Gregory PECK (1916 / 2003

… Gentleman Greg

Gregory Peck

Consciencieux, professionnel, élégant, affable, gentleman, Gregory Peck n’a laissé que de bons souvenirs à ses partenaires et aux metteurs en scène avec qui il a travaillé.

Homme de théâtre, il est venu au cinéma un peu par hasard et on lui doit quelques énormes succès dans des genres très différents : «La maison du Dr Edwardes» (Alfred Hitchcock, 1944), «Duel au soleil» (King Vidor, 1946), «La cible humaine» (Henry King, 1950), «Les neiges du Kilimandjaro» (Henry King, 1952), «Vacances romaines» (William Wyler, 1953), «Moby Dick» (John Huston, 1956), «Bravados» (Henry King, 1958), «Les nerfs à vifs» (Jack Lee Thompson, 1961), «Les Canons de Navarone» (Jack Lee Thompson, 1961)…

Crédité dès son premier film du rôle principal, il s'honore d'une filmographie riche en oeuvres de tout premier plan…

Patrick Glanz

Enfance et jeunesse…

Gregory PeckGregory et sa maman (1917)

Né à La Jolla, petite station balnéaire à quelques kilomètres de San Diego, le 5 avril 1916, Eldred Gregory Peck est marqué, très jeune, par le divorce de ses parents. Elevé par sa grand-mère maternelle, il lui doit, alors qu’il n’a que 9 ans, de voir «Le fantôme de l’opéra» avec Lon ChaneyLon Chaney (1925), au cinéma du coin. Il en sort bouleversé: "J’étais sous le choc. Après le film, nous marchions vers notre maison. J’étais terrifié et je tenais la main de ma grand-mère pendant tout le chemin de retour avant de réaliser qu’elle était aussi effrayée que moi !"

Ballotté entre ses parents, il entre, à 20 ans, à l’université de Berkeley où le directeur du théâtre universitaire lui propose rapidement de jouer dans une adaptation de «Moby Dick» de Herman Melville (curieux, curieux…) : "Le théâtre m’a plu, car je n’avais pas eu beaucoup d’affections quand j’étais jeune. Je n’étais qu’Eldred Grégory Peck. Et là, je pouvais changer de peau".

Deux ans plus tard, il part tout naturellement pour New York où il débarque avec 160 dollars en poche. Il prend des cours de comédie, découvre la méthode Stanilavski et noue une longue amitié avec Eli WallachEli Wallach.

Il passe une audition devant le producteur David O.SelznickDavid O.Selznick qui vient de connaître le succès avec «Autant en emporte le vent», mais le mogul ne se montre pas convaincu. Engagé dans une pièce de Georges Bernard Shaw, Gregory Peck tombe amoureux de l’habilleuse de la vedette féminine. Elle s’appelle Greta Rice et il va l’épouser quelques mois plus tard (1942). Elle lui donnera trois enfants : Jonathan (1944), Stephen (1946) et Carey (1949). Malheureusement, cette union débouche sur un échec et le divorce est prononcé en 1954.

Débuts au cinéma…

Gregory PeckGregory Peck

Le premier film qu’il interprète effectivement, sous la direction de Jacques Tourneur s'intitule «Days of Glory». A l'heure de la sortie, la critique ne l’épargne pas. On le trouve généralement trop rigide, reproche qu’on lui renouvellera tout au long de sa carrière.

Mais, la chance tourne enfin. Darryl F.Zanuck cherche une nouvelle vedette en cette période de crise où de nombreux acteurs sont mobilisés. Il propose à Gregory Peck le rôle d’un jeune Écossais, qui, à la suite d'une déception sentimentale, devient prêtre et part en Chine s’occuper d’une mission. «Keys of the Kingdom/Les clés du royaume» (1944), adapté du romande l'inévitable A.J.Cronin et dirigé par John M. Stahl, est enfin un véritable succès. Les critiques sont excellentes. L'acteur se retrouve “"nommé” à la course aux Oscars, mais c’est Ray Milland qui empoche la statuette pour «Le poison» de Billy Wilder.

Gregory Peck quitte New York avec son épouse et son fils Jonathan, qui vient de naître (1944), pour s’installer à Hollywood. Louis B. Mayer, l'homme au nez creux, lui fait signer un contrat pour quatre films. Mais David O.Szelnick, qui prépare un film sur la psychanalyse en compagnie d'Alfred HitchcockAlfred Hitchcock, l’engage. «Spellbound/La maison du Dr Edwardes» (1944) remporte un grand succès. Pourtant, l’acteur ne garde pas un bon souvenir du tournage. Ses rapports avec le metteur en scène furent très froids : "Mon cher garçon, je ne me soucie guère de ce que vous pensez. Laissez juste votre visage se vider de toute expression !", lui dit un jour le maître. En outre, Gregory ne goûte pas les plaisanteries et sous-entendus salaces du réalisateur à l'égard d'Ingrid Bergman.

Ce film fera beaucoup pour la renommée de l’acteur, même si en France, François Truffaut le crucifiera : "Il est creux et surtout, il n’a aucun regard."

Désormais célèbre, Gregory Peck ne va pas tarder à devenir une star…

la confirmation…

Gregory Peck«Duel au soleil» (1946)

Satisfait, David O.Selznick rappelle sa vedette pour être le partenaire de son épouse, la sauvage Jennifer Jones, dans un western lumineux, «Duel au soleil» (1946). La mise en scène en est confié à King Vidor, un “vieux de la vieille”, célèbre pour au moins deux films muets, «The Big Parade/La grande parade» (1925) et «The Crowd/La foule» (1928). Mais, harcelé par Selznick, King Vidor quitte le plateau après quatre mois de tournage. Les dernières scènes seront supervisées par William Dieterle et Josef Von Sternberg.

Gregory Peck se révèle très crédible en “méchant”. La période est dorée pour l’acteur américain qui enchaîne avec un deuxième “Hitchcock”, «The Paradine Case/Le procès Paradine» (1947), en compagnie de l'actrice italienne Alida Valli, avant de poursuivre, sous la houlette d'Elia Kazan, «Gentleman's Agreement/Le mur invisible», sur le thème de l’antisémitisme. L’acteur a pris des risques, il en est récompensé par une deuxième nomination aux Oscars.

Sur le plan de la vie privée, Greta lui a donné un deuxième enfant, Stephen Joseph (1946).

Côté “business”, on le voit encouverture du magazine "Life". Tout va pour le mieux, d'autant plus qu'il enchaîne avec un autre succès, «Yellow Sky/La ville abandonnée», un western de William Wellman. A la fin des années '40, il a 34 ans et a tourné 12 films. Il est au sommet…

En 1950, il entame un autre western magnifique, «The Gunfighter/La cible humaine», de Henry King qui va devenir son metteur en scène favori. L'histoire conte les mésaventures d'un tireur d'élite, forcé de fuir les jeunes aventuriers qui tentent de lui reprendre le flambeau d'une gloire éphémère ... Les critiques sont unanimes à vanter l'originalité de cette oeuvre à contre-courant dans le genre, mais le public se montre davantage boudeur : il ne pardonne pas à Gregory Peck d'arborer la moustache et, surtout, de mourir (plus ou moins volontairement) à la fin !

Vacances romaines et conjugales…

Gregory Peck«Vacances romaines» (1953)

Mais le bonheur s'accomode généralement mal de l'éternité. Si tout va bien professionnellement, le couple Peck rencontre quelques difficultés. La naissance d’un troisième enfant (Carey Paul, 1949) se révèle insuffisante à raccomoder les accrocs. En outre, la santé de l'acteur l'abandonne. Sur le plateau de «Only the Valiant/Fort Invincible» (Gordon Douglas, 1951), il est victime de plusieurs malaises. Les succès ultérieurs de «David et Bethsabée» (Henry King, 1951) et «Les neiges du Kilimandjaro» (Henry King, 1952) ne suffisent pas à le rassurer…

Sa vie va pourtant basculer au début des années 50. William Wyler lui adresse le scénario d’une comédie romantique. Peu habitué au genre, Gregory Peck accepte la proposition car le film doit se tourner à Rome : l’acteur y voit le moyen de quitter l’Amérique et la maison !

Au cours du tournage de «Roman Holiday/Vacances romaines» (1953), les journaux lui prêtent une liaison avec l'héroïne, Audrey Hepburn, que Wyler a engagé faute d'avoir Jean Simmons. L’image d’Audrey assise en amazone derrière Gregory Peck sur une “Vespa” fera le tour du monde. L’amitié véritable entre les deux acteurs, comme la ville de leurs amours virtuelles, sera éternelle.

Gregory Peck ne sait pas encore que ce film va bouleverser sa vie. Non seulement cette bluette sentimentale connaît un triomphe international, mais il a rencontré celle qui va devenir sa seconde épouse (1955), la journaliste française Véronique PassaniVéronique Passani, venue l’interviewer sur le plateau pour "France-Soir".

En route vers l'Oscar…

Gregory PeckCapitaine Achab

Repassant par Paris, Gregory Peck retrouve Véronique. Les deux amants ne se quitteront plus.

L'acteur travaille quelque temps en Europe: en France (courte apparition dans «Boum sur Paris» en 1953), en Grande Bretagne («The Million Pound Note/L'homme au million» en 1954 et «The Purple Rain/La flamme pourpre» en 1955) avant de rentrer aux Etats-Unis pour consommer… son divorce (1954) !

Parallèlement, il fonde un société de production, "Melville Productions", du nom de l’auteur de «Moby Dick» dont il vient d'achever une adaptation à l’écran, magnique Capitaine Achab sous la direction de John Huston (1956).

Aux bras de sa "petite Française", il mène à nouveau une vie heureuse. Il tourne un western de bonne qualité, «The Bravados» (1958), avec son vieux complice Henry King. S'ensuivent «Beloved Infidel/Un matin comme les autres» (Henry King, 1959), la célèbre super-production «Guns of Navarone/Les canons de Navarone» (1961) et un thriller psychologique, «Cape Fear/Les nerfs à vif» (1961) qui se révèle un échec, engloutissant les "Melville Productions" dans son naufrage.

Alternant le bon et le moins bon, il obtient en 1963 cet Oscar si mérité pour sa performance dans «To Kill a Mockingbird/Du silence et des ombres» (1962) de Robert Mulligan, un metteur en scène venu de la télévision.

Au milieu des années soixante, prenant ses distances avec le cinéma, il achète une maison dans le sud de la France et décide de profiter un peu de son bonheur familial auprès de Véronique et de leurs deux enfants, Tony (1956) et Cecilia (1958)…

Histoire d'homme…

Gregory PeckGénéral MacArthur

Démocrate convaincu, Gregory Peck devient président de la Ligue Nationale Américaine contre le Cancer.

De 1967 à 1970, il tient la présidence de l'Académie des Arts et des Sciences de Hollywood, celle-là même qui décerne les Oscars. En 1968, il prend la décision, très controversée, de faire reporter la cérémonie de remise des statuettes en raison de l’assassinat de Martin Luther King.

Fervent opposant à l'action américaine au Viet-Nam, il reprend ses activités de producteur pour favoriser la distribution de «The Trial of the Catonsville Nine» (1972), un réquisitoire contre cette guerre tant décriée et à laquelle son fils Stephen participa.

Sur un plan professionnel, après plusieurs échecs, il se relance en tenant le rôle principal dans un film d’épouvante, «The Omen/La malédiction» (1976), de Richard Donner. Son incarnation du général «MacArthur» (1977) dans le film éponyme de Joseph Sargent demeure dans toute les mémoires.

En 1989, la chaîne américaine NBC lui rend un chaleureux hommage , avec la participation d'Audrey HepburnAudrey Hepburn en maîtresse de cérémonie.

Dans les années 90, il fait le tour du pays avec un show intitulé «A Conversation with Gregory Peck» et réalisé par Barbara KoppleBarbara Kopple, allant ainsi à la rencontre de son public pour parler de ses films et du métier d’acteur. A cette occasion, il relate l'immense souffrance qui fut sienne après le suicide de Jonathan (1975), son fils aîné, sans apporter de véritable précision sur les raisons de ce geste mal expliqué (on sait que Jon souffrait de graves problèmes cardiaques) : "Il ne se passe pas un jour, pas une heure sans que je pense à lui".

En l'an 2002, ce documentaire est présenté au festival de Cannes qui rend ainsi un hommage tardif, en présence de sa fille Cecilia, à cet immense comédien.

A la suite de complications respiratoires, Gregory Peck s’éteint dans son sommeil le 12-6-2003, entouré de toute sa famille. Il a alors 87 ans et plus de 50 films à son actif.

Documents…

Sources : non communiquées, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Gregory Peck…

Citation :

"On dit que jouer les méchants est très valorisant, mais jouer les gentils est un véritable challenge, car il est plus difficile de les rendre intéressants !"

Gregory Peck
Gregory Peck…
Patrick Glanz (juin 2008)
Ed.7.2.2 : 18-3-2016