Fernand GRAVEY (1905 / 1970)

… un dandy parmi nous

Fernand Gravey

Fernand Gravey fut incontesta-blement le fiancé de cinéma de nos grands-mères ou de nos mamans.

Ses célèbres moustaches le rendaient irrésistible. Il fut charmant, distingué, décontracté, et marqua son époque, en symbolisant la séduction à la française.

Certes ses rôles furent légers comme du champagne, mais il avait du talent ! On ne peut que regretter de n’avoir pu l’apprécier dans des emplois plus profonds mais il nous laisse le souvenir d’un acteur de grande classe…

Donatienne

Un dandy au berceau…

Fernand GraveyFernand Gravey

C’est le jour de Noël 1905, que naît à Ixelles en Belgique, sous la nationalité belge, le petit Fernand Martens.

Son père, Georges, est comédien après avoir été régisseur au Théâtre Royal des Galeries Saint-Hubert à Bruxelles. Quant à sa mère, Fernande Depernay, également comédienne, c’est une vraie Parisienne, née rue Mouffetard. Fernand a une sœur et un frère aînés.

L’enfant grandit donc dans le monde du théâtre et fait très vite ses premiers pas sur scène. Il apparaît même dès 1912 dans quelques films muets alors qu’il n’est qu’un garçonnet au physique gracieux de petit dandy. On le retrouve ainsi à cinq reprises, sous la direction du cinéaste Alfred Machin.

Il n’a que 9 ans quand la grande guerre est déclarée, événement qui conduit la famille à s'installer à Londres. Là, le garçonnet fréquente le collège Hammersmith et maîtrise bientôt la langue de Shakespeare aussi convenablement qu’un vrai petit Lord. Devenu tout jeune adolescent, il suit pendant deux ans les cours de l’école navale de Worcestershire.

En 1920, dans la joie de la paix revenue et dans l’insouciance de ses 15 ans, il connaît la douleur de perdre son père, entrant soudain dans la conscience de l'âge adulte…

Un dandy à la scène…

Fernand GraveyJeanne et Fernand au Mexique

Après avoir servi dans la marine belge, Fernand rejoint Paris avec sa mère qui continue son métier d’actrice. Par elle, il va à son tour se lancer dans le métier et commence par se choisir son nom de scène, Fernand Gravey. Il participe à des revues, rencontre ArlettyArletty et Cora Lynn, qui n’est pas encore devenue Edwige FeuillèreEdwige Feuillère.

Sa mère signe un contrat pour une tournée en Amérique du sud. Le directeur, Gabriel Signoret, lui propose un rôle de souffleur ! Il signe lui aussi : au moins il "verra du pays".

De retour au pays, il est engagé au Théâtre Antoine, pour un petit rôle dans «Le moulin de la Galette», qui marque le véritable début de sa carrière professionnelle. Tournées en province et rôles sur les scènes des théâtres de boulevard se succèdent.

Parenthèse obligatoire, il effectue son service militaire dans la cavalerie belge, ce qui fera de lui un passionné d'équitation. Mais c’est à l'occasion d’une pièce jouée au Théâtre Daunou, qu’il fait la connaissance de Jeanne Renouardt , maîtresse des lieux, qui deviendra son épouse et l’amour de sa vie.

Un dandy en habit…

… On ne peut mieux définir cet attachant comédien ! Fernand Gravey s’inscrit alors dans la lignée de nos jeunes premiers d’entre les deux guerres, comme André LuguetAndré Luguet auquel le rattache une grande ressemblance de style. Séduisant, coquet, malin, il est choisi pour nombre de comédies légères, amusantes, et romanesques que ce soit au cinéma ou au théâtre où durant toute sa carrière, il servira à merveille et avec élégance Louis Verneuil, Marcel Achard, André Roussin, Armand Salacrou et Sacha GuitrySacha Guitry. Lui qui n’a jamais appris la musique ni le solfège, sera le héros d’opérettes comme «Lullu» ou encore «Mistigri».

Un dandy aux Amériques…

Fernand GraveyCarole Lombard et Fernand Gravey

Comme on peut s’en douter, Fernand Gravey sera appelé par les metteurs en scène, qui eux aussi joueront la carte de la musique, si l’on en juge par les titres évocateurs : «La guerre des valses» (1933) où il incarne un violoniste de Johan Strauss, «Fanfare d’amour» (1935), «C’était un musicien» (1933) avec son ami Roland Toutain, «Le grand refrain» (1936), «Toute la ville danse» où il accède au rang de Johan Strauss lui-même sous la direction de Julien Duvivier (1938) ; il n’hésitera pas à pousser la chansonnette dans «The Queen’s Affair» (1934, en Angleterre), «Si j’étais le patron» (1934, avec Pierre LarqueyPierre Larquey que l’on retrouvera souvent à ses côtés) et «Monsieur sans gêne» (1935).

Son image de marque étant la décontraction, la drôlerie, il est le «Fils improvisé» de FlorelleFlorelle, dans cette production de René Guissart (1932) qui le rappellera pour être le fils et le petit fils de Saturnin Fabre dans «Le père prématuré» (1933) : quelle famille !

Il apparaît un temps dans les version françaises ou/et anglaises de productions germaniques comme «A moi le jour, A toi la nuit» (1933), «Antonia, romance hongroise» (1934) ou encore «Nuit de mai» (1934).

Sa connaissance des langues lui permet d'envisager une carrière internationale et il apparaît dans «Bitter Sweet» (1933), tourné en Angleterre en compagnie d'Anna Neagle, avant de signer un contrat avec la Paramount France. Il se laisse tenter par les sirènes hollywoodiennes, et franchit l’océan, en compagnie de son épouse, après avoir donné la réplique à Véra Korène et Maurice EscandeMaurice Escande dans «Sept hommes et une femme» (1936).

Outre Atlantique, il est engagé par Mervyn LeRoy pour «The King and the Chorus Girl» (1937) avec Joan Blondell. Sur place, il retrouve avec un immense plaisir la colonie française de Californie où il s’installe quelques années : Charles Boyer et son épouse, Claudette ColbertClaudette Colbert, Simone SimonSimone Simon, AnnabellaAnnabella, etc. Il apparaît encore dans «Fools for Scandal» (1938) avec Carole Lombard.

Le retour du dandy…

Fernand GraveyJunie Astor etFernand Gravey

De retour sur le vieux continent, «Le mensonge de Nina Petrovna» (1937) lui permet de rencontrer la belle Isa Miranda qui n’allait pas tarder à prendre à son tour le chemin des Amériques. Il se risque bientôt à (contre-) jouer un assassin dans «Le dernier tournant» de Pierre Chenal mais, son public se montrant quelque peu déstabilisé, il revient à des emplois moins sombres.

A l'aube du second conflit mondial, il assure quelques rôles comme «Paradis perdu» (1939), chronique mélodramatique sur fond de guerre prochaine, et la meilleure version du «Capitaine Fracasse» (1942), comédie de cape et d'épées, deux opus signés Abel Gance. Il redoublera également sous la houlette de Marcel L’herbier avec «Histoire de rire» (1941) et «La nuit fantastique» (1941).

Fernand décide alors de s’engager dans la légion étrangère. De 1944 à 1945, sous son véritable patronyme, il participe à sa façon à la libération de notre pays et prendra la nationalité française à la fin des hostilités.

Après la libération, Fernand Gravey tourne beaucoup, incarnant des héros nationaux comme Barras dans «Pamela» (1944) ou «Du Guesclin» (1948). En 1950, il est entraîné par Odette Joyeux dans «La ronde» de Max Ophüls, avant de nous offrir des rôles légers et pétillants comme dans «Ma femme est formidable» (1951), «Le plus heureux des hommes» (1952) ou encore «Mon mari est merveilleux» (1952).

En 1953, Sacha Guitry le retient pour incarner Molière dans «Si Versailles m’était conté». Il enchaîne avec des fantaisies comme «Courte tête» (1956) et des films plus sérieux comme «La bataille de San Sebastian» (1966), grosse co-production franco-mexico-italienne dirigéepar Henri Verneuil. Enfin, comment oublier sa truculence dans ce petit bijou cinématographique qui devait lancer la carrière de l'émoustillante Marthe Keller, «Les caprices de Marie (1970)» ?

Sa dernière apparition dans «L’explosion» de Marc Simenon ne sera distribuée qu’en 1971, l'année suivant sa disparition.

Fernand Gravey aura participé à plusieurs courts-métrages et à quelques fictions télévision dont nous retiendrons tout particulièrement celle de Maurice Pialat , «La maison des Bois», une œuvre de grande qualité où, pendant la seconde guerre mondiale, face à un Pierre DorisPierre Doris bouleversant, il campait un marquis de village très aristocratique mais néamoins profondément humain.

Fernand GraveyDandy jusqu'au bout du cigare !

Un dandy à la ville…

Fernand Gravey a laissé le souvenir d’un homme charmant dans toute l’acception du terme. Je n’ai jamais trouvé, au cours de mes nombreuses lectures, de critiques à son encontre. Il avait été élu homme le plus élégant de au début des années 50, à égalité avec le sémillant Roland Alexandre, remportant ainsi une amusante pomme d’or de la distinction.

Grand sportif, il se plaisait à pratiquer l’escrime, la boxe, le ski mais par-dessus tout, il adorait l'équitation. Homme discret, qui n’aimait pas les tapages médiatiques, il aimait se réfugier avec son épouse dans sa paisible ferme de Touraine, jouant le gentleman-farmer, pour y retrouver ses chevaux, ses chiens, et compléter sa fabuleuse collection de soldats de plomb, s’adonnant à la peinture ou au bricolage.

Séparé, sans être divorcé, de Jeanne, il devait consommer le bonheur des quatre dernières années de sa vie auprès de la comédienne Lucienne LegrandLucienne Legrand, souvent sa partenaire sur scène.

Un infarctus lui sera fatal le 2 novembre 1970. Il repose auprès de Jeanne au cimetière de Saint-Cloud, ville où ils résidaient.

Documents…

Sources : "Fernand Gravey, sa vie, ses films", plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"On travaille magnifiquement à Hollywood, on y apprend pas mal de choses, dont la première , est de savoir qu’on n’y pourra pas rester toujours."

Fernand Gravey
"Qui a dit dandy ?"
Donatienne (novembre 2013)
Ed.7.2.2 : 11-4-2016