Lilli PALMER (1914 / 1986)

… "un bon petit soldat"

Lilli Palmer

Comédienne adorable, espiègle tout en sachant devenir grave quand ses rôles l’exigeaient, Lilli Palmer illumina le cinéma mondial de l’après-guerre.

Si ses débuts furent parfois douloureux, elle ne perdit jamais espoir. En 1954, alors que sa vie personnelle changeait, elle entama avec foi une superbe deuxième carrière européenne.

Je vous invite à mieux connaître, ne serait-ce que pour rêver une fois encore, la plus attachante des actrices germaniques …

Donatienne

Lilli l'espiègle…

Lilli PalmerLilli Palmer (1917)

C’est à Posen (Prusse germanique), aujourd'hui Poznan (Pologne), à l’aube de la grande guerre, le 24 mai 1914 que naît Lilli Marie Peiser. Son père Alfred est médecin chef de l’hôpital juif de Berlin : " Mon père était sérieux, sec, soigneux, impatient". Sa mère, Rose Lisssmann, était actrice de théâtre avant son mariage. "…une maman gaie, insouciante, communicative et tolérante". La naissance de trois filles, Irène (qui deviendra actrice et chanteuse sous le nom d’Irène Prador), Lilli et Hilde, lui fera renoncer à une carrière dans le spectacle.

En 1918, la petite Lilli s’installe avec les siens à Charlottenburg, bourg de la banlieue berlinoise. Elle assurera avoir eu une enfance heureuse entre deux parents qui s’aimaient : "Il régnait à la maison un climat de détente, d’équilibre, d’indépendance".

Alfred nourrit le projet de faire de sa cadette un médecin. L’adolescente passe avec succès l’équivalent de notre bachot. Mais, au fond d’elle-même, elle rêve déjà d’embrasser la carrière que sa maman dut interrompre. Elle s’inscrit aux cours d’Ilka GruningIlka Gruning et de Lucie HoflichLucie Hoflich. Elle fête ainsi ses 18 ans en jouant pour la première fois sur la scène du théâtre de Darmstadt.

Les soeur viennoises

De nombreuses filmographies créditent Lilli Palmer d'une participation à la version française de «Rivaux de la piste» (Serge de Poligny, 1932), tournée dans les studios berlinois de la U.F.A. N'ayant pu la vérifier, cette apparition qu’elle n'évoque pas dans ses mémoires nous paraît incertaine.

Dès 1934, une ombre menaçante plane sur le destin de cette toute jeune actrice. L’avènement du nazisme lui interdit de monter sur scène à cause de son origine juive. Elle trouve le moyen de se produire malgré tout, avec sa sœur aînée Irène, dans des cabarets dansants. Pour tromper “l’ennemi”, elles se font appeler "Les sœurs viennoises".

L’air devenant irrespirable dans une Allemagne chaque jour plus noire, Lilli vient rejoindre Irène qui l’a précédée à Paris. Rolf, un séduisant étudiant en médecine allemand dont elle est amoureuse, l’accompagne.

Avec un toupet qui frise l’inconscience, notre jeune débutante et sa soeur parviennent à décrocher de petits contrats au Moulin Rouge puis dans divers cabarets où elles entonnent allègrement des refrains dans toutes les langues, comme, allusion sans doute vengeresse, «Qui craint le grand méchant loup ?».

Après le décès du papa, toute la petite famille se reserre dans la capitale française. Lilli se voit présentée au metteur en scène Alexandre KordaAlexandre Korda qui lui conseille de se rendre à Londres. Là-bas, les deux soeurs sont facilement repérées par les producteurs, et Lilli irradie une élégance convaincante…

L'Angleterre…

Lilli PalmerLilli Palmer (1939)

La jeune femme va passer des essais, cotoyer Vivien LeighVivien Leigh, essuyer toutes les tracasseries possibles pour se faire délivrer des papiers de séjour, et s’astreindre à perdre les 5 kilos qu’elle a, paraît-il, en trop. Elle décroche ainsi un rôle en langue anglaise, qu’elle pratique après un apprentissage accéléré, dans «Crime Unlimited» (1935). L’année suivante, Alfred Hitchock la retient pour un rôle dans «The Secret Agent».

Sa maman et la jeune Hilde l'ayant rejointe à Londres, Lilli fait vivre tout son petit monde avec les maigres cachets qu’elle réussit à obtenir en tapant à toutes les portes. Elle fait bientôt sa première apparition sur une scène britannique au théâtre Garrick, dans «The Road to Gandahar», essayant par tous les moyens de ressembler à Marlene Dietrich.

Sur la recommandation de Beate Moissi, la fille du grand comédien de théâtre anglais Alexandre Moissi, elle suit les cours d'Else Schreiber, un professeur d’une grande exigence dont elle n’oubliera pas les dix commandements d’humilité, véritable bible du comédien débutant : "Ne jetez pas votre talent à la figure du public ; vous n’avez aucun charme, ne l’oubliez pas !…". L'actrice gardera toute sa vie cette base solide acquise dans la souffrance.

Dans un studio de cinéma, en 1939, elle entend le discours du premier ministre Neville Chamberlain annonçant le second conflit mondial. Ses partenaires ressentent un certain malaise vis-à-vis d’elle : n’est-elle pas Allemande ?

Parallèlement, son histoire avec le beau Rolf s'essouffle. Alors qu'elle joue une pièce dans la banlieue londonienne, malgré les couvre-feu et les masques à gaz, on lui présente un des plus célèbres acteurs du moment : Rex Harrison. Bien que le connaissant de réputation, elle se montre impressionnée. Lui aussi semble séduit par la ravissante Lilli, mais il n'oublie pas (encore) qu'il est marié et père de famille. Ils ne se marieront qu’en 1943, après le divorce de Rex. L’année suivante, Lilli mettra au monde son fils unique, Carey. Pendant sa grossesse, elle aura tourné dans «English Without Tears» (1944), en dissimulant son état…

Hollywod, de rires et de larmes…

Lilli PalmerRex Harrison et Lilli Palmer (1952)

La guerre terminée, Lilli et son époux apparaissent ensemble dans «L’honorable Monsieur Sans Gêne» de Sidney Gilliat (1945). Le 21 novembre 1945, contrats en poche, ils embarquent pour l'Amérique. Le petit Carey les rejoindra trois mois plus tard.

Les débuts de notre vedette à la Warner semblent prometteurs : premier rôle féminin, dans «Cloak and Dagger» de Fritz Lang (1946) aux côtés de Gary Cooper. Elle se retrouve face à l’idole de sa jeunesse, qui lui lance un malicieux "Salut gamine !". Elle restera son amie et le reverra bien plus tard, peu de temps avant que le grand cow-boy ne disparaisse. Les rapports avec Fritz Lang seront beaucoup plus difficiles. Le film ne rencontrera qu’un succès mitigé.

Elle enchaîne avec «My Girl Tisa» (1948) , un échec. En revanche, «Body and Soul (Sang et or)» (1948) avec John Garfield connait un triomphe et constitue le premier grand succès international de Lilli Palmer.

Désormais connue et reconnue, amie de Danny Kaye et de Charlie Chaplin, du couple Rathbone, de Jean-Pierre Aumont, c'est avec l'épouse de celui-ci, Maria Montez, qu'elle se dispute «Hans le marin» (1948).

Rex et Lilli fréquentent aussi les couples formés par Tyrone Power et Annabella d'une part, David et Primmie Niven d'autre part. Pourtant, celui qu'’elle forme avec son époux se défait progressivement, malgré les films qu’ils tournent ensemble : «The Four Poster (Le ciel de lit)» (1952) - dont ils sont les uniques acteurs et qui lui vaut la coupe Volpi de la meilleure actrice à Venise - et «Main Street to Broadway» (1953). Rex boit plus qu’il ne faut et les maîtresses se succèdent, jusqu’au jour où la jeune Carole LandisCarole Landis se donne la mort.

Pour échapper au scandale naissant et protéger leur fils, les Harrison s'installent à New-York où le petit Carey est inscrit au lycée français. Tous deux réussiront à décrocher des contrats sur les scènes de Broadway, et on les verra apparaître, ensemble ou séparément, dans «Mon nom est Aquilon», «César et Cléopâtre» et «Ma sorcière bien aimée», etc . Mais ce dépaysement ne sera pas suffisant et le couple se séparera officiellement en 1956.

La gloire en Europe…

Lilli PalmerLilli Palmer

En 1953, accompagnée de son fils, Lilli regagne son Europe natale. A Munich, à sa descente d’avion, une gracieuse adolescente lui fait une révérence avant de lui tendre un bouquet. Elle se nomme Romy Schneider et sera la partenaire de son prochain film, «Feu d’artifice», une souriante opérette dans laquelle, pétillante comme du champagne, elle entonnera le célèbre «Oh mein papa !".

La comédienne aborde une seconde carrière. Elle retrouve Romy Schneider pour «Jeunes filles en uniforme» (1958), sujet délicat adroitement traité. Ses partenaires masculins sont successivement Curd Jurgens («Le diable en personne», 1956), Yvan Desny («Anastasia», 1956), Gérard Philipe («Montparnasse 19» en 1957, «La vie à deux» en 1958), Clark Gable («La vie à belles dents», 1959), et Fred Astaire («Mon séducteur de père», 1961).

Elle enchaîne film sur film avec le même bonheur. Dans «Adorable Julia» (1961), elle fait tourner Charles Boyer en bourrique. En France, dans «Le tonnerre de Dieu» (1965), elle est l’épouse désabusée de Jean Gabin avant d'incarner une émouvante maman campagnarde dont le conjoint Fernandel, parti à la recherche de leur fille, voudra lui épargner une vérité trop pénible («Le voyage du père», 1966).

Sur le plan privé, Lilli Palmer trouve le bonheur et la sérénité auprès de Carlos Thompson, écrivain et acteur d’origine argentine, qu’elle épousera en 1957. Ils tourneront plusieurs films ensemble, comme «La dernière escale» ou «La mystérieuse Mme Cheney» (1961). Le couple s’installe à Munich et y vivra heureux et amoureux.

Aussi à l’aise dans les comédies que dans les films plus durs, on la retrouvera dans «Le grand retour» (1962) aux côtés de Robert Taylor, s’acharnant à sauver pendant la guerre les prestigieux chevaux blancs de l’école de Vienne, dans «Le congrès s’amuse» (1965) avec Curd Jürgens, dans «Œdipe Roi» (1968) où elle affrontera Christopher Plummer sans…complexe, ou encore dans «De Sade» (1969), histoire du fameux marquis, personnifié pour la circonstance par Keir Dullea.

Avec «Ces garçons venus du Brésil» (1978), un film évoquant les horreurs perpétrées par le monstrueux docteur Mengele, elle campe la sœur de Gregory Peck pour ce qui demeure l'une de ses dernières apparitions à l'écran.

Une étoile radieuse…

Lilli PalmerImmortalisée pour la poste… érité !

Lilli Palmer était dotée d’une sensibilité artistique qui s’exprimait dans de nombreux domaines comme la peinture ou l’écriture. Elle aura signé plusieurs ouvrages littéraires, dont son autobiographie, «Un bon petit soldat», ainsi que plusieurs romans romans : «Le corbeau rouge», «Les rivages insolites» dans lequel elle relate une relation triangulaire, «Dans l’ombre du bonheur», «Une femme reste une femme», etc.

Son talent aura été remarqué par les producteurs du petit écran qui lui donneront l’opportunité, au début des années 50, d'animer une émission quotidienne d’un quart d’heure traitant divers sujets de son choix. Elle aura même son «Lilli show» et participera, point final de sa carrière médiatique, à la grande fiction télévisée internationale «Pierre Le Grand» (1986).

Elle aura eu la fierté de voir son fils Carey entreprendre de brillantes études à Cambridge avant de s'essayer à l’écriture, la direction artistique et le professorat au Brooklyn College de New-York.

Atteinte d’un cancer, Lilli Palmer s’éteint à Los Angelès, le 27 janvier 1986, dans sa soixante-douzième année. Certains médias évoqueront la thèse du suicide qui ne sera jamais confirmée. Elle sera inhumée dans l’intimité au Forestlown Glendale. Son époux, Carlos Thomson, n'ayant pu surmonter son chagrin, choisira de la rejoindre 4 ans plus tard.

Ainsi était Lilli : une artiste complète, une femme affirmée, talentueuse, et humaine. Elle reste à jamais une des plus ravissantes et radieuses vedettes du cinéma mondial.

Documents…

Sources : «Un bon petit soldat», autobiographie chez Robert Laffont, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Un don ? cela peut être le pire ennemi. Il entrave l'élan créateur… Sans effort, parfois même par accident, on arrive à un bon résultat et on s'en contente"

Lilli Palmer
Adorable Lilli…
Donatienne (novembre 2010)
Ed.7.2.2 : 7-3-2016