Mel FERRER (1917 / 2008)

… par les deux bouts de la lorgnette…

…par les deux bouts de la lorgnette… Mel Ferrer

Artiste polymorphe, Mel Ferrer aura, tout au long de sa carrière, impressionné de la pellicule par les deux bouts de l'objectif.

Metteur en scène et acteur non dénué de talent, il n'en demeure pas moins que son souvenir restera éternellement lié à celui de la délicate et fragile Audrey Hepburn, à laquelle l'auront attaché près de quinze années de vie commune.

Et ce n'est pas un hasard si sa trajectoire cinématographie entamera, aux lendemains de leur séparation, une pente descendante que rien ne viendra infléchir…

Donatienne

Les jeunes années…

Mel FerrerMel Ferrer

Melchor Gaston Ferrer - certaines biographies mentionnent Melchior mais il est admis que son prénom ne comporte pas de "i" - naît le 25 août 1917 à Elberon, dans le New-Jersey (USA). De ses ancêtres, il a hérité de sangs irlandais et espagnol, ainsi que d'un riche mélange de cultures.

Il vient au monde au sein d’une famille privilégiée. D'origine cubaine, son père, José Maria Ferrer, est chirurgien à l’hôpital Saint-Vincent de New-York. Mais il décède en 1920, d’une crise cardiaque, alors que son rejeton n’a pas encore trois ans. Quant à sa maman, Mary Matilda O’Donohue, de 22 ans plus jeune que son époux, elle est la fille d’un important courtier en café. On apprendra que c’était une forte personnalité, une femme militante et affranchie pour l’époque qui prit des positions nettes, s’opposant par exemple aux contraintes de la prohibition.

Celui que tout le monde appellera plus simplement Mel, est le troisième d’une fratrie de 4 enfants. Son frère, José-Maria Jr (1912), sera chirurgien comme leur père ; sa sœur Marie Irené (1915/2004) se fera connaître comme une éminente cardiologue au sein d'une équipe récompensée par un prix nobel de médecine en 1956. Sa petite sœur Thérèse, que tout le monde appelle Terry (1919), deviendra journaliste au New-York Herald Tribune, spécialisée dans les questions touchant aux religions (il faut dire que toute la famille est catholique pratiquante). Ajoutons une fois pour toute qu'il n'a aucun lien de parenté avec le comédien et acteur José FerrerJosé Ferrer, célèbre Cyrano de Bergerac aux sauces hollywoodienne (1950) et française (1962).

Il entre ainsi dans la carrière…

Mel FerrerMel Ferrer sur les ondes…

Les études traditionnelles ne passionnent guère le jeune homme. Il préfère se produire au théâtre où il fait son apparition dans la comédie musicale «Summer Stock» (1937). Peu après, il décroche le trophée de la révélation parmi les étudiants de l’université grâce à son rôle dans «Awhile to Work », une pièce où il donne la réplique à une jeune étudiante, passionnée de sculpture, Frances Pilchard. Les jeunes gens prolongent leur jeu de scène en dehors des planches et Frances devient la première épouse de Mel (1937). Tous deux n’ont que 20 ans. C’est peut-être un peu trop jeune pour contracter un engagement que l'on pense éternel : le jeune couple ne supportera pas l’épreuve de la perte de leur premier bébé et se séparera au bout de quatre années de vie commune, quelques mois à peine après la naissance de leur fille Peppa (1941).

Pendant ces années, Mel aura tenté plusieurs expériences. D'abord rédacteur dans une petite publication distribuée dans le Vermont, il suit parallèlement des cours de danse et participe à deux revues “on Broadway” (1938). Deux ans plus tard, il décroche un petit rôle sur une des scènes du célèbre district de Manhattan.

Mais une attaque de poliomyélite lui fait renoncer pendant un temps à ce genre d’activité. Il démarre alors une carrière d’animateur radio au Texas puis en Arkansas. Il va même jusqu’à produire quelques shows pour la NBC. Comme on le voit, c'est un touche-à-tout, qui a la bougeotte, un séducteur du genre instable. De haute taille (il mesure plus d’un mètre 90 !), mince, élégant, c'est un vrai dandy qui plaît au public féminin ! Intelligent, cultivé, il parle plusieurs langues couramment, dont le français ; il aime la lecture, l’art sous toutes ses formes, mais aussi le sport comme le tennis. A cette époque, il se risque aussi à écrire un livre pour les enfants, «Tito’s Hats».

En 1942, Mel Ferrer épouse Barbara C. Tripp, une décoratrice d’intérieur, qui lui donnera deux enfants, Mela (1943) et Christopher (1944). Mais la vie sentimentale de notre séduisant héros est bien compliquée : il n’a pas oublié sa première épouse, Frances, à laquelle il continue de rendre visite,, lui faisant même un premier enfant (Peppa, 1941)! Ce qui devait arriver arriva : Mel et Barbara divorceront en 1943, alors que la jeune femme est enceinte de Christopher. Dans la foulée d'une liberté retrouvée, il l'aliènera aussitôt pour épouser une deuxième fois Frances, tout aussi enceinte (Mark, 1944). Quelle santé !

Acteur et réalisateur…

Mel FerrerPar le petit bout de la lorgnette…

En 1943, Mel Ferrer, remarqué pour ses qualités d'écrivain, signe un contrat avec La Columbia, faisant son entrée dans le monde cinématographique comme directeur des dialogues. En 1945, le producteur Harry CohnHarry Cohn lui demande de prendre en charge la direction d'un film à petit budget, «The Girl of the Limberlost». Vont suivre plusieurs productions où il sera inscrit au générique comme assistant dialoguiste, de simples participations qui toutefois lui apprendront le métier. En 1946, à Broadway, il intègre, en tant que metteur en scène, l’équipe de production de la représentation théâtrale d'un «Cyrano de Bergerac», qu'incarnera inévitablement José Ferrer (op.cit), son homonyme auquel le lie une grande amitié.

Il tient à son tour un premier rôle dans «Strange Fruit», pièce tirée d'un roman de Lillian Smith, avant de devenir l'assistant et l'interprète de John Ford dans «The Fugitive/Dieu est mort» (1947). Il lui faudra attendre 1949 pour faire ses véritables débuts d'acteur avec «Lost Boundaries». De retour derrière la caméra, il dirige Claudette Colbert dans «The Secret Fury» (1950), et enchaîne avec «Vendetta», une production Howard Hughes offerte à sa régulière du moment, l'actrice Faith DomergueFaith Domergue.

En 1952, il incarne l'un des personnages principaux du western psychologique de Fritz Lang, «Rancho Notorious/L'ange des maudits», se disputant les faveurs de Marlene Dietrich avec le patibulaire Arthur KennedyArthur Kennedy, pour une fois dans son bon droit.

Délaissant la réalisation, Mel Ferrer décroche alors quelques rôles importants, comme celui du méchant duc de Paynes dans le «Scaramouche» de George Sidney (1952), le montreur de marionnettes boiteux dans la comédie musicale «Lili», avec la délicieuse Leslie Caron (1953), sans négliger le roi Arthur des «Chevaliers de la table ronde» de Richard Thorpe (1954).

Mel Ferrer et Audrey Hepburn…

Mel FerrerMel Ferrer et Audrey Hepburn

Alors que Mel Ferrer est en plein tournage de ce dernier film, son ami Gregory Peck - qui le surnomme familièrement “Lanky Bones” - lui présente la délicieuse étoile montante Audrey Hepburn, adulée du public depuis qu'elle a pris quelques «Vacances Romaines» (1953) en sa compagnie. Immédiatement conquis par les beaux yeux de biche de la tendre demoiselle, Mel ne tarde pas à divorcer pour s'engager dans un troisième (faut-il dire quatrième ?) mariage. Ensemble, Mel et Audrey vont jouer «Ondine», la pièce de Giraudoux, sur une des scènes de Broadway, durant la saison 1953/1954. Amoureuse, la jeune fille insiste pour que l'élu de son coeur participe à la distribution de «Guerre et Paix» de King Vidor (1956), qui lui confie le costume du prince Andrey Bolkonsky : succès mitigé pour cette grande fresque napoléonienne. En outre, plusieurs fausses couches de la jeune femme, qui devient dépressive, font trembler les assises du couple pourtant encore sous les feux de l'amour. Pour ne pas être séparée de son amant lorsqu’elle posera sa «Drôle de frimousse» sur les épaules de Fred Astaire, l'actrice demande à ce que les prises de vues parisiennes coïncident avec l’emploi du temps de celui-là, retenu par Jean Renoir sur «Elena et les hommes» pour s'interposer entre Jean MaraisJean Marais et Ingrid Bergman !

Mel Ferrer enchaîne difficilement d’autres films : on a trop tendance à ne voir en lui que le mari d’Audrey Hepburn ! Il se montre jaloux et possessif. On le retrouve tour à tour donnant la réplique à Michèle MorganMichèle Morgan et Pier Angeli dans «Les vendanges» (1957), une production hollywoodienne tournée en France, puis à Tyrone Power et Ava Gardner dans «Le soleil se lève aussi» (1957), adaptation de l'oeuvre de l'écrivain Ernest Hemingway. La même année, il apparaît en direct sur le petit écran dans une transposition scénique de la tragédie de «Mayerling».

En 1959, il plonge à nouveau ses yeux et son regard dans l'oeilleton d'une caméra, réalisant «Vertes demeures» dont Audrey Hepburn tient le rôle féminin. En 1960, la naissance inespérée, puis tant attendue, de Sean réussit à sauver - provisoirement - le couple, mais le fossé entre les conjoints se creuse de façon irréversible. Au terme de 15 années de vie commune, le divorce sera prononcé le 5 décembre 1968, peu après la sortie de «Seule dans la nuit» (1967), dernière apparition en date de madame dans un film dont monsieur assura heureusement la production.

Au soir d'une longue vie…

Mel FerrerMel et Elisabeth

Dès lors, essentiellement européenne, la carrière de Mel Ferrer - installé en Suisse depuis son union avec Audrey et qui y restera pour continuer à voir son enfant - sera pour le moins en demi-teinte. Ainsi le retrouve-t-on dans «Et mourir de plaisir…» de Roger Vadim, que l'on peut voir sans risquer d'y laisser la vie, «Le diable et les dix commandement» (1962) qu'il n'aura pas à se faire pardonner, «Le Greco», évocation de la vie du célèbre peintre de Tolède, et toute une floppée de films d'horreur, vampirisme et cannibalisme compris, à couper l'appétit aux plus affâmés des cinéphiles anthropophages ! Saluons tout de même sa présence dans «Lilli Marleen», du réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, et dans «Mille Milliards de dollars» d’Henri Verneuil (1981), où incarnant un grand magnat peu scrupuleux à la tête d’une multi-nationale, il rencontre un jeune journaliste curieux, Patrick Dewaere.

Pour la télévision, il aura contribué à la réalisation de la célèbre série américaine «Falcon Crest». Son dernier film sur nos grands écrans demeure «L'œil de la veuve» (1989).

Après le décès d’Audrey Hepburn, Mel Ferrer choisit de quitter la Suisse et de regagner son ranch, à Carpinteria, non loin de Santa Barbara. Il y passa les dernières années de sa vie, aux côtés d’Elisabeth Soukhotine, descendante de Leon Tolstoï et éditrice de livres pour enfants, qu’il avait épousée à Londres en 1971. Il s’était plu à se transformer en véritable gentleman-farmer et se donnant à fond dans la culture de citrons, d’avocats et de vignes dans sa propriété californienne.

En retraite artistique depuis 1997, l'acteur quitte ce monde le 2 juin 2008, à la suite d’un arrêt cardiaque, alors qu’il était hospitalisé depuis quelques mois dans une maison de soins de Santa Barbara. Il a tout de même eu la joie de connaître ses 11 petits enfants et même ses arrières-petits-enfants, éprouvant la fierté d’avoir fondé une dynastie.

Documents…

Sources : http://melferrer.com/, site internet auquel nous devons quelques photographies, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je suis paralysé lorsque je dois agir. Je préfère de beaucoup me mettre de côté et tirer le meilleur parti d'autres personnes que moi"

Mel Ferrer
Ensemble…
Donatienne (juillet 2013)
Ed.7.2.2 : 22-3-2016