Sean CONNERY (1930)

… il était 007 fois James Bond !

Sean Connery

Réduire Sean Connery au personnage de James Bond constituerait certainement une énorme incongruité aux oreilles de ceux qui connaissent un peu les choses du cinéma.

Car si l'acteur doit sa notoriété au célèbre personnage imaginé par le journaliste Ian Fleming, il a su par la suite faire la preuve de sa forte personnalité et démontrer qu'il savait porter d'autres costumes que le célèbre smoking de 007.

Bourreau de travail, au professionalisme reconnu par tous ceux qui ont travaillé avec lui, il est devenu l'un des acteurs les plus riches du monde et les plus recherchés pour son talent, sans n'avoir rien renié de son enfance dans les quartier pauvres d'Edimbourg…

Christian Grenier

Le garçon des quartiers perdus…

Sean ConnerySean Connery, enfant…

En 1928, Joe Connery, un britannique d'origine irlandaise, s'installe avec son épouse Euphemia à Fountainbridge, quartier ouvrier de la très écossaise cité d'Edimbourg, proche de l'usine de caoutchouc qui l'emploie. Le 25 août 1930, alors qu'une crise économique sévit sur les pays industrialisés, le jeune couple recueille le fruit de ses amours qu'une cicogne consciencieuse laisse tomber devant leur porte : le cadeau portera le délicieux prénom de Thomas.

Chez ces gens-là, monsieur, les parents pris par le travail, c'est dans la rue que les gosses reçoivent l'éducation qui les aidera à se faire une place dans la jungle qui les sépare du monde des adultes et dont bien peu sortent sans blessure. Difficile à clouer sur les bancs formateurs de pensée de l'école communale, le gamin voit sa scolarité interrompue par le passage d'un second volatile venu livrer le petit Neil (1938) au sein d'un foyer déjà en proie à des difficutés financères. C'est ainsi que, sans doute pour mettre du beurre dans les chardons, Thomas se retrouva garçon laitier !

A la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale, Joe, trop âgé pour endosser l'uniforme, fut enrôlé aux usines Rolls Royce de Glasgow, laissant femme et enfants dans la capitale écossaise. Peu après, l'aîné fut inscrit au lycée technique de Darroch dans l'illusion de le voir acquérir toutes les connaissances qui ne devaient jamais lui servir. Il fallut bien vite se rendre à l'évidence, le laitier ayant pris des habitudes que l'on qualifierait chez nous de “blouson noir”, il serait plus à sa place à la campagne auprès de ses grands parents. Veaux, vaches, cochons et poulets ne s'en plaignirent pas mais n'en profitèrent qu'un court moment : Thomas, peu enclin à suivre les traces paternelles, signa un engagement dans la marine dans l'espoir de “voir du pays”. Las, le conflit ayant rendu le verdict que l'on sait, les navires de Sa Gracieuse Majesté restaient désormais le plus souvent à quai. La boxe, noble art dans lequel notre col-bleu excellait, lui permit un temps de tromper son ennui, mais pas suffisamment pour que la déprime – et les coups répétés de quelques adversaires plus adroits que les autres – ne compromettent sa santé.

Et Thomas devint Sean…

A 19 ans, guéri de son ulcère et rendu à la vie civile, Thomas se retrouva sur la case départ sans avoir le moindre grain à moudre ni la plus petite idée de la manière de s'en procurer. En ce temps-là, il n'y avait pas d'agence pour l'emploi, le travail étant revenu pour qui acceptait de retrousser se les manches. Le jeune homme ne rechigna pas à la besogne et devint successivement livreur de charbon, ouvrier dans une aciérie, chauffeur de camion, toute une série de métiers pénibles qu'il agrémentait d'une sérieuse pratique de l'haltérophilie et du culturisme. Une formation délivrée aux militaires démobilisés pour raison de santé lui offrit, en 1951, un débouché comme polisseur de cercueils, activité prémonitoire pour quelqu'un destiné à se retrouver sur les planches !

Car l'un de ses collègues, par ailleurs introduit dans le monde du théâtre, lui demanda de l'assister dans ses fonctions d'habilleur. Ainsi, notre ébéniste, devenu entre-temps maître nageur, se fit quelques relations utiles dans les milieux artistiques d'Edimbourg, ce qui lui permit de jouer les figurants musclés à l'Empire Theatre. Ayant répondu à un casting de seconds rôles, Thomas Connery fit ses débuts officiels sur scène dans «South Pacific» (1952), une comédie musicale qui prolongea son succès londonien par une tournée à travers la Grande-Bretagne. En 1953, ayant assisté à une séance de «L'homme des vallées perdues», notre ambitieux comédien résolut de se faire appeler Sean (NDLR : prononcez Chun' et non pas Sin'), et pas uniquement par ses amis intimes…

Diane de Brisbane…

Sean ConneryDiane Cilento et Sean Connery

La tournée achevée, Sean Connery courut les studios à la recherche d'un nouvel engagement. Il parvint à décrocher quelques petits rôles au théâtre et à la télévision, faisant même une première apparition figurative au grand écran («Voyage en Birmanie» de Herbert Wilcox, 1955). Le producteur Alvin Rakoff, à la recherche d'un acteur doté d'un minimum de qualités pugilistiques, lui offrit sa première grande chance en le choisissant pour incarner le héros de son «Requiem for a Heavyweight» (1957), un téléfilm dont le succès lui vaudra quelques propositions alléchantes. Malheureusement, l'acteur se devait de satisfaire aux exigences de quelques signatures antérieures. Ainsi le vit-on cotôyer Stanley Baker et Patrick McGoohan dans «Hell Drivers/Train d'enfer» (1957) au volant d'un poids lourd d'un tout autre genre.

Non indifférente aux retombées du «Requiem…», la Twentieth Century Fox sembla s'intéresser à cette belle gueule qu'elle s'attacha par un salaire régulier. Mais sans doute s'agissait-il davantage d'une assurance que d'une profonde conviction, car nul ne songea à l'utiliser. Il fallut une grosse colère de l'intéressé pour qu'on se décida à le prêter à la MGM, laquelle le distribua au même générique que notre blonde hexagonale, Martine Carol dans un film de Terence Young («Action of the Tiger/Au bord du Volcan», 1957).

La télévision, moins hésitante, en fit le héros d'un épisode de la série «Anna Christie» (1957), événement dont nous n'aurions sans doute jamais parlé si le rôle titre n'avait été tenu par une jeune actrice venue des colonies, Diane Cilento. Une tendre liaison ne tarda pas à se nouer entre les deux protagonistes, la belle Australienne de riche naissance abandonnant son époux pour ce jeune Anglais avenant, mais encore brut de décoffrage. Elle s'attela d'ailleurs aussitôt à polir ce nouveau compagnon, lui ouvrant de nouveaux horizons culturels et réorientant son approche du métier de comédien.

Ainsi, pendant quelques mois, la carrière de Sean Connery se trouva ralentie et ce ne sont pas ses apparitions dans l'univers de Walt Disney («Darby O'Gill and the Little People», 1958) ni son intrusion dans la jungle africaine où l'homme-singe le délogea rapidement («La plus grande aventure de Tarzan», 1959) qui auront fait de lui le nouvel héros des sixties toutes proches…

"Bond…, James Bond !"

Sean Conneryl'agent secret 007

Agent de renseignements britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale, le journaliste Ian Fleming est devenu le père créateur d'un agent secret de Sa Gracieuse Majesté dont tout le monde a entendu parler, James Bond. Fort de ses premiers succès de librairie, il s'attache depuis le milieu des années cinquante à trouver un débouché cinématographique au fruit de son imagination, mais seul le petit écran a daigné jusqu'alors s'intéresser à sa créature. Elevé en Ecosse, formé à Eton, ce personnage de fiction dispose aujourd'hui d'une biographie officielle à laquelle les auteurs successifs de ses nombreuses aventures ne sauraient déroger.

Au terme de nombreuses difficultés dont les détails sont a-Bond-amment narrés sur les sites spécialisés, notre écrivain parvient à intéresser deux financiers à son ambitieux projet. Le premier, l'Américain Albert R. Broccoli, dirige ses affaires depuis la City londonienne et peut se déjà se flatter de quelques titres avantageux sur sa carte de visite. Le second, le Canadien Harry Saltzman, encore jeune dans la profession, semble être le premier à avoir acquis les droits cinématographiques du personnage de Bond auprès de Fleming. Comme il apparaît rapidement que l'organisation du film nécessitera une grosse mise de fonds, les deux hommes s'associent au sein d'une nouvelle compagnie, la Eon Productions, tout en s'assurant une distribution aux Etats Unis sur le réseau de la United Artists, avant de mettre en chantier «James Bond contre Dr.No» (1962).

Si le choix du metteur en scène ne posa guère de problème – Terence Young avait déjà travaillé à plusieurs reprises avec Broccoli – il en alla autrement pour l'acteur destiné à sauver le monde occidental des monstrueux projets imaginés par quelques un des mégalomanes les plus mal intentionnés de la planète Terre. Les premiers envisagés (Cary Grant, David Niven, James Mason,…) ont dépassé la cinquantaine et ne sont accessibles qu'à des tarifs peu compatibles avec le budget prévisionnel. On se rabattit sur des gabarits plus modestes (Patrick McGoohan, Richard Johnson, Roger Moore déjà,…) avant que Young ne se souvienne de son interprète à la forte carrure, Sean Connery. Passant outre aux remontrances des distributeurs de chez l'oncle Sam, peu emballés par cet illustre inconnu, Broccoli et Saltzman firent signer au grand Ecossais un contrat de 5 ans pour élimer le smoking de l'agent 007 jusqu'à la corde, lui permettant de toutefois une escapade annuelle vers d'autres plateaux de cinéma.

La première “James Bond Girl” se devait d'être à l'unisson. Ursula Andress n'avait que trois films à son actif lorsque sa beauté naturelle la fit retenir pour sortir, naïade ô combien sensuelle, d'un océan de chaleur auprès duquel notre héros, pourtant généralement froid, ne devait pas tarder à fondre. Les ingrédients étaient réunis pour transformer le pudding américano-anglo-canadien en une oeuvre digne de la maison Frascati ! Au terme d'un démarrage tardif, le Dr.No devait rafler une quinzaine de fois sa mise et faire de Sean Connery un homme fortuné et un acteur recherché.

Le tournage achevé, la première londonienne effectuée, Sean Connery s'empressa d'épouser sa compagne Diane Cilento (décembre 1952), dont l'état avantageux n'échappait à personne et devait très vite déboucher sur la naissance de Jason (janvier 1963).

La corne d'a-Bond-ance…

«Bons baisers de Russie» (Terence Young, 1963), au budget deux fois plus important, succéda rapidement aux aventures du médecin nihiliste. Au terme de cinq mois d'un tournage mouvementé, Bond s'apprêtait à se représenter devant les juges-spectateurs du monde entier. Cette fois, la United Artists se montra plus active et le succès fut à la hauteur des nouvelles espérances, la critique n'étant plus en reste : il fallait se rendre à l'évidence, le super-héros avait gagné la bataille de la popularité, s'assurant ainsi un avenir sans nuages.

Avec «Goldfinger» (Guy Hamilton, 1964), le personnage prit les dimensions qu'il conserve encore aujourd'hui, les gadgets gagnant leur place définitive. Qui ne se souvient de l'Aston Martin bourrée d'artifices, qui devait “booster” les ventes du modèle de série, et qui vient d'être récemment revendue pour la modeste somme de 3,3 millions d'Euro ? Ou du cadavre de cette magnifique créature (Shirley Eaton) aux courbes recouvertes d'or après une nuit d'amour que l'on devine agitée ?

«Opération Tonnerre» (Terence Young, 1965), tourné quelques mois après le décès de Ian Fleming, enorgueillit notre coeur tricolore de la présence de Claudine Auger. Pour réaliser ce quatrième opus, il fallut racheter les droits d'adaptation accordés quelques années auparavant au scénariste Kevin McClory dont le projet n'avait pas pu voir le jour. A la baguette, Terence Young sacrifia une dernière fois aux exigences du monde des affaires, permettant de faire de l'oeuvre le film le plus rentable de la jeune série.

«On ne vit que deux fois» (Lewis Gilbert, 1966) emporte 007 au pays du soleil levant où les Japonais l'attendent comme un dieu. Pour ce film qui terminait ses devoirs contractuels, l'acteur encaissa plus de 3 millions de dollars, participation comprise, soit 500 fois plus que pour «Dr.No» ! Il était temps pour lui de passer à autre chose…

Jamais, plus jamais !

Sean ConneryUne nouvelle gueule…

 

Dès son 3ème “Bond”, Sean Connery manifesta sa lassitude d'incarner le personnage et fit valoir son droit d'aller voir ailleurs où il n'était pas. Plutôt que d'exploiter son filon aurifère, il en laissera l'usufruit à un insipide Australien George Lazenby tout heureux de se mettre «Au service secret de sa Majesté» (1969). Quant à lui, encouragé par Diane, il affiche ses ambitions. Son nom étant devenu promesse de succès, il y a tout à penser que ce furent les producteurs de «Marnie» (1964) davantage qu'Alfred Hitchcock, qui eurent l'idée de l'opposer à la blonde de service, à peine échappée des griffes des «Oiseaux» (1963), j'ai nommé la glaciale Tippi Hedren. Même si l'histoire paraît peu crédible – un riche homme d'affaires tombe amoureux d'une kleptomane parce qu'elle est kleptomane – le contraste entre les deux personnages et la volonté de l'homme à sauver celle qu'il a forcée au mariage relève d'une très belle histoire d'amour. Toutefois, les relents psychanalitiques par trop simplistes qui régissent l'évolution de leur relation n'attira pas les foules et laissa quelques regrets au grand Alfred himself.

Plus fort et plus convaincant, «La colline des hommes perdus» (1965) constitue l'un des piliers, avec «Douze hommes en colère», de l'oeuvre de Sidney Lumet, jeune réalisateur venu du petit écran. Sean y incarne une forte tête de l'armée britannique soumise à un stage de redressement au sein d'un camp disciplinaire dirigé par une paire d'officiers sadiques. Pour bien prendre ses distances avec son héros bondissant, l'acteur affiche une calvitie naturelle qu'on ne lui connaissait pas et arbore une moustache des plus inhabituelles. Si les Français honorèrent et saluèrent la qualité du film, les Britanniques de bonne condition ne trouvèrent pas crédibles que certains de leurs compatriotes aient pu se comporter comme des nazis.

Entre deux tournages, se souvenant de ses origines écossaises et plébéiennes, Sean réalisa un documentaire sur le monde des mineurs, «The Bowler and the Bunnett» (1967), avant de retrouver les corons sur le plateau de «Traitre sur commande» dirigé par Martin Ritt (1968), mais les difficultés sociales n'intéressèrent pas outre mesure les spectateurs de cette après-guerre où la reconstruction de l'Europe entretenait encore pas mal d'emplois. Pour redorer son blason, il accepta de rejoindre la superproduction d'Edward Dmytryk, «Shalako» (1968), celui-ci ayant eu l'idée saugrenue d'en faire le cavalier servant de Brigitte Bardot dans un western à faire pisser de rire le fantôme de John Ford et notre collaborateur Patrick Glanz.

Une fois ne suffit pas…

De leur côté, loin de baisser les bras, Broccoli et Saltzman, poursuivirent leur collaboration en mettant en chantier «Les diamants sont éternels» (Guy Hamilton, 1971). Connery ayant une nouvelle fois décliné l'invitation, leur choix se porta sur l'Américain John Gavin, lui aussi entrevu chez Hitchcock («Psychose», 1960). Mais soudain l'Ecossais, ramené à une dure réalité par de récents échecs, se montra moins catégorique et finit par faire valoir des exigences que seule l'épaisseur du fromage escompté pouvait faire avaler. Le repas fut à la hauteur de tous les appétits, les convives se pressant par millions au retour de l'agent prodigue qui, une fois sa faim apaisée, jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus : «Bond ? Jamais, plus jamais !».

Il tint sa parole jusqu'en 1983 et «Jamais plus jamais» : de l'importance de la ponctuation sur la signification des serments !

"My name is Connery… Sean Connery !"

Sean ConnerySean Connery et Micheline Roquebrune

Sean est devenue définitivement une star. Sur le plan financier, plusieurs générations de Connery sont désormais à l'abri du besoin. Le travail n'est plus pour lui une nécessité, même s'il demeurera longtemps encore un besoin. Il peut se consacrer à d'autres tâches, servir son Ecosse natale aux travers d'oeuvres de bienfaisance ou de militantisme et s'adonner à ce loisir partagé avec l'un de ses pires ennemis, le golf. C'est d'ailleurs sur un green qu'il rencontre une jolie française, artiste-peintre de talent, Micheline Roquebrune. Son mariage avec Diane ayant pris du plomb dans l'aile – le couple vit séparé – , une liaison ne tarde pas à s'installer.

Sur un plan purement professionnel, il va désormais choisir parcimonieusement ses compositions, acceptant de travailler sur participation pour permettre la réalisation des projets auxquels il tient ou plaçant les cordons de la bourse bien au-dessus du nez des superproducteurs qui ne s'intéressent qu'à son nom. De plus en plus, il s'implique dans les scénarios qu'on lui faire interpréter et fait connaître bien fort sa vision des choses. Au sein de Tantallon Film, il produit ainsi «The Offence» (Sidney Lumet, 1972), un film au petit budget qui ne rentra pourtant pas dans ses frais. Dans «Zardoz» (John Boorman, 1973), oeuvre ambitieuse dont il se déclarera toujours fier, il se promène en culottes rouges dans un monde futuriste assez déroutant, à tel point que les spectateurs ne trouvèrent guère le chemin des salles.

Après «Le crime de l'Orient Express» (Sidney Lumet, 1974) où il apparaît noyé parmi une ribambelle de vedettes internationales, l'acteur et sa compagne quittent la Grande-Bretagne, peu propice à la pratique régulière du golf et dont le Chancelier de l'Echiquier avance une dentition jugée un peu trop longue, pour s'installer à Marbella où il fait construire une magnifique propriété (et dont la revente, en 1999, emmènera la justice espagnole, dans le cadre d'une large affaire d'opérations immobilières frauduleuses, à s'intéresser à son cas). Et pour finir le rangement, son divorce prononcé (1973), il officialise sa relation avec Micheline (1975). Pour ne pas tomber dans les filets de la loi fiscale britannique, il ne tournera plus que brièvement dans son île natale et exportera ses talents à l'étranger.

Pour «L'homme qui voulut être roi» (John Huston, 1975) où le sujet prend le pas sur la distribution, il partage sans rechigner l'affiche avec son compatriote Michael Caine dans une histoire rocambolesque qui le fera roi et divinité d'une peuplade afghane, jusqu'à ce que la révélation qu'un sang bien humain coule dans ses veines le fasse redescendre au rang de simple mortel. Dans cette liste flamboyante, comment ne pas évoquer le magnifique «La rose et la flèche» (Richard Lester, 1976) qui marque le retour à l'écran d'Audrey Hepburn : aux antipodes de celui campé par Errol Flynn, son Robin de Sherwood met en évidence sa calvitie et ses rhumatismes bien plus souvent que sa clairvoyance ou son intelligence. «The Outland» (1983) le propulse dans l'espace en shérif du futur où la nature humaine se révèlera à ses yeux comme n'ayant guère changé depuis l'aube des temps.

A vous, maintenant…

Sean Connery«A la poursuite d'Octobre Rouge» (1990)

L'âge est venu, qui frappe, heureusement, sans discernement. La soixantaine approche et Sean Connery ne peut plus se présenter comme le porte-flambeau des nouvelles générations. Alors, portant sur ses épaules cette sagesse que confère l'expérience, il saura le faire passer (le flambeau), et c'est dans des rôles de “père”, au sens propre comme au figuré, qu'il encadrera ses partenaires de la dernière pluie. Âgé de quelques millénaires, il assiste un gamin de 450 ans à la recherche d'un pouvoir dont on ne découvrira le prix qu'à la fin («Highlander», 1985). Accompagné d'un novice dont on lui a confié l'éducation, il joue les Sherlock Holmes dans une abbaye médiévale imaginée par Umberto Ecco («Le nom de la rose», Jean-Jacques Annaud, César 1987 du meilleur film étranger). Il vient même au secours de l'incorruptible, Elliot Ness, lorsque celui-ci, après s'être cassé les dents une première fois sur Al Capone, fera appel à ce vieux Briscard de Jim Malone pour venir à bout du vilain balâfré de Chicago («Les incorruptibles», Brian de Palma, 1987, auquel il est redevable d'un oscar du meilleur second rôle). Indiana Jones lui-même saura mettre à profit sa grande culture dans sa quête infructueuse d'un Graal que l'on croyait davantage symbolique («Indiana Jones et la dernière croisade», Steven Spielberg, 1989). Enfin, c'est au sommet d'un véritable arbre généalogique qu'il prend la direction d'un cambriolage afin d'éviter à son fils et son petits-fils (Matthew Broderick) de multiplier les («Family Business», 1989).

Toujours séduisant, la pilosité grisonnante, il n'en fait pas moins perdre la tête à Michelle Pfeiffer dans «La maison Russie» (Fred Schepisi, 1990), en espion ne devant rien à son illustre prédécesseur, tout en prouvant, avec «Octobre Rouge» (John McTiernan, 1990), qu'il demeure une valeur sûre au box-office. Sur le tard, il jouera inhabituellement les vilains en faisant des crasses au couple de détectives échappé du petit écran et que l'on reconnaîta aisément à leurs «Chapeau melon et bottes de cuirs» (Jeremiah Chechik, 1997).

Tel est Sean Connery : un homme entier, qui s'est formé lui-même et a eu la chance de rencontrer son destin, à l'aube des années soixante, grâce à une série de romans populaires, parce qu'il ne représentait pas grand chose, et surtout pas une énorme mise de fonds. Loin de s'asseoir sur ses lauriers, il mit sa notoriété au service de son art et servit le cinéma là ou d'autres se seraient fait servir la soupe. Patriote convaincu, militant aujourd'hui pour l'indépendance de l'Ecosse, Sir Connery (anobli par la reine Elisabeth II en 2000) coule désormais une retraite dorée en compagnie de Micheline, dans leur propriété des Bahamas en avouant, non sans ironie, ne plus rien comprendre au cinéma du XXIème siècle.

Documents…

Sources : «Sean Connery» par Philippe Durant (éditions Sévigny, 1989), Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Bons baisers de Russie…

Citation :

"Bond m'a rendu riche et indépendant. Il m'a permis de faire ce que je voulais et de pouvoir dire non, de poser mes conditions."

Sean Connery
Christian Grenier (novembre 2015)
Ed.7.2.2 : 18-4-2016