NOËL-NOËL (1897 / 1989)

Enquête sur les lieux du tournage du film de Gilles Grangier, «Les vieux de la vieille» (1960)

L'Encinémathèque

Le film a été tourné à Apremont, intéressante petite cité vendéenne d'un peu plus de 1000 habitants,
sur la rivière "La Vie", à environ 35 km de la côte atlantique.

Le cours de La Vie…

Apremont
Apremont sur La Vie

De passage dans ce joli village, j'ai eu l'occasion de faire étape à l'hôtel restaurant du Centre, situé au pied du château et tenue par une charmante dame, Madame Marie-Pierre Grelier que je tiens à remercier tout particulièrement pour sa collaboration et sa gentillesse si spontanée !

Madame Marie-Pierre Grelier tient donc cet hôtel-restaurant qui existait déjà bien entendu au moment du film. Il appartenait à son père et l'on peut dire que ce restaurant, modernisé depuis, a servi de "quartier général" du tournage.

Il faisait office de cantine le midi, de point téléphone, de ralliement et de lieu de “ribouldingues” bien sympathiques et bien arrosées…comme ce jour où Alain Dabon, le régisseur général, avait voulu assister à la naissance d'un veau, n'ayant jamais vécu un tel événement ! Les paysans du coin s'étaient donc organisés pour le prévenir d'une imminente naissance, et le lendemain, ce fut le “baptême du veau” puisqu'il en était le parrain ! Cela donna lieu à une fiesta avec tous les acteurs et techniciens dont on se souvient encore…

Marie-Pierre Grelier a fait de la figuration dans le film, elle n'était alors qu'une petite fille que Noël-Noël frappe doucement sur la tête de son bouquet de fleurs lors du départ vers Gouyette en passant par le cimetière (La petite gamine qui porte un ruban blanc dans les cheveux).

Elle a ainsi pu nous relater certains détails amusants de ces quatre mois où Apremont est devenu “Tioune” !

Les principaux comédiens étaient arrivés un bon mois avant le début du tournage pour bien s'installer et pour mieux s'approprier le patois vendéen et campagnard local !

Jean Gabin avait élu domicile dans un bel hôtel sur le remblais des Sables d'Olonne à environ 35 km. Pierre Fresnay avait loué une petite maison tout à côté de l'église d'Apremont ; quant à Noël-Noël, il avait trouvé un hébergement discret dans la région.

Le tournage a mis une bien belle animation dans le bourg qui en 1960 présentait un caractère très rural (il est maintenant très touristique) : peu de voitures, beaucoup plus de carrioles avec des chevaux, peu de téléphone ! La Rosengart du restaurateur que l'on voit à plusieurs reprises dans le film était très prisée et servait un peu de taxi! Mme Grelier d'ailleurs nous a bien précisé que toute la vie du village était organisée en fonction du film ce qui mettait parfois un peu en colère les paysans du coin qui voyaient leur petit univers bouleversé… Mais cela a tellement rapporté par ailleurs que finalement tout le monde y a trouvé son compte et que chacun a d'une manière ou d'une autre a participé à l'aventure.

L'équipe du film a bien joué le jeu et a tenu à faire travailler les gens du coin ce qui n'est vraiment plus le cas de bien des tournages.

Apremont garde encore le souvenir de ces 4 mois. À l'intérieur du restaurant, on peut voir des photogaphies. Tous les étés, Madame Grelier présente aux touristes une petite exposition sur le film, mais surtout on s'intéresse à une gravure exposée dans la salle de restauration, dessinée par Noël-Noël lui-même et qui représente nos trois compères ; on reconnaît bien le talent du caricaturiste… De gauche à droite, vus de dos, Pierre Fresnay, Jean Gabin et Noël-Noël qui fit ce beau cadeau original à l'hôtelier, père de Mme Grelier.

Toute l'équipe a dédicacé ce dessin et un petit malin (Noël-Noël lui-même?) l'a intitulé «Trois orfèvres à la Saint-Éloué» car, dans le film, les trois lascars entonnent cette chanson. On les voit de dos, exactement comme sur la gravure.

Mme Grelier a accepté très aimablement de me le laisser photographier pour le seul site de l'Encinémathèque. C'est donc une exclusivité!

À ce propos une anecdote émouvante : un jour une cliente du restaurant demande des précisions sur la gravure, paraissant très étonnée ! Elle se présente : "Je suis la petite fille de Monsieur Noël-Noël"! Elle ne connaissait pas ce dessin…

 

Quelques repères…

Lorsque vous visualisez le film, vous reconnaissez très facilement le château avec ses deux tours, l'église sur un promontoire, le pont sur "la vie" ! Tout cela existe toujours bien entendu ; par contre l'emplacement du café est toujours visible mais n'existe plus en tant que tel !

Les scènes de football étaient tournées sur un terrain à Coëx , autre village plus au sud et la scène du cimetière a été filmée au cimetière de Palluau (10 km au nord-est)

C'est le château de l'Audardière, (château privé) situé sur la commune d'Apremont, un peu en retrait qui sert de décor aux retrouvailles avec Catherine, l'amoureuse des trois pépés.

Puisque notre page était dédiée à Noël-Noël, , je me suis documentée sur lui plus particulièrement : il a laissé le souvenir de quelqu'un de discret, sobre, très fin et impeccable dans son comportement ! Particulièrement sympathique aussi !

Quant à Pierre Fresnay, il était proche des gens du village, tutoyant le restaurateur et l'appelant par son prénom, se faisant appeler Pierre, et n'hésitant pas à demander des services personnels. Il vivait au milieu du village ! Jean Gabin était le bourru, mais gentil tout de même et très bon vivant !

Témoignage de Gilles Grangier à propos du tournage

"Sur le plateau, il y a eu des moments extraordinaires. Il y a des scènes au bistrot que j'ai été obligé de tourner avec plusieurs appareils parce que je ne pouvais raccorder les gars. Ce n'était pas possible de leur demander de refaire les mêmes conneries. J'ai compris cela très vite et j'ai pris plusieurs caméras ce qui n'était pas l'affaire des opérateurs qui ne pouvaient éclairer convenablement.

Je faisais les scènes importantes le matin parce que nous avions des déjeuners très arrosés : c'est là que le vieux (Gabin) me disait en se levant de table : "Cet après-midi tu me prends de dos ! T'as-vu ma tronche ? Je suis rond comme une pelle à feu, papa, alors tu me prends de dos !"

Donatienne
Éd.8.1.3 : 15-9-2017