Karlheinz BÖHM (1928 / 2014)

… l'empereur des pauvres

Karlheinz Böhm

Pour plusieurs générations de spectateurs, et vraisemblablement pour l'éternité, Karlheinz Böhm fut, est et restera l'empereur François Joseph, époux bienveillant et compréhensif de la ravissante Sissi, incarnée par Romy Schneider, dans trois opus que nos chaînes de télévision françaises ne manquent pas de rediffuser aux jours maigres de la période estivale.

Il endossa avec sagesse ce beau costume, qu'il ressortit à maintes occasions jusqu'à l'aube des sixties, jusqu'à ce que l'appel des sirènes hollywoodiennes ne se fasse par trop lancinant. Erreur fatale dont sa carrière ne se remit pas, ce qui ne semble pas l'avoir affecté outre mesure.

Car c'est dans l'action humanitaire que l'acteur trouvera sa voie, et son action en faveur des enfants éthiopiens et africains est aujourd'hui internationalement reconnue et unaniment saluée…

Donatienne

Fils de quelqu'un…

Karlheinz BöhmBöhm, fils et père

Bien que citoyen autrichien, c’est à Darmstadt (Allemagne) que naît Karl-Heinz Böhm,le 16 mars 1928. Il fait son apparition dans un milieu artistique, son père n’étant autre que l’illustre chef d’orchestre Karl Böhm. Sa maman munichoise, Thea Linhard, est connue comme une brillante soprano.

Enfant unique, le jeune Karl-Heinz passe une grande partie de son enfance à Dresde puis à Hambourg où il fera ses premiers pas scolaires à l’école publique. Très tôt, ses parents essaieront bien de lui faire donner des leçons de piano. Pour faire plaisir à son père, l'enfant obtempèrera, pensant raisonnablement qu’un jour, il serait un pianiste virtuose. Mais, le talent musical n'étant pas hériditaire, il ne se sent bientôt plus attiré par le solfège et les gammes à répétition auxquels il préfère les récitations et les petites saynètes qu’il joue à l’occasion de fêtes locales…

Les débuts sur scène…

1939, au début de la Seconde Guerre Mondiale, l'enfant achève sa onzième année.

Ses parents cherchent par tous les moyens à l’éloigner vers des horizons plus calmes. Un certificat médical opportun le déclarant malade, il se retrouve en Suisse, pensionnaire au Lyceum Alpinum Zuoz, où il restera de 1940 à 1945.

Déclaré “guéri” à la fin des hostilités, il rejoint ses parents à Graz, cité natale de son père, qui devient le chef de l’orchestre de la ville. Il décroche au lycée l’équivalent de notre baccalauréat et s’inscrit en philosophie à l’université. Mais des ennuis de santé, bien réels cette fois,l’obligent à interrompre ses études. Il va se soigner, puis se reposer du côté de Rome. Il en profite pour se cultiver en s'intéressant à l’histoire de l’art pendant 6 mois.

Karl a maintenant 20 ans. Il n’a pas oublié ses premiers émois d’acteur et se sent attiré par le théâtre. Une opportunité lui est donnée de travailler comme assistant du metteur en scène Karl HartlKarl Hartl, à Vienne. Parallèlement, il se forme auprès du comédien Albin SkodaAlbin Skoda du Burgtheater, qui lui apprend les bases de l’art dramatique…

Sissi et Franz…

Karlheinz BöhmSissi et Franz

Devenu un jeune homme séduisant, il peut sans hésitation être classé dans la catégorie des jeunes premiers. Des réalisateurs en sont convaincus, qui le retiennent pour plusieurs rôles au cinéma. On l’aperçoit ainsi dans «Der Engel mit der Posaune» (1948), puis dans «Haus des Lebens» (1952). Cette année-là, il a la chance de tourner aux côtés de deux grandes vedettes, comme Erich von Stroheim et Hildegarde Knef dans «Mandragore».

On commence enfin à le connaître et à le reconnaître. Il est de plus en plus demandé pour des rôles de fictions romanesques (caractéristiques des productions germaniques de l’après-guerre) qui plaisent au public populaire et familial.

Comme on peut le deviner aisément, le rôle de l’empereur François-Joseph, dans le triptyque des "Sissi" («Sissi» et «Sissi impératrice» en 1956, «Sissi face à son destin» en 1958) lui apporte une immense popularité et le succès qui l’accompagne, cela à travers toute l’Europe. Ernst Marischka fera de Franz un prince charmant qui aura fait rêver toutes les petites filles romanesques de l’époque, quitte à prendre certaines libertés avec l’histoire ! Détail amusant : on raconte qu’en 1955, lors du tournage du premier volet, la toute jeune Romy SchneiderRomy Schneider (16 ans, sa cadette de 10 années) l’appelait "Oncle Karlheinz", alors qu’il incarnait son fiancé fou amoureux !

A cette époque là, Karlheinz est l’époux d’Elisabeth Zonewa et père d’une petite fille (1955) qu’il aura inévitablement appelée Sissi !

Une carrière internationale…

Karlheinz Böhm«Peeping Tom» (1960)

Voulant montrer qu’il est capable de tenir des rôles plus consistants, le comédien célèbre qu’il est devenu refuse de se cantonner dans les gentilles bluettes quelque peu teintées de mièvrerie qu’on persiste à lui proposer. «Le voyeur» de Michael Powell (1960) va lui permettre de prendre ce virage radical. Il s’agit d’un drame sombre dans lequel il incarne un tueur psychopathe.

Sollicité par les compagnies américaines, après la superproduction internationale de Vincente Minnelli, «Les quatre cavaliers de l'Apocalypse» (1961), il apparaît au générique de «Le monde merveilleux des frères Grimm» (1962). «Come Fly with Me/Les filles de l'air» (1963) et «The Venetian Affair/Minuit sur le grand canal» (1966), n'ajoutent rien à sa gloire, pas plus que ses apparitions dans des productions françaises («Rififi à Tokyo» en 1961, «L'heure de la vérité» en 1964).

Escapades théâtrales…

Sans doute déçu par ses dernières prestations cinématographiques, Karlheinz Böhm s'en retourne vers le théâtre, se lançant même dans la mise en scène. Il dirigera ainsi quelques pièces («Elektra», «Tosoa» ou «Le baron tzigane», etc) qui tourneront dans de grandes villes allemandes comme Stuttgart ou Munich.

A l'instar de son compatriote Adrien Hoven, il revient au cinéma dans les année '70 au travers d'une collaboration avec Rainer Werner Fassbinder. Il ose enfin incarner des personnages forts et inspirés dans «Effi Briest» (1973), «Martha» (1974), «Le droit du plus fort» et «Maman Mutter s'en va au ciel» (1975).

A partir de 1975, membre du "Shauspielhaus" de Düsseldorf, il s’illustre lors de tournées théâtrales en Allemagne, en Autriche et en Suisse, et sa performance shakespearienne dans «Le roi Lear» est unanimement saluée.

Enfin au début des années 80, il apparaît dans des fictions télévisées comme «Ringstrassenpalais» (1983) ou «Die Laurents».

Par ailleurs, il met en scène des opéras, rejoignant ainsi la passion de son père pour la musique classique…

Un engagement humanitaire…

Karlheinz BöhmKarlheinz et Almaz en Ethiopie

A l'occasion d'un voyage au Kénya, Karlheinz Böhm, qui a toujours eu la chance d’être à l’abri du besoin, ouvre les yeux sur ce qu’est vraiment la pauvreté. Il mesure le fossé qui sépare les populations démunies des touristes des safaris-photos huppés. L’Ethiopie, le Sahel, la famine… Il veut agir, mais comment ?

Un fait va bouleverser complètement sa vie. En 1981, il participe à une émission de télvision populaire. Il s’agit d’un défi lancé aux téléspectateurs. Posé de façon astucieuse, le sien sera le suivant : "Chiche que je n’arriverai pas à inciter le tiers d’entre vous à verser un deutsche mark, un franc suisse ou 20 shillings autrichiens, en faveur de l’Ethiopie !". Effectivement, il n’y parviendra pas tout à fait, mais, gagnant son pari, il en empoche le prix !

Le 13 novembre de la même année, il pose les bases de son association "Menschen für Menschen / L'humanité pour l’humanité". Il en est le président bénévole depuis 27 ans, entraînant toute une équipe autour de lui. Sa dernière épouse, Almaz, (1991), d’origine éthiopienne, le secondant efficacement.

Cet engagement a pris une place prépondérante dans sa vie publique. A 80 ans passés, il se rend très fréquemment sur place, a été fait Premier citoyen d’honneur d’Ethiopie, décoré de la croix fédérale du mérite et a obtenu le Prix Balzan 2007 destiné à le récompenser de ses efforts et à l’aider dans ses réalisations d’auto-développement. Il est fait docteur honoris causa des villes de Jimma et d’Alemaya. Reçu par le premier ministre Angela Merkel, il n’hésite pas à profiter de sa popularité pour frapper à toutes les portes et obtenir des aides. Il ne serait pas étonnant qu’un jour un prix Nobel de la paix lui soit décerné.

Eléments de vie privée…

Karl-Heinz Böhm a été marié quatre fois. Après Elisabeth Zonewa déjà évoquée, il sera le mari de l'actrice Gudula BlauGudula Blau entre 1958 et 1962 qui lui donnera trois enfants, Kristina BoehmKristina Boehm (1959, comédienne), Mickaël (1960) et Daniela (1961). Il épousera ensuite la comédienne Barbara LassBarbara Lass, la mère de sa fille Katarina BoehmKatarina Boehm (1964, également comédienne), comédienne(1964). Le couple se séparera en 1980.

Nous avons parlé de l'Ethiopienne Almaz, la mère de ses enfants Nicholas (1990) et Aïda (1993). Il a par ailleurs connu la joie d’être grand-père à plusieurs reprises, notamment de Florian Boehm (1969), fils de sa fille aînée, comédien à son tour et photographe de talent.

Frappé par la maladie d'Alzheimer, Karlheinz Böhm s'est éteint le 29-5-2014, 32 ans jour pour jour après Romy Schneider.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Karlheinz Böhm face à son destin…

Sa devise : "La solidarité plutôt que la pitié, l’action plutôt que les états d'âme." (Karlheinz Böhm)

Donatienne (août 2010)
Ed.7.2.2 : 16-2-2016