Gary COOPER (1901 / 1961)

… un homme de la rue

Gary Cooper

Gary Cooper ! Ce nom claque comme un drapeau - comme un coup de feu, dirait Patrick Glanz, le spécialiste du western sur L'Encinémathèque - dans les Grandes Plaines du Montana, des Etats-Unis et d'ailleurs.

Voilà pourtant maintenant près de cinquante ans qu'il les a quittées, mais il nous paraît encore si proche, sans doute à cause des nombreux personnages familiers, ces hommes de la rue, qu'il incarna avec tant de conviction. Rarement grand bourgeois, plus souvent citoyen anonyme, Gary Cooper ressemble à notre voisin, à notre papa, ou à ceux que l'on aurait voulu avoir.

Homme simple, arrivé par hasard - comme ce fut souvent le cas au début des années 20 - dans un monde qui n'aurait pas dû être le sien, il sut imposer sa haute stature, malgré un jeu d'acteur singulièrement limité, tout au long d'une carrière particulièrement prolifique.

Et si vous devez retenir 5 noms parmi les grands acteurs de l'âge d'or hollywoodien, il y a de fortes chances que le sien y soit. Posons-nous cette simple question : pourquoi ?

Christian Grenier

Frank James Cooper…

Gary CooperGary Cooper et ses parents

Il naît Frank James Cooper, le 7-5-1901, fils du juge à la cour souveraine du Montana, Charles Henry Cooper, et de Alice Brazier. Un frère, Arthur (1895).

Installée à Helena, capitale du Montana, la famille fait l'acquisition d'une propriété de 600 hectares, baptisée le "Seven-Bar-Nine".

De 1910 à 1914, les deux enfants Cooper poursuivent leurs études en Angleterre. Mais le jeune Frank finit par se faire renvoyer de la respectable école de Dunstable, favorisant ainsi leur retour vers les terres familiales. Il renoue alors un véritable contact avec la nature et les premiers habitant du pays, fréquentant de jeunes Indiens de son âge…

Pendant la Première Guerre Mondiale, le jeune Frank travaille par nécessité dans le ranch paternel, s'initiant aux travaux de la ferme et des champs. Le conflit terminé, il retrouve le chemin de l'école du haut de ses 16 ans et de ses 1, 80 m ! Mais son éloignement prolongé des bancs d'études, tout autant que sa haute stature - on le surnomma longtemps “Slim” (“le mince”) - l'écartent de ses jeunes camarades. Heureusement, Ina Davis, sa jeune institurice, veille à lui donner un mince bagage…

Tout naturellement, il entreprend des études d'agriculture au collège de Bozeman, Montana, tout en cultivant - si j'ose dire - un don naturel pour le dessin. Grace à l'aide de Miss Davis, il entre au Collège d'Art du Montana (1919) , avant de s'inscrire au Collège de Grinnel (Iowa), se découvrant soudain un penchant pour les études. Pendant les vacances scolaires, il fait le guide ou le conducteur d'autobus au Yellowstone Park

En 1924, Frank Cooper rejoint sa famille, qui vit alors à Los Angeles. Fidèle à ses ambitions artistiques, il tente de placer plusieurs de ses caricatures dans des journaux locaux.

Découragé par ses vaines tentatives, il suit les conseils de ses amis, Jimmy Galen et Slim Talbot, en se faisant engager comme figurant à cheval dans des oeuvres de cinéma (décembre 1924). Sa production en la matière est indéterminée, puisqu'il serait apparu, en tant que cavalier cascadeur, dans une cinquantaine de films avant «The Winning of Barbara Worth» (1926), considéré comme sa première apparition importante à l'écran. Aujourd'hui encore, il est impossible aux spécialistes d'établir avec certitude la liste des films pour lesquels le futur Gary Cooper, cowboy ou Indien, a fait une chute de cheval !!!

Mais on est certain de sa présence aux côtés du grand Rudolph Valentino dans «The Eagle/L'Aigle Noir» (1925). Rudolph Valentino et Gary Cooper ! Quelle affiche !

Gary Cooper…

Gary Cooper«Legion of the Condemned» (1928)

Frank en a assez de se couvrir de bleus et de bosses pour quelques maigre spoignées de dollars. Alléché par les salaires réservés aux stars, qui ne prennent aucun risque, il décide de devenir acteur-cascadeur. Avec l'aide d'une jeune femme imprésario, Nan Collins, Frank Cooper enchaîne les figurations. Mais il existait déjà plusieurs Frank Cooper dans les annuaires du septième art. Après plusieurs vaines tentatives, Nan convainc son jeune protégé de changer de prénom. Il se trouve qu'elle est originaire d'une petite ville nommée Gary… Vous devinez la suite…

Afin d'atteindre son but, Gary n'hésite pas à financer lui même un bout d'essai qu'il peut présenter aux producteurs et réalisateurs susceptibles d'engager un jeune cavalier émérite. C'est auprès de Henry KingHenry King qu'il décroche enfin la timbale et, nous l'avons dit, le premier rôle important de sa carrière, celui d'Abe Lee dans «The Winning of Barbara Worth» (1926).

A la suite de cette apparition, il est pris sous contrat par la Paramount et entame une véritable carrière d'acteur. Un début placé sous d'heureux auspices puisque le jeune homme eut l'honneur de partager à plusieurs reprises les plateaux avec une star de l'époque, Clara Bow («Children of Divorce», «It», «Wings», tous de 1927). Sur la suggestion de la célèbre potinière Hedda HopperHedda Hopper, les dirigeants de la Paramount entretinrent la rumeur d'une liaison entre le “westerner” et la “It girl”. Mais les intéressés se prirent au jeu et Gary devait avouer secrètement à l'actrice Esther Ralston être tombé sous le charme de la croqueuse d'hommes dont il fut l'un des chevaliers servants pendant quelques mois.

Dans «Children of Divorce», il se montre pourtant si mauvais entre Clara Bow et Esther Ralston dans les scènes sentimentales que le réalisateur, Frank Lloyd, décide de le remplacer. Mais son suppléant se montre encore moins crédible, poussant Lloyd à revenir sur sa décision !

Poursuivant sa carrière, c'est tout naturellement qu'il se voit confier des premiers rôles dans des westerns plus ou moins oubliés («Nevada», «the Last Outlaw», etc). Enfin, en 1928, William Wellman lui offre la tête d'affiche dans «Legion of the Condemned».

En 1928, Gary Cooper tourne «The shopworn Angel» aux côtés de Nancy Carroll. Dans la séquence romantique, il prononce son premier mot de cinéma en échangeant un "I do / oui" plein de promesses avec sa partenaire, un engagement constituant l'unique dialogue du film !

Au début des années trente, le parlant se généralise et la carrière de l'acteur va se diversifier…

Les grandes heures…

Gary Coopervec Phyllis Thaxter dans «Springfield Rifle» (1952

Outre les westerns, qui lui vaudront une bonne partie de sa renommée, l'acteur se montre également excellent dans le drame.

En 1930, Josef Von SternbergJosef Von Sternberg débarque aux Etats-Unis en compagnie de sa vedette de «l'Ange Bleu», Marlene Dietrich. Il choisit Gary Cooper pour lui donner la réplique dans «Morocco». Pendant le tournage, le désaccord s'installe entre le réalisateur et l'acteur : Cooper reproche à Sternberg de dialoguer en langue allemande avec l'actrice et n'apprécie pas qu'on tente de repousser son nom au générique du film. L'oeuvre rencontre pourtant un énorme public, mais Gary refuse de poursuivre l'expérience et rejette le rôle qu'on lui propose dans «Dishonored».

Il enchaîne alors film sur film, à l'aise dans le drame ( «A Farewell to Arms/L'adieu aux armes», «Now and Forever» avec Shirley Temple qui lui vole la vedette, «Peter Ibbetson» dont André BretonAndré Breton (le pape des surréalistes français) dira qu'il est "le triomphe de la pensée surréaliste", etc) comme dans l'aventure ( voir l'admirable «Lives of a Bengal Lancer/Les trois lanciers du Bengale») ou la comédie («If I Had a Million/Si j'avais un million», «Bluebeard's Eighth Wife/La huitième femme de barbe-Bleue», etc).

Frank CapraFrank Capra ne s'y trompe pas, qui l'engage pour «Mr.Deeds Goes to Town/L'extravagant M.Deeds» (1936) et surtout «Meet John Doe/L'homme de la Rue» (1941). Le personnage de Gary Cooper est enfin en place : un homme franc, honnête, courageux, patriote, humble, simple, voire naïf. L'Américain tel qu'on le rêve moyen. Un registre dont il ne sortira plus que rarement (quand Gary Cooper trahit, c'est pour faire “croire”), et qui sera sans doute à l'origine de sa réputation de ne pas être un véritable comédien, mais un acteur sachant imposer une personnalité qu'on lui savait fort grande.

Ainsi, dans les années quarante, il donne «Sergeant York» (1941), incarnant le soldat américain le plus décore de la Première Guerre Mondiale et obtenant à cette occasion, guerre oblige, son premier Oscar.Citons encore «The Story of Dr Wassel/L'odyssée du Dr.Wassel» (1944), «Unconquered/Les conquérants du Nouveau Monde» (1947), «The Fountainhead/Le Rebelle» (1948), etc

Devenu acteur indépendant depuis 1939, il passe d'une compagnie à l'autre et ralentit le rythme de ses contributions cinématographiques

Réformé à cause d'une blessure occasionnée par un accident de voiture au début des années 20, Gary Cooper participe à l'effort de guerre au travers de tournées destinées à remonter le moral des troupes dans les bases du Pacifique.

Dans les années cinquante, Cooper renoue avec les grands westerns : «Distant Drums/Les aventures du Capitaine Wyatt» (1950, Raoul Walsh), «Vera Cruz» (1954, Robert Aldrich), «Man of the West/L'homme de l'Ouest» (1958, Anthony Mann) et surtout «High Noon/Le train sifflera trois fois» (1952, Fred Zinnemann) qui lui vaut son deuxième Oscar…

Vie privée…

Gary Cooperla seule, l'unique Mrs Gary Cooper…

Côté coeur, Gary Cooper eut une vie sentimentale plutôt agitée. Dès 1929, Clara Bow oubliée, il entretient une liaison orageuse avec l'actrice mexicaine Lupe Velez, rencontrée sur le tournage de «The Wolf Song». Mais Mrs Cooper mère veille et met fin à l'affaire. Du moins le croit-elle…

Au début des années trente, lassé du rythme infernal que lui impose la Paramount, l'acteur prend ses distances avec les studios et voyage, en Europe comme en Afrique. On le voit alors souvent en compagnie de la comtesse Dorothy di FrassoDorothy di Frasso, de treize ans son aînée…

En 1933, de retour au bercail, il rencontre, au cours d'une soirée, la starlette Sandra Shaw (aperçue dans le fameux «King-Kong» de Schoedsack), nièce du chef décorateur de la MGM Cedric Gibbons. Le 15-12-1933, l'acteur épouse Veronica Balfe (véritable patronyme de Sandra Shaw), et abandonne sa vie de play-boy. Le couple aura une fille, Maria Veronica> (15-9-1937).

En 1944, Lupe Velez se suicide, enceinte d'un enfant dont la rumeur attribue la paternité à Gary Cooper.

En 1951, Veronica et Gary se séparent momentanément. C'est le début de la fameuse liaison entre le cow-boy d'Hollywood et l'actrice Patricia Neal, sa partenaire de «The Fountainhead». Leur romance dure 3 ans. Mais Cooper est un homme “droit”: il ne divorcera pas. Le moment venu de choisir, c'est vers l'épouse légitime qu'il retourne, pourtant toujours très amoureux de Patricia, qui ne le reverra plus jamais. C'est beau, non ?

Car Gary subit déjà les premières atteintes du mal qui l'emportera. Il souffre d'un ulcère à l'estomac qui ne sera opéré qu'en 1958. En 1960, les médecins diagnostiquent un cancer, qu'ils cachent à l'intéressé le plus longtemps possible. En 1961, c'est James StewartJames Stewart (un autre “droit” du septième art hollywoodien) qui reçoit pour lui, les yeux pleins de larmes, le troisième Oscar, remit à titre honoraire, à cette grande star internationale.

Après avoir fait un pèlerinage au Montana de son enfance, à l'occasion duquel il put revoir et remerciersa vieille institutrice Ina Davis, Gary Cooper s'éteint le 13-5-1961. Parcourant la filmographie de ce géant d'Hollywood, nous mesurons toute la place qu'il tient dans l'Histoire du cinéma mondial et le remercions pour tout ce qu'il nous apporta.

Merci, «Monsieur Gary Cooper qui êtes au Ciel…»

Documents…

Sources : «Gary Cooper» par Homer Dickens, revue Western (N° 4 à 9), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées ça et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Vainqueur du destin…

Citation :

"Je crois que ma chance a été de ressembler à un million d'autres Américains"

Gary Cooper
Christian Grenier (mai 2003)
Ed.7.2.1 : 22-1-2016