Maggie SMITH (1934)

… les belles années de Miss Maggie…

…les belles années de Miss Maggie… Maggie Smith

Le cinéma britannique, qui n'a jamais craint pas de distribuer les plus grands noms de la scène au service de Sa Gracieuse Majesté, regorge d'une foultitude de personnalités ayant traîné leurs guêtres sur les planches les plus prestigieuses du Royaume Uni.

Les comédiennes ne sont pas en reste, qui ont servi Shakespeare autant que ces messieurs, et la Royal Academy of Dramatic Arts aussi bien que l'Old Vic Theatre leur ouvrirent tout grand leurs portes.

Parmi elles, Dame Maggie Smith exporta son talent jusqu'aux Amériques où les membres de l'Academy of Motion Picture eurent l'obligeance de lui décerner une statuette dorée à la mesure de son talent…

Christian Grenier

Le théâtre sinon rien…

Maggie SmithMaggie Smith, 3 ans

Margaret Natalie Smith naît le 28 décembre 1934 à Ilford, une charmante cité de l'Essex, au nord-est de Londres (Angleterre). Cadette de deux jumeaux, Alistair et Ian (nés le 8 décembres 1928), elle est la fille de Nathaniel Smith et de son épouse Margaret 'Meg' Little Hutton.

Dévôt anglican originaire du Tyneside (North East England), Nat exerce la profession de technicien médical dans un laboratoire de la ville. Meg, presbytérienne d'origines écossaises et irlandaises et native de Glasgow, a abandonné ses travaux de secrétariat pour s'occuper de la famille dont elle semble avoir pris rapidement la direction. Pratiquants, économes, soucieux des bonnes manières, le couple Smith élève sa progéniture dans un esprit petit-bourgeois et ne tarde pas à avouer de hautes espérances pour sa prometteuse descendance. Ainsi, ayant atteint les premières années de l'adolescence, les jumeaux ambitionnent de devenir architectes… et ils y parviendront ! Quant à la toute jeune Margaret, c'est bien simple, elle ne se souvient pas ne pas avoir eu envie d'être actrice !

En 1939, la famille s'installe à Cowley, dans la banlieue d'Oxford, où le père s'intègre à une équipe de chercheurs travaillant sur les thérapies par la penicilline et dont les travaux déboucheront sur l'obtention du prix Nobel par Lord Howard Walter Florey (1945). Meg, de son côté, reprend un travail de secrétariat aux usines d'automobiles Morris, tandis que les enfants poursuivent leur cursus scolaire.

La petite Margaret est écolière à l'école religieuse de Greycotes – où elle côtoie la fille de l'écrivain Graham Greene, Lucy – tout en s'adonnant à la danse et à quelques divertissements pianistiques. Membre de la "Vera Legge’s Juveniles", elle pose dans son jolie costume de jeune danseuse pour la postérité. Spectatrice occasionnelle, elle découvre le cinéma en 1946 en voyant «The Jolson Story», puis le théâtre avec une représentation de «The Shop at Sly Corner», à l'issue de laquelle elle décroche le seul autographe de son tableau de chasse auprès de John Moffat qui devait devenir plus tard l'un de ses partenaires.

De 1947 à 1951, elle intègre la Oxford High School for Girls, l'une des meilleures institutions d'Angleterre. Elle y découvre l'art dramatique, faisant la transition entre les actes d'une représentation scolaire de «Twelfth Night». A cette époque, jeune fille réservée, pourvue d'un grain d'irrévérence et d'un besoin marqué de solitude, elle fait preuve, sans être rebelle, d'une grande indépendance d'esprit, prenant ses distances envers ses parents, ses frères et l'enseignement qu'on lui inculque. Elle ne voit pas son avenir ailleurs que sur les planches et dévore l'ouvrage de Pamela Brown, «The Swish of the Curtain (Le bruissement du rideau)».

Comme il n'est pas envisageable pour ses parents que la jeune fille s'éloigne de la demeure familiale, Margaret se retrouve étudiante au Oxford Playhouse Drama School, faisant une première apparition intéressante dans la pièce d'Elsa Shelley, «The Pick-up Girl» (10 octobre 1951) avant de reprendre, mais cette fois dans la peau du personnage principal Viola, «Twelfth Night» (1952), pièce avec laquelle elle part en tournée européenne.

En 1954, elle signe son premier contrat professionnel comme assistante du directeur de l'Oxford Repertory Players, incluant la possibilité de poursuivre sa jeune carrière de comédienne, et fait sa première apparition sur une scène londonienne au New Watergate Theatre Club, dans une sorte de patchwork des revues les plus récentes. L'année suivante, on peut lire pour la première fois sur un programme le pseudonyme qui deviendra définitivement son nom d'artiste, Maggie Smith. Enfin, le 14 juin 1956, à peine sortie de sa première contribution cinématographique, («Child in the House» de Cyril R.Endfield), elle embarque pour les Etats-Unis et se produit à Broadway dans, «The New Faces of 1956», une revue annuelle récursive depuis 1934…

En route vers l'oscar…

Maggie SmithMaggie Smith…

Au terme d'un semestre de représentations, Maggie Smith vit comme une délivrance son retour en Grande-Bretagne, délaissant sans regret New York, cette “Grande Pomme” dans laquelle elle n'a jamais véritablement croqué. Retrouvant rapidement sa place sur la scène, elle signe également un contrat de sept ans auprès du producteur de films Michael Balcon et se montre dans «Nowhere to Go» (1958), le premier travail de Seth Holt pour le 7ème art.

Sa performance dans un épisode d'une série télévisée, «ITVTelevision Playhouse : Sunday Out of Season» (1958), lui vaut une invitation à rejoindre la troupe du célèbre Old Vic Theatre, lui permettant de s'exprimer dans plusieurs grands titres du répertoire Shakespearien. A cette époque, elle rejette une proposition de mariage lancée par son collègue Ian Bannen et conditionnée à sa conversion aux dogmes de l'Eglise Catholique Romaine. Elle entre alors dans une liaison officielle avec le dramaturge et librettiste Beverley Cross.

Honorée, première distinction d'une longue liste, du prix de la meilleure comédienne de l'année 1962 par L'Evening Standard, Margaret quitte l'Old Vic (1963) pour rejoindre le Royal National Theatre, animé par Laurence OlivierLaurence Olivier, troupe au sein de laquelle elle oeuvrera jusqu'en 1970. Le cinéma, qui semblait l'avoir oubliée, se souvient alors de cette actrice en passe de marquer l'histoire de l'art dramatique anglais. Après une comédie britanniquement typée, «Go to Blazes» (1962), elle est de la super-production d'Anthony Asquith, «Hôtel International» (1963), assise à la même table que Rod Taylor, son futur partenaire dans le «Young Cassidy» de John Ford (lequel, malade, laissa pour l'essentiel les manettes à Jack Cardiff) et avec lequel elle semble avoir entretenu une affaire de coeur. Plus réservé, Richard Burton déclarera plus tard à son propos : "Elle ne vous vole pas simplement les scènes, elle commet de véritables hold-up !". Dans la foulée, son incarnation de Desdémone dans l'«Othello» de Stuart Burge (1965), lui permet de retrouver son ami et directeur sous le maquillage, pour lui coutumier, du célèbre Maure de Venise, dans un film qui n'est que le prolongement de leur travail sur les planches.

Pourtant ses relations avec Laurence Olivier ne tardent pas à se détériorer, deux personnalités aussi fortes ayant du mal à se partager les cerises tombant du gâteau qu'ils dévorent en commun. Pour autant toujours membre de la troupe, elle forme un couple redondant avec Robert Stephens («The Recruiting Officer» en 1963, «Beaucoup de bruit pour rien» en 1964, …), qui deviendra son premier époux (1967) dix jours après la naissance de leur fils Christopher, à la grande désillusion de ce pauvre Beverley. Quelques mois plus tard, le petit Christopher, à peine âgé de huit mois, fera ses débuts d'acteur aux côtés de sa jolie maman dans une courte scène de la comédie d'Eric Till, «Chaud les millions !» (1968). Un peu plus tard, le couple assurera sa descendance en mettant au monde le petit Toby (1969).

Mais c'est son personnage d'enseignante autoritaire et fascisante sous son aspect avant-gardiste et bienveillant dans «Les belles années de Miss Brodie» (1968) qui vaut à Maggie Smith son premier oscar, en l'occurrence celui de la meilleure actrice. Avec ce film, donnant à nouveau la réplique à son époux, elle entre dans l'histoire du cinéma où elle se fait déjà un nom aussi imposant qu'au théâtre, sans avoir tourné jusque là beaucoup de films, en tout cas aucun digne de figurer au panthéon du septième art. Elle ne doit qu'à son talent personnel de brandir la statuette sous les yeux (et surtout sous les nez) de Geneviève Bujold, Jane Fonda, Liza Minelli et Jean Simmons, aux espérances non transformées

D'un amour à l'autre…

Maggie SmithMiss Maggie…

En 1971, Robert Stephens ('Bobby 1') et Maggie Smith s'allient avec le producteur Robert Fryer ('Bobby 2') au sein d'une société de production, "BMB", dont l'unique fruit sera l'ultime apparition du couple sur scène, «Design for Living». Nous revimes toutefois mari et femme ensemble à l'écran dans «Voyages avec ma tante» de George Cukor (1972), Maggie reprenant le personnage un temps promis à Katharine Hepburn. Subjugué, le vétéran hollywoodien ne tarda pas à admettre dans son panthéon personnel l'actrice britannique, où elle alla rejoindre Greta Garbo, Judy Garland et les deux Hepburn dans l'armoire de ses plus beaux souvenirs.

Les chemins de Maggie et Robert devaient se séparer en 1974. L'acteur, dont la carrière n'a pas l'ampleur de celle de son épouse “oscarisée”, misait beaucoup sur «La vie privée de Sherlock Holmes» (1970) qui, charcuté par la production, se révéla être un insuccès (avant de rebondir sur le tard pour devenir une oeuvre de référence). Par ailleurs, tandis que Maggie se montrait volontiers casanière, Robert avait besoin de monde et d'agitation autour de lui, buvant plus qu'il n'est raisonnable et papillonant d'une starlette à l'autre. Au terme de quelques mois de procédures, leur divorce fut prononcé en 1975.

C'est le moment qu'attendait Beverley Cross, tout aussi fraîchement séparé de sa 2ème épouse, pour réapparaître dans la vie de son ancienne compagne à laquelle il conseille bientôt d'accepter cette tournée nord-américaine avec la reprise de «Private Lives», une pièce de Noël Coward, que lui propose John Gielgud. Au retour de l'actrice prodigue, en avril 1975, c'est devant le maire de Guilford que les anciens amants, accompagnés de Christopher et Toby, se jureront amour et fidélité pour le restant de leur vie commune.

Les années suivantes, la carrière théâtrale de Maggie Smith sera essentiellement placée sous le double signe de Shakespeare («Antoine et Cléopâtre», «Le songe d'une nuit d'été», «Richard III», «Comme il vous plaira», «Macbeth» en 1978,…) et du Festival de Strafford qui fait la célébrité de cette petite ville de l'Ontario. La rigueur des hivers canadiens poussera régulièrement notre vedette vers Hollywood où le cinéma lui offrira de remarquables opportunités : «Murder By Death/Un cadavre au dessert» (1976) à l'atmosphère "so british, my dear" au sein de laquelle se meuvent nombre de ses compatriotes ; «Mort sur le Nil» (1978) où elle tient tête une première fois à l'obstiné détective Hercule Poirot imaginé par Agatha Christie. Avec beaucoup d'opportunité, elle descend au «California Hôtel» tenu par Herbert Ross (1978) où, actrice pressentie pour la prochaine cérémonie des oscars, elle remplit sa tâche avec tant de vérité que les électeurs de l'Academy Awards s'y laisseront prendre : le 9 avril 1979, Maggie Smith a la joie de soulever une seconde statuette dorée en tant que “supporting actress” pour sa performance dans le film !

Dame Maggie Smith…

Maggie SmithMaggie Smith

Contrairement à de nombreuses actrices trop tôt “rattrapée par la limite d'âge”, Maggie Smith tournera davantage de films la cinquantaine passée, ayant donné jusqu'alors la priorité à ses compositions sur les planches dont elle déclarera apprécier le côté éphémère.

Elle intègre bientôt la distribution internationale de «Clash of the Titans» (1980) dont l'auteur du scénario n'est autre que son époux du moment. Elle revient à son cinéma national par l'intermédiaire du très britannique James Ivory, sa contribution dans «Quartet» (1981) lui permettant d'être reconnue comme la meilleure actrice par l'Evening Standard. La même année, elle aide Perter Ustinov/Hercule Poirot à élucider le mystère d'un «Meurtre au soleil» des Canaries où les producteurs ont choisi de transposer une histoire d'Agatha Christie originellement imaginée dans les brumes des Cornouailles.

Après «Porc Royal» d'Alan Mowbray (1984), et «Chambre avec vue» de James Ivory (1985, qui lui vaut le Golden Globe Award et une nomination non transformée à l'oscar), notre vedette revient, le compte en banque revigoré, vers ses premières amours et se produit sur les planches dans «La machine infernale» mise au point par Jean Cocteau dans les années trente. Côté familial, son fils Christopher, se dirigeant vers une carrière artistique et constatant l'existence d'un Christopher Stephens sur la place publique, retient, suivant en celà le conseil maternel, le pseudonyme de Christopher Larkin, en hommage au poète Philip Larkin, pour asseoir sa réputation. Toby Stephens ne tardera pas à imiter son aîné en se faisant remarquer lui aussi au théâtre comme au cinéma.

Les années 80 s'achèvent plutôt mal pour la comédienne, un accident de bicyclette (1988) lui occasionnant de vilaines blessures que viennent accentuer la douloureuse disparition de l'un de ses maîtres, Laurence Olivier, décédé le 11 juillet 1989. La décennie suivante s'annonce davantage prometteuse avec son élevation au rang de Dame Commandeur de l'Ordre de l'Empire Britannique (1990), un titre dans lequel elle retrouve sa combativité et puisera le courage de remonter sur la scène du Ethel Barrymore Theatre de New York dans une pièce de son ami Peter Shaffer, «Lettice and Lovage».

Les vieilles dames…

La route tourne à la même vitesse pour tout le monde et c'est encore heureux. Voici venu pour Maggie Smith le temps de jouer les vieilles dames. La voici pénétrant à nouveau l'univers merveilleux de Peter Pan, héros qu'elle incarnat transexuellement en 1973 sur la scène du London Coliseum, mais la Wendy que Steven Spielberg lui demande de personnifier dans «Hook ou la revanche du Capitaine Crockett» (1991) est aujourd'hui devenue grand-mère ! Son personnage de mère supérieure dans le dyptique «Sister Act» (1992) et «Sister Act 2» (1993) lui vaut un regain de succès populaire, notamment outre Atlantique, malgré les tracas par elle causés à (et par) l'exubérante Whoopi Goldberg.

En Grande-Bretagne, elle décroche encore des rôles forts, gouvernante acâriatre et autoritaire fort jalouse de son «Jardin secret» (1993) ou Duchesse d'York dans l'adaptation de la pièce de Shakespeare «Richard III» transposée au premier tiers du xxème siècle dans une Angleterre embrumée de nuages fascistes. Mais c'est avant tout la magicienne enseignante de la série des «Harry Potter» (2001/2011) qui lui assurera une grande renommée auprès des jeunes générations, même si Maggie Smith nous aura davantage émus dans des oeuvres plus profondes et très “british” comme «Un thé avec Mussolini» (1999) ou plus récemment le «Quartet» de Dustin HoffmanDustin Hoffman (2012), personnifiant avec bonheur des femmes au caractère bien trempé. Ses duos avec sa compatriote Judi Dench («Ladies in Lavender/Les dames de Cornouailles» en 2004, «Indian Palace» en 2011 et sa suite en 2014), nous offrirent des confrontations mémorables de style et de talent.

En 1998, Beverley Cross succombe à une rupture d'anévrisme, laissant Maggie Smith un temps désemparée. Docteur Honoris Causa des universités de St-Andrews, Ecosse (1971), de Bath (1986) et de Cambrige (1995), opérée d'un cancer du sein en 2008, elle retrouvera néanmoins le goût de son métier et sa récente apparition, à l'heure où nous écrivons ces lignes, dans «Lady in the Van» nous laisse penser que le démon du jeu l'habite encore, pour notre plus grand plaisir.

Documents…

Sources : «Maggie Smith, a Biography» de Michael Coveney, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Pr.Minerva McGonagall

Citation :

"Tant qu'il sera possible d'apparaître à l'écran sans enlever ses vêtements ou armé d'une mitraillette pour tirer sur tout le monde, je pense pouvoir m'arranger pour le faire."

Maggie Smith
Christian Grenier (février 2016)
Ed.7.2.2 : 7-2-2016