Sophie Marceau (1966)

Voir derrière la porte…

Sophie MarceauSophie Marceau

Fille de Benoît Maupu, tour à tour barman, peintre et chauffeur routier, et de Simone, démonstratrice aux Galeries Lafayette, la petite Sophie fait son apparition en ce monde le 17 novembre 1966, trois ans après son frère aîné, Sylvain. La famille occupe alors un petit pavillon avec jardin à Chelles, une commune relativement importante de la Seine-et-Marne (Île-de-France). Peu après, tout ce petit monde se rapproche de la capitale où les parents tiennent une première brasserie, "Le Pharaon", dans le 12ème arrondissement, quitte à vivre dans une Habitation à Loyer Modéré. Au terme d'une petite enfance tranquille, la fillette aborde son adolescence sans créer de véritables difficultés, même si les études ne sont pas la première de ses préoccupations.

Quand on a douze ans, on rêve déjà d'une petite indépendance que l'on n'est pas encore capable d'assumer financièrement, mais on à déjà en soi le consumérisme propre à chaque génération, exacerbé par le fait que l'on possède peu de choses que l'on ait véritablement choisi. Aussi recherche-t-on des sources de petits revenus susceptible de mettre un peu de beurre sur les pains au chocolat, les épinards faisant rarement partie des prédilections gustatives de cette tranche d'âge.

Sophie n'est pas en reste et, pré-adolescente, part en quête de ces petits boulots de vacances – comme les marchés du dimanche – qui vous permettent d'entamer une saison nouvelle en se croyant à l'abri du "besoin". Et comme l'Agence de publicité Vogue n'est pas loin de l'appartement familial, maman, alléchée par une annonce parue dans un magazine, ne risque pas grand chose en faisant inscrire sa fille – au minois déjà gracieux – dans le catalogue des mannequins juniors de la célèbre enseigne. Oh ! ne croyez pas que tout ce petit monde rêve de gloire ; La fable de «Perrette et le pot au lait» ne fait pas frissonner la gamine qui espère simplement, avant que ne vienne la bise, décrocher quelques piécettes en posant éventuellement pour des revues de mode : on ne sait jamais, ça peut marcher…

Et ça va marcher, car le hasard veut que Françoise Ménidrey, directrice de casting, soit à la recherche d'une toute jeune adolescente susceptible de représenter les jeunes filles de sa génération pour le compte de La Gaumont. Elle feuillette le catalogue et… bingo ! Retenue parmi 600 postulantes pour la sélection finale, notre Sophie se retrouve dans une salle d'attente, en compagnie de son père, tandis qu'une à une les candidates – parmi lesquelles Emmanuelle Béart, Mathilda May ou encore Cristina Reali – franchissent une à une la porte qui les sépare de la chambre d'espérance. Que ne donnerait-elle pas pour voir ce qu'il se passe de l'autre côté du miroir aux alouettes avant que ne vienne son tour ?

Celui-ci venu, de manière surprenante, notre “fleur de mandarine” se meut devant la caméra comme un poisson dans un bocal. Nullement impressionnée par l'objectif qui la fixe, elle répond en toute simplicité aux questions de ces étranges inquisiteurs, parmi lesquels le metteur-en-scène Claude Pinoteau. Au terme de courtes discussions, c'est elle qui est choisie pour tenir le rôle de la jeune Victoire Beretton, 'Vic' pour des millions d'intimes à venir, dans «La boum» (1980)…

Son coeur fait "Boum !"

Sophie MarceauSophie Marceau dans «La boum» (1980)

Le scénario de «La boum» a été écrit par Danièle Thompson pour le petit écran, à partir des regards que la scénariste porte sur sa jeune lycéenne de fille. Devenu un projet cinématographique à part entière, le tournage se déroule pendant les vacances scolaires, nécessité faisant loi. Sur la suggestion du réalisateur, Sophie s'est choisie un pseudonyme parmi les noms des grandes avenues de la capitale française. Claude Brasseur et Brigitte Fossey, les parents Beretto, sont rapidement impressionnés par le naturel de cette enfant-actrice qui n'a pas pris la moindre leçon d'art dramatique. C'est que Sophie, pourtant née dans un foyer modeste, ne joue pas Vic, enfant d'un milieu aisé : elle est Vic ; elle prolonge son trajet personnel devant une caméra, c'est tout. La pétulante Denise Grey complète le tableau familial en incarnant une mamie moderne, venant inévitablement au secours de sa petite fille. Les producteurs de chez Gaumont espèrent beaucoup de ce sujet visant une tranche d'âge qui, d'année en année depuis la banalisation de la télévision, représente une part toujours plus importante du gâteau des salles obscures.

À la sortie du film, en décembre 1980, le succès n'est pas immédiat : 6 000 places vendues le premier jour. Mais la cible a été touchée et le bouche à oreille fait le reste. Au terme de son exploitation originale, le film décrochera le plus beau score de fréquentation de l'année. Exploité dans 80 pays, il connaitra un immense succès au Japon où la jeune fille ne tardera pas à se rendre. Prudents et responsables, Claude Pinoteau et Françoise Ménidrey ont bien prévenu l'enfant sur le côté éphémère d'une gloire soudaine et celle-ci sait très bien que l'affaire à toutes les chances de tourner court. Plus avisée, la Gaumont lui fait signer un contrat de priorité pour des lendemains susceptibles de chanter encore un petit peu.

Mais la rentrée scolaire est déjà là et Sophie reprend le chemin du lycée. Inévitablement reconnue, elle subit les pressions de ses camarades de classe et devient la tête de turc de ses professeurs qui ne comptent pas se laisser impressionner par cette jeune vedette. Perturbée, celle-ci doit bientôt se réfugier dans une école privée pour enfants du spectacle.

Les mois passent… On entretient le feu du public autour de ce film qui n'en finit pas de faire recette. Sophie enregistre une chanson, «Dream in Blue», avec le chanteur à la mode, François Valéry : elle ne s'en sort pas trop mal, malgré la platitude du texte. En 1982, on envisage enfin de donner une suite aux aventures de Vic Beretton. Une fois encore, on profite de la trève estivale pour ne pas détourner l'actrice de son lit d'instruction, bien qu'il n'ait plus autant d'importance. Et comme madame et Monsieur Maupu laissent leur fille libre de choisir son destin, il n'y pas d'obstacle à mettre en chantier «La boum 2».

Vic a grandi. Une mobylette rutilante ne suffit plus à l'impressionner. Il faut les beaux yeux de Pierre Cosso – au choix duquel Sophie Marceau est partie prenante, au détriment de Patrick Bruel – pour faire chavirer ce joli coeur à prendre. La complicité des deux jeunes gens s'étale bien au-delà des heures de travail et participera au succès de l'aventure. Car contrairement au premier opus, «La boum 2» connaîtra un succès immédiat et la jeune fille, inondée de lettres aussi naïves qu'envahissantes, sera heureuse de profiter des petites mains du studio pour répondre aux nombreuses sollicitations dont elle fait l'objet. Le 26 février 1983, c'est tout naturellement qu'elle est désignée comme le meilleur espoir féminin du cinéma français par les électeurs des César

L'envol…

Sophie MarceauSophie Marceau

Finalement, pourquoi pas le cinéma, tant que ça veut bien sourire ? Consciente de ses limites, Sophie Marceau intègre brièvement, à l'invitation de Francis Huster, la classe libre du cours Florent, dans lequel elle ne s'attarde pourtant guère. On lui propose de jouer Amanda, la jeune modiste de «Léocadia» imaginée par Jean Anouilh, mais elle ne se sent pas encore prête pour la scène. Pour autant, elle n'a guère envie de prolonger les aventures de Vic… Âgée de 17 ans, elle entre précocement dans sa vie d'adulte. Avec l'accord parental, elle demande à un juge de tutelle son émancipation juridique afin de s'installer, seule, dans un petit appartement du 10ème arrondissement.

L'année suivante, Albina du Boisrouvray s'apprêtre à produire une super-production hexagonale destinée à rivaliser avec les “ghosbusters” d'outre Atlantique. La réalisation de «Fort Saganne» est confiée à un Alain Corneau pressé d'échapper à ses “poliçonneries” habituelles. La productrice suggère Sophie Marceau pour incarner la jeune femme amoureuse du bel officier français que fut le grand-père de Louis Gardel. Au final, celle-là, inévitablement éclipsée par Catherine Deneuve, connait tout de même la joie de donner la réplique à Gérard Depardieu et l'avantage de bénéficier des conseils avisés de Philippe Noiret qui l'a prise sous son aile. Présentée hors compétition au Festival de Cannes, l'oeuvre constitue le 3ème succès commercial sur 3 films jusque là interprétée par la nouvelle coqueluche du cinéma français.

Sophie Marceau commence à envisager sérieusement de prolonger son aventure cinématographique. Elle est déjà pleine d'ambitions, mais lorsqu'à 18 ans, on a l'opportunité de figurer sur l'affiche des «Joyeuses Pâques» auprès de Jean-Paul Belmondo ( ce qui, à cette époque là, était extrèmement rare), on ne refuse pas. Pour autant, la starlette voit déjà plus loin et saute d'emblée sur la proposition faite par Andrzej Zulawski de la faire sortir de son univers populaire en en faisant l'héroïne de «L'amour braque». Certes, elle doit satisfaire aux exigences de son contrat en donnant une courte priorité à Claude Pinoteau qui la réclame pour incarner la fille de Lino Ventura dans «La 7ème cible», trois journées de tournage tout au plus. Mais elle découvre au dernier moment qu'elle sera réquisitionnée un plein mois. La Gaumont refusant toute discussion, la jeune femme prend la décision de racheter son contrat, ce que la compagnie accepte pour une somme bien supérieure – un million de francs – à son compte en banque du moment.

«L'amour braque» (1984) est l'adaptation de «L'idiot», le roman de DostoIevski écrit en 1868. Zulawski en a tiré une histoire contemporaine faite de passion, de violence et de sexe. Partagée entre Francis Huster et Tcheky Karyo, l'actrice aborde des rivages incertains exigeant une maîtrise du jeu qu'elle est encore loin de posséder. Mais Zulawski, qui sait ce qu'il veut, prépare ses comédiens avec obstination et les absorbent dans son monde aussi fortement qu'un trou noir le fait de la lumière. Entre l'actrice et le metteur en scène, de 26 ans son aîné, les sentiments entrent à leur tour en scène. Ils entament une liaison sentimentale et une collaboration artistique qui dureront près de vingt ans et dont le point d'orgue sera la naissance de leur fils Vincent (1995).

Le film suivant, «Police» (1985), est celui de tous les dangers, car on connaît l'humeur agressive de Maurice Pialat. Celui-ci, qui aurait préféré Sandrine Bonnaire occupée par ailleurs – mais qui tiendra néanmoins un rôle secondaire – sera à la hauteur de sa réputation. Gérard Depardieu, soucieux de détourner le tir, surenchérit de méchanceté. Si le film connaîtra le succès, la jolie demoiselle, insultée sur les médias par son metteur en scène, jurera mais un peu tard qu'on ne l'y prendrait plus ! Sans doute pour se changer les idées, elle enregistre un album 33 tours composée de 9 chansons écrites par Étienne Roda Gil qui sans être une «Bérézina», ne lui assurera pas une nouvelle gloire…

Casser les miroirs…

Sophie Marceau«Descente aux enfers» (1986)

En six films, Sophie Marceau a connu un début de carrière époustaflant, qui a fait d'elle une valeur sûre et, à ce titre, recherchée par les producteurs. L'aisance financière qui est désormais la sienne lui permet d'emménager dans un spacieux appartement du 18ème arrondissement et de pouvoir s'offrir une résidence secondaire dans cette Seine-et-Marne dont elle est issue. Elle passe néanmoins une partie de sa vie en Pologne où le couple dispose d'un pied-à-terre. Revenue d'un de ces séjour à Varsovie, elle rejoint son ami Philippe Noiret sur le plateau de «Chouans !» (1988) où l'attend le très royaliste Philippe de Broca. Fille adoptive du Comte de Kerfanec, elle balance entre ses deux compagnons d'enfance en pleine tourmente révolutionnaire. Alourdie d'un énorme budget, l'oeuvre, pourtant intéressante, ne couvrira pas ses frais en première exploitation, avant d'inonder les petits écrans sous la forme d'une mini-série déclinée en 4 épisodes.

«L'étudiante» (Claude Pinoteau, 1988) lui permet de retrouver à la fois son mentor et son public. Sur un scénario de l'inévitable Danièle Thompson, nous ne sommes pas loin, bien qu'on s'en défende, d'une «Boum 3» : nos amis transalpins ne s'y tromperont pas, qui rebaptiseront le film en faisant référence aux précédents. L'année, très chargée, s'achève par une nouvelle collaboration avec Andrzej Zulawski, «Mes nuits sont plus belles que vos jours», qui ne rassemblera toutefois que 80 000 noctambules.

Après avoir refusé d'incarner la Roxane du «Cyrano de Bergerac» retaillé par Jean-Paul Rappeneau à l'aune de Gérard Depardieu – l'autre expliquerait-il l'un ? –, Sophie Marceau se rend en Terre Promise, plus précisément sur les bords du Lac de Tibériade, en compagnie de Richard Berry. Alors qu'à quelques centaines de kilomètres la Première Guerre du Golfe bat son plein, l'équipe de «Pour Sacha» (1990) poursuit son travail sous le sifflement des avions de la Coalition Internationale, balayant inlassablement les cieux.

En 1991, pour la première fois, Sophie Marceau monte sur scène. Au Théâtre de l'Oeuvre et sous la direction de Georges Wilson, elle incarne «Eurydice» de Jean Anouilh, pièce qui n'a plus été donnée depuis sa création originale (1942). Adaptation moderne de l'antique mythe d'Orphée, l'oeuvre fait d'elle la meilleure révélation théâtrale de l'année, consécration matérialisée par un “Molière” controversé. L'actrice reviendra sur scène deux années plus tard, dans le personnage d'Eliza Doolitle promise par son «Pygmalion» à un avenir de “dame de la haute“, auquel elle devra une nomination – non concrétisée – au Molière de la meilleure comédienne.

Au tournant du quart de siècle, Sophie Marceau semble être à la recherche d'elle-même. Elle s'exprime – parfois avec aigreur – sur les médias, parlant de ce qu'elle connaît bien comme de ce qu'elle connaît mal. "Je n'arrive pas à faire de vrais films", se plaint-elle amèrement, "J'essaie de faire d'autres films, seulement ces autres films ne marchent pas". Ainsi en est-il, et c'est bien regrettable, de «La note bleue» (Andrzej Zulawski, 1991) retraçant les amours perturbées de George Sand et Frédéric Chopin.

Toujours en 1991, la télévision nous abreuve des images où l'actrice, en compagnie d'Alain Bougrain-Dubourg, se collette aux chasseurs du Médoc dans une protestation scénarisée contre la chasse à la tourterelle. Son engagement pour la cause animale l'amènera à faire campagne pour la liste écologique aux élections européennes de 1994. Quelques mois auparavant, elle fut invitée à participer, en tant que représentante de la culture française, au voyage que le président Mitterand effectua en Corée du Sud. Bien que flattée, elle ne manquera pas, à son retour, de manifester son incompréhension du monde de la politique…

Star des années 90…

Sophie MarceauSophie Marceau

Marraine de l'association Arc-en-Ciel (1992) dont l'objectif est de réaliser les rêves des enfants malades, Sophie Marceau s'astreint aux cours – trapèze, fil de fer, jonglage – de l'école nationale du cirque d'Annie Fratellini pour incarner la jolie «Fanfan» de Pascal Jardin (1993) : si l'on salue l'implication, on peut regretter ce retour à la facilité. Tant qu'à tomber dans le cinéma populaire, on préfère la voir jouer «La fille de D'Artagnan» (1993) face à Philippe Noiret, véritable vedette du film. Selon Tavernier, producteur et finalement réalisateur, l'actrice serait à l'origine du renvoi de Riccardo Freda, rapidement jugé incapable de tenir l'affaire en mains.

La jolie Française fait alors une première incursion dans le cinéma anglo-saxon pour un rôle somme toute secondaire de «Braveheart» (1994), une évocation historique réalisée et interprétée par Mel Gibson, lourde d'erreurs et d'anachronismes qui n'entraveront pas la bonne réception de l'entreprise. Elle poursuit sa carrière internationale avec «Anna Karénine» (1996), intervenant auprès du même Mel Gibson pour qu'il entre dans l'affaire au travers de sa compagnie, Icon Productions. À cette occasion, elle travaille avec l'un des collaborateurs de la star australienne, Jim Lemley, complément d'information qui dépasse, comme on le verra, le cadre de l'anecdote.

Entre-temps, elle sera passée derrière la caméra pour son premier court-métrage, «L'aube à l'envers», montré au Festival de Cannes dans la section "Un certain regard". Le sujet narrant la rupture entre une jeune Parisienne et son aîné polonais, elle s'est montrée sur La Croistte enceinte de son futur fils, afin de couper court à d'éventuelles rumeurs. La délivrance faite, la voici «Marquise» pour Véra Belmont (1996), une biographie de la Du Parc, comédienne de la troupe de Molière. C'est la guerre des femmes sur le plateau, qui se poursuit par médias interposés…

Sollicitée pour remettre la palme d'or du Festival de Cannes 1999 alors que le matin-même, elle a rendu visite à des enfants malades, elle se lance dans un discours improvisé et complètement décousu qui finit par lui attirer les sifflets et les huées du public. Aujourd'hui encore, en voyant les images, on est gêné pour elle… Heureusement, James Bond Girl pour le 19ème volet de la série «Le monde ne suffit pas», elle oublie la vite mésaventure en incarnant Elektra King, pauvre petite héritière qui ne sera pas celle qu'on avait cru. Voici Vic parvenue au statut de star internationale.

Sous la direction de Zulawski, c'est au passé qu'elle conjugue «La fidélité», adaptation contemporaine de «La princesse de Clèves», à un moment de sa vie où elle n'en fait plus une ligne de conduite, étant éprise du fameux Jim Lemley. La rupture des relations franco-polonaises qui s'en suivra sera douloureuse pour monsieur qui s'épanchera dans un “autoroman” judicieusement intitulé «Infidélité». Quant à Madame, elle écrira et mettra en scène son premier long métrage de cinéma, «Parlez-moi d'amour» (2002), dans lequel elle se gardera bien d'apparaître,si ce n'est en filigrane de cette histoire de couple en rupture (Prix de la mise en scène au Festival de Montréal).

Les plus anciens d'entre nous se souviennent encore de leurs nuits d'insomnie après la vision de chacun des 4 volets de la mini-série télévisée de Claude Barma, «Belphégor» (1965). Ils purent dormir sur leurs deux oreilles ceux d'entre-eux qui, quelques 35 années plus tard, découvrirent la version moderne de cette histoire angoissante reprise par Jean-Paul Salomé : malgré la présence de Sophie Marceau, Le Louvre avait beaucoup perdu de son charme et le fantôme de son éclat…

Une femme libre…

Prenom_NomSophie Marceau

Le 13 janvier 2002, Sophie Marceau met au monde la petite Juliette, fruit de sa liaison avec le producteur Jim Lemley (op.cit.). Le couple franco-américain se partagera dès lors entre la France et les États-Unis, au gré de leurs obligations professionnelles respectives. Cette année-là, au lendemain du premier tour des élections présidentielles consacrant la chute de Lionel Jospin, premier ministre sortant et candidat du parti socialise, l'actrice défile au Trocadéro, en compagnie de nombreux artistes, pour faire “barrage” au candidat du Front National, Jean-Marie Le Penn. De même, en 2008, attendue sur le plateau de TF1 pour faire la promotion de son film «Les femmes de l'ombre», elle s'esquivera à l'annonce de l'arrivée du leader populiste.

Co-productrice et interprète du film de Laure Duthilleul «À ce soir» (2004), auquel elle croit énormément, elle est refroidie par sa discrète réception, sans doute à cause d'un sujet – la mort d'un proche – qui ne laisse guère envisager une franche hilarité. Elle revient peu après à la réalisation avec «La disparue de Deauville» (2006), un thriller psychologique troublant, avec fantôme et résurgence du passé. Outre sa propre personne, elle ne craint pas de diriger deux comédiens aguerris des générations précédentes, Robert Hossein et, à un degré moindre, Marie-Christine Barrault. Elle leur adjoint Christophe Lambert, choisi sur une photographie-coup de foudre. Leur entente, prolongée au-delà du tournage, sera à l'origine d'une longue idylle ponctuée par une collaboration ambitieuse, «L'homme de chevet» (2009). Le couple se séparera à l'été 2013.

La quarantaine assumée, Sophie Marceau connaît, comme toutes les actrices de son âge, ce creux de la vague dont peu d'entre-elles sortent indemnes. Et comme elle ne s'engage que sur des coups de coeur, il nous faudra attendre 2008 pour la voir successivement à l'affiche de 3 films, dont ces fameuses «Femmes de l'ombre», héroïnes de la Résistance, inspirées de personnalités authentiques mais synthétisées à la taille de ses quatre vedettes féminines, Julie Depardieu, Marie Gillain et Déborah François venant compléter l'escadre.

Femme libre et indépendante sans être militante féministe, elle se mettra régulièrement au service de ses collègues réalisatrices, en passant par exemple «De l'autre côté du lit» (2008) où se tient, caméra au poing, Pascale Pouzadoux (1 700 000 entrées tout de même). Avec «Lol» de Lisa Azuelos (2008), elle incarne une mère en butte aux problèmes de son adolescente de fille : la maman de Vic, en quelque sorte ! L'affaire coupera l'herbe sous le pied de la caméra de Claude Pïnoteau qui travaillait sur un projet semblable, la boum, 20 ans après en quelque sorte ! Pour clore ce paragraphe vénusien, voici «Ne te retourne pas» de Marina de Van (2009) dans lequel elle se transforme progressivement en… Monica Bellucci ! Dans la foulée, les deux jolies femmes se montreront ensemble sur La Croisette, comme pour nous rassurer de leur dualité corporelle.

L'âge de raison…

En 2010, notre vedette atteint enfin «L'âge de raison» (2010), celui où le passé vous revient en pleine figure, vous obligeant à de tristes bilans. Est-il encore temps de tout recommencer ? Faut-il simplement corriger le tir ? C'est ce que semble faire l'actrice en nous donnant un long monologue scénique de 75 minutes – au Théâtre de Célestins de Lyon, puis au Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées  – pour nous narrer «Une histoire d'âme» (2011) sur un texte inédit d'Ingmar Bergman : projet ambitieux autour duquel se développeront quelques polémiques auxquelles elle est étrangère.

«Arrêtez-moi !» (2012) propose-t-elle à l'inspectrice Miou-Miou, se déclarant coupable du meurtre de son mari pour cause de violences conjugales répétées. Plus léger, «Tu veux… ou tu veux pas ?», de la toujours originale Tonie Marshall (2014), scelle enfin la rencontre de Sophie Marceau et Patrick Bruel qui, tous fans rassemblés, pourront se vanter d'avoir convaincu plus d'un million d'hésitants.

Membre du jury du Festival de Cannes 2015 – une manifestation où elle se montra si souvent – Sophie contribua, sous la présidence des frères Coen, à récompenser une oeuvre française, «Dheepan» de Jacques Audiard. Dans la foulée, elle ne tombe pas dans la facilité en devenant «La taularde» dessinée pour elle par Audrey Estrougo. Sur le plan privé, en couple avec le chef cuisinier Cyril Lignac durant l'année 2016, elle est parallèlement confrontée à la traversée dépressive de son fils Vincent qui se remet mal de la disparition de son père, Andrzej Zulawski (février 2016).

Ne se résignant pas à subir sans broncher, «Sophie Marceau piège des paparazzi» (2016) dans une websérie diffusée sur les réseaux sociaux. Passée rapidement du grade de Chevalier des Arts et Lettres (2002) à celui d'officier (2003), elle confirme son caractère entier en refusant une Légion d'honneur proposée par François Hollande dans la promotion 2016 pour ne pas prendre le voile sous le même Ordre que le Prince héritier d'Arabie Saoudite.

En 2018, elle nous fait le plaisir, à nouveau réalisatrice-interprète, de nous présenter en un seul film quatre facettes du distrait Pierre Richard, parmi lesquels le visage de «Mme Mills, une voisine si parfaite», une co-production sino-française des plus rafraîchissantes.

S'il est vrai que l'on a tous en nous quelque chose de Sophie Marceau, à l'aube d'une décennie nouvelle, souhaitons qu'elle nous serve encore longtemps de modèle. Dans cette perspective, comme pour boucler la boucle, alléchés nos coeurs font déjà "Boum… Boum… Boum…!".

Documents…

Sources : «Sophie Marceau : on a tous quelque chose de Vic» de Pierre Mikaïloff (Éd.Prisma, 2019), «Sophie Marceau», documentaire de Laure Duthilleul (2010), «La folle histoire de Sophie Marceau», documentaire de Fabrice Allouche (2016), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Et les yeux de Sophie Marceau…"

Citation :

"Je n'ai pas de style, je n'ai pas d'image, je n'ai rien à vendre… Je n'ai pas de personnage à inventer. On m'en invente un à chaque film et chaque film m'offre un personnage différent"

Sophie Marceau
Christian Grenier (décembre 2019)
Sophie Marceau en voyage présidentiel…

"C'est un essaim de gens qui circulent, qui vont là… là… là…, qui repartent, … qui reviennent…

Et puis, en même temps, on a l'impression qu'ils passent toujours à côté de la vie.

Alors, on se dit : comment arrivent-il à faire de la politique s'ils passent toujours à côté ? C'est très étonnant !"

17 septembre 1993, au micro de l'envoyé spécial de TF1

L'association Arc-en-Ciel…

"Je suis toujours étonnée et émue d’entendre quels sont les rêves d’un enfant. Le rêve est sans limite, sans frontière et peut ainsi devenir inaccessible pour des gens à deux pattes comme nous qui vivons dans le réel et la matière.

L’Association Arc-En-Ciel, entre ciel et terre, a compris qu’il suffisait de faire confiance et d’écouter ceux qui savent rêver de choses existantes et s’en émerveiller

Le monde appartient à ces enfants parce qu’ils savent encore le regarder !"

Sophie Marceau

L'art du casting…

"Quand je lui demande si elle a envie de faire du cinéma, elle me ­réplique mollement : 'Chais pas…'. Sur mon cahier, j’écris : Jolie, intéressante, mais un peu “loukoum”.

Qu’est-ce qui me fera la rappeler quelques semaines plus tard ? Mon instinct, ce que d’aucuns pourraient appeler le destin.

Cette fois, je lui propose de jouer une scène du scénario dans un bout d’essai filmé. 'Mouais', me répond-elle avec cet air buté qui avait déjà retenu mon attention. Pas impressionnée, elle se lance : 'Le jour où un mec sera amoureux de moi, je le ferai souffrir horriblement'.

Elle est d’une justesse incroyable, formidable de naturel. Cette fois, c’est une évidence, Vic, c’est elle. Entre deux paires de chaussures, je peux hésiter, mais entre deux acteurs, jamais !"

Françoise Ménidrey

Éd. 9.1.4 : 4-12-2019