Senta BERGER (1941)

Une vie au paradis…

Senta BergerSenta Berger, adolescente

Senta (prononcez Zenta) Berger est née le 13 mai 1941, à Vienne Autriche, dans un foyer très modeste. Son père, Josef Berger, est un musicien d'origine yougoslave sans grand renom, toujours en recherche d'engagements. Thérèse, sa mère, de descendance hongroise et éternellement optimiste, exerce méritoirement la profession d'enseignante. Jugeant leurs moyens de subsistance insuffisants, ils n'auront pas d'autre enfant. Son logis détruit pendant la guerre, la famille occupera un “deux pièces” de la capitale autrichienne jusqu'au 18ème anniversaire de la fillette. Le seul excès financier que l'on se permettra sera en un abonnement à l'opéra, au 3ème balcon, juste devant les chauves-souris.

Très vive et ouverte à son entourage, la gamine ne se montre pas avare de son petit filet de voix pour peu que l'on se fende généreusement d'un bonbon en guise de cachet. La danse lui permet de traverser une enfance un peu terne. A l'âge de seize ans, elle entame une formation classique de comédienne au Max Reinhardt Seminar de Vienne. Mais elle se montre davantage attirée par le cinéma, dont le chant des sirènes avantageusement mises en valeurs sur le papier glacé des magazines qu'elle collectionne sonne doux à ses oreilles.

Après avoir décroché quelques figurations intelligentes dans des films (germano-)autrichiens – «Das Doppelte Lottchen/Petite maman» (1950), «Du Bist die Richtige» (1954), «Die Linderwirtin vom Donaustrand» (1957), «Die veruntreute Himmel» (1958) –, la belle demoiselle qu'elle est devenue part tenter sa chance à Berlin où la réclame le célèbre producteur Artur Brauner, créateur de la "Central Cinema Company" et à qui beaucoup doivent (où devront) un petit coup d'accélérateur sur la route de la notoriété. Encore un peu gauche, elle donne alors la réplique à Heinz Rühmann dans «Le brave soldat Schweik» (1960). Elle est par la suite, pour la même compagnie, l'interprète de «O Sole mio» (1960), «Immer Arger mit dem Bett» (1961), «Adieu, lebewohl, Goodbye» (1961), «Frauenartzt Dr. Sibelius» (1962), «Das Testament des Dr. Mabuse» (1962), «Sherlock Holmes et le collier de la mort» (1962)…

En 1963, sur le plateau de «Jack und Jenny», Senta Berger fait la connaissance du jeune partenaire qu'on lui destine, Michael Verhoeven, un Jeffrey Hunter germanique auquel même Donatienne n'aurait pas résisté. Pour les besoins du scénario, les deux jeunes gens doivent s'embrasser. Ce premier baiser partagé sous l'oeil multiplicateur des caméras sera suivi de milliers d'autres et, à l'heure qu'il est, l'on me dit que la série ne s'est toujours pas essouflée…

Une vie aux Amériques…

Senta BergerSenta Berger (1961)

Alors qu'elle était encore une illustre inconnue, Senta Berger fit son entrée dans le cinéma américain par une figuration intelligente dans le film d'Anatole Litvak, «Le voyage» (1958) tourné à Vienne et qui ne lui vaudra pas la moindre citation au générique. Deux années après, plus généreux, Richard Widmark, fondateur des Heath Productions qui mettent en chantier, toujours dans la capitale autrichienne, «The Secret Ways», la réclame à ses côtés : nous sommes en 1961 et la côte de la starlette a déja entamé son ascension au box-office.

En 1963, ayant sacrifié aux exigences des co-productions germano-italiennes («Kali Yug, déesse de la vengeance» et son second volet, «Le mystère du temple hindou»), elle apparaît dans une séquence de la grosse machine britannique «Les vainqueurs», où elle vampe l'un d'entre eux sous son manteau d'astrakan. A l'avril de sa beauté, sûre de son talent, sensuelle à souhait, elle crève l'écran quelques minutes, le temps d'abandonner sa victime aux soins davantages retenus de sa compatriote Elke Sommer. A Hollywood, on comprend vite le message : ce n'est pas pour rien que les billets de l'oncle Sam arborent la couleur verte de l'espérance. On invite rapidement la jolie dame, chez Mickey tout d'abord (deux épisodes de «Disney Parade», 1962) avant de la confronter à une paire d'agents très spéciaux bien connus pour un épisode de la série éponyme qui seront condensés en un long métrage distribué en salles dans certains pays, «Le mystère de la chambre forte» (1964). Mais c'est surtout avec «Major Dundee» (1965) de Sam Peckinpah qu'elle exude une sensualité à faire fondre un Nordiste aussi froid que Charlton Heston. Pour une jeune femme de 24 ans issue des faubourgs de la cité des Habsbourg, l'Amérique est une découverte incommensurable. Sur le plan professionnel, outre qu'elle lui fait voir du pays («The Glory Guys» tourné au Mexique en 1965), elle lui offre l'opportunité de cotôyer quelques "géants" auxquels elle ne fait pas la plus petite part d'ombre («L'ombre d'un géant», tourné en Israël , où elle donne la réplique à Kirk Douglas, sans toutefois rencontrer John Wayne, resté au quartier général).

Michael Verhoeven vient la surprendre sur son lieu de travail. Est-ce cette visite qui fait poindre en elle une première corne de nostalgie ? Est-ce, comme le dira sa mère qui l'a accompagnée le besoin de retrouver une Allemagne où elle ne se sentira pourtant jamais chez tout à fait chez elle ? Ou faut-il chercher la raison de son retour au bercail dans des raisons moins commercialement avouables pour l'époque ?

Toujours est-il qu'elle décide brusquement de revenir vers cette vieille Europe qui n'en demandait pas tant. Et tout d'abord pour épouser son chevalier servant, au caractère si différent du sien qu'ils ne séparèrent jamais ! Le couple aura deux enfants, Simon (1972), futur acteur et cinéaste, et Luca (1979), futur acteur.

Pour autant, l'actrice conserve une valeur marchande et une dimension internationale non affaiblies, comme en témoinge «Matt Helm traqué» (1967, avec Dean Martin). Le cinéma français n'est pas en reste, qui en fait la manipulatrice diabolique d'un Alain Delon comateux sous la baguette de l'infatigable Julien Duvivier («Diaboliquement votre», 1967) ou la belle-soeur endeuillée d'un Jean Yanne un peu trop désinvolte pour être crédible dans ses origines corses («Le saut de l'ange», 1971, un Boisset des années maigres)…

Une vie à Cinecittà…

Senta BergerOn peut la préférer sans queue…

Au terme des années 70, tandis que Michael est pratiquement au chômage, Senta a creusé son trou dans le monde du septième art.Tirant profit de sa courte carrière américaine, elle répond aux appels des producteurs et du public italiens. La voici, pour quelques années, plongée dans l'insouciance romaine, à mille lieues des strictes règles californiennes. A la cantine de Cinecittà, on croise Federico Fellini, Marcello Mastroianni,… le verre de vin à la main, venus sans manière prendre leur repas à la même table que les petites mains qui les entourent.

Si la joie de vivre est de retour, il n'en va pas toujours de même pour la qualité des résultats. Si l'on peut se réjouir du chemin parcouru par notre vedette sur le dos de quelques chevaux quinquagénaires encore au fort de leur allure (Dino Risi pour «Operazione San Gennaro» en 1966, Luigi Comencini pour «Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova, veneziano» en 1969), Carlo Lizzani pour «Roma bene» de Carlo Lizzani en 1971), l'on se contentera généreusement de sourire à la vision de certaines comédies "bien de chez eux" («Quand les femmes avaient une queue» en 1970, «Quand les femmes perdirent leur queue» en 1971, «Di mamma non ce n'e una sola» en 1973, etc). L'on n'en a même plus l'occasion avec les sombres histoires que sont «Bisturi, la mafia blanche» (1973), «L'uomo senza memoria» (1974), «Rittrato di borghesia in nero» (1978),…

Heureusement, le nouveau cinéma allemand a bonne mémoire et des titres comme «Un crime ordinaire» de Volker Schöndorff (1972), «La lettre écarlate» de Wim Wenders (1972) ou «Le baiser» d'Otto Schenck (1973) lui permettent de reprendre pied sur sa patrie d'adoption.

En 1977, son rôle d'infirmière dans «Cross of Iron» de Sam Peckinpah s'impose comme le point d'orgue d'un parcours cinématographique sur le point de bifurquer vers une voie de garage…

Une vie bien remplie…

Senta BergerSenta Berger (2005)

Dès le début des années 80, Senta Berger travaille davantage pour le petit écran que pour le le grand, devenant ainsi l'une des étoiles les plus populaires de la télévision allemande grâce à des téléfilms comme «Die Entscheidung» (1982), «Liebe Melanie»  (1983), «Sie und Er» (1992), «Mammamia» (1998), «Liebe und weitere Katastrofen» (1999), «Bis dass dem Tod uns scheidet» (2002), «Einmal sowie ich will» (2005), «Frau Böhm sagt Nein» (2009, qui lui vaut une paire de trophées auxquels elle n'accorde pas plus d'importance que nécessaire), «In dem besten Jahren» (2011), «Hochzeiten» (2012), «Almuth & Rita» (2014),… Parmi les séries auxquelles elle participe, on peut citer «Kir Royal» (1986) qui relance sa notoriété nationale, «Lilli Lottofee» (1992), «Die Schnelle Gerdi» (de 1989 à 2004, en chauffeur de taxi, dirigée par son époux), «Dr.Schwarz und Dr. Martin» (de 1994 à 1996), «Unter verdacht» (2002), etc.

En contrepartie, on la voit moins dans les salles obscures et elle n'a qu'une dizaine de films à son actif dans les années 80 et  90. Ce n'est qu'à partir de 2009 qu'elle consacre un peu plus de temps au Septième Art avec, notamment, «Satte Farben vor Schwarz» (2010), «Ruhm» (2012),…

Intéressée par les différentes facettes de son métier de comédienne, elle joue en outre  au  théâtre. Elle interprète, par exemple, «Jedermanns» de Hugo von Hofmannsthal au Festival de Salzbourg de 1974 à 1978 et de 1980 à 1982 et «Tartuffe» de Molière au célèbre Burgtheater viennois en 1979. Pour terminer, mentionnons l'activité de productrice de Senta Berger via la société "Sentana Filmproduktion GmbH", qu'elle fonde au milieu des années 60 avec son époux.

Aujourd'hui, Senta Berger et Michael Verhoeven ont choisi de faire passer le plaisir avant le travail, refusant des propositions lorsque l'envie leur prend de faire un voyage ou de s'occuper de leur petite famille. Senta a conservé toutes ses facultés d'indignation à un âge ou nombre d'entre nous s'enfoncent dans l'indifférence. Proche des idées du Parti Social Démocrate allemand, elle ne rechigne pas à s'exprimer dans des meetings sur les problèmes de société qui l'interpellent. Sur le plan artistique, elle livre couramment des séances de lecture publique devant des assistances reconnaissantes et bienveillantes et n'a pas encore totalement rangé sa panoplie de comédienne, comme en témoigne le premier rôle à elle tout récemment offert par son fils aîné, Simon Verhoeven, dans «Wilkommen bei den Hartmann» (2016).

Documents…

Sources : «Ich bin ein unruhiger Geist/Senta Berger ou la constance du mouvement», documentaire de Verena von Fase (2010), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Senta Berger, en pleine séance d'expression corporelle…

Citation : "L'essentiel, je l'ai appris au théâtre, car au théâtre on apprend le langage du corps…" (Senta Berger)

Christian Grenier, autour d'un texte original de Marlène Pilaete (janvier 2017)
Une parenthèse américaine…

"J'ai été confrontée à quelques expéricences auxquelles je ne m'étais pas préparée et qui m'ont fait souffrir.

Je me suis parfois sentie humiliée. La guerre n'était pas très loin derrière nous. Or, certaines blessures étaient encore très profondes. Beaucoup de gens avaient vécu des traumatismes qu'ils ne pouvaient pas s'empêcher d'évoquer et ils m'ont fait culpabiliser.

J'ai entendu énormément de choses sur l'Allemagne et l'Autriche à l'époque, en Amérique.

J'ai dû apprendre à faire la part des choses et trouver un moyen de leur répondre…"

Senta Berger

Ed.8.1.2 : 9-1-2017