Raf VALLONE (1917 / 2002)

… un enfant de Calabre

Raf Vallone

Raf Vallone aurait dû devenir footballeur professionnel. Heureusement, les dieux du cinéma (italien en l'occurrence) veillaient, qui ont ramené cette brebis égarée dans le droit chemin.

Très tôt antifasciste et résistant, l'homme entame alors une carrière de comédien dominée, tout au moins dans sa première partie, par ces sujets sociaux récurrents en cette après guerre où, en Italie comme en France, les idées communistes sont à leur apogée.

La notoriété venue, l'idéologie en sommeil, il se tourne vers des sujets davantage populaires et l'on put voir sa lourde silhouette arpenter les plateaux les plus convoités de la planète, ceux d'Hollywood en particulier.

Au soir de sa gloire, il nous reste une certitude : le cinéma y aura gagné ce que le football y a perdu, un grand artiste !

Christian Grenier

Un enfant de Calabre…

Raf ValloneRaf Vallone au "Torino"

C'est tout au sud de l'Italie, en Calabre, dans la petite cité côtière de Tropea, que naît notre vedette, sous le nom de Raffaelle Vallone. Sa maman appartient à une grande famille aristocratique tandis que son père est un avocat d'origine roturière. On lui connaît une sœur. Etant le seul représentant mâle de la famille, il aurait dû hériter du titre de Marquis Raffaelle Mottola d'Amato de son ascendance maternelle. Sa mère s'y opposa, tenant à ce que son fils porte le nom de son père. Raffaelle ne le regrettera jamais.

Très vite, la famille gagne la grande cité industrielle de Turin, ville natale du père, à l'autre bout du pays. Mais toute sa vie, le jeune Raf, comme on l'appelle affectueusement, retrouvera son village natal à chaque vacances,qu'il considère comme le plus bel endroit du monde.

Il confiera avoir eu une enfance heureuse, des parents qui s'entendaient bien et qui se montraient très présents dans l'éducation de leurs enfants. A l'école, Raf est bon élève. C'est un bel adolescent , robuste, au visage franc. Il a 14 ans quand un entraîneur de football remarque ce jeune au physique d'athlète qui fait déjà preuve de réelles dispositions. Pour gagner l'autorisation paternelle de pratiquer ce sport de façon régulière, le jeune garçon doit promettre de rester un excellent élève en classe. Il tiendra parole, et décrochera facilement l'équivalent de notre bac. Puis il entreprendra des études de droit et de philosophie, à l'université de Turin. Son avenir est déjà tracé : il prendra la succession de son père qu'il assiste déjà, comme stagiaire, à son cabinet.

Le sport ou la magistrature ?

Par ailleurs, Raf décroche de brillantes victoires avec son club sportif, Le Torino. Solide milieu de terrain, il participe à la finale de la coupe d'Italie. Mais la loi du sport est dure et celle du sélectionneur encore plus ! C'est du banc des remplaçants qu'il applaudira le succès de ses co-équipiers. Nous sommes en 1938 et il envisage un moment de poursuivre une carrière sportive. En 1942, ils dispute, à Vienne, la finale du championnat du monde universitaire. Mais il éprouve une des plus cruelles déceptions de sa vie, le jour où il s'aperçoit qu'un match contre la Hongrie a été acheté pour de louches raisons politiques au moment de l'Anschluss. Dégoûté, il abandonne définitivement le monde du ballon rond.

Le cinéma…

Raf ValloneRaf Vallone

Raf Vallone décide de se frayer un chemin dans le monde du journalisme. Il travaille ainsi à "L' Unita", un journal anti-fasciste, dans la rubrique culturelle. Dans les mêmes moments, il est critique dramatique pour la Stampa. Mais voilà que les événements sombres, annonciateurs de la guerre, se précipitent. Le journaliste se transforme en un résistant militant, s'opposant au régime de Mussolini. Il restera dans ses dispositions jusqu'à la fin des hostilités.

En 1942, il a l'opportunité d'assurer un petit rôle de matelot dans un film, sans jamais avoir suivi le moindre cours d'art dramatique. Mais la chance est là : il apparaît dans «Nous les vivants» de Goffredo Alessandrini aux côtés de la toute jeune Alida ValliAlida Valli. La paix revenue, le réalisateur Giuseppe de Santis le convainc de rejoindre le plateau de «Riz Amer» où, rival de Vittorio Gassman, il tentera de séduire “l'appétissante” Silvana Mangano. Ce rôle marque le début de son histoire de comédien. Adieu le journalisme, le jeune homme signe un contrat de 5 ans avec la maison de production Lux.

Contrairement à son compatriote Rossano BrazziRossano Brazzi, il s'engouffre dans le renaissant 7ème art transalpin. Le néo-réalisme de ces années d'après-guerre lui convient et il va incarner des personnages de caractère qui émeuvent : ainsi dans «Pâques sanglantes» où accusé à tort, il s'évade de prison pour se faire justice avec l'aide de sa fiancée jouée par Lucia Bose, ou encore dans «Christ interdit» où, cherchant à venger son frère, il abat un innocent.

Raf Vallone est devenu un acteur très viril, doté d'un sourire séduisant et radiant un charisme évident . Il se glisse dans la peau du célèbre Mandrin pour un film d'aventure signé Mario Soldati, «Le chevalier sans loi» (1952). Foulant «Les chemins de l'espérance» pour le compte de Pietro Germi (1950), il y croise l'actrice Elena Varzi dont il ne tarde pas à tomber amoureux. Le couple se marie en 1952 et tournera plusieurs films ensemble : «L'emprise du destin», «Orage» etc. Plus tard, Elena arrêtera délibérément sa carrière pour s'occuper de leur famille.

Une carrière internationale…

Raf Vallone«Nevada Smith» (1966)

Dès lors, Raf Vallone s'engage dans un parcours qui, lui ouvrant la perspective d'une superbe carrière internationale, le mènera en France, au Royaume Uni et, à partir de 1963, jusqu' aux USA.

En 1952, il incarne l'amant de Simone Signoret dans «Thérèse Raquin» de Marcel Carné, d'après l'œuvre d'Emile Zola. Parlant couramment notre langue, il exige de ne pas être doublé et impose sa voix personnelle. Il renouvellera cette exigence dans pratiquement toutes ses prestations, puisqu'il maîtrisait aussi la langue de Shakespeare. La même année, il personnifie Garibaldi dans «Les chemises rouges» de Goffredo Alessandrini. Il croise plusieurs de nos compatriotes, comme Alain Cuny, Michel Auclair, Jacques Sernas ou Serge Reggiani. Dans «Les héros du dimanche» (1952), il figure un athlète, ce qui ne lui posera aucune difficulté de composition. «Le secret de Sœur Angèle» fait de lui un mauvais garçon qu'une tendre et jolie religieuse, sous les traits de Sophie Desmarets, ramène dans le droit chemin, attachante histoire réalisée par Léo Joannon.

Durant ces années 50, le 7ème art lui offre de bien jolies partenaires : Martine Carol dans «La pensionnaire», (1953), Françoise ArnoulFrançoise Arnoul dans «Orage», Sophia Loren dans «Le signe de Vénus» (1954), Antonella Lualdi dans «Andrea Chénier» (1955), etc. Nous le retrouvons père de la jeune Jacqueline SassardJacqueline Sassard dans le charmant «Guendalina» (1956), où il campe l'époux volage de Sylva Koscina.

La décennie s'achève pour lui avec une prestation théâtrale remarquée, dans la pièce d'Arthur Miller, «Vu du pont». Simone Berriau se battra contre tous pour l'imposer dans son théâtre Antoine et il lui en sera définitivement reconnaissant. Sous la houlette de Peter Brook , il joue le rôle du docker Eddie Carbone. Il prend sur lui de changer la scène finale originelle. C'est un triomphe et la pièce se jouera deux ans. Jean-Jacques Gautier verra en lui un “Gabin moderne”. En 1962, la pièce devient un film sous la direction de Sydney Lumet . Tout ému, Raf Vallone apprend qu'Arthur Miller a demandé à ce que la scène finale soit celle qu'il avait imaginée. Jean Sorel et Raymond Pellegrin complètent l'affiche.

D'autres productions s'enchaînent dont nous retiendrons «Le Cid» (1961) avec Charlton Heston, «Phèdre» de Jules Dassin (1961), «Le cardinal» d'Otto Preminger (1963), qui le rechoisira onze ans plus tard pour «Rosebud» (1974) aux côtés de Peter O'Toole. Entre temps, il aura côtoyé Steve MacQueen dans «Nevada Smith» (1966), Michael Caine dans la première version de «L'or se barre» (1969), Kirk Douglas dans «Dialogue de feu» (1970), etc…

Durant les dix dernières années de sa carrière, définitivement admis dans la catégorie des plus grands acteurs mondiaux, il apparaît aux côtés d'Anthony Quinn («L'empire du Grec», 1977) , Rod Steiger («Le lion du désert», 1978) , Rex Harrison («A time to die», 1979). Adopté par le public français, il donne la réplique à Marie-France Pisier («De l'autre côté de minuit», 1977), Andréa Ferreol («Retour à Marseille», 1980), Marie-Christine Barrault («Le pouvoir du mal», 1984) et côtoie Béatrice Dalle sur le plateau de son dernier film, «Toni» (1998). Il apparut également aux côtés de Pierre Massimi dans le téléfilm «Ils étaient tous mes fils» (1970).

L'homme…

Raf ValloneRaf Vallone

Raf Vallone a donc épousé Elena Varzi en 1952, auprès de laquelle il aura fêté ses noces d'or quelque temps avant de s'en aller. Séducteur, il avouera lui-même ne pas être resté insensible aux charmes de Marlene DietrichMarlene Dietrich et de Brigitte BardotBrigitte Bardot, mais il tiendra par-dessus tout à préserver sa famille : 50 ans de bonheur partagés avec Elena. Ils eurent ensemble trois enfants : Eleonora (1953, poétesse, actrice et présentatrice pour la télévision), et les jumeaux Saverio, acteur et Arabella, chanteuse (1955). Tous trois s'illustreront ainsi dans le monde artistique.

Raf avait installé son monde dans une grande maison dans le quartier Parioli de Rome. Il aimait se réfugier dans son grand bureau pour s'adonner à ses deux passions, la lecture et l'écriture (entre autres son autobiographie, «Alfabeto della memoria»). Il avait également acheté une maison à Tropéa donnant directement sur la mer, et où il aimait revenir humer les parfums de son enfance.

Il pratiqua avec bonheur l'art d'être grand-père, un honneur qu'il connut grâce à Luca, le fils d'Annabella.Hélas, il ne put connaître le fils de Saverio, Rafaelle Vallone, qui perpétue le nom de son illustre grand-père.

Raf Vallone était décoré Grand Croix de l'Ordre du mérite italien.

Il décéda à la clinique Villa Pia de Rome, le 31 octobre 2002, laissant ses compatriotes italiens et les cinéphiles du monde entier très affectés par sa disparition. C'est dans la chapelle privée de la famille Mottola d'Amato à Tropea, sa ville natale qu'il repose pour toujours.

Documents…

Sources : Site officiel de Raf Vallone, «Simone est comme ça» de Simone Berriau, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

«La violeterra» (1958)

Citation :

"Le fait de penser que je ne peux changer ce qui est inéluctable me donne un grand sentiment de sécurité"

Raf Vallone
Donatienne (décembre 2011)
Ed.7.2.2 : 1-11-2016