Shirley MacLAINE (1934)

… un bon petit diable

Shirley MacLaine

Charmante et charmeuse, indépendante et libre d'esprit, drôle et émouvante, les cheveux roux et courts, les yeux en amande et le petit nez retroussé, elle reste pour tous l'actrice espiègle du cinéma américain.

Voilà  60 ans qu'elle se montre sur les scènes et les écrans du monde entier, sans avouer le moindre signe de lassitude.

Que Saturne s'amuse à faire tourner les planètes à son rythme endiablé, Shirley Mac Laine n'en a cure : "The Show Must Goes On"!

Donatienne

Un petit rat…

Shirley MacLaineShirley MacLaine

Le 24 avril 1934, à Richmond en Virginie, Katleen MacLean met au monde une petite fille qu'elle prénomme Shirley, en référence à la poupée- star bouclée de l'époque, Shirley Temple. Issue d'une famille de la classe moyenne, l'enfant est déclarée Shirley MacLean Beaty. Son père, Ira Owens Beaty, est originaire de Font Royale, une petite ville de Virginie. Sa mère, canadienne de naissance, adorait la poésie. Shirley aura un frère trois ans plus tard, qui se fera connaître comme acteur sous le nom de Warren Beatty.

Shirley grandit dans cette famille heureuse et unie entre des parents enseignants. Ira, qui entrevoyait dans sa jeunesse un avenir de violoniste avant de renoncer à cette voie, enseignait à l'université Johns Hopkins dont il sera nommé docteur honoris causa, avant d'être emporté par une leucémie. Ce papa, parfois maladroit par exigence, surnommait sa fille “Ouistiti”. Katleen, qui avait dû également renoncer à une carrière d'artiste, tentera de compenser sa frustration en donnant des cours d'art dramatique. Belle femme, aux allures de mannequin, elle sera très fière de la réussite de ses enfants. Mais Shirley et Warren qui seront complices, se jureront de ne jamais se laisser dominer par les traditions familiales, les clichés et les convenances sociales.

Très jeune, la fillette, dont les chevilles font preuve d'une certaine faiblesse, suit des cours de danse dans un but thérapeutique. Adolescente, elle en garde une grâce assez peu commune chez les personnes de son âge. Elle débute ainsi dans le monde artistique au Washington School of Ballet. C'est dans une comédie musicale bien connue, «Oklahoma», qu'elle fait ses premiers pas sur les planches, en fredonnant et dansant l'air célèbre «I Can't Say No». Elle fréquente ensuite la Washington Lee High School avant de s'installer à New-York où elle espère entrer dans une troupe de danseuses pour se produire sur Broadway. C'est ainsi qu'elle auditionne avec succès pour la comédie musicale «Me and Juliet» (composée par le duo Rodgers et Hammerstein). Son nom paraissant trop compliqué, elle devient Shirley MacLaine.

En 1954, Shirley épouse Steve Parker, un prétendant acteur. De cette union naîtra une petite fille, Stephanie, surnommée “Satchy” qui après avoir passé les 6 premières années de sa vie auprès de sa maman aux USA, ira vivre les 6 années suivantes, au Japon où son père s'est installé. Rien ne sera facile pour cette famille dispersée, mais des regroupements réguliers permettront à tous ses membres de maintenir des liens. Steve et Shirley, après avoir mené une vie de couple dans un esprit libertaire, divorceront cependant en 1982…

Le bonjour d'Alfred…

Shirley MacLaine"C'est pas moi, c'est lui !" (1955)

Alors qu'elle a décroché une place de danseuse/choriste dans «Pajama Game», une revue donnée sur la célèbre avenue en 1955 dans une chorégraphie de Bob Fosse, notre future vedette remplace au pied levé la tête d'affiche Carole Haney, souffrante. Trois mois plus tard, la même mésaventure frappe la vedette et l'on fait à nouveau appel à cette doublure officieuse qui a fait ses preuves. Cette fois, Alfred Hitchcock est présent dans la salle (selon les propres mots de l'intéressée mais d'autres sources évoquent plutôt son “talent scout” Herbert Colemen) en quête d'un jeune talent naturel pour tenir le rôle premier féminin dans son prochain film, «Mais qui a tué Harry ?» (1955), Grace Kelly n'étant plus disponible. Pensant peut-être apercevoir Carol, il découvre Shirley. Finalement le courant passera bien entre la coquine pas encore rouquine et le maître du suspense. Tout est donc pour le mieux et Shirley, avec son minois malicieux, paraît pour la première fois sur la grande toile. Même si le réalisateur avouera beaucoup d'affection pour le film, le succès sera bien timide, le cadavre ambulant, relevant davantage de l'effet comique que du thriller. Shirley toutefois sera remarquée et les tabloïds lui donneront l'affectueux sobriquet de “Kooky”que nous pourrions affectueusement traduire par “Joyeuse bourrique”

Grâce à ce premier rôle, la jeune actrice voit se profiler une carrière dans le 7ème art. En effet, nous la retrouvons dans «Artistes et modèles» (1955) où elle ne le cède en rien à Dean Martin dans la dérision, puis dans la super-production au générique international, «Le tour du monde en 80 jours» (Michael Anderson, 1956), dans laquelle, princesse orientale, elle fait perdre quelques précieuses minutes à David Niven. Steve Parker est présent lorsque l'équipe s'installe au Japon où il se fait engager comme impresario, partageant désormais son emploi du temps entre ces deux pays.

En 1958, elle croise curieusement, dans un western de George Marshall, Glenn Ford venu s'installer dans «La vallée de la poudre» pour y élever des moutons. Elle surfe bientôt sur une «Vague de chaleur» que son papa (Anthony Quinn) et sa maman (Shirley Booth) tenteront vainement de réfreiner. Peu après, elle tombe dans les filets de «La meneuse de jeu» (encore Shirley Booth) qui lui dégote un beau parti en la personne d'Anthony Perkins .

Très proche du fameux "Rack Pack", Shirley MacLaine aura tourné à plusieurs reprises avec Dean Martin et Frank Sinatra, ses partenaires emportés «Comme un torrent» dans les flots tourmentés d'une vie dramatiquement creusée par Vincente Minelli (1958), un registre dans lequel on ne l'attendait pas. Inévitablement, elle paraît, même si ce n'est que brièvement, dans le fameux «Ocean's Eleven/L'inconnu de Las Vegas» (1960), un projet bâti autour du grand crooner. Un quart de siècle plus tard, tout ce petit monde fêtera ses retrouvailles cinématographiques dans «Cannon Ball Run II» (1984).

Shirley la douce…

Shirley MacLaineShirley MacLaine

En 1960, «La garçonnière» gentiment décorée par Billy Wilder lui fournit l'occasion d'une première rencontre avec Jack Lemmon, dont l'ingénuité répond parfaitement à son espièglerie naturelle. Le trio se recomposera autour d'«Irma la douce» (1963), une charmante prostituée en butte aux tracasseries zélées d'un agent de ville. Emouvant et drôle, «Ma Geisha» (Jack Cardiff, 1962), produit par Steve Parker et donc tourné au Japon, la déguise en hôtesse nippone pour séduire Yves Montand, à peine remis dans le civil de sa rupture avec Marilyn. Le tandem s'entendra à merveille tant sur le tournage qu'à la ville et le film connaîtra un vif succès.

Du comique au tragique, il n'y a qu'une marche gravie souvent avec bonheur par notre vedette, pour le coup victime de «La rumeur» que fait courir William Wyler, celle de sa relation coupable avec sa collègue délicieusement incarnée par Audrey Hepburn : film fort et bien en avance sur son époque.

Après deux délassements dans des films à sketches plus ou moins avoués («Madame croque-maris» avec Paul Newman, «La Rolls-Royce jaune» avec George C. Scott, tous deux en 1964), Shirley MacLaine se laisse embarquer par Michael Caine dans «Un holdp-up extraordinaire» (1966), à son corps défendant… enfin, pour un instant !

Paulette, Michèle, Linda, Edith, Eve, Maria, Marie-Jeanne : «Sept fois femme» (1967) dans un même film ! Ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de passer successivement dans les bras de Peter Sellers, Rossano Brazzi, Victorio Gassman, Lex Baker, Patrick Wymark, Alan Arkin et Philippe Noiret ( 1967) ! Madame Croque-maris est de retour !

N'oublions pas que Shirley MacLaine est une chanteuse et danseuse émérite. Bob Fosse s'en souvient, qui la distribue heureusement dans «Sweet Charity» (1968), une comédie teintée d'amertume : la flamboyante Charity y tombe amoureuse, danse, chante des airs appelés à devenir célèbres mais n'y trouvera pas l'amour qu'elle espérait.

Et voici notre aventurière perdue dans l'ocre étouffant de la «Sierra Torride», en bonne sœur placée dans une délicate situation d'où vient la tirer le héros du moment, Clint Eastwood, pour en faire sa complice, et plus si affinités !

Le tournant de la vie…

Shirley MacLaineJoyeuse et pétillante…

Les années suivantes permettront à Shirley MacLaine, tout en se produisant dans des revues et autres spectacles musicaux, de côtoyer sous l'oeil des cameras toujours intrusives quelques artistes de grands renoms. Ainsi le danseur Mikhail Baryshnikov dans «Le tournant de la vie» (1977) dont le titre original, évoquant également le "pointu" des petits rats, s'avère davantage en rapport avec son sujet .

Sans doute peu satisfaite de son James Coburn de mari, Madame en appelle à l'échangisme dans «Loving Couples» (1980) pour pallier ses insuffisances. De plus «Tendres passions» la lieront au dragueur impénitent Jack Nicholson dans une oeuvre douce-amère à l'issue de laquelle le décès de sa fille lui fera endosser la responsabilité de ses trois petits-enfants, un rôle fort qui lui permet de décrocher l'oscar de la meilleure actrice après cinq nomination infructueuses et qu'elle habitera une seconde fois quelques années plus tard («Etoile du soir», 1996)

Meryl Streep dans «Bons baisers d'Hollywood» (1990), Marcello Mastroianni dans «4 New-yorkaises» ( 1992) et Nicolas Cage dans «Un ange gardien pour Tess» viendront embellir le parcours de ses activités dans les années 90.

Avec le nouveau siècle, Shirley MacLaine aborde les rôles de grand-mère («Carolina» de Marleen Gorris en 2003), un costume qu'elle arbore déjà dans dans la vie pour Frank et Arin, les deux enfants de Satchi. C'est avec bonheur que nous la retrouvons dans l'adaptation cinématographique d'une célèbre série télévisée, «Ma sorcière bien-aimée» (2005), où elle reprend avec autant d'habileté la baguette d'Endora naguère bien agitée par Agnes Moorehead.

Elle court, elle court, la rumeur… Mais ce n'est plus la même qui hante «La rumeur court» (2005), un scénario habilement manigancé par Ted Griffin dans lequel le milliardaire ayant inspiré le personnage incarné par Dustin Hoffman dans «Le lauréat» (1968), connu des cinéphiles pour avoir partagé la couche de sa belle-mère avant de consommer son propre mariage, va tenter de renouveler son exploit auprès de la nouvelle génération ! Evoquons dans la foulée les rencontres de l'aînée bienveillante que fut - et demeure pour notre plus grand plaisir - Mrs.MacLaine auprès de quelques-unes de ses jeunes collègues, comme Julia Roberts dans «Potins de femmes», (1989) ou Cameron Diaz dans «In Her Shoes» (2005). C'est pourtant avec Christopher Plummer qu'elle aura l'occasion d'échanger quelques souvenirs de jeunesse dans «Closing the Ring» (2007) et dans «Elsa et Fred»

(2014).

Une frondeuse anti-conformiste…

Shirley MacLaineTrois générations de Beaty…

Shirley se définit elle-même comme une “rebelle”. Si le mot peu paraître un peu fort par rapport à sa définition première, il faut bien reconnaître que la belle dame, charmeuse, indépendante, osa toujours dire ce qu'elle pensait. Connaissant un succès fou auprès de ces messieurs, elle affirmera en souriant être très souvent tombée amoureuse de ses partenaires ! Pour autant, certains d'entre-eux, comme Anthony Hopkins («Changement de saison», 1980), connaîtront quelques difficultés à supporter son originalité lors de tournages communs.

En son temps, elle s'engagea dans la campagne à la course présidentielle pour le candidat George McGovern, faisant alors passer le cinéma au second plan pour faire barrage à Richard Nixon. Ne doutant de rien, elle filme en terre chinoise «The Other Side of the Sky : A China Memoir», un documentaire analysant la place de la femme - “l'autre côté du ciel” - sous le “toit du monde”. Auteur de plusieurs ouvrages plus ou moins biographiques, elle publie également des ouvrages confessionnels, prenant des positions originales et parfois choquantes. Ainsi, revenue transformée d'un voyge aux Indes aux desseins métaphysiques, elle soutient, adepte de la réincarnation, que certaines victimes d'atrocités, comme celles de la Shoa, sont la punition pour des fautes commises lors de vies antérieures, position qui n'aura pas manqué d'en offusquer plus d'un.

Artiste complète (elle dansa même le «Can Can» devant Kroutchev venu rendre visite à l'équipe sur le plateau du film éponyme), attachante et talentueuse, Shirley sera pour le coup parvenue à rester elle-même. Appréciée jusqu'en France où elle se produisit parfois, elle y fut décorée< de la Légion d'honneur par Frédéric Mitterand le 5 septembre 2011. Deux ans plus tard elle reçut un hommage pour toute sa carrière rendu par le couple Obahama et toute la profession.

Insatiable, Shirley participe encore à de nombreux galas. De son côté, la télévision nous l'aura montrée dans la mini série «Jeanne d'Arc» (1999) et le personnage de «Coco Chanel» (2008). Gageons que la rouquine coquine du cinéma américain continuera encore à illuminer les salles obscures de son effronterie malicieuse, de sa spontanéité et de sa façon toute personnelle de crever l'écran.

Documents…

Sources : «Dansez tant qu'il est temps» de Shirley MacLaine (1991), «Une exigente désinvolture», documentaire de Gene Feldman (1996), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Lorsque je m'engage dans une entreprise, je vais jusqu'au bout quel qu'en soit le prix."

Shirley MacLaine
la meneuse de jeu…
Donatienne et Christian Grenier (mars 2016)
Les forces surnaturelles…

"J'ai toujours cru en une force supérieure.

J'ai toujours su que si j'arrivais à être en phase avec le destin que je m'étais choisi,je serais heureuse.

Et je savais que tant que je n'aurais pas exploré toutes les facettes de ma personnalité, je me sentirais profondément seule".

Shirley MacLaine

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Ed.7.2.2 : 8-3-2016