Joselito JIMENEZ FERNANDEZ, 'JOSELITO' (1943 ? 1946? 1947?)

… le petit rossignol andalou

Joselito

Le septième art a toujours accordé une place de choix aux acteurs enfants.

Le public, de son côté, ne demande qu'à s'enthousiasmer aux prodiges dont sont capables de l'alimenter quelques rares talent juvéniles : qu'on se souvienne des tournées européennes du tout jeune Wolfgang Amadeus Mozart.

Quand les deux propositions se rencontrent, ça donne Joselito

Christian Grenier

Les enfants acteurs…

JoselitoShirley Temple, la reine des enfants rois

Dès les premières années du cinéma, des enfants-stars apparurent sur les écrans. La première grande vedette internationale dans le genre fut sans doute "Le Kid" de Charles Chaplin, à savoir Jackie CooganJackie Coogan.

En France, dès 1908, un gros bébé de 3 ans tourne une série de courts métrages comiques, dirigés par Louis Feuillade , sous le patronyme de “Bébé” ; ou “Bébé Abélard”. L'affaire dura jusqu'en 1913, puis l'acteur réapparut en 1934, sous son un autre nom : René DaryRené Dary. Mais si, vous le connaissez… le commissaire Ménardier de la série télévisée «Belphégor» !

La plus grande célébrité dans cette catégorie d'âge demeure sans conteste Shirley TempleShirley Temple. Mais il y en eut bien d'autres : Jackie CooperJackie Cooper, Margaret O'BrienMargaret O'Brien, Freddie BartholomewFreddie Bartholomew, Roddy McDowallRoddy McDowall, Natalie WoodNatalie Wood, Elizabeth TaylorElizabeth Taylor, et en France le merveilleux Robert LynenRobert Lynen, tragiquement disparu (il fut fusillé par les Allemands en 1944). Ces dernières années encore, Macaulay CulkinMacaulay Culkin ou Drew BarrymoreDrew Barrymore ont perpétué l'espèce.

Parmi eux, les enfants chanteurs sont plus rares, bien sûr. Néanmoins, on peut citer Shirley Temple (encore) ou l'adolescente Judy GarlandJudy Garland, qui débuta sa carrière cinématographique à 14 ans.

Lorsque, en 1956, monte de la péninsule ibérique une voix mélodieuse, merveilleuse, fabuleuse, celle d'un enfant de 8 ans, Joselito Jimenez, dit 'Joselito', tout simplement…

Joselito, encore enfant…

JoselitoJoselito, un gentil garçon…

Une controverse est née autour de l'année de naissance de Joselito. Si 1947 fut longtemps annoncée comme date officielle, il s'agirait d'une invention des producteurs, profitant de son retard de croissance, pour rendre encore plus miraculeuse l'apparition de l'enfant prodige : la véritable année serait 1943. Ainsi donc, c'est à l'âge de 13 ans qu'il aurait interprété l'extrait sonore illustrant cette page. Par ailleurs, je vous laisse le soin de faire le calcul pour toutes les photos datées de ses films avant de vous inviter à vous faire votre propre idée…

Né le 11 février 194? donc, dans une humble famille andalouse, Joselito est le cadet d'une famille de neuf enfants, dont le père combattit dans les rangs républicains. A l'âge de cinq ans il fait déjà preuve d'un véritable don pour l'art vocal. Il est repéré par un impresario, Eloy Ballesteros, qui le prend en charge et le fait débuter à la radio. Après quelques émissions qui commencent à le faire connaître, il donne des premiers récitals triomphants dans sa province natale.

En 1956, le producteur Cesareo Gonzalez voit tout les avantages qu'il peut espérer des talents vocaux du jeune garçon. L'enfant prodige tourne cette année là son premier film, «El pequeño ruiseñor/Le petit vagabond», sous la direction d'Antonio del Amo. Le succès est immédiat, en Espagne, en Europe, puis dans le monde entier. On nous le vend encore à deux reprises en ruiseñor (rossignol) : «El saeta del ruiseñor/l'enfant à la voix d'or» (1957) et «El ruiseñor de las cumbres/Le rossignol des montagnes» (1958, il aurait 15 ans !).

La même année, fort de sa renommée internationale cinématographiquement acquise, le gamin entreprend une tournée triomphale en Amérique du Sud. Chez nous, Luis Mariano, qui s'y connaissait en rossignols, le présente aux téléspectateurs de la défunte RTF.

Ses disques se vendent par millions, tandis que les films s'enchaînent : «Ecoute ma chanson», «Aventuras de Joselito y Pulgarcito/La chanson de l'orphelin (1959)», «Le petit colonel» (1960), «Bello recuerdo/Mon ami Joselito» (1961), etc. De sombres mélodrames, dans la lignée des films de Shirley Temple, au service des valeurs d'un franquisme rayonnant : l'enfant abandonné, l'orphelin qui se cherche un père, j'en passe, et des moins bons ! Heureusement, la voix divine est là, seule raison d'être de ces bandes devenues aujourd'hui de véritables documents.

En 1965, c'est l'Olympia de Paris. En 1966, son spectacle newyorkais réalise les meilleures recettes de l'année dans la “Grande Pomme”.

Joselito chante en privé dans le ranch du président Lyndon Johnson. Il partage la table du roi Baudoin et de la reine Fabiola de Belgique. Il est même reçu par le pape Jean XXIII ! Mais il refusera toujours de se produire devant le dictateur qui veille sur la propreté morale de ses compatriotes.

En Espagne, il fit de nombreux/nombreuses émules, parmi lesquelle la plus célèbre fut sans doute la jeune Marisol Pepa Flores, alias MarisolMarisol, dont le destin fut étrangement parallèle au sien et à laquelle on n'a jamais voulu l'associer à l'écran. Dommage…

Joselito, déjà adulte…

JoselitoJoselito à la télévision espagnole

Mais voilà, un enfant, ça vous grandit sans crier gare : c'est même à ça qu'on ne les reconnaît plus ! La voix mue, devient plus gutturale. N'échappant pas aux règles de la nature, l'oiselet ne tarde pas à s'enrouer.

Décidé à prendre sa vie en mains, Joselito produit lui-même son dernier film, «Prisoniero en la ciudad» (1969), qui se révèlera une véritable catastrophe financière. Après 14 numéros, la magie se dissipe et le public s'éloigne. C'est le sort des étoiles juvéniles, que l'on peut qualifier trop souvent de filantes.

Mais qu'est donc devenu ce phénomène vocal ? Au début des années soixante, Joselito Jimenez s'exile en Afrique, en Angola plus précisément, où il anime des safaris et crée un groupe musical, "African Boys". Et puis c'est l'oubli.

Au début de la guerre civile angolaise, il rentre en Espagne où son image s'est considérablement détériorée pendant son absence. On l'accuse d''être intervenu comme mercenaire dans le conflit en cours, ce qu'il nie farouchement. Installé à Utiel, il y crée un complexe touristique, "El Bodegón".

En 1991, il est arrêté pour trafic de drogue et condamné à cinq années de prison. On finira par apprendre qu'il a été victime d'une machination avant de le blanchir de ces accusations.

Sur un plan plus privé, il épousa, en 1968, l'actrice d'origine française Chonette Laurent, sa partenaire dans deux films, qui lui donnera deux garçons. Divorcé, il convole en seconde noces avec Maria Fe Gabaldon, dont il se séparera avant de la retrouver en 1994.

Et puis le voilà qui revient vers le chant. Dans un registre différent, bien entendu. Devant un public plus restreint, certainement, mais avec le même plaisir. Et tant pis si le cinéma lui fut infidèle.

Aujourd'hui sexagénaire, Joselito Jimenez a conservé tout son amour pour un art qui l'a placé au premier rang des célébrités vocales internationales, à l'âge ou tous les gamins vont à l'école.

En ce 21ème siècle encore hésitant, on lui fit même grâce de quelques silhouettes à l'écran : «Spanish Movie» (2009), «Torrente 4» (2011), «El mundo es nuestro» (2012).

Si la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, il n'empêche qu'il me vient à mon tour l'envie de pousser un peu loin la chansonnette :

"Rossignol, rossignol de mes amours,
 Dès que minuit sonnera,
 Quand la lune brillera,
 Viens chanter sous ma fenêtre
 Rossignol, rossignol de mes amours,
 Quand ton chant s'élèvera,
 Mon chagrin s'envolera
 Et l'amour viendra peut-être.
 Ce soir, sous ma fenêtre
 Reviens, gentil rossignol !"

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Ma mère se rendait bien compte que j'avais une très jolie voix, mais la vie était si difficile qu'il ne nous était pas permis de rêver"

Joselito
Mon ami Joselito…
Christian Grenier (septembre 2013)
Ed.7.2.2 : 24-3-2016