Jean MARAIS (1913 / 1998)

… ou l'éternelle jeunesse

Jean Marais

Le nom de Jean Marais est éternellement indissociable de celui qui fut son Pygmalion, Jean Cocteau.

Le grand poète offrit à ce jeune homme d'à peine trente ans le redoutable honneur de “créer” plusieurs des ces pièces. Il fut même l'inspirateur de certaines d'entre-elles… Sous la houlette de ce génie créateur, Jean Marais, acteur un peu gauche à ses débuts, fera un profit dont nous seront plus tard les récipiendaires.

Après le décès du dramaturge, précurseur de Belmondo, il devient l'un des spécialistes du cinéma d'action, avant de finir sa vie sur la Côte d'Azur, artiste peintre et sculpteur.

Mais reprenons le conte à ses débuts. Il était une fois…

Christian Grenier

L'enfance……

Jean MaraisJean enfant

Né à Cherbourg, le 11-12-1913, Jean Alfred Villain Marais n'arrivait pas au bon moment. Sa mère, Rosalie, qui venait de perdre une fille, espérait en avoir une autre! L'ambiguïté commence…

A la séparation de ses parents, Jean passe son enfance au Vésinet, aux côtés de sa mère et de son frère. Très tôt, il court les engagements cinématographiques en tapant à la porte des maisons de production. Ce n'est pas sans culot qu'il se présente chez le réalisateur Marcel L'HerbierMarcel L'Herbier pour obtenir son aide dans cette entreprise. Celui-ci le reçoit d'une manière équivoque… Choqué, le jeune homme s'esquive.

C'est néanmoins sous la férule de ce grand réalisateur qu'il fait ses premières apparitions («L'aventurier» en 1934,…). Rappelons également que, selon Marcel Carné, Jean Marais aurait fait une apparition dans «Drôle de Drame» (1937), affirmation catégoriquement démentie par l'intéressé : il semblerait qu'à l'époque le futur acteur ait eu un sosie ! Avérée en revanche est sa participation, en jeune abbé précepteur, à la reconstitution historique de Sacha Guitry, «Remontons-les Champs-Elysées» (1938).

La rencontre avec Jean Cocteau…

Jean MaraisMarais et Cocteau

Jean Marais suit des cours d'art dramatique chez Charles DullinCharles Dullin lorsque, en 1937, il rencontre le poète-dramaturge Jean CocteauJean Cocteau. On a suffisamment écrit sur l'amour profond qui unira ces deux hommes pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'y étendre davantage. L'intéressé lui-même s'est exprimé avec autant de franchise que de pudeur dans son autobiographie, «Histoires de ma vie».

Voici donc le jeune homme propulsé à l'avant de la scène… des théâtres parisiens («Britannicus», 1941), puisque Cocteau lui offre ses premiers grands rôles sur les planches: création des «Parents terribles», de «L'aigle à deux têtes», etc…

Le jeune acteur ne manquait pas de courage, comme le prouve cette anecdote qui eut pu devenir un fait divers tragique: rencontrant le journaliste et collaborateur Alain Laubreaux, qui venait d'éreinter la pièce de Cocteau «La machine à écrire» sans même l'avoir vue, il n'hésite pas à casser la figure à cet agent de la Gestapo !

Mais la guerre continue… A la Libération, le jeune homme la termine dans la 2°DB du Général Leclerc, ce qui lui vaudra la Croix de Guerre…

Le cinéma…

Jean Maraisle papa de Peau d'âne (1970)

Alternant les rôles “classiques” tant au théâtre qu'au cinéma («Carmen» en 1943, «L'éternel retour» et «La belle et la bête» en 1946, «Ruy Blas» en 1947,…), l'acteur devient l'une des principales personnalités du cinéma français des années cinquante. Héros romantique (tournage de «L'aigle à deux têtes»), puis dramatique («Le château de verre» en 1950, «Le guérisseur», etc.), qu'est-ce qui pousse cet acteur efféminé vers les grands rôles d'action dont il se fera un spécialiste à partir de la fin de cette décennie ?

En effet, du «Comte de Monte Cristo» (1953) au «Bossu» (1959), du «Capitaine Fracasse» (1961) au «Gentleman de Cocody» (1964), Jean Marais devient peu à peu un spécialiste des séquences difficiles, un acteur renommé pour exécuter lui-même ses cascades… Bref, un précurseur de Belmondo !

Films de cape et d'épées ou aventures “comico-policières” - n'oublions pas la série des «Fantômas…» - deviennent, pendant les années soixante, sa principale (pré-?) occupation cinématographique. Même le petit écran lui offre les rôles de «Joseph Balsamo» (1973) et «Robert Macaire»

Honoré d'une Victoire du Cinéma Français lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes 1951, Jean Marais fut également ”récompensé" d'un César d'Honneur pour l'ensemble de sa carière (1993).

Une retraite publique…

Jean MaraisJean Marais âgé

Mais, les films de genre se tarissant avec le développement de la télévision, notre homme s'éloigne peu à peu du cinéma pour se tourner vers des activités artistiques solitaires. Renouant avec l'une de ses première passions, le dessin, il s'installe à Vallauris où il ouvre une galerie d'art. Peintre, sculpteur et potier reconnu, il est le créateur de quelques pièces célèbres («Le passe muraille» d'après Marcel Aymé…).

Officier de la Légion d'Honneur, Jean Marais décède dans une clinique de Cannes, le 8-11-1998, des suites d'une complication pulmonaire. Son tombeau, à Vallauris, est toujours l'objet de nombreuses visites anonymes.

Il ne fut pas que l'homme d'un seul homme, comme on pourrait le croire. Très aimé de l'actrice Mila ParélyMila Parély (on peut lire sur cette photographie "Pour mon Jeannot que j'aime"), il faillit même l'épouser.

Au début des années soixante, l'acteur avait adopté un enfant , Serge.

Enfin, il n'aimerait pas que l'on ne dise rien de Moulouk

Un témoignage de Donatienne…

Jean MaraisLa séduction de Donatienne

"Je l'ai rencontré deux fois ! Une fois en 1966, à Orly, nous étions en voyage de classe, des petites gamines de 17 ans. Nous étions un groupe détaché de 4 et il nous a fait un bisou à chacune ! Vraiment charmant !

Et surtout la deuxième fois, en 1974. Il venait jouer «Le Roi Lear» à Angers. Il sort de l'hôtel d'Anjou vêtu d'une grande houppelande marron en fourrure un peu bouclette, cheveux longs, barbe blanche. Je le trouvai très grand ! J'attendais mon bus et je n'osais le déranger. Les passants non plus . Lui nous regardait très gentiment le sourire aux lèvres… S'approche une mamie avec un petit bonhomme de 5/6 ans qui s'écrie spontanément :"Mémé ! Mémé ! Regarde ! Le père Noël ! C'est lui ! " La pauvre mamie toute gênée se confond en excuses et le grand Jean Marais de lui répondre : " Oh ! Madame ! je vous en prie ! il me donne là mon plus joli rôle…" !

Et le voilà qui entame une conversation avec le petit garçon du style : 'Alors que veux-tu que je t'apporte… As-tu été sage ? '

On le voyait vraiment très heureux, souriant, content de cette rencontre… Un homme absolument adorable !"

Documents…

Sources : Jean Marais, «Histoires de ma Vie», documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Jean Marais…

Citation :

"Il est alerte, il est moqueur
Son charme est charme de magie
Mais les jouissances du coeur
Manquent à sa mythologie"

(«Jeannot, faune sans corne», quatrain)

Jean Marais
Christian Grenier et Donatienne (2007)
Ed.7.2.2 : 21-3-2016