. Le divorce sera prononcé en 1953.

En 1968, elle s'unit au Général Charles F. Blair, de la Royal Air Force. Enfin heureuse, elle aidera son conjoint à gérer une compagnie aérienne aux Caraïbes et fera à ses côtés plusieurs fois le tour du monde. Hélas, en 1978, le bel aviateur périra dans un accident d’avion.

Anéantie de chagrin, l'actrice décidera courageusement de se maintenir à la tête de la compagnie d’aviation, se partageant entre New-York, Los Angeles et son Irlande natale.
Les feux de l'automne…

Maureen O'Hara s'est retirée dans sa maison de l’île de Sainte Croix, une des îles Vierges de la mer des Caraïbes, où elle profite de sa fille Bronwyn et de son petit fils Conor Beau. En 2004, elle a rédigé son autobiographie, «Tis Herself».

En cette année 2010, flamme qui ne veut pas s'éteindre, elle s'apprête à souffler ses 90 bougies, demeurant l'un des derniers témoins vivants d'un Hollywood légendaire.

Documents…

Sources : Maureen O'Hara official website, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Par ailleurs, notre Collectionneuse, Marlène Pilaete, a consacré une page à Maureen O'Hara dans sa galerie N° 5, "Deux Nigauds chez Vénus".

Citation :

"J’ai toujours privilégié un rôle pour ses qualités de 'personnage' et pour son impact dans l’intrigue."

Maureen O'Hara
Voulez-vous m'aimer ?
Donatienne (juin 2008)
Ed.7.2.1 : 30-11-2015