Gérard PHILIPE (1922 / 1959)

… comme un prince qu'il fut

Gérard Philipe

Il mourut prématurément, peut-être au sommet de son art. Une mort qui, telle celle qui surprit James Dean, fit entrer Gérard Philipe dans une légende éternelle.

Alors que rien n'était encore politiquement évident, il sut s'échapper d'une paternité trop encombrante, délaissant les palaces cannois pour les clochers de Notre-Dame, du haut desquels, mâtine insolente, sa voix résonna sur la capitale pendant une bonne quinzaine d'années.

Le cinéma ne devait pas très longtemps rester sourd à ce chant théâtral, et son nom devait très rapidement s'attacher à une bonne dizaine de chef-d'oeuvres d'après-guerre. C'est toujours avec une immense joie qu'on revoit, près de cinquante années plus tard, les plus beaux fleurons de sa trop courte filmographie … Et même les autres…

Christian Grenier

Enfance, jeunesse et vocation…

Gérard PhilipeGérard Philipe, bébé

Il est né Gérard Albert Philip, le 4 décembre 1922, à Cannes, frère cadet de Jean.

Son père, avocat, abandonne sa carrière pour diriger le célèbre Hôtel du Parc, à Grasse. Membre important de la Ligue des Croix-de-Feu, celui-ci choisit, sous l'Occupation, la collaboration avec l'Allemagne et adhère au Parti Populaire Français de Jacques Doriot. A la Libération, emprisonné, condamné à mort par les tribunaux de la Résistance, placé sous liberté conditionnelle, il s'enfuit en Espagne, où l'on perd sa trace. Il ne fera sa réapparition en France qu'en 1968, après la promulgation d'une loi d'amnistie.

Mais intéressons nous davantage au fils, dont la vie restera longuement perturbée par cette lourde paternité.

Interne à l'Institut des Pères marianistes de Grasse, un établissement où il suit, de 1928 à 1939, toute sa scolarité, Gérard devient bachelier en 1940. Après une année de philosophie à l'Institut Montaigne, il envisage, sous la bienveillante insistance paternelle, des études de droit. Mais le jeune homme est déjà habité par l'amour du théâtre…

Le théâtre…

Gérard PhilipeLorenzaccio

Sa mère, qui le soutient, contacte le réalisateur Marc AllégretMarc Allégret. Celui-ci conseille au jeune homme de s'inscrire au cours d'art dramatique de Jean Huet, à Nice. (1941).

La même année, le comédien Claude DauphinClaude Dauphin le fait débuter sur les planches parisiennes dans la comédie «Une grande fille toute simple».

Puis il est admis au Conservatoire de Paris (1943), dans les classes de Denis D'InèsDenis D'Inès et de Georges Le Roy. Cette année-là, on peut déjà l'apercevoir sur les planches («Sodome et Gomorrhe» au Théâtre Hébertot).

En 1943, il échappe au Service du Travail Obligatoire en faisant état d'une pleurésie (réelle) dont il fut atteint trois années auparavant.

En 1945, on le voit sur les barricades parisiennes du mois d'août, où il ne devait abattre que l'image d'un père dont il ne porte déjà plus le nom. Maman, superstitieuse, a choisi pour lui un pseudonyme de treize lettres: Gérard Philipe.

Cette année là, sa prestation au théâtre dans «Caligula» lève les derniers doutes: Gérard est un grand comédien.

En 1951, après une première rencontre manquée, Gérard applaudit Jean VilarJean Vilar au Festival d'Avignon, et lui fait part de son désir d'entrer dans la troupe du Théâtre National Populaire. Il y obtiendra ses grands plus rôles («Le prince de Hombourg», «Le Cid», «Lorenzaccio», «Ruy Blas»,…) et y restera jusqu'à la fin de sa vie.

Le cinéma…

Gérard PhilipeDanièle Delorme et Gérard Philipe

En 1942, Jean DrévilleJean Dréville auditionne les élèves du Centre du Jeune Cinéma. Parmi eux, Gérard Philipe impressionne son auditoire en inteprétant un monologue léger. Couvert d'éloges, il ne sera pourtant pas retenu pour le film «Les cadets de l'océan».

Ses débuts au cinéma, il les fait donc en 1943, apparaissant dans les films des frères Allégret, «La boîte aux rêves» et «Les petites du quai aux fleurs» (où il côtoie une autre débutante, Danièle Girard/Delorme). Ses dernières prestations théâtrales le font accéder rapidement aux premiers grands rôles.

En 1948, «Le diable au corps» illustre l'histoire d'une jeune femme dont le mari est au front, et qui tombe amoureuse d'un charmant jeune homme. Bien que situé pendant la Première Guerre Mondiale, le film fait scandale par l'inopportunité de son sujet.

«La beauté du diable» (1949), oeuvre plus classique de René Clair, reprend le thème de Faust. Michel Simon, diabolique, achète l'âme du jeune Gérard. Le film entre dans l'histoire du septième art.

Se partageant entre le théâtre et le cinéma, l'acteur réalise lui-même, dans la lignée de «Fanfan la Tulipe», «Les aventures de Till l'Espiègle» qui fut un échec commercial.

Aussi à l'aise dans le drame («La Chartreuse de Parme», «Le rouge et le noir»,…) que dans la comédie, («Les belles de nuit», «Pot-Bouille»,…), Gérard Philipe nous laisse une trentaine de films, dont les moins bons ne sont jamais dénués d'intérêt.

Citons encore, «Les orgueilleux» (1953), aux côtés de Michèle Morgan, «Les grandes manoeuvres», de l'ami René Clair, et, parmi ses dernières apparitions, «Montparnasse 19» (1957), de Jacques Becker, dans lequel il incarne un Modigliani bouleversant.

Après le film de Roger Vadim, «Les liaisons dangereuses» (1959), Gérard Philipe fait son ultime apparition cinématographique dans le film de Luis Bunuel, «La fièvre monte à El Pao».

Comédien responsable, il a su défendre l'art cinématographique français aux quatre coins du monde, acquérant une notoriété internationale qui ne s'est jamais affaiblie. Son dernier combat, il le mènera à la tête du Syndicat des Acteurs, un rôle qu'il tint, comme tous les autres, avec un énorme engagement.

La vie privée…

Gérard PhilipeGérard Philipe

En 1951, le tragédien avait épousé Nicole Fourcade, son aînée de cinq ans, qu'il rebaptisera Anne. Femme discrète, de sensibilité et d'opinions communistes, elle aura une grande influence sur l'évolution politique du comédien. Le couple aura deux enfants, dont Anne-Marie PhilipeAnne-Marie Philipe, qui fit carrière dans la comédie et la chanson.

Atteint d'un cancer du foie, dont son épouse lui taira l'existence, Gérard Philipe décède en 1959. Sa dépouille repose à Ramatuelle dans le costume rouge du Cid. Anne Philipe racontera plus tard les derniers mois de leur vie commune dans un livre très émouvant, «Le temps d'un soupir».

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Le prince d'Avignon…

Citation :

"Notre vie entière, qu'était-elle dans le cours du monde ? A peine le temps d'un soupir…"

Anne Philipe
Christian Grenier (août 2008)
Ed.7.2.2 : 9-2-2016