Paul NEWMAN (1925 / 2008)

… l'acteur qui parle avec les yeux

… l'acteur qui parle avec les yeux Paul Newman

Paul Newman était un homme, avant d'être un acteur.

Refusant catégoriquement l 'étiquette de “sex symbol” que les groupies et les médias voulaient lui attacher sur le front, il campera plutôt les anti-héros.

Comédien mondialement connu, mais aussi réalisateur, producteur, pilote automobile, promoteur commercial “bio” et enfin, après une tragédie personnelle, homme humaniste et généreux, doté d’un humour percutant, Paul Newman mérite qu'on le connaîsse davantage…

Auteur

Un petit slave aux yeux bleus…

Paul NewmanPaul Newman, enfant

Paul Léonard Newman voit le jour le 26 janvier 1925, à Cleveland (Ohio). Son père, Arthur, fils d'immigrants juifs de Hongrie et de Pologne, gère son commerce d'articles de sport. Sa mère, Theresa, catholique, a des origines slovaques et hongroises à la fois. Adepte de la Christian Science, elle élèvera ses enfants dans sa foi. Paul a un frère né un an avant lui, Arthur Jr.

Il vit une enfance heureuse, dans le quartier aisé de Shakers Heights, où il suit une scolarité régulière. Theresa se rend souvent au Hanna Theâtre de la ville et s’applique à transmettre sa passion à son jeune fils. A 7 ans, celui-ci tient, dans un cadre scolaire, un rôle de bouffon dans une évocation de «Robin des Bois». Cinq années plus tard, à l'aube de son adolescence, il incarne Saint-Georges terrassant le dragon. De son propre aveu, ce jour fait naître en lui une certaine inquiétude. Il renouvellera néanmoins l'expérience lors de ses études secondaires, comme acteur et aussi comme régisseur. Il ne pense alors pas davantage à faire carrière qu'à perpétuer le négoce familial…

"Je serai pilote !"…

Son ambition est de devenir pilote d'avion. Aussitôt après avoir décroché l’équivalent de notre baccalauréat, le jeune homme s'engage dans l'U.S. Navy. Hélas, ses espoirs sont vite anéantis : il est daltonien ! Le voici affecté comme radio de 3ème classe sur un bombardier dans le Pacifique Sud, en pleine période de guerre. Heureusement pour lui, les hostilités prennent fin avant qu'il "n'entre dans la bagarre". Il gardera de cette période l'avantage d'avoir découvert les joies de la lecture.

Démobilisé, Paul reprend ses études au Kenyon College à Gambier. Le temps et l'armée ont transformé notre adolescent en un beau jeune homme très séduisant, conquérant les cœurs des jeunes filles et l'amitié des copains.Ses cours lui laissant du temps libre, il replonge dans l'art dramatique et joue dans une dizaine de pièces, dont «La mégère apprivoisée». Si lui estimera, plus tard, avoir été le plus mauvais acteur de son collège, son public estudiantin l'aura, sur le moment, applaudi et encouragé.

En 1949, il décroche sa licence de lettres et part à Williams Bay dans le Wisconsin pour une tournée où il joue entre autres dans «Cyrano de Bergerac». Son rôle de soldat dans «John Loves Mary» de Norman Krasna, lui fait rencontrer une charmante partenaire, drôle et talentueuse, Jacqueline Witte. Il en tombe amoureux au point de l'épouser. En avril 1950, son père, gravement malade, décède rapidement et Paul doit retourner travailler au magasin familial avec son frère, une activité qui ne l'enchante guère…

A moi Broadway !

Paul NewmanJames Dean et Paul Newman

En 1951, l'affaire finalement vendue, Paul s'inscrit à la Yale University, envisageant de devenir professeur de rhétorique. Père d’un petit garçon, Scott (1950), il installe sa petite famille à New-Haven. Parallèlement à ses études, il suit les cours de Théatre de la Yale School of Drama, se passionnant pour la mise en scène tout en abordant enfin les premiers rôles. Sur les conseils de William Liebling, un agent new-yorkais, il débarque à New-York avec femme et enfant, se donnant une année pour réussir. Là, il vend des encyclopédies tout en se démenant pour décrocher quelques rôles. Grâce à la télévision, il commence à se faire connaître du public. Une camarade lui demande de remplacer son partenaire indisponible dans «Battle of Angels». Elia KazanElia Kazan et Cheryl Crawford, convaincus de ses qualités, le font entrer directement dans leur célèbre institution de L'Actors Studio.

Se jugeant sans complaisance ("J'étais un piano désaccordé"), il décide de changer son jeu. Il travaille, il progresse, mais il court toujours le cachet. Heureusement, lors d'un essai, il convainc Elia Kazan et Tennessee Williams de lui confier un rôle important dans «Picnic», une pièce qui sera joué 14 mois à Broadway. Là, il fait la connaissance de la jeune actrice Joanne Woodward. Très vite l’eur amitié fait place à de l’amour. Paul est déchiré : après Scott lui sont nées deux petites filles, Suzan (1953) et Stephanie (1954). Pendant 5 ans, il mène la vie d'un homme tiraillé entre son foyer et ses sentiments…

On tourne !
«Picnic» lui ouvre les portes d’Hollywood (1954). Il est pressenti pour «A l'est d’Eden» mais James DeanJames Dean lui est préféré. Il débute enfin au cinéma dans «Le calice d’argent» de Victor Saville, une évocation biblique mièvre et kitsh à souhait qu’il reniera plus tard au point, à l'annonce d’une rediffusion télévisée, de faire paraître un encart dans les journaux : "Monsieur et Madame Paul Newman présentent leurs excuses auprès du public pour le film qui passe ce soir à 20h30 sur la chaîne 9. Les excuses portent sur deux points : le film et la performance de l’acteur". Son aversion pour les emplois “peplumisés” persistera au point qu'il abandonnera le rôle de Ben-Hur (William Wyler, 1960) à son copain Charlton HestonCharlton Heston : "Mes jambes ne sont pas assez belles pour les montrer sous une jupette !". Et pourtant !

En 1955, Paul Newman tient, toujours à Broadway, un rôle fort qu’Humphrey BogartHumphrey Bogart assurera la même année au cinéma dans «La maison des otages». Le décès de James Dean, son partenaire de l'Actors Studio, l’afflige douloureusement. Ce dernier ayant été sollicité par la MGM pour incarner le boxeur Rocky Graziano à l'écran, Robert Wise songe à Paul pour le remplacer. Avec «Somebody Up There LikeS Me/Marqué par la haine» (1956), la carrière de notre héros est lancée et la MGM peut distribuer «The Rack/Le supplice des aveux» (Arnold Laven, 1956), une œuvre mons ambitieuse tournée peu auparavant.

Chagrins et bonheurs…

Paul NewmanJoanne Woodward et Paul Newman

Dans sa vie privée, c’est le désordre et le chagrin. Joanne ne veut pas être considérée comme une briseuse de couple. D'un commun accord, les deux amoureux décident de ne plus se revoir. La presse s’empare de leur histoire, rendant Paul irascible et tendu. Arrêté consuisant en en état d’ivresse, il finit menotté dans les bureaux de la police !

Heureusement lui arrivent de belles opportunités : «Until They Sail/Femmes coupables»(Robert Wise, 1957), «The Helen Morgan Story/Pour elle un seul homme» (Michael Curtiz, 1957), etc. La critique reconnaît en lui "le nouveau dur au charme irrésistible". Paul et Jackie décident de divorcer dans la plus grande discrétion alors qu'il se prépare à tourner «The Long Hot Summer/Les feux de l’été» (Martin Ritt, 195)7. Joanne Woodward, fraîchement oscarisée, lui donne la réplique et le couple amoureux se reforme. La critique porte ce film aux nues grâce au couple vedette, mais aussi à la présence d’Orson WellesOrson Welles. Paul Newman devient une vraie vedette internationale, reconnaissance confortée par les jurés du Festival de Cannes 1958 qui lui accordent la palme d'or du meilleur acteur.

Les parcours professionnels de Martin Ritt et Paul Newman se croiseront encore à 5 reprises, avec plus ou moins de bonheur : «Paris Blues» (1961) sur fond de jazz parisien ; «Aventures de jeunesse» (1962), une évocation de la jeunesse d'Ernest Hemingway dans laquelle il apparaît en “guest star” ; «Hud/Le plus sauvage d’entre tous», (1963) qui, pour beaucoup, reste son meilleur rôle, «L’outrage» (1964) où il apparaît en bandit mexicain aux yeux clairs ; «Hombre» (1966) où il campe un homme blanc élevé par des Apaches.

Paul et Joanne se sont mariés le 29 janvier 1958 à Las Vegas, davantage pour le meilleur que pour le pire. De leur union naîtront 3 filles qui toutes deviendront comédiennes : Elina (dite Nell, 1959), Mélissa (1961) et Cela (1965). Le couple préservera farouchement sa vie privée : «Je suis deux personnes : je suis moi, Paul Newman, et je suis l’acteur : le premier n’est pas à vendre ».

Après une lune de miel dans la campagne anglaise, Paul incarne Billy the Kid dans «Le gaucher» (1958), une très libre adaptation de la vie du célèbre hors-la-loi imaginée par Arthur Penn, nous montrant le héros empreint d’une violence incontrôlable. L’œuvre aura réussi à démystifier la légende glorieuse des cowboys du siècle passé. Le couple se produira une dizaine de fois sur un même plateau pour des films qui se laisseront regarder, comme «Rallye Round the Flag, Boys/La brune brûlante» (1959), «Du haut de la terrasse» (1960), «A New Kind of Love/La fille à la casquette» (1963), «Winning/Virages» (1969) dans le milieu des courses automobiles. Mais c'est surtout avec «Rachel… Rachel» (1968), réflexion inspirée sur le célibat des femmes, que Paul, producteur et réalisateur mais non interprète, contribuera à la gloire de son épouse…

Acteur, producteur et réalisateur…

Paul NewmanPaul Newman

Face à Liz Taylor dans «La chatte sur un toit brûlant» (1958), Paul Newman exprime une sensualité trouble qui lui vaut une première nomination aux oscars. «Exodus» (1960), lourde évocation de la naissance de l’état d’Israël en 1947 n’obtient pas le succès attendu, malgré une bonne réception en Europe. Plus convaincant dans «L'’arnaqueur» (Robert Rossen, 1961), l’histoire d’un loser joueur de billard, l'acteur se voit sacré meilleur interprète masculine de l'année par les directeurs de salles de cinéma américaines.

Il ose alors les comédies légères mais ses tentatives ne seront pas des plus heureuses : «The Prize/Pas de lauriers pour les tueurs» (1963), «What a Way to Go/Madame Croque-Maris» (1964), «Lady L» (1965), et jusqu'au «Rideau déchiré» (1966), un Hitchcock des plus faiblards, ne nous montrent pas le Paul Newman que l'on veut voir, malin et hâbleur à souhait. Fort heureusement, il fait la rencontre de Lew Harper, un personnage de «Détective privé» (Jack Smight, 1966), qui donne un nouvel élan à sa carrière. Avec «Luke la main froide», (Stuart Rosenberg, 1967), il enfonce le clou en forçat incorruptible. Ravi, il n'en réalise pas moins avec amertume qu’on ne lui laisse guère la possibilité de sortir d’un même type de personnage.

A la fin des sixties, il fonde, avec Sidney Poitier et Barbra Streisand, "The First Artists Production Company" que Steve McQueen rejoindra ultérieurement. Enfin, il trouve joyeusement sa place, aux côtés de Robert Redford, dans «Butch Cassidy et le Kid» (1969), une aventure narrant l'odyssée de trois compères que l’on est forcé de trouver sympathiques. Quatre ans plus tard (1973) le duo se reformera dans «L’arnaque», sous la houlette du même réalisateur et avec le même bonheur.

Entre ces deux succès, Paul aura produit «WUSA» (1970) ) – dirigé par son nouveau réalisateur fétiche, Stuart Rosenberg – et mis en scène «Sometimes a Great Notion/Le clan des irréductibles» (1971) ainsi que l’étonnant «De l’influence des rayons gammas sur le comportement des marguerites» où il aura donné son meilleur rôle à son épouse Joanne et la joie de diriger leur fille aînée.

Dans «The Life an Times of Judge Roy Bean/Juge et hors-la-loi» (John Huston, 1972) et «Buffalo Bill et les Indiens» (Robert Altman, 1976), il personnifie, toujours avec cette désinvolture qui le caractérise, deux autres figures légendaires de l'ouest américain, non sans avoir entre temps sacrifié à la mode des films-catastrophes («La tour infernale», 1974), lorsqu'ils ne sont pas catastrophiques…

Un artiste polymorphe…

Paul NewmanPaul Newman et Joanne Woodward

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes hollywoodiens avant qu’ un événement épouvantablement tragique ne vienne bouleverser sa vie. En 1978, son fils Scott, issu de son premier mariage, succombe à une overdose de drogue. On ne se remet pas vraiment d’un tel drame et plus rien ne sera jamais pareil pour lui. Il met alors toute son ardeur dans la création de la Fondation Scott Newman, tout en cautionnant d’autres œuvres en faveur des enfants malades et défavorisés. Soutenu par son épouse et ses 5 filles, dont Suzan qui consacre son temps aux œuvres caritatives, il trouve les vraies valeurs de la vie. Il se complaît à favoriser le “naturel” et n’a pas peur de promouvoir les bienfaits des produits biologiques en lançant des marques portant son nom, Newman Own, les bénéfices réalisés par cette initiative étant reversées à des œuvres charitables.

Il s'engage même politiquement, soutenant le camp démocrate et se rangeant aux côtés de ceux qui sont partisans de limiter le port d’armes, s'opposant ainsi à son ami de naguère, Charlton Heston.

Bien sûr, il est impossible d’évoquer Paul Newman sans parler de sa passion pour les courses automobiles contractée pendant le tournage de «Virages». En 1979, un an après la disparition de Scott, il arrive deuxième aux 24 heures du Mans, dépensant ainsi avec maîtrise toute sa rage de vivre. En association avec l'entrepreneur Carl Haas, Il crée sa propre écurie de course, la Newman Haas Racing, qui permettra à notre compatriote manceau, Sébastien Bourday, d'obtenir quatre titres de champion Champ Car.

Dans la dernière partie de son parcours cinématographique, il opte pour des rôles moins faciles. Avec «Verdict» (Sidney Lumet, 1982), où il campe un avocat alcoolique, il rate de peu l’oscar une année où il n'y avait rien à faire contre Ben KingsleyBen Kingsley («Gandhi», 1982). En 1987, la profession tient à l’honorer pour sa belle carrière en lui accordant une statuette d’honneur. Mesurant peut-être le côté déplacé de la chose, la même académie se rattrape en lui décernant enfin le mythique trophée pour sa performance dans «La couleur de l'argent» de Martin Scorsese, où il reprend son personnage de «L'arnaqueur», passant ainsi un témoin symbolique à l'un de ses collègues les plus prometteurs de la nouvelle génération, Tom CruiseTom Cruise.

Pour son ultime voyage dans le septième art, Paul Newman suit, en 2002, «Les sentiers de la perdition» en chef mafieux cruel et torturé face à Tom Hanks. Il apparaît encore à la télévision mais se plaît de plus en plus en famille, dans le Connecticut où il profite, avec son épouse, de Peter et Henry, les deux petits fils que Mélissa leur aura offerts.

Alors que le couple devait célébrer ses noces d’or, Paul Newman s’éteint le 26 septembre 2008, des suites d’un cancer des poumons, dans sa propriété de Westport, ville où il est inhumé. Ce jour-là, pour un grand nombre de ses admiratrices, ce fut «Le jour de la fin du monde».

Documents…

Sources : «Paul Newman» de François Guérif (éditions PAC, 1975), Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Vous vous cassez le c… pendant 18 ans à travailler votre art et une femme vient vers vous et vous dit : SVP enlevez vos lunettes que je puisse voir vos yeux bleus… "

Paul Newman
Avec ces yeux là…
Donatienne (décembre 2014)
Ed.7.2.2 : 16-4-2016