Yul BRYNNER (1920 / 1985)

… Le roi ? C'est lui !

Yul Brynner

Yul Brynner ? C'est un séduisant mélange réussi, de russe, de mongol, d'américain, de suisse, de tzigane et aussi de français, mais surtout de mystère !

Roi de Siam, pharaon, mercenaire, cosaque, indien, sultan… S'il fut tout cela à la fois, il reste dans nos mémoires comme un personnage étrange, viril, parlant onze langues, au magnétisme surprenant et attirant tout à la fois.

Derrière l'acteur, je vous invite à découvrir l'homme et à percer ses mystères.

Donatienne

Vraiment né en Sibérie…

Yul BrynnerYul Brynner

Le 11 juillet 1920, naît à Vladivostock, en Sibérie, tout à l'est de la Russie, Juli Borisovitch Bryner (avec un seul "n"). Sa maman, Marousia Blagovidova, est la fille d'un médecin juif russe. Son père, Boris BrynerBoris Bryner, a des origines suisses par son père, Jules, époux de Natalia Kurkutova, d'origine mongole. On comprend mieux le physique eurasien de Juli qui porte donc le prénom de cet aïeul. Il le transformera ensuite en Youl puis en Yul. Juli a une sœur aînée, Véra née en 1916. Mystère avons-nous dit ? C'est que celui qui est Yul Brynner pour tout le monde, a pendant longtemps choisi de brouiller les cartes sur ses origines. Ainsi, sa date de naissance reste floue : 7 ou 11 juillet ? 1915, 1917 ou 1920 ? Les biographes sont bien indécis ! Il semblerait tout de même que ce soit le 11 juillet 1920, comme inscrit sur sa pierre tombale et comme son fils le confirmera.

Quant à son nom et son lieu de naissance, il a volontairement entretenu une légende à ce propos : il confiait dans son livre auto-biographique être né sur l'île de Sakhaline. Il affirmait aussi se nommer Taidje Khan. "Les gens se demandent qui je suis et ne sont pas près de le savoir… Les secrets de l'enfance sont tout ce qu'un acteur peut encore garder pour lui".

Qu'en est-il exactement ?

Au décès de l'acteur, son fils aîné, Yul 'Rock' Brynner, professeur d'histoire et écrivain, a jugé bon de rectifier et d'apporter des précisions, preuves à l'appui. A cet effet, il a écrit deux livres, «The Man Who Would be King» (1989) et «Empire et Odyssée» (2006), où il narre son pélerinage aux sources sur la trace des origines de son géniteur. Yul est bien né à Vladivostock en 1920 et sa maison natale, bien identifiée, a été transformée (2003) en un musée entièrement consacré à son culte.

A Paris…

Yul Brynner… dans un cabaret parisien

Après les événements de la révolution russe, le père abrite sa famille à Harbin, ville de la Mandchourie, tandis qu'il tente de maintenir les exploitations familiales à Vladivostock. Le jeune Juli fréquente une école chrétienne de la Young Men's Christian Association. Mais papa tombe amoureux d'une comédienne du Moscow Art Theatre dont il a une fille, la demi-sœur de Yul, avant de se séparer des siens pour commencer une nouvelle vie en Suisse.

Au début des années 30, Marousia, la maman, s'exile en France avec ses enfants. A Paris, Juli, devenu adolescent, fréquente le lycée Moncelle. Elève peu assidu, il se montre néanmoins particulièrement doué pour les langues. Il sait jouer de la guitare et gagne son argent de poche au sein d' orchestre gypsy. Il fait des rencontres enrichissantes comme celle de Jean Cocteau qui lui confiera bien plus tard le rôle d'un huissier solennel dans «Le testament d'Orphée» (1960). Il se débrouille pour approvisionner le futur académicien en opium. Lui-même y touchera un moment, avant de s'en détourner au profit de la cigarette (ou plutôt des cigaretiers !). Il fréquente le Théâtre des Mathurins, royaume de Jean Marchat, Marcel Herrand et Maria CasarèsMaria Casarès. Toujours pour gagner sa vie, il apparaît au cirque d'hiver dans des numéros de trapèze. A la suite d'un accident qui aurait pu avoir des suites dramatiques, il arrête les acrobaties. Arrive-t-il à décrocher son bac comme on peut le lire ça et là ? Rien n'est sûr ! Par contre, il dégote des petits boulots pour améliorer l'ordinaire familial. Ainsi on le verra décorateur, coursier, liftier pour une saison à Deauville, machiniste de théâtre, etc. Par ce biais, il peut approcher le couple George et Ludmilla Pittoëf. et parvient à se faire engager dans leur compagnie, d'abord comme accessoiriste, enfin comme acteur.

Le Nouveau Monde…

Avec Michaël Tchekhov, neveu d'Anton, d'origine russe comme lui, il part pour le nouveau monde. Il suit des cours d'art dramatique au Darlington Hall et se produit en tournée à travers les Etats-Unis. A l'issue d'icelle, l' "US Office of War Informations" utilise son talent vocal dans «La voix de l'Amérique», une émission de propagande américaine à destination de la France. Par ailleurs, dès 1942, il met en scène des fictions pour la télévision…

«Anna et le roi» (1956)

Yul BrynnerLe roi sans Anna…

A la fin du conflit mondial, on retrouve Yul Brynner sur les scènes de Broadway, en vedette de plusieurs shows : «Lute Song», aux côtés de Mary Martin,) «Dark Eyes», deux interprétations qui vont le faire remarquer par les producteurs. En 1949, il fait sa première apparition sur les grands écrans dans «Port of New York/La brigade des stupéfiants», fiction-documentaire sur les services des douanes. Sous sa tignasse de gangster apparait déjà son magnétisme si particulier.

Cette dernière qualité va le servir à bâtir une carrière internationale riche de 41 films et s'étalant sur trois décennies. Il sera maintes et maintes fois récompensé par toutes les instances du cinéma. Car Yul Brynner crève l'écran, fascine le public,d'autant plus qu'il a pris l'habitude de se raser le crâne pour accentuer son charme asiatique. Il a un regard pénétrant, un teint très brun, un sourire énigmatique et malin, une voix grave et très mâle : bref, c'est un séducteur ! Il dégage une énergie, une autorité naturelle, et rend immortels les grands personnages mythiques qu'il aura incarnés, ses origines eurasiennes lui permettant d'endosser des rôles d'orientaux, d'Indiens, de personnages bibliques, de cosaques, de pirates, de sultans etc.

Mais avant tout, pour le monde entier, il est Mongkut, le roi de Siam, personnage qu'il aura incarné tout au long de sa vie dans la délicieuse et dramatique histoire «Le roi et moi». En 1951, c'est tout d'abord une comédie musicale (musique d'Oscar Hammerstein et Richard Rodgers), qui sera jouée plus de 3 000 fois, sur les scènes new-yorkaises. En 1956, cela devient un film (1956) mis en scène par Walter Lang dans lequel il s'oppose à Deborah Kerr dans une sorte de joute dont les enjeux se nomment pouvoir et séduction. L'acteur remporte l'oscar (1957) et devient une immense vedette . En 1972, face à Samantha EggarSamantha Eggar, il reprend le personnage dans la série télévisée de treize épisodes «Anna et le roi», diffusée dans le monde entier. Plus tard, il épandra ses royales exigences sur la scène à Brodway, jusqu'à l'année même de sa mort.

Autre personnage auxquels ses traits restent attachés, le jeune Ramsès lutte contre son frère de lait Moïse (Charlton Heston) pour la succession de Séti (Cedric Hardwicke) dans la fresque biblique de Cecil Bount de Mille, «Les dix commandements» (1955). Le costume égyptien lui sied à la perfection, il a le ton de l'autoritaire et orgueilleux du pharaon légendaire, lui qui n'en est pourtant qu'à son deuxième film ! Le succès est immense !

En 1956, il campe le général Bounine dans «Anastasia», histoire bâtie sur la rumeur (que l'on sait aujourd'hui légendaire) de la survivance de la fille du tsar Nicolas II (Ingrid Bergman). Il en retrouvera le metteur en scène, Anatole Litvak, pour «Le voyage» (1958) et, plus furtivement il est vrai, pour «Aimez-vous Brahms» (1961), d'après le roman de Françoise Sagan.

Deux ans plus tard, il incarne Dimitri, l'un des «Frères Karamazov» de Dostoïevski, dans la version que dirige Richard Brooks (1958). Je vous l'avais promis en pirate, le voici ! Dans «Les boucaniers» d'Anthony Quinn (1958), sous un postiche sombre (où était-ce sa propre chevelure ?), il personnifie Jean Lafitte, le célèbre flibustier français qui écuma le Golfe du persique au début du XIXème siècle. A nouveau chevelu, il remplace au pied levé Tyrone Power, brusquement décédé sur le plateau de «Salomon et la reine de Saba» (King Vidor, 1959).

Le cavalier noir…

Qui ne se souvient de Chris, tout de noir vêtu, le premier des «Sept mercenaires» (1960) dans l'adaptation américaine des «Sept Samouraïs» de Kurosawa (1954) ? Le personnage ressurgira à plusieurs reprises : «Le retour des sept» (1966, toujours avec Yul Brynner), «Les colts des sept mercenaires» (1967, sans Yul mais avec George KennedyGeorge Kennedy) et «La chevauchée des sept mercenaires» (1971, sans Yul mais avec Lee Van CleefLee Van Cleef). Sans oublier les deux déclinaisons dans le genre anticipation, «Mondwest» (1973) et «Futureworld/Les rescapés du futur» (1976) où le robot tenace qu'il anime arbore intentionnellement sa sombre silhouette.

Entre temps, il aura été «Taras Boulba» (1962), chef cosaque en butte aux errances de son fils passé à l'ennemi (Tony Curtis). En 1966, on aura pu l'apercevoir «A l'ombre d'un géant», en l'occurrence le colonel Mickey Marcus (Kirk Douglas) qui planta les racines de ce qui devait devenir l'armée israélienne. En 1972, il aura fit partie de la riche distribution de la production internationale d'Henri Verneuil, «Le serpent».

Le chauve le plus séduisant du monde…

Yul BrynnerYul Brynner et son fils, Rock

Yul Brynner, nous l'avons dit, est un séducteur qui a énormément de succès auprès des femmes. On lui prêtera de nombreuses romances : Marlene DietrichMarlene Dietrich, Marilyn MonroeJudy Garland, Judy Garland…auraient eu le privilège de caresser son auguste crâne !

Il se marie une première fois en 1944 avec l'actrice Virginia Gilmore qui lui donnera un fils (1946), Yul Junior, très vite baptisé Rock par son papa, en souvenir du champion boxeur Rocky Graziano. Un divorce mettra fin à ce mariage (1960).D'une liaison éphémère, Yul devient le père d'une petite fille nommée Lark, née en 1968 et élevée par sa mère. Il épouse en secondes noces Doris Kleiner - que nous repérons encore dans les rubriques mondaines sous le nom de Doris Brynner) - un mannequin chilien dont il aura une fille, Victoria (1962).

Mais Yul fait la connaissance d'une Française, veuve d'un publiciste. Elle se nomme Jacqueline de Croisset. Divorce et troisième mariage s'ensuivent. Yul et Jacqueline adoptent alors deux petites filles vietnamiennes, MiaMia Brynner (1974) et Melody (1975). Le couple se sépare en 1981. Insatiable, Yul rencontre Kathy Lee, une danseuse d'origine malaisienne, dans la reprise de la comédie musicale «Le roi et moi». Il l'épouse en 1983. la jeune femme restera à ses côtés jusqu'à son décès, survenu en 1985.
Don't smoke…

Lorsqu'il réalise qu'il est atteint du cancer inguérissable des fumeurs (il consommait 5 paquets de cigarettes par jour), Yul Brynner s'engage fermement dans la lutte contre le tabagisme. On se souvient de son message posthume si pathétique à l'adresse des jeunes gens, diffusé sur les écrans de télévision.

Le monde apprend son décès à New-York le 10 octobre 1985, le même jour que celui d'Orson WellesOrson Welles, son partenaire dans le film «La bataille de la Neretva» (1969). Selon ses dernières volontés, il repose en France, un pays qu'il aimait par-dessus tout, dans un coin calme et retiré de notre Touraine. Sa dernière demeure est blottie au fond d'un jardin du monastère orthodoxe de Saint-Michel de Bois-Aubry. Toujours selon ses volontés, une fondation de lutte contre le cancer porte son nom.

Yul Brynner était un homme de passion. Il aimait les arts, comme la peinture, la photographie, la musique. Il a signé deux livres : «Bring forth the children : A journey to the forgotten people of Europe and the Middle East» (1960) et et un recueil de recettes de cuisine.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je trouve excellente l'idée de faire un festival du film américain à Deauville mais j'aimerais qu'aux USA, il en existe un pour le cinéma français que j'adore."

Yul Brynner
Donatienne (mars 2012)
Message posthume…

"Voici mon assassin : la cigarette !

Vivez et ne fumez pas…

DON'T SMOKE !!!».

Yul Brynner

Ed.7.2.2 : 11-4-2016