Jean-Paul BELMONDO (1933)

Jean-Paul Belmondo producteur…

Jean-Paul BelmondoJean-Paul Belmondo et Carlos Soto Mayor

Après deux voyages (en Roumanie pour «Les mariés de l’an II» de Jean-Paul Rappeneau en 1970, en Grèce pour «Le casse» de Henri Verneuil en 1971) et autant de succès, Jean-Paul Belmondo prend une importante décision : il devient son propre producteur en créant sa société "Cerito", une façon de mieux gérer sa carrière. Son premier film en tant que producteur sera une comédie, «Docteur Popaul» (1972). Derrière un titre bien populaire, le réalisateur Claude Chabrol monte une comédie à l’humour d’un noir très acide. Le ton est à l’opposé de ce qu’a pu montrer l'acteur au cours de ces dernières années. Les critiques assassinent le film, mais le public répond. Sur ce tournage, Jean-Paul retrouve la belle actrice italienne Laura Antonelli, déjà croisée sur le film de Rappeneau. Après sept années passées aux côtés d’Ursula, Jean-Paul “subit” un nouveau coup de foudre. Les anciens amants se séparent, sans haine ni rancœur.

Après l’adaptation de «Un nommé la Rocca» reprise par José Giovanni pour en faire «La scoumoune» (1972), après l'incarnation de «Le magnifique» (1973) qui lui permet de rencontrer Jacqueline Bisset , l'acteur décide d’interpréter à l’écran l’énigmatique Stavisky. Jorge Semprun, chargé d’écrire le scénario, en parle à son ami Alain ResnaisAlain Resnais. Naît ainsi dans l’imaginaire du producteur l’idée de confier la réalisation de «Stavisky» au réalisateur de «Hiroschima mon amour». Anny Duperey, Charles Boyer et François Perier viennent compléter le casting. Resnais et Belmondo s’entendent à merveille : sur le plateau, il n’y a plus Belmondo le producteur mais Jean-Paul l’acteur, qui n’hésite pas à “faire le con”, sans jamais déranger le metteur en scène dans son travail. «Stavisky» sort le 15 mai 1974, : sans déchaîner les passions du public français, le film fait plus d’un million d’entrées et connaît une très belle carrière internationale.

Jean-Paul Belmondo tourne beaucoup, s'éloignant de sa famille davantage qu'il ne le souhaiterait. Il décide enfin de prendre le temps de vivre pour ceux et celle qu’il aime. Il ne tournera plus qu’un film par an. Pour le producteur et l’acteur, il s’agit de faire le bon choix de scénario. La date de sortie calculée longtemps à l’avance, une compagne publicitaire gigantesque permettra à chaque fois de lancer le film ! C’est le cas pour «Peur sur la ville» (1975), «L’incorrigible» (1975), «Le corps de mon ennemi» (1976), «L’animal» (1977), «Flic ou voyou» (1979), pour lequel Michel Audiard joue les intermédiaires en lui présentant Georges Lautner. Les deux hommes se lient d’amitié, partageant le même sens de la dérision. Si bien que le trio se reforme bien vite pour «Le guignolo» (1980), mais aussi pour «Le professionnel» (1981) qui, dans un style tout a fait différent de leur deux premières collaborations, est un film policier âpre et violent.

Orphelin de père…

Derrière ces succès, Jean-Paul Belmondo vit un véritable un drame Le 1er janvier 1982, Paul Belmondo Sr meurt, le laissant orphelin de ce père qu’il a toujours cherché à rendre heureux. Il se souvient de ce coup de téléphone, après son échec au conservatoire… Il se rappelle sa fierté de le voir devenir une vedette de cinéma…

Un cinéma tourjours présent : «L’as des as» (1982), «Le marginal» (1983), le temps de partager quelques scènes avec sa nouvelle compagne, la belle Carlos Soto Mayor. Pour voir ses trois derniers films, plus de 15 millions de spectateurs se sont rués dans les salles. “Bébel” reste vraiment le roi du box office. Il continue sur sa lancé avec «Les morfalous» (1984, dernière des huit aventures partagées avec Henri Verneuil, mais premier titre au pluriel depuis longtemps !), «Joyeuses pâques» (1984) , «Hold-up» (1985).

Sur le tournage de «Le solitaire» (1986) , il éprouve une certaine lassitude : il a envie d’autre chose. Et puis il y a cette phrase que lui avait dite son père : "Quand est-ce que tu vas faire ton vrai métier, le théâtre ?"

«Kean»

Jean-Paul Belmondo«Kean»

Il faut toute la force de persuasion de Robert Hossein, pour décider Jean-Paul à remonter sur les planches, un pas oublié depuis 27 années.

«Kean», un sujet d’Alexandre Dumas “mis en pièce” par Jean-Paul Sartre, conte les aventures d’un comédien "menteur, tendre, insupportable, désespéré, gai, tragique, profond, paillard" . De quoi séduire notre vedette, qui se donne corps et âme au cours des répétitions. Jean-Paul Belmondo retrouve ainsi le théâtre Marigny, mais également le fameux trac. La troupe, composée de Jean-Paul, Béatrice Agenin, Pierre Vernier, Michel Beaune…, se prépare activement afin d’être prête pour le 24 février 1987.

Le jour dit, le rideau s’ouvre; Jean-Paul saute du balcon et atterrit sur scène. Pendant trois heures et demi, l'interprète se livre sans mesure. La salle est conquise, l’acteur a gagné son pari. Le succès de «Kean» va retenir son héros plusieurs mois sur les planches. Le 3 janvier 1988, jour de la dernière, le public entonne le fameux "Ce n’est qu’un au revoir…". Voilà bien une forte émotion que le cinéma ne lui avait pas donné jusqu’alors. Émotion aussi pour la belle Carlos et son Jean-Paul d'amant qui arrivent au bout de leur chemin commun.

Les productions cinématographiques…

Claude Lelouch propose à Belmondo le scénario de «Itinéraire d’un enfant gâté» (1988), "… autopsie d’un parcours, cheminement des sentiments, à travers 50 années de la vie d’un homme". Re-voilà donc notre homme sur les sommets du box-office. L’aventure se prolonge par l'obtention du César du meilleur acteur, qui vient couronner un grand succès commercial. Si l'acteur Bébel se montre satisfait, le producteur Belmondo jubile.

Un producteur qui, avec le concours d'Alain Sarde,va monter le film de Robin Davis, «Hors-la-loi», un film sans vedette, mais avec une bande de jeunes acteurs prometteurs, comme Wadeck Stanczak ou Clovis Cornillac. Il renouvelle l'expérience, en partenariat avec Wim Wenders, pour une œuvre plus intimiste sur le racisme, «Chocolat» de Claire Denis (1988).

L'homme privé n'est pas en reste, qui fait la connaissance de Natty lors d’un match de tennis à Roland Garros…

Le devant de la scène…

Jean-Paul BelmondoNatty et Jean-Paul Belmondo

Jean-Paul, qui ne veut pas attendre encore 27 ans, part à la recherche d’une nouvelle pièce, d’un nouveau costume, d'un nouveau pari. Son choix se porte sur «Cyrano de Bergerac», la comédie en vers d'Edmond Rostand. Robert Hossein est une nouvelle fois aux manettes, Charly KoubesserianCharly Koubesserian, l'ami de toujours, s’occupe du maquillage et du fameux nez. Michel Beaune, Pierre Vernier et Béatrice Agenin , les éternels complices, donnent la réplique. Les lourds rideaux rouges s’ouvrent, le 6 février 1990, devant un public conquis d'avance. Le 7 octobre 1991, la troupe s’envole pour une tournée internationale.

À l’aube des années 90, Jean-Paul Belmondo décide de vendre "Cerito" afin de se porter acquéreur du Théâtre des Variétés. Il devient ainsi le nouveau propriétaire de ce monument historique, état qui lui permet de monter des pièces telles que «Le dîner de cons» de Francis Veber. Côté cinéma, il retrouve pour la 5eme fois Georges Lautner qui réalise «L’inconnu dans la maison» (1992), trouvant l’occasion de rencontrer et d'aider une nouvelle génération d'acteurs : Cristiana Réali, Sandrine Kiberlain… Mais il n'est jamais facile d'endosser les vieux costumes de Raimu… Le public sera plus nombreux chez le «Tailleur pour dames», une nouvelle pièce donnée à compter du 1er octobre 1993.

Drame familial…

Le dimanche 31 octobre 1993, un appel téléphonique tardif réveille Jean-Paul et Natty. Patricia vient de périr dans l’incendie de son appartement. Une déchirure pour le père, qui pense aussitôt à préserver sa maman Madeleine en lui cachant pendant quelques heures la terrible nouvelle. La famille vit des heures extrêmement douloureuses. Le théâtre est là pour retarder la douleur : Jean-Paul remonte sur scène le soir même pour faire rire le public et endormir le chagrin pendant quelques heures.

Il ne parlera jamais publiquement de cette épreuve, préservant sa vie privée et celle de son entourage…

un comédien généreux…

Jean-Paul Belmondo«Frédérick» (1998)

L’homme est blessé, mais l’acteur continu de sourire au public, attitude que l’on peut qualifier de généreuse.

En 1994, il retrouve Claude Lelouch pour «Les misérables du XXème siècle». L'oeuvre, boudée dans l'Hexagone, obtient le Golden globe du meilleur film étranger, ainsi qu’un très joli succès, aux États-Unis.

Servant, de manière posthume, Guitry au cinéma («Désiré», 1996) et Feydeau au théâtre («La puce à l’oreille»), il éprouve la douleur, le 26 février 1997, de perdre Madeleine qui s’en est allée rejoindre son cher Paul. Sa maman, "la plus jolie vieille dame du monde", ne passait pas une semaine sans recevoir une visite de son célèbre fils.

Désormais patriarche de la famille, Jean-Paul rejoint son “ami” Alain Delon sur le tournage de «Une chance sur deux» (1997), véritable comédie mouvementée qui attirera plus d’un million de spectateurs : un chiffre certes intéressant, mais qui n'atteint pas les espérances nées d'une telle confrontation.

Théâtre toujours…

À 66 ans, Jean-Paul Belmondo déborde d’énergie. Il se produit sur scène dans «Frederick ou le boulevard du crime», à partir du 22 septembre 1998. En tournée, à Brest, il sent son souffle se raccourcir. Rappelé à l'ordre par la fatigue accumulée au cours des derniers mois, il quitte la scène quelques minutes. Le médecin, lui interdisant de reprendre la représentation, lui ordonne quelques jours de repos. La France entière est en émoi.

Peu après, l'acteur reprend le travail, avant de se lancer dans une nouvelle aventure cinématographique avec un film fantastique. «Peut être» de Cédric Klapisch (1999) lui permet de personnifier le fils de Romain Duris dans un Paris ensablé ! Le comédien se déclare tout autant heureux de jouer un personnage original que d’être demandé par une nouvelle génération de metteurs en scène.

Télévision…

Après quarante années d'abstinence télévisuelle, il propose à T.F.1 de reprendre l’adaptation du livre de Georges Simenon, «L’aîné des Ferchaux», autrefois adapté par Jean-Pierre Melville. Cette fois, il incarnera le personnage-titre, le vieux Dieudonné Ferchaux, plus sombre et manipulateur. Samy Nacéry reprend le rôle du jeune boxeur, tenu à l'écran par son aîné en 1963. Deux épisodes de 90 minutes sont tournés avant d'être diffusés en septembre 2001.

Au préalable et comme à son habitude, Jean-Paul passe les mois d’été entouré de Natty, de ses enfants et de ses six petit enfants. En Corse, il profite de sa vie d'homme heureux, à 69 ans. Interrogé sur son âge, il répond avec philosophie : "Les rides font simplement partie du voyage". Un voyage dont il peut être fier…

Un chêne que l'on n'abat pas comme ça !

Jean-Paul Belmondo"Au revoir et à bientôt"

Le 8 août 2001, Jean-Paul Belmondo tombe, foudroyé. Évacué vers Paris sous les flashs et devant les caméras des journalistes, il plonge la France entière dans l'inquiétude. Un diagnostic médical est rapidement établi : accident vasculaire cérébral avec paralysie du côté droit.

Touché dans son corps, notre héros national se morfond davantage à l'idée de faire souffrir ses proches. Ayant en tête l’image de cette mère qui ne se plaignait jamais, il entame silencieusement une lente reconstruction, un combat quotidien qui se termine, après neuf mois de rééducation, à la une de Paris Match, le visage éclairé d'un sourire vainqueur.

L'homme ne s’apitoie pas sur son sort ; il se satisfait de vivre. Une vie qu'il partage entre sa descendance et Natty qu’il demande en mariage. Célébrée le 29 décembre 2002, leur union est une nouvelle occasion de faire la fête entre copains. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le sourire de la petite Stella vient illuminer ses jours d'automne (2003).

Au début de l’année 2006, en vacances à l’île Maurice, Jean-Paul chute et se fracture le col du fémur. Le voici en fauteuil roulant. En rééducation dans la région de Granville, il côtoie de jeunes accidentés de la route ou de la vie, cloués comme lui sur une machine. Pour eux et pour tous ceux qu’il aime, il mène une rééducation intensive. Cinq mois plus tard, déjà debout, le voici prêt à relever de nouveaux défis.

Ce sera sans Natty, car le couple se sépare, s'autorisant une liberté mutuelle tout en restant très proche pour le bien de la petite Stella.

"À perte de vue, la route est sans fin…"

Jean-Louis Lévi et Francis Huster s'apprêtent à mettre en chantier un remake du chef d’œuvre de Vittorio de Sica, «Umberto D». Quel merveilleux métier que celui de comédien, où dire que l'on va travailler, se prononce "Je vais jouer !". Trois petits mots que Bébel décline à nouveau, puiqu'il en a accepté le rôle principal. La star ne s'autorise qu'un seul caprice : "Vous me filmez comme je suis".

Le 25 juillet 2007, le nouveau Jean-Paul Belmondo fait ses premiers pas devant les caméras, avec cet enthousiasme hérité du jeune débutant des années cinquante : "Je vais me lancer de toutes mes forces dans cette aventure". Sous la direction de Francis Huster, entouré de quelques amis, comme Pierre Mondy, Omar Sharif ou Robert Hossein, encadré des nouveaux visages du cinéma français que sont Hafsia Herzi, José Garcia ou Jean Dujardin, le “Patriarche” s’en donne à cœur joie.

Il vous fixe rendez-vous une nouvelle fois, et certainement pas la dernière, au pied d'une toile blanche, le 14 janvier 2009, pour «Un homme et son chien». Venez nombreux !

Documents…

Sources : «Belmondo», de Philippe Durant, Éditions Robert Laffont, un ouvrage indispensable pour tous ceux qui veulent en savoir davantage sur notyre vedette, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Écoutez moi les gars, faut quand même que je vous explique pourquoi je me suis marré. Je suis un mec de bonne humeur. Je suis né de bonne humeur. Et je vais mourir de bonne humeur. J’ai jamais emmerdé le monde avec mes angoisses. En tous cas, j’ai eu la délicatesse de ne pas la faire partager aux gens"

Jean-Paul Belmondo par Bertrand Blier («Les acteurs»)
Paulo le fou…
Cédric Le Bailly (septembre 2008)
Éd. 9.1.4: 11-1-2019