Peter FINCH (1912 ? 1916 ? / 1977)

… à fleur de peau

Peter Finch

"La bonne action, ce serait d’apprendre aux gens à comprendre plutôt qu’à juger" déclara un jour le comédien Peter Finch.

J’ai donc suivi son conseil en cheminant dans la carrière de cet acteur passionnant à découvrir et j’ai effectivement appris à comprendre ses choix, ses faiblesses, mais aussi son talent. J’ai retrouvé, avec beaucoup d’émotion et de bonheur certains de ses films.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’aura pas choisi la voie de la facilité !

Donatienne

Que de perturbations !

Peter FinchPeter Finch

Anglais de naissance, Frederick George Peter Ingle Finch voit le jour à South Kensington, un quartier de Londres, le 28 septembre, en 1916 pour tout le monde, en 1912 selon l'inscription portée sur sa plaque tombale. On lui attribuera parfois le nom de William Mitchell, appellation qui semble relever davantage de la légende que d'une profonde recherche.

Dès le départ, rien n’est simple pour le jeune Peter. Force est de constater que ses origines sont confuses. Sa mère, Alicia, mariée à George Ingle-Finch, chimiste et alpiniste réputé, entretient une liaison adultérine avec un major écossais, officier dans l’armée des Indes, Wentworth Edward Dallas Campbell, et dont elle aura un fils, notre Peter. Le jeune garçon portera cependant le nom de Ingle-Finch, le mari de sa mère.

A ses origines compliquées s'ajoute une enfance terriblement perturbée. Georges, le “papa”, et sa sœur Dorothée, assurent l’éducation de Peter. Lorsque George et Alicia se séparent, le petit garçon, à peine âgé de deux ans, est confié de façon ahurissante, à sa grand-mère putative, Laura, mère de Georges, une dame excentrique qui règne sur un salon fréquenté par des artistes, à Vaucresson, non loin de Paris. Voilà donc Peter en France où il passe ses plus jeunes années. Cette grand-mère l’emmène ensuite dans une communauté de Madras, aux Indes, s'adonnant à des pratiques que l'on peut qualifier de sectaires. Un peu plus tard, on l’envoie, sous la seule problématique d’une sorte de gourou, à Sydney (Australie), dans une communauté de même confession. Fort opportunément, Charles, l’oncle de l’étrange Laura, un bourgeois plutôt strict originaire d’Australie, se souvient qu’il a un pseudo-petit-neveu qui porte son nom. Il le récupère pour le ramener à la maison familiale de Greenwich Point.

Cette enfance si malmenée expliquera bien des choses, d’autant plus que Peter ne sera vraiment éclairé sur ses origines que dans le milieu des années 40, alors qu’il aura atteint un âge adulte bien affirmé. Il apprendra en même temps que sa mère aura fini par convoler en justes noces, en 1922, avec Campbell son père naturel !

L'adolescent qu'il est devenu fréquente d’abord l’école publique de Greenwich Point, avant de poursuivre ses études secondaires dans un collège de Sydney. Jeune homme, il trouve des petits boulots variés, notamment dans la presse, ce qui fait naître en lui une vocation de journaliste, avant qu'il ne s’oriente vers une carrière d’acteur. Dès 1935. Il travaille pour la radio et décroche quelques rôles secondaires dans des pièces de théâtre. Sa première apparition sur le grand écran se fait en 1938 dans une production australienne qui ne nous est pas parvenue, «Dad and Dave come to town».

Des débuts sur fond de guerre…

Peter FinchVivien Leigh et Peter Finch (1956)

Enrôlé dans l’Australian Imperial Force le 2 juin 1941, Peter Finch a l’opportunité de distraire les troupes avec des shows, que l’on appellera les «Finch’s Folies». Promu sergent, il devient directeur du théâtre des armées en 1945. Entre temps, il a épousé, le 21 avril 1943, une jeune danseuse étoile russe des ballets Borovansky, Tamara Tchinarova, qui lui donnera une fille, Anita.

Malgré ces temps de guerre, il tourne quelques films dans son pays d'accueil, connus de ses seuls compatriotes et de quelques kangourous cinéphiles («The Rats of Tobruk», etc) et apparaît dans des courts métrages de propagande («While The is Still Time», «South West Pacific» en 1943). Il participe à des tournées théâtrales avec le "Mercury Mobile Players", tout en donnant des lectures de l’histoire du théâtre australien pour la Société Dramatique de l’université de Sydney. Promu assistant–réalisateur de documentaires sur le dispositif de guerre, il s'intéresse également à la vie des arborigènes australiens, expérience dont il se souviendra, 10 ans plus tard, quand il co-réalisera «The Day», un reportage sur un enfant espagnol de l’île d’Ibiza.

Il se sent de plus en plus attiré vers le jeu de scène. Il faut dire qu’il a de la prestance, un physique avantageux : une chevelure abondante et ondulée, des traits fins, un regard pénétrant, des pommettes saillantes et une bouche sensuelle ! Tous les atouts sont de son côté !

Laurence Olivier et Vivien Leigh…

En août 1948, le grand tragédien anglais Laurence OlivierLaurence Olivier effectue une tournée en Australie, avec sa troupe de comédiens, parmi lesquels son épouse, la belle Vivien LeighVivien Leigh. Il remarque notre homme dans la version anglaise du «Malade imaginaire» de Molière et s'en trouve suffisamment impressionné pour lui proposer un contrat, l’incitant à venir en Angleterre où il pourrait acquérir une solide formation dramatique classique. Peter rejoint donc son mentor l’année suivante. Mais voici que se noue entre Vivien et lui une histoire sentimentale qui va durer. Laurence Olivier, en gentleman britannique, accuse le coup dignement mais garde l’amant dans sa troupe. Ainsi, Peter apparaît sur les planches de l'Old Vic Theater dans «Daphné Laureola». Sa carrière est lancée…

Et le cinéma dand tout ça ?…

Peter FinchPeter Finch

Souffrant d’un trac maladif qui l’empêche de s’exprimer pleinement, Peter Finch ne tarde pas à prendre ses distances avec le théâtre pour se rapprocher du cinéma. Dès 1949, on note sa présence dans «Eureka Stockade» en 1949 de Harry Watt. Ce dernier incite les studios Ealing à lui confier plusieurs rôles («Le train du destin» en 1949, etc). Durant quelques années, Peter côtoie de grandes vedettes comme John MillsJohn Mills, Orson WellesOrson Welles ou Claire BloomClaire Bloom. Il incarne ainsi un shérif de Nottingham convaincant dans «Robin des Bois et ses joyeux compagnons» (1952). En 1953, il se lance sur «La piste des éléphants» en compagnie d'Elizabeth Taylor, film d’aventures exotiques qui nous transporte aux Indes. Dans «Father Brown/Détective du Bon Dieu» (1954), tourné en partie en Bourgogne, il campe un voleur remis sur le droit chemin par Alec GuinnessAlec Guinness. Promesse d'Anglais, puisqu'il récidive dans ses basses oeuvres pour «The Dark Avenger/L'armure noire» (1955), une aventure hollywoodienne dirigée par Henry Levin. La même année, oeuvre qui en annonce une autre, il campe une star de la télévision balbutiante dans le méconnu «Simon et Laura» de Muriel Box.

Il faut attendre 1956 pour voir Peter Finch décrocher un véritable premier rôle masculin. Dans «A Town Like Alice/Ma vie commence en Malaisie», si la part belle reste à Virginia McKenna, il ne répond pas moins à l’idée que l’on se fait de l’Australien : félin, téméraire et énigmatique. Son interprétation lui vaut un Award du meilleur acteur britannique décerné par la British Academy. Mais son rôle préféré de l'époque reste celui du vagabond de «The Shiralee» (Leslie Norman, 1957).

Dès lors, Peter Finch est jugé digne de camper des personnages de caractère. Sa présence, sa faculté de jouer avec tout un panel d’expressions, de faire passer les émotions, les intonations de sa voix… donnent un coup de fouet à sa carrière. En 1959, «Au risque de se perdre», il incarne le Dr.Fortunati, médecin dans la brousse africaine troublé par la jolie religieuse Sœur Luc qui lui sert d’assistante, rôle refusé successivement par Gérard Philipe et Yves Montand. "Peter avait une solide réputation d’homme à femmes et j’étais effrayée de devoir me confronter à lui… Il se montra un parfait gentleman et un acteur accompli. Je me suis beaucoup attachée à lui au cours du tournage et je crois qu’il y acquit du respect pour moi. Nous étions totalement différents et les différences se complètent parfois très bien." : ainsi s'exprima la si touchante Audrey Hepburn à propos de son partenaire.

Un film pas comme les autres…

Peter FinchPeter Finch et Murray Head

Nous voici en 1970, année où va se dessiner un tournant important pour la suite de sa carrière. Peter Finch n'était pas originalement distribué dans «Sunday, Bloody Sunday/Un dimanche comme les autres» de John Schlesinger. . C’est Alan Bates qu'avait choisi le réalisateur pour camper le Dr. Daniel Hirsh, un juif homosexuel. Alan Bates, qui avait des antécédents en la matière («Love» de Ken Russell en 1969) étant retenu par ailleurs, on songe à Ian Bannen, mais celui-ci ne se sent pas à l’aise avec le personnage qui doit embrasser amoureusement son amant bisexuel. Schlesinger fait alors appel à Peter Finch, qu’il a dirigé en 1967 dans «Loin de la foule déchaînée».

L’intrigue est dérangeante pour l’époque : Le Dr.Hirsh (Peter Finch) et Alex Greville (Glenda Jackson), une femme séduisante divorcée, sont tous deux attirés par le jeune artiste Bob Elkin (Murray Head) pour qui ils éprouvent chacun de leur côté une réelle passion. Conscients de la situation, ils vivent dans une étrange complicité, acceptant les faits tels qu’ils sont pour ne pas perdre leur amant partagé. Ce rôle de composition très particulier et risqué (l'acteur tiendra à confirmer son hétérosexualité) vaut à Peter deux récompenses, l’Award du meilleur acteur de la British Academy et le prix du meilleur acteur attribué par la Société Nationale des critiques du cinéma américain. Mais, de l’avis de beaucoup, l’oscar lui échappera à cause du fameux “baiser gay”.

Un oscar à retardement…

Cinq ans plus tard, la célèbre académie rattrapera sa frilosité et corrigera son injustice en lui attribuant la suprême récompense pour le film «Network/Main basse sur la télé» de Sidney Lumet. Il y campe un journaliste de télévision qui, n'ayant plus suffisamment d'auditoire pour assurer la pérénnité de son poste, réussit à faire grimper son audimat en annonçant son prochain suicide. Hélas, la glorieuse statuette lui est donnée à titre posthume puisque le récipiendaire avait abandonné ce bas monde l’année précédente, premier artiste à avoir été honoré de cette façon (un titre dont on se doute qu'il se serait bien passé). Jack NicholsonAlec Guinness, son énergique défenseur dans l'attribution de cette haute récompense, saura déclencher les salves d’applaudissements lors de la cérémonie. Sa veuve Eletha montera sur scène pour recevoir le trophée à la place de son époux.

Entre-temps, Peter Finch avait terminé son parcours cinématographique avec un personnage symbolique, Isaac Rabbin, dans «Raid sur Entebbe» d’Irvin Kerschner (1976), un téléfilm distribué en salles dans certains pays.

Un homme à fleur de peau…

Peter FinchIn memoriam…

Personnalité à la sensibilité exacerbée, Peter Finch fut littéralement un homme à fleur de peau. C’est certainement pour cela qu’il sera tant et tant de fois récompensé (10 fois comme meilleur acteur) par les principales instances du cinéma international.

Séduisant à souhait, profond, s’engageant à fond dans des rôles souvent difficiles, il n’en sortit pas toujours indemne, vivant des périodes de scandales, d’angoisses et de souffrances. Sa vie d’artiste exposée, sa réputation de coureur de jupons étalée au grand jour (ses aventures avec Kay Kendall ou Mai ZetterlingMai Zetterling furent exagérément médiatisées) et sans doute son penchant pour l’alcool auront fini par avoir raison de lui

Il aura néanmoins été trois fois marié : après Tamara, déjà citée, il fut le conjoint de la comédienne et romancière Yolande Turnbull-Turner, originaire d’Afrique du Sud. Le couple, qui vécut l'essentiel de sa vie commune à Londres entre 1959 et 1965, accueillera un fils, Charles, futur producteur de télévision, et une fille, Samantha. La rumeur d’une liaison entre Peter et la chanteuse Shirley Bassey hâta la rupture. L'acteur épousa enfin (1973) Eletha Barrett, une femme d’origine jamaïcaine, qui lui donnera une fille, Diana, et restera à ses côtés jusqu’à sa disparition.

Peintre à ses heures de loisirs, Peter Finch était le contraire d'un homme lisse. Il décéda prématurément, le 14 janvier 1977, à l’âge de 60 (64 ?) ans, d’une crise cardiaque survenue dans un hôtel de Beverly Hills. Il repose à tout jamais au funerarium du cimetière “Forever” d’Hollywood, non loin de Rudolf ValentinoRudolf Valentino.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Le succès est une maîtresse très exigeante…Un jour , vous vous trouvez avec elle dans la même chambre… La clé est pourtant à l’intérieur, vous ne pouvez partir, même si vous le désirez…"

Peter Finch
Dans la fraîcheur du jour…
Donatienne (décembre 2012)
Ed.7.2.2 : 18-3-2016