NOËL-NOËL (1897 / 1989)

… un innocent bien malicieux

Noël-Noël

Lorsqu'on prononce le nom de Noël-Noël, tout de suite se dessine la silhouette d'un personnage malicieux et tendre ! Et pourquoi donc, presque aussitôt, nous vient du fond du cœur ce sentiment de nostalgie, d'affection et de tendresse ?

Peut-être tout simplement parce que cet exceptionnel artiste a su, par son talent, son élégance ne jamais décevoir son public ! A chaque fois que nous le revoyons dans un de ses films, " ça nous fait malice" pour reprendre son expression !

La présente page se veut être le témoignage de notre amitié, de notre gratitude et de notre respect

Monsieur Noël-Noël ! Vous qui êtes quelque part là-haut, depuis le 4 octobre 1989, au paradis des étoiles du cinéma que l'on aime !

Donatienne

Les débuts…

Noël-NoëlNoël-Noël

De son vrai nom Lucien Edouard Noël, Noël-Noël est donc né le 9 août 1897, 55, rue du Temple, à Paris (4e).

Il grandit à Paris où il fréquente le Lycée Turgot . Dès cette époque de lycéen, il se fait déjà remarquer pour ses dons particuliers en piano et en dessin.

La grande guerre éclate et le voilà garçon coursier dans une banque. En effet, il est inscrit comme employé à la Banque de France du 23 novembre 1914 au 27 juillet 1917.

Il a l'âge d'être mobilisé… La guerre pour lui aussi….

A son retour, il utilise son don de dessinateur pour produire des caricatures et des croquis humoristiques dans "Le Canard Enchaîné" et "L'Humanité".

En 1920 Il se lance dans le répertoire des chansonniers et fréquente les établissements tels que "Les Noctambules" et "La Pie qui chante". Il s'accompagne au piano dans ses numéros de cabaret.

En 1927, il participe à des revues au "Théâtre de 10 heures", aux cabarets "A la bonne heure" et "C'est l'heure exquise" .

Il écrit alors des chansonnettes et compose, entre autres : «Le chapeau neuf», «L'enterrement», «Souvenir d'enfance», «La soupe à Toto», «Les étrennes» qu'il enregistre pour la firme Odéon en 1931.

Enfin, il fait ses débuts dans le cinéma . Nous avons retrouvé la trace de près de 60 films et courts métrages.

Adémaï…

Noël-Noël«Adémaï au Moyen-Age»

Les films de Noël-Noël portent sa griffe. Personne ne peut vraiment imiter ses interprétations , tant elles sont faites de petits détails légers, subtils, poétiques. Guettez les mimiques, les regards malicieux qui semblent vous choisir comme complices, les petits gestes furtifs comme de se passer le doigt sur la moustache pour montrer qu'il ment, et qu'il prend plaisir à le faire… Appréciez surtout les mots d'auteur mais attention ! Loin d'être faciles, ils sont toujours en situations.

Tous ses personnages sont plutôt des anti-héros, des “Messieurs Tout le Monde”, et pourtant ils arrivent tous à nous toucher… Pourquoi ? C'est sans doute ça le talent !

C'est avec Paul CollinePaul Colline un chansonnier, que Noël-Noël va créer ce personnage d'Adémaï, un petit paysan, à la fois tendre et malin, naïf et poétique, attachant, drôle, mais madré tout de même. il va traverser la carrière de Noël-Noël en trois films et deux courts métrages de 1932 à 1949, dont il sera à chaque fois co-scénariste. Le public va se familiariser avec ce curieux et fidèle Pierrot lunaire coquin et rusé, aux petits yeux et au nez pointu.

Les deux courts-métrages :

Les 3 films :

Notons que Noël-Noël ne participa point au dernier film de la série, «Adémaï au poteau frontière», écrit et interprété par Paul Colline.

Les succès d'après-guerre…

«La cage aux rossignols» (1945)…
Noël-Noël«La cage aux rossignols»

Ce fut un grand succès que ce film délicieux de Jean DrévilleJean Dréville dont Noël-Noël signe le scénario et les dialogues. Une histoire simple mais émouvante, celle de Clément Mathieu (son personnage dans le film, qui prend le nom de sa maman, Marie-Eugénie Mathieu). Les voix d'anges des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, avec en particulier l'attachant petit Laugier (Roger Kreps) et le petit chenapan Lequérec (Michel François), firent de ce film une réussite.

Il fut tourné du 15 mai au 5 juin 1944 dans une vraie maison de correction, l'Institution Saint-Hilaire de Roiffé, non loin de Fontevraud en Anjou, institution devenue depuis club de golf.

Le débarquement des Forces Alliées a lieu comme on le sait le 6 juin 1944 , et toute l'équipe du film l'apprend au café de Fontevraud, en même temps que les Allemands qui occupent à ce moment là la maison d'arrêt installée dans les communs de l'Abbaye Royale de Fontevraud ! Il ne reste qu'une semaine de tournage. Mais Gaumont exige que tout le monde remonte à Paris : trop dangereux ! C'est l'époque des drames affreux du Vercors, d'Oradour et d'un autre carnage dans un village de Touraine, non loin de là. Le bruit court que Noël-Noël est mort. Heureusement, il n'en n'est rien ! Quelques mois après, on reprend le tournage, lorque se pose un nouveau problème : le petit chanteur qui joue Roger Kreps a grandi et ses costumes sont trop petits ! Il faut pourtant qu'il porte les mêmes, puisque certaines scènes ont déjà été tournées ! Si l'on regarde bien le passage du film, on s'aperçoit de ces petites anomalies… Enfin le jeune garçon a mûri et pris conscience de son rôle : il a le trac ! Finalement , le film est bien mis en boîte.

Il sortit sur les écrans le 5 septembre 1945 et fut le plus gros succès de l'année, obtenant le Prix Désiré 1944, ex aequo avec «Les enfants du paradis» de Marcel Carné et Jacques Prévert. Il fera l'objet d'un “remake” en 2004, construit par Christophe Barratier et Gérard Jugnot qui revisitera le rôle de Clément Mathieu dans «Les choristes», le petit Morhange remplacera le petit Laugier. Les spectateurs sont peu nombreux à se souvenir que l'histoire originale de ce grand succès des dernières années est signée Noël-Noël !

«Le père tranquille» (1946)…
Noël-Noël«Le père tranquille»

Sans doute un des plus grands succès de ce comédien si talentueux, un chef-d'œuvre du cinéma de l'immédiat après-guerre, Ce film de René Clément repose sur un scénario et des dialogues concoctés par Noël-Noël.

Il raconte l'histoire d'un gentil Français moyen qui ne paraît s'intéresser qu'à ses orchidées mais se révèle être le chef d'un réseau de Résistance. En fait le scénario s'attache à montrer la banalité apparente d'une famille française ordinaire. La Résistance est pourtant là, mais en filigrane. Il sera reproché au scénariste d'avoir atténué le drame épouvantable de cette guerre et d'avoir idéalisé la conduite des Français. Mais Noël-Noël s'attachait surtout à montrer le quotidien d'une toute petite ville de province.

Peut-être le grand public ne sait-il pas qu'il s'est inspiré d'une véritable histoire, celle d'Ernest Kempnich, un véritable horticulteur, passionné d'orchidées qui tenait une petite exploitation florale dans la région de Metz. Pendant la guerre, il avait réussi à prévenir les Alliés de la présence d'une usine allemande d'armements à proximité de ses serres. Celle-ci fut bombardée par deux fois et Ernest y laissa et sa maison et ses orchidées. Anecdote touchante, Noël-Noël et le “vrai Père Tranquille” s'échangèrent des courriers et devinrent amis jusqu'à la mort d' Ernest en 1978, à l'âge de 95 ans.

Le film sortit le 12 novembre 1946, à Metz, en présence du comédien et de son inspirateur, ainsi que des personnalités régionales. Bien que l'histoire originale ait été romancée, on peut dire Noël-Noël l'a en quelque sorte immortalisée. Et chacun s'accorde à trouver que dans son rôle d' anti-héros, il est d'une humanité remarquable.

«Les casse-pieds» (1948)…
Noël-Noël«Les casse-pieds»

Ce très gros succès de Jean Dréville est dû, encore une fois, à la plume de Noël-Noë.

Sorti sous un titre plus personnel, «Parade du temps perdu », il est entré dans la notoriété sous le nom de «Les Casse-pieds».

Il s'agit d'une série de 14 petits sketches, chefs-d'œuvre d'humour. Un conférencier décrit les raseurs que nous pouvons rencontrer dans notre quotidien : le casse-pied qui monopolise une cabine téléphonique, le chauffard, celui qui s'incruste… Le pire est que lui aussi arrive à se révéler un casse-pieds

Cette suite de saynètes drôles et gentiment moqueuses s'inspire des bonimenteurs de nos foires et marchés en s'adressant directement aux spectateurs. On apprécie ici le talent de chansonnier du dialoguiste et l'ingéniosité du metteur en scène pour relier les différents sketches par des trucages étonnants ! C'est aussi le prétexte pour revoir ou évoquer toute une ribambelle de grands artistes : Bernard Blier, Jean Tissier, Jean-Pierre Mocky, Marguerite Deval, Victor Francen, Louis Jouvet…

Le film remporte le Prix Louis Deluc 1949.

Les triomphes tardifs…

«Les vieux de la vieille» (1960)…
Noël-Noël«Les vieux de la vieille»

L'histoire cocasse de ces trois papés insupportables, capricieux et coquins tient surtout par la remarquable et talentueuse interprétation des trois monstres sacrés de notre cinéma.

Noël-Noël y est Blaise Poulossière, marchand de cochons, le seul grand-père du trio, qui fait le désespoir de son fils, tellement il est difficile à canaliser !

Il fait équipe avec Jean‑Marie Péjat (Jean Gabin), vieux célibataire grognon qui répare les bicyclettes.

Arrive un vieux copain d'enfance, Baptiste Talon (Pierre Fresnay), ancien cheminot qui leur fait miroiter son rêve, la maison de retraite Gouyette à quelques lieues de là, où l'on a droit à une petite chopine de vin, même au dîner. Et voilà nos trois compères partis en une folle équipée : chamailleries, vieux souvenirs qui remontent , jalousies pour des amourettes de jeunesses, grosses colères, réconciliations sur fond de dives bouteilles… tout cela aux accents des dialogues de Michel AudiardMichel Audiard.

C'est Jean Gabin qui est à l'origine du film, avec comme condition qu'Audiard en signe les dialogues. Tout de suite, il pense à Noël-Noël, qu'il estime talentueux et très à l'aise dans la comédie. Pour le troisième personnage, on avait d'abord pensé à Fernandel. Mais Gabin impose pratiquement Pierre Fresnay qu'il connaissait depuis «La grande illusion». Yvonne Printemps n'était pas ravie de voir son compagnon tourner dans cette aventure paysanne, estimant que ce rôle le ridiculiserait et le vieillirait , lui qui ne se trouvait pas vieux. Il a pourtant exactement le même âge que Noêl-Noël !

Le trio se forme enfin. Gilles Grangier aura toutes les peines du monde à discipliner les trois compères. Gabin et Noël-Noël s'entendront comme larrons en foire pour semer la panqieu sur le plateau… Il y aura aussi le problème des accents. Fresnay essaiera le patois local, Gabin adoptera un ton parigot et Noël-Noël se trouvera un accent un tantinet berrichon ! Le résultat se révélant inaudible, il faudra réenregistrer et reprendre tout le mixage !

Depuis l'onglet supérieur, ne manquez pas de lire notre reportage, agrémenté de quelques anecdotes recueillies à Apremont, sur les lieux mêmes du tournage.

«La sentinelle endormie» (1965)…
Noël-Noël«La sentinelle endormie»

C'est Noël-Noël qui a imaginé ce joli conte de l'époque napoléonienne. Il en signe également les dialogues.

L'histoire : Des conjurés ont préparé une machine explosive qu'ils veulent activer au passage de Napoléon. Au dernier moment, l'Empereur change d'itinéraire. Il trouve logement chez le Docteur Mathieu (Noël-Noël) qui n'est autre que le chef de la conjuration opposée à l'Empereur. La sentinelle endormie n'est autre que Michel Galabru, qui joue le rôle de Florin, domestique du docteur mais aussi grognard de l'empereur. Ce soldat aime raconter qu'un jour il s'est endormi alors qu'il était sentinelle et qu'en punition l'empereur lui a tiré l'oreille. Tout va se jouer chez le Docteur Mathieu qui devra faire face à une situation délicate ! On n'oubliera pas la prestation de Francis Blanche, fidèle valet qui coiffe le fameux bicorne pour “le faire” afin que son illustre propriétaire ne soit pas blessé le premier jour où il le portera !

Histoire simple et romancée, comme on peut le lire, mais qui demeure délicieuse dans la forme. On y retrouve l'élégance dont on a parlé, la malice, les mots d'auteur, le côté humain de ce grand artiste qu'est Noël-Noël. Les maisons d'édition de DVD seraient bien avisées de rééditer ce charmant film que l'on ne peut trouver actuellement.

Quelques autres films avec Noël-Noël…

Noël-NoëlSaint-Pierre (1960)

Citons encore quelque titres ayant dignement jalonné la carrière de notre vedette :

L'homme privé…

Noël-Noël…Pianiste de talent

Noël-Noël est le fils de Charles-Célestin Noël, marchand de vins puis employé à la Banque de France, et de Marie-Eugénie Mathieu ( un patronyme dont il affuble ses personnages de «La cage aux rossignols» et de «La sentinelle endormie»)

Il se marie en secondes noces à Isabelle Lavallée. Le couple aura une fille, Anne-Marie.

Il achète, en 1935, le Château de Praisnaud à Ambernac en Charente, pays d'origine de son épouse. Le succès de «Le père tranquille» lui permettra de restaurer la bâtisse. Ambernac est une toute petite commune bien calme. Noël-Noël y repose avec son épouse et un membre de sa famille sous une grande dalle de marbre sombre.

Le château de Praisnaud est à présent une maison d'hôtes. Il se trouve sur le hameau de Saint-Martin, qui dépend d'Ambernac, sur la route d'un autre petit village, Alloue, situé à 6 kilomètres. Ce petit bourg a eu le privilège de compter parmi ses habitants l'actrice Maria Casares. Personne n'a su nous dire si les deux voisins ont eu l'occasion de se rencontrer, mais cela est fort possible, les deux propriétés étant très proches.

A Confolens, jolie sous-préfecture provinciale, le souvenir de l'artiste est un peu plus présent, même s'il semble que les jeunes générations le méconnaissent.Leur collège porte pourtant son nom ainsi qu'un square et un rond-point. Confolens accueille annuellement un festival d'arts et traditions populaires du monde qui est très attendu. Nous avons pu apprendre que Noël-Noël s'est particulièrement intéressé à ce festival, lors de ses débuts.

A Paris, le comédien habitait du côté de l'Avenue du Général Lyautey. Esthète, d'un goût raffiné, il avait accepté que des photographes d'art immortalisent son appartement. Il y avait comme voisin entre autres Daniel Gélin.

Quelques citations de Noël-Noël
L'épisode “Vache de Boches” !

Pendant la guerre, Noël-Noël se produisait dans le répertoire des chansonniers et interprétait une chanson qu'il terminait par un "Vache de boches !". Il désirait convaincre les officiers de la censure allemande que sa chanson était d'une innocence parfaite. Les autorités occupantes lui toléraient à la rigueur "Vaches de Fritz !", mais notre Ademaï leur rétorquait que ce serait moins drôle. Et avec sa malice innée, d'ajouter : "Si vous me laissez chanter comme je le veux, cela prouvera votre largesse d'esprit".

De guerre lasse, les officiers le laissèrent faire. Seulement, ce fut du coup un succès énorme, des applaudissements sans fin. La chanson qui dans son premier contexte était drôle et innocente prenait l'air d'une chanson frondeuse ! Évidemment, le numéro fut interdit. Comme dit Michel Duran dans un article de la revue Minerve de 1945, "Il fut assez Adémaï pour s'en étonner".

«La famille Duraton»

Ce feuilleton radiophonique connut son heure de gloire après la guerre, même si la série a commencé en 1937, sur Radio-Cité. Il mettait en scène des français moyens dans leur vie quotidienne et des millions de français se retrouvaient dans ce divertissement sympathique. La plupart du temps, il s'agissait d'échanges autour de la table familiale.

Jules BerryJules Berry disait que tout ce qui se disait à la table de Noël-Noël en une seule soirée, pouvait inspirer près d'un mois de feuilleton !

Le feuilleton, géré par Jean-Jacques Vital, dura jusqu'en 1966 (Radio-Andorre). Un film en fut tourné avec Ded Rysel et Darry Cowl (1955).

Documents…

Sources : Enquête de Donatienne, sur les lieux de tournage de «Le père Tranquille», documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"J'ai davantage appris durant ces dix années où je chantais devant le public mes couplets de chansonnier que pendant tout le reste de ma vie !"

Noël-Noël
Petit papa Noël-Noël…
Donatienne (juin 2006)
Ed.7.2.2 : 30-3-2016