Henri VIDAL (1919 / 1959)

… "le plus bel Apollon de France"…

… "le plus bel Apollon de France" Henri Vidal

Il paraissait avoir tout pour lui…

Bel homme au charme viril, taillé comme un Apollon, Henri Vidal fut un jeune premier des belles années 50, séduisant sans difficulté le public féminin. Mais de puissants démons auront raison de lui.

Il nous laisse le souvenir bien nostalgique d’un sympathique et attachant comédien qui ne vieillira jamais…

Donatienne

Lui, l'Auvergnat…

Henri VidalHenri Vidal

Henri Lucien Raymond Vidal est né auvergnat, le 26 novembre 1919, à Clermont-Ferrand. Son père, originaire de la petite cité de Pongibaud, est un militaire qui suivant les mutations, entraînera sa famille à l’étranger, à Lyon et à Paris puis reviendra au pays pour entrer chez Michelin.Sa maman est originaire de Chamalières.

Henri est le deuxième d’une fratrie de cinq garçons au sein d'une famille de bourgeoisie terrienne avec des repères, des principes. Les parents sont responsables et présents dans l’éducation de leurs enfants, une éducation qui s’appuie sur une discipline sévère.

Un témoignage de Jacques, le jeune frère d’Henri, de 10 ans son cadet, nous le montre comme "… turbulent, plein de vie, avec un humour redoutable".Mais c’est un élève indiscipliné qui se fait renvoyer de plusieurs écoles privées et finit même chez les Maristes de Saint Chamond.

Lucides et pratiques, les parents orientent leur fils vers des études commerciales, lui qui a tendance à se réfugier plutôt dans la littérature, l’art et la poésie.
Apollon rencontre Messaline !

A l’adolescence, il se révolte contre ce carcan un peu trop rigide à son goût, sous lequel il étouffe littéralement. Désireux de se libérer de sa trop pesante dépendance financière vis-à-vis de ses parents, il décide, à 17 ans, de “monter à Paris” et de se former pour devenir comédien. Objection formelle du papa qui ne veut pas d’un saltimbanque dans la famille. Henri passe outre l’interdiction et se retrouve dans la capitale. Il réussit tout de même à garder un lien tenu avec les siens, principalement avec sa mère.

Il trouve quelques petits boulots et se montre attiré par tout ce qui relève de l'antiquité. Il a une prédisposition pour la décoration intérieure, l’amour des beaux meubles et des objets qui ont une histoire.

Hélas, la tragédie va se glisser perfidement dans sa nouvelle vie. Il fait la connaissance d’une femme qui va être son mécène et sa maîtresse et qui va assurer financièrement son quotidien, lui qui est devenu un athlétique et séduisant jeune adulte. Il est heureux avec elle, mais bientôt une chose l’inquiète. Que signifient ces sueurs, ces nausées, ces vertiges qu’il éprouve dès qu’il est loin d’elle ? L’aime-t-il tant que cela, au point de tomber malade dès qu’elle n’est plus à ses côtés ? Même en retrouvant ses parents et ses frères, il ressent ces malaises persistants. Un jour, pour percer le mystère, il fait semblant de dormir et réalise que sa protectrice parisienne lui fait respirer de la drogue pendant son sommeil, afin de se l’attacher, le rendant entièrement dépendant d’elle. Il vivra ainsi des états de manque très douloureux. Lors de son service militaire, un médecin parviendra à le faire décrocher de cette terrible spirale. Mais…

Les débuts, pour le meilleur…

Henri Vidal«Fabiola» (1948)

Henri Vidal fait ses premiers pas sur scène au Théâtre Hébertot, au tout début de la guerre. En 1941, il a la chance d’être remarqué par Edith Piaf qui va tout faire pour qu’il soit sur l’affiche du film qu’elle va tourner, «Montmartre sur Seine». Il n’a que 22 ans lorsqu'il entame une carrière de 40 films, étalée sur 18 ans.

L’année suivante, il apparaît dans deux films aux côtés de Michèle Alfa, «L’ange de la nuit» d’André Berthomieu et «Port d’attache» de Jean Choux. En 1943, il épouse la gracieuse comédienne Michèle CordoueMichèle Cordoue, une union qui ne durera que 3 ans.

La Seconde Guerre Mondiale se termine et notre jeune homme reprend les chemins des studios, enchaînant film sur film : «Etrange destin» (1946), «L’éventail», «Les maudits»(1947)…

En 1948, Il est pressenti pour incarner Rhual dans une tragédie antique appelée à connaître un grand succès, «Fabiola». La vedette féminine en est Michèle Morgan, revenue d’Amérique et encore tout auréolée de son premier prix au festival de Cannes pour son rôle dans «La symphonie pastorale» (1946). Le premier contact est amusant : Henri est tellement ému qu’il renverse son verre de porto sur la robe de sa future partenaire lors du cocktail de début de tournage. Celle-ci le trouve séduisant, sans plus : "Je le pensais incapable de bouleverser ma vie".

Lors de la scène où Rhual doit administrer une gifle à Fabiola, Henri dut s'y reprendre dix-huit fois ! Pour se faire pardonner sa maladresse qui eut pu passer pour une mauvaise intention, il l’invite à dîner et la gratifie d'un doux baiser sur la joue encore endolorie, anticipant le baiser du film que tous les échotiers publieront dans leur page et qui marquera le début de leur idylle. Devenus le couple glamour préféré des Français, ils s’installent à l’Hôtel Lambert sur l’Ile Saint-Louis dominant la Seine, dans un très bel appartement qu’ils louent et que l'acteur prendra plaisir à décorer.

En 1949, Henri Vidal est élu "Bel Apollon" de l’année à Nice. C’est vrai qu’il a tout pour rappeler le dieu grec (ou romain !) de la beauté masculine : bel athlète, viril, sain, éclatant de joie de vivre, il a tout pour plaire !

En février 1950, il réussit à entraîner sa Fabiola jusqu'à la mairie du XVIIe arrondissement où ils se marient pour le meilleur et pour le pire. Pendant deux ans ce sera le meilleur, un bonheur sans nuage au cours duquel ils tourneront ensemble «La belle que voilà» de Jean-Paul Le Chanois (1949) et «L’étrange Madame X» de Jean Grémillon (1951). Dans ce dernier film, un drame assez sombre, ils campent deux amoureux pour lesquels le bonheur est inaccessible. Mals à l'aise, ils décideront de ne pas reprendre de tels engagements communs, expliquant que leurs sentiments réciproques les gênaient et rendaient les prises de vues plus difficiles. Il nest pas aisé de faire semblant, surtout quand c’est vrai…

… Et pour le pire !

Henri VidalHenri Vidal et Michèle Morgan

Hélas, au bout de deux ans, les vilains démons qui hantent le mari reviennent à la charge et le couple s’enfonce dans un tunnel des plus sombres. Henri se laisse entraîner vers ce que l’on appelle des paradis artificiels, en tous cas bien éphémères et terriblement destructeurs. Il se livre à ce qu’il s’amuse à baptiser "de petits galas" avec des copains aussi dépendants que lui. Michèle tente de l’aider comme elle le peut, mais les liens se distendent malgré leur amour réciproque et sincère. Au cours de ces années 50, on voit cependant l'acteur dans «La jeune folle» (1952), «C’est arrivé à Paris» (1952),, «Port du désir» (1954). Dans le «Napoléon» de Sacha Guitry (1954), il incarne avec superbe un énergique et efficace Murat, tandis que Michèle paraît sous les traits de Joséphine. Il confesse sa gourmandise dans un sketch des «Sept péchés capitaux» (1951), partage le destin de Robert HosseinRobert Hossein, Serge ReggianiSerge Reggiani et Marina Vlady dans «Les salauds vont en enfer» (1955) et campe un assassin en cavale du côté d'une «Porte des lilas» mise sous surveillance par René Clair (1957). Le cinéma transalpin continue de s'intéresser à lui, qui en fait le protagoniste d'«Attila, fléau de Dieu» (1954) avec Sophia LorenSophia Loren et face à Anthony Quinn), ou encore le trouble-coeur des passagers de l'«Orient Express» (1954). Très actif comme on peut le lire, il ne lui reste guère de temps à consacrer au théâtre, même si le Festival d'Avignon saura l'accueillir pour une unique représentation de «Jules César» mise en scène par Jean Renoir (1954)

Michèle Morgan est alors la plus grande actrice française et la plus chérie du public. Henri, s’il rallie tous les suffrages de la gent féminine, n’a pas le même succès que son épouse et le vit difficilement. Il aimerait qu’on le repère autrement que comme "le mari de Michèle Morgan". Pas évident, même pour un bon acteur, de jouer les princes consorts ! Malgré toute l’attention affectueuse et vigilante de son ami Robert DalbanRobert Dalban, il replonge dans ses travers, mettant en échec les nombreuses cures de désintoxication entreprises. Michèle décide unilatéralement de leur séparation, tout en lui gardant sa tendresse et sa vigilance. Il va s’installer à l’hôtel et renvoie l’image d’un homme cassé, détruit, en larmes. Toutefois, les deux acteurs se retrouvront dans «Pourquoi viens-tu si tard ?» d’Henri Decoin (1958), une question qui sera sans doute restée sans réponse.

Seul désormais, il tourne encore : «Sois belle et tais-toi» (1958), une comédie policière avec Mylène Demongeot, Robert Dalban et les jeunes prometteurs Alain DelonAlain Delon et Jean-Paul BelmondoJean‑Paul Belmondo ; «Une parisienne» (1957) avec la déjà confirmée Brigitte Bardot ; «Mademoiselle Ange» (1959), une comédie légère avec la nouvelle promue Romy Schneider. Son dernier film, «Voulez-vous danser avec moi ?», lui permet de (re)prendre dans ses bras la jolie Brigitte. parallèlement, en cette même année 1958, la presse lui accorde le prix "orange", un fruit de sa disponibilité médiatique qu'il partage avec Nicole Courcel.

Henri VidalHenri Vidal (1959)

Parti trop jeune…

En 1959, toujours amoureux de son épouse et bien décidé à la reconquérir, Henri Vidal entreprend une enième cure de désintoxication. Mais son cœur fatigué ne résiste pas. Michèle apprendra son décès en pleine nuit, le 10 décembre 1959, quelques semaines seulement après celui de Gérard PhilipeGérard Philipe. Elle le fera revenir chez eux, dans l’appartement qu’il avait décoré, et tout le monde du cinéma, en larmes viendra lui dire un ultime adieu.

Quelques jours plus tard, Henri Vidal rejoindra sa dernière demeure dans le petit cimetière de Pongibaud, accompagné par son épouse Michèle, son fidèle Bob Dalban effondré, sa famille, quelques proches et ses copains d’enfance.

Il n’avait que 40 ans. Il les garde éternellement.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Pourquoi viens-tu si tard ?"

Citation :

     "Attention, l’automne est fatal aux Scorpions !"

Henri Vidal, quelques jours après la mort de Gérard Philipe et quelques semaines avant la sienne
Donatienne (juillet 2014)
Ed.7.2.2 : 14-4-2016