Charles BRONSON (1921 / 2003)

… un Apache au coeur tendre

Charles Bronson

Visage buriné, héros musclé, basané, plutôt athlétique, Charles Bronson sera d’abord connu dans des rôles typés d’Indiens, de Mexicains, le plus souvent torse nu pour mettre en valeur son buste viril.

Le septième art le fera mercenaire, puis salopard ! Certains choix de films feront qu’on le jugera violent, vengeur, et sauvage. Mais, en apprenant à le connaître, on réalise qu’il n’était pas forcément cela : ayant beaucoup donné pour les enfants, les siens et ceux des autres, il aura aussi œuvré efficacement pour la fondation John Wayne luttant contre le cancer.

Alors ? Ange ou démon ? Ces quelques lignes contribueront peut être à vous forger une opinion plus nuancée. En attendant, Charles Bronson a dû rendre, en une trajectoire parabolique, des comptes bien lourds à une vie dont la douceur de l'apogée ne compense pas les douleurs des extrémités.

Donatienne

Une jeunesse à la Zola…

Charles BronsonCharles Bronson

Numéro onze d’une fratrie de quinze enfants, Charles Dennis Buchinsky naît le 3 novembre 1921 (nota), à Ehrenfeld, Pennsylvanie, de parents immigrés lithuaniens. A la maison, on parle la langue du pays d’origine. Charles, comme ses frères et sœurs, ne maîtrisera l’américain que lorsqu’il l’apprendra à l’école ! On saura par la suite qu’il s’exprimait aussi couramment en russe et en grec.

Pas facile de nourrir tant de bouches affamées ! Aussi, le jeune Charles est rapidement placé dans une ferme. Astreint à des travaux particulièrement pénibles pour son jeune âge, il s’enfuit pour regagner le domicile familial.

Le père travaille dur, descendant quotidiennement au fond de la mine de charbon. Il s’épuise au point de se tuer littéralement à la tâche alors que Charles n’a que 10 ans. La famille est si pauvre qu’un jour, le jeune garçon aura revêtu la robe de l’une de ses sœurs pour se rendre à l’école.

Charles suit malgré tout une scolarité honorable, accédant aux études secondaires. Ses résultats scolaires lui permettent d’occuper un emploi administratif dans une exploitation de charbon. Mais à 16 ans, à son tour, il est obligé de rejoindre ses frères, au fond de la mine. A ce rythme, il s’endurcit très vite et se forge un caractère “bien trempé”.

Au début des années 40, il gagne New-York où il devient l’ami et le colocataire du comédien Jack KlugmanJack Klugman.

La seconde guerre mondiale…

En 1941, les Etats-Unis entrent en guerre. Charles Buchinsky est enrôlé au 760e escadron de mitrailleurs aériens. En 1945, il rejoint le 39e régiment de bombardiers basé à Guam, sur le front du Pacifique. Avant la fin des hostilités, il aura participé à 25 missions contre les Japonais. Blessé à plusieurs reprises, il est le récipiendaire de la médaille "Purple Heart".

Buchinsky devient Bronson…

Charles Bronson«House of Wax» avec Phyllis Kirk

Revenu à la vie civile, il exerce plusieurs “petits boulots” : ouvrier du bâtiment, chauffeur, représentant, plagiste à Atlantic-City. Là, il fréquente une troupe de comédiens venus de Philadelphie, les "Play and Players". Côté cœur, il est amoureux de la jeune Harriet Tendler qu’il épouse en 1946.

Après deux passages en prison pour quelques pécadilles et bagarres, il décide, en 1949, d’investir la prime qu’il a touchée de l’armée dans le cours d’art dramatique de Pasadona Playhouse, en Californie. Lucide, il réalise qu’il peut gagner de l’argent de façon substantielle en s’engageant dans cette voie. Il reconnaîtra plus tard n'avoir pas éprouvé au départ une véritable vocation pour le métier d'acteur. Un de ses professeurs le recommande à Henry Hathaway, lui permettant de faire de timides débuts dans «You’re in the Navy Now» (1951) où il campe un marin, la tête d’affiche du film n'étant autre que Gary Cooper.

D’autres apparitions discrètes vont s'enchaîner avant qu'il ne se voit offrir des personnages plus consistants, comme celui d’Igor, l’acolyte du méchant professeur Henry Jarrod, alias Vincent Price , dans le thriller «House of Wax» (1953).

Plusieurs fois il va camper des personnages d’Indiens pris dans la tourmente de la guerre de Sécession. On peut deviner que son physique, buriné et athlétique, invite les producteurs et metteurs en scène à lui confier ce genre d’emploi. A cheval, le plus souvent torse nu pour faire apprécier son buste viril, il incarne à plusieurs reprises un guerrier emplumé ! Evoquons «Apache» (1954) où il rencontre Burt Lancaster. Il le retrouve quelques mois plus tard sur le plateau de «Vera Cruz» (1954), de même que Gary Cooper.

Mais nous sommes à l’époque du Maccarthysme et les noms d’origine slave inspirent une certaine méfiance outre Atlantique. Alors, s’inspirant du Bronson Gate des studios Paramount, Charles Buchinsky devient bientôt Charles Bronson (1954)…

C’est un apache !

Charles Bronson… en guerrier emplumé

… Aussitôt, les rôles s'étoffent. «Drumbeat/L'aigle solitaire » (1954) lui offre le rôle du Capitaine Jack, sans pitié ni faiblesse, face à Alan Ladd, dans une nouvelle histoire d’indiens guerriers ! Dans «Target Zero» (1955), il revêt l’uniforme du sergent Gaspari, sur fond de guerre de Corée. Malgré son côté sauvage, Charles Bronson est de plus en plus reconnu et aimé du public.

Parallèllement à ses débuts discrets sur les grands écrans, il entame une honorable carrière à la télévision américaine dans des émissions populaires Il apparaît ainsi dans des shows, comme ceux de Roy RogersRoy Rogers ou de Red SkeltonRed Skelton, et dans des feuilletons d’aventures, comme «The Apache Kid» où il tient le rôle principal. On le verra aussi dans trois épisodes de la série «Alfred Hitchcock Presents».

Tout va bien pour Charles qui, par ailleurs, connaît le bonheur dans sa vie privée avec la naissance de Suzanne, son premier enfant, en 1955, que suivra Anthony en 1961.

En 1958, Charles Bronson décroche enfin son premier rôle en vedette grâce au réalisateur Roger Corman qui le choisit pour «Machine-Gun Kelly», film au petit budget qui rencontrera néanmoins le plébiscite du public. Il y incarne à nouveau un personnage violent, n’aimant personne et craignant la mort. La critique salue le numéro de l ’acteur.

Un mercenaire dans le tunnel…

Charles Bronson"Le roi du tunnel" (1963)

En 1960, John Sturges retient Charles Bronson pour être l’un des «Sept mercenaires», Bernardo, le chouchou des enfants du village défendu par les sept héros légendaires. Le comédien apparaît enfin sous les traits d’un dur au cœur tendre.

«Master of the World» (1961), d’après un roman de Jules Verne, lui donne à nouveau comme partenaire Vincent Price. En 1962, entraîneur de boxe, il tente de faire un champion d’Elvis Presley dans «Kid Galahad».

“Le roi du tunnel”, tel est le surnom de son personnage de «La grande évasion» (1963) , dérisoire tellement celui-ci souffre de claustrophobie. Comme celui-là d'ailleurs, qui connaît les affres de cette névrose depuis ses descentes forcées au fond des mines de charbon.

A cette époque, il refuse la proposition d'un jeune réalisateur italien de tourner dans son prochain film dont il juge le scénario trop violent. Sergio LeoneSergio Leone fera appel à Clint Eastwood «… pour une poignée de dollars» (1964).

"I’m going to marry your wife !"

Sur ce dernier tournage, il rencontre le comédien David McCallumDavid McCallum (l’un des deux agents très spéciaux de la télévision) qu’accompagne son épouse, la blonde Jill Ireland. Il lui déclare tout de go : "Un jour j'épouserai votre femme !". C'est exactement ce qui se passera le 5 octobre 1968. Jill est déjà maman de trois garçons : Paul, Valentin et Jason McCallum (adopté) que Charles aimera et élèvera.

En 1967, «Les douze salopards» de Robert Aldrich lui donne l'occasion d'interpréter un condamné dans le couloir de la mort, à qui l’on offre la possibilité de sauver sa vie s’il accepte une mission suicide. Le film connaîtra un immense succès international.

L'Harmonica

Charles BronsonL'Harmonica (1969)

En 1968, la carrière de Charles prend une nouvelle dimension grâce à son rôle d’Harmonica dans le mythique western à la mode italienne, «Il était une fois dans l'ouest». Dithyrambique, Sergio Leone déclare : "C’est le plus grand acteur avec qui j’ai jamais travaillé !". Encensé partout en Europe, Charles est connu comme «Il brutto» en Italie tandis qu'en France on le qualifie de monstre sacré !

De ce côté de l'Atlantique, il tourne «La bataille de San Sebastian» (1968) de Henri Verneuil, aux côtés d’Anthony Quinn. En France, «Adieu l’ami» (1968) lui permet de cotoyer Alain Delon. Dans «Le passager de la pluie» (1969), une œuvre réussie de René Clément, avec l’attendrissante Marlène Jobert et l’inattendue Annie Cordy, il laisse transparaître une forme de tendresse bourrue. Il enchaîne avec «Citta violenta» (1970, en Italie) «De la part des copains» de Terence Young (1970) et «Soleil rouge» (1971).

Curieusement, à l'issue de cette campagne européenne, il est sacré meilleur acteur masculin aux USA, ex-aequo avec Sean ConnerySean Connery, et obtient le Golden Globe Henrietta Award. Aux U.S.A., on commence enfin à se rendre compte de l'impact commercial de Charles Bronson qui apparaît alors une série de westerns. Citons «Chato’s Land» (1972), «Breakheart Pass/Le solitaire de fort Humboldt» (1975) ou le trop méconnu «From Noon Till Three» (1976).

Il Brutto…

En 1974, Charles Bronson, qui a atteint la cinquantaine, est choisi par le réalisateur Michael Winner pour le rôle de Paul Kersey, un architecte New-yorkais qui, suite au meurtre de son épouse et au viol de sa fille, choisit de faire justice lui-même. Dans «Death Wish», il devient ainsi un chasseur guettant ses proies. Ce rôle très contreversé pour la violence manifeste qu’il draîne et le droit à l'auto-défense qu'il proclame se propagera dans 5 épisodes entre 1974 et 1994. Après l’affaire de Bernhard Goetz en 1984 (un ingénieur qui avait tiré sur quatre jeunes gens lui réclamant 5 dollars), l'acteur sentira le besoin de s’exprimer pour inciter les gens à ne pas recourir à de telles solutions.

Charles Bronson est à ce moment-là très haut placé au box-office du cinéma made in USA. Bien qu'il réclame des cachets conséquents, on le réclame de tous côtés. On rapporte même qu’il a été sollicité pour tenir le rôle de Superman en 1978, qui échouera finalement à Christopher ReeveChristopher Reeve.

Mais l'emploi qu’il tient durant ces deux décennies se résume dans les titres de ses films : «Le flingueur» (1972), «Le bagarreur» (1975), «Chasse à mort» (1981), «L’enfer de la violence» (1984), «Le messager de la mort» (1988) ! Tout un programme !

Certes, Charles Bronson peut passer pour un personnage brutal, un justicier solitaire. Cette réputation aura été accentuée par le fait qu’un violent criminel au même nom de Charles Bronson - dont on a beaucoup parlé au moment où il tournait ces oeuvres si dures - est encore en train de purger une peine à vie dans une prison anglaise, coïncidence d'autant plus malheureuse qu’un film a été tourné sur ce dangereux individu.

Des joies et des chagrins…

Charles BronsonCharles Bronson et Jill Ireland

Jill Ireland apparaîtra souvent dans les films de son mari : «Citta violenta» (1970), «L'évadé» (1974), «Le solitaire de Fort Humboldt» (1975), «From Noon Till Three» (1976), etc. Infiniment soudé, le couple élèvera sept enfants. Ensemble, ils ont donné naissance à une fille, Zuleika (1971). En 1983, ils adoptent la jeune Katrina âgée de 14 ans, fille de la productrice Hilary Holden décédée brutalement. Charlie, comme l’appelle amoureusement Jill, aura su créer des liens entre les enfants et sera le patriarche affectueux de toute cette tribu, refusant de les mettre en pension, et ne faisant aucune différence entre les petits blonds et les petits bruns. Il achètera une immense maison-château à Udine pour y caser tout son monde. Plus tard la tribu s’installera à Malibu. Ils auront aussi une maison dans le Vermont qu’ils occuperont souvent.

Alors que tout semble aller pour le mieux, Jill est frappée d'un cancer. Tandis qu'elle se bat contre la maladie, Charlie l’aide de son mieux. Le couple est également confronté au déséquilibre psychique de Jason McCallum-Bronson. Le jeune homme sera retrouvé mort le 22 novembre 1989 dans la salle de bain familiale, victime d’une overdose d’héroïne. L’adorable Jill, devenue si fragile, ne résistera pas à ce coup du sort et s’en ira à son tour l’année suivante.

Un temps désemparé, Charles trouvera pourtant en Kim Weeks, la secrétaire de Jill, de 40 ans sa cadette, une troisième épouse (1998) pour accompagner ses dernières années. Il décide à cette époque de mettre un terme à sa carrière. Dans ses vieux jours, il se découvre une attirance pour la peinture, finissant par produire des toiles dignes de faire l'objet d'une exposition.

La maladie d’Alzheimer l’ayant attrapé, il nous tirera sa révérence le 30 août 2003, victime d’une pneumonie, dans un hôpital de Los Angeles.

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Ce n’est pas pour les critiques que nous jouons dans les films. De toutes façons, ils ne paient pas leur place pour les voir !"

Charles Bronson
Charles Bronson…
Donatienne (septembre 2009)
Note

Toutes les anciennes filmographies mentionnent 1920 comme date de sa naissance.

Mais sur sa tombe figure la date de 1921.

Alors ?

Ed.7.2.2 : 24-2-2016