Jean-Claude BRIALY (1933 / 2007)

"Le ruisseau des singes…"

Jean-Claude BrialyJean-Claude Brialy (1935)

Jean-Claude Brialy est né le 30 mars 1933 à Sour El-Ghozlane (ور الغزلان), que l'on appelait alors Aumale en l'honneur du duc éponyme, fils de Louis-Philippe. Son père Roger, Morbihanais de naissance, avait fait l'école militaire d'officiers d'Autun d'où il était sorti avec le grade de lieutenant d'artillerie. Une première affectation à Issoire (Puys-de-Dome), lui permit de rencontrer Suzanne Abraham, une jeune fille de la petite bourgeoise dont il eut tout juste le temps de faire son épouse (1932) avant d'embarquer pour l'Algérie.

En 1935, une cigogne, sans doute émigrante, apporta au bambin un frère, Jacques (1935), dont il aimera s'occuper et guider les premiers pas. Déjà émotionné par la voix des grands artistes qu'il capte à la radio, Jean-Claude fait ses premières armes de comédien en perle dans une huître sur la scène de fortune d'un établissement scolaire !

Au fil des promotions et des mutations paternelles, la famille se déplace à Blida (1939), "la ville des roses", d'où elle rend régulièrement visite au "ruisseau des singes" distant d'une quarantaine de kilomètres, entre les gorges de la Chifa. Un peu plus tard (1942), Bône (aujourd'hui Annaba) l'accueillit à son tour, grand port proche de la frontière tunisienne d'où les gamins rêvent de cette métropole qu'ils s'imaginen apercevoir de l'autre côté de la mer, avec d'autant plus de certitudes et de souvenirs qu'ils passent régulièrement leurs vacances d'été chez leurs grands-parents parternels et Angevins ou maternels et Auvergnats. Déjà, l'aîné ne peut s'empêcher de faire le pître devant ses camarades d'école, goûtant le plaisir d'être le centre des regards et l'objet des applaudissements.

La métropole…

En 1942, au plein coeur des événements que l'on connaît, Roger est rappelé en métropole. La famille débarque à Marseille où le père, après un interrogatoire serré mené par les services d'occupation, est placé en semi-retraite. Désoeuvré, celui-ci décide de regrouper son petit monde à Issoire où l'accueillent les grands-parents maternels qui tiennent une entreprise de vente, de location et de réparation de véhicules automobiles. Sur place, les enfants découvrent le lycée et goûtent les séances de cinéma lors des longs dimanches pluvieux de l'hiver qui s'installe.

Mais Roger, ne trouvant pas sa place dans un milieu qui n'est pas le sien, décide de revenir dans son Anjou natal. À Angers, officier de réserve affecté à la Sécurité Civile, il a désormais le temps de s'occuper de l'éducation de sa progéniture à la manière militaire et son autorité, imposée à coups de cravache, est souvent mal vécue par les deux garçons. Après le bombardement de la ville par les troupes alliées (28 mai 1944), l'on considéra plus sage d'envoyer ces derniers à Chambellay, chez leurs grands-parents paternels. Sur place, sous le commandement d'un grand-père ancien cavalier de la Garde Nationale, Jean-Claude découvre les travaux de la ferme et jouit d'une liberté retrouvée. Heureux, il organise des spectacles au village, dont il est à la fois l'auteur, le metteur en scène et l'interprète.

En 1946, la paix revenue, le père, rappelé au service, se voit attribué le commandement d'un camp de prisonniers à Munsingen (Allemagne de l'Ouest), tandis que Jean-Claude est envoyé au Prytanée National Militaire de La Flèche, l'un des 6 lycées de la Défense française, près du Mans où il se fait davantage remarquer par ses talents comiques que par ses ardeurs guerrières. "Mon père a pris tous les moyens pour faire de moi un homme : ça n'a pas tout à fait réussi !" déclarera-t-il plus tard, non sans malice ! Rapidement renvoyé pour de nombreux manquements à la discipline, il rejoint ses parents à Baden-Baden où Roger, accusé de "tiédeur" pendant l'Occupation, a été retrogradé à un poste d'administrateur. Le jeune homme, qui fréquente davantage les fauteuils du cinéma français que les bancs du lycée, écrit des lettres d'admiration à Louis Jouvet et Danielle Darrieux dont il conserve comme des reliques précieuses les réponses manuscrites, sans doute rédigées par d'obscures secrétaires…

À nous deux, Paris !

Jean-Claude BrialyJean-Claude Brialy (1949)

À Baden, alors âgé de 15 ans, Jean-Claude B. fait la connaissance de Jean-Claude C. fils du consul général de France, de 8 ans son aîné, suffisamment mature et cultivé pour l'impressionner. Les deux jeunes gens décident de créer une petite troupe de théâtre amateur et ne tardent pas à donner leurs premières mises en scène, «Le souper blanc» de Rostand, «Topaze» de Pagnol, «Les vignes du Seigneur» de Bourdet, pour des oeuvres de bienfaisance. Bien sûr, les études en souffrent et l'adolescent échoue à la première partie du baccalauréat (1951).

À la maison, l'atmosphère devient irrespirable, et les fugues succèdent aux crises d'hystérie. Les parents prennent des mesures : internat au collège Saint-Étienne de Strasbourg dont les professeurs encourage le jeune homme dans ses activités artistiques.

À l'automne 1952, celui-ci est appelé au service militaire à Achern, puis à Baden, avant de parvenir à se faire affecter au Cinéma aux Armées. Chargé d'accueillir les artistes venus distraire nos soldats d'outre-Rhin, il a l'occasion de jouer les ordonnances auprès d'Edwige Feuillère, Jean Marais Gaby Morlay… et de nouer des relations avec le milieu du spectacle. Libéré, décidé à rompre avec sa famille, le jeune Rastignac ne doute de rien : "À moi Paris !".

Enfin seul…

Dans la capitale où l'attendent ses “points de chute”, Jean-Claude dégotte quelques petits boulots nourriciers (plongeur, fort aux Halles,…), tout en envisageant d'étudier sérieusement l'art dramatique. Le Conservatoire de Paris, au concours d'entrée duquel il échoue, puis Pierre Bertin, Maurice Escande ou encore Jean Marchat ne lui apportent pas les espérances attendues. Il se réfugie alors au sein d'une bande d'intellectuels issus des Cahiers du cinéma et portant pour noms Godard, Chabrol, Truffaut, Rivette, Bitsch, Doniol-Valcroze, Rohmer,… au sein de laquelle il joue le rôle recherché de bouffon sympathique. Recommandé par Truffaut, il obtient un poste de stagiaire assistant sur le tournage de «French Can Can», dirigé par Jean Renoir (1954). L'année suivante, il décroche enfin son premier rôle sur les planches dans «Lirzou», en compagnie de Robert Burnier et Nathalie Nattier.

Ses amis des "Cahiers" lui viennent en aide, le distribuant dans leurs premiers courts-métrages («Le coup du berger» de Rivette, «La sonate à Kreutzer» de Rohmer,…). Son jeune talent, appuyé d'un “coup de piston”, lui permet de tourner ses premiers longs métrages, «L'ami de la famille» et «Le triporteur», deux comédies de Jacques Pinoteau avec Darry Cowl en vedette, très éloignés des conceptions cinématographiques de ses mentors du moment…

Une égérie de La Nouvelle Vague…

Jean-Claude BrialyJean-Claude Brialy (1962)

En 1958, le curriculum vitae orné de quelques compositions dans des oeuvres mineures, Jean-Claude Brialy est choisi par Claude Chabrol pour tenir l'un des deux rôles principaux – l'autre étant accordé à Gérard Blain – des deux premiers longs métrages tournés pas un “courant de filmer” novateur, que Françoise Giroud ne tardera pas à qualifier de "Nouvelle Vague". «Le beau Serge» (1958) et «Les cousins» (1959) construiront définitivement les plus beaux souvenirs de tournage de notre jeune vedette aux amours déjà hésitantes. Il ne dédaigne pas pour autant servir un cinéma plus traditionnel, comme «L'école des cocottes» (1958) de Jacqueline Audry qui en fait l'amoureux transi de Dany Robin, ou «Christine» de Denys De La Patellière (1959), étant redevable de ce dernier engagement à l'entregent de son nouvel ami rencontré sur La Croisette (1956), un Alain Delon alors bien placé auprès de Romy Schneider, la vedette principale. Peu après, les deux garçons suivront ensemble «Le chemin des écoliers», dessinant au crayon gras une fausse couture tout au long de la cuisse alléchante de la délicieuse Françoise Arnoul

Pas peu fier d'avoir permis la rencontre de Jeanne Moreau – sa “marraine de théâtre” – et de François Truffaut pour une courte scène de «Les 400 coups» (1959), Jean-Claude Brialy fit, en cette prolifique dernière année de la décennie, son entrée dans le cinéma transalpin, sous la caméra de Mauro Bolognini et guidé par la plume de Pasolini, dans «La notte brava/Les garçons», l'Italie devenant pour lui une seconde patrie. Sa carrière est désormais bien lancée lorsqu'il est affaibli par une blessure au dos, conséquence de sa bagarre de cinéma avec son “cousin” Gérard Blain, qui nécessitera six heures d'opération et huit mois d'une longue convalescence essentiellement effectuée dans une coquille. À la fin de l'année 1960, nouveau riche ou en passe de le devenir, il devient l'heureux acquéreur d'un vieux château à Monthyon (Seine et Marne) où il recueillera et élèvera pendant près d'une décennie deux jeunes enfants dans le besoin, Jérôme et Raphaël, avant qu'ils ne disparaissent de sa vie à jamais, leur mère ayant recouvré une certaine joie de vivre…

Un comédien accompli…

Au tournant des années soixante, Jean-Claude Brialy est devenu un comédien sollicité, sinon recherché. Pour la seule année 1961, il apparaît une petite dizaine de fois sur la toile blanche de nos salles, alternant le “moderne” («Les godelureaux» de Chabrol, «Une femme est une femme» de Godard, «L'éducation sentimentale» d'Astruc) et le “classique” («Le puit aux trois vérités» de Villiers, «La chambre ardente» de Duvivier) avec le même bonheur et jouant généralement les semi-héros superficiels et suffisants («Les lions sont lâchés» de Verneuil), mais néanmoins légers et spirituels («Arsène Lupin contre Arsène Lupin» de Molinaro).

«Le glaive et la balance» de Cayatte (1962) lui permet de nous offrir une composition davantage dramatique dans le rôle de l'un des trois jeunes gens accusés d'un meurtre que deux seuls ont pu commettre : fin tragique mais ouverte, y compris pour les interprètes qui ignoreront toujours le nom de l'innocent guillotiné.

L'acteur entretient de nombreuses amitiés dans les milieux du spectacle et des arts : Jean Cocteau dont il jouera l'adaptation télévisée en direct des «Parents terribles» ; Édith Piaf dont il reçut, offerte par Théo Sarapo après la disparition de l'émouvante interprète de «L'hymne à la joie», la robe noire de scène créée par Balmain ; Marie Bell, sa partenaire de «Madame Princesse » sur les scènes parisiennes puis en tournée en France, Belgique et Suisse ; Arletty avec laquelle il réalisera une série d'émissions radiophoniques, «Arletty raconte…» ; Jacques Chazot qui mourut dans sa maison de campagne…

En tête d'affiche il participe à des oeuvres majeures de l'écran, comme «Le roi de coeur» de Philippe de Broca (1966), «1 homme de trop» de Costa-Gavras (1966), «La mariée était en noir» de François Truffaut (1968)… Sur les planches, il donne plus de 500 représentations de l'adaptation française de «Un dimanche à New York» (1962), et participe au triomphe de «La puce à l'oreille» de Feydeau montée par Elvire Popesco au théâtre Marigny (1967). Il met également le doigt dans les affaires en ouvrant un restaurant parisien dans l'Île Saint-Louis, L'orangerie", que fréquentera le gratin du monde du spectacle et qui demeure toujours en activité, cultivant la mémoire de son (co-) fondateur…

À l'ombre des géants…

Jean-Claude BrialyJean-Claude Brialy (1970)

Les années soixante-dix ouvrent une perspective nouvelle au comédien dont la mâturité évidente inonde «Le genou de Claire» d'Éric Rohmer (1970), bien qu'il eut à souffrir de ses démêlés avec cette "… petite peste de Béatrice Romand". «Une saison en enfer» (Nelo Risi, 1972) dont le sujet l'a séduit le laisse sur une déception que le public partagera.

S'il ne joue plus les premiers rôles, Jean-Caude Brialy demeure une valeur sûre du cinéma français et les plus grands réalisateurs le sollicitent pour composer des personnages qui, pour être secondaires, n'en demeurent pas moins intéressants. Complice sur le plateau de Luis Buñuel pour «Le fantôme de la liberté» (1974), il devient le procureur chargé de régir les relations qui se nouent entre «Le juge et l'assassin» (1976) pour satisfaire la soif vengeresse du bon peuple de France et la détourner de ses intentions révolutionnaires. Dans «L'année sainte» (1976), il fait jeu égal avec Jean Gabin – qui ne tarde pas à le baptiser "l'abbé" –, suggérant même à Jean Girault de retenir Danielle Darrieux pour le principal rôle féminin, favorisant ainsi les retrouvailles d'un couple cinématographique célèbre.

Tout aussi gratifiantes, les années 80 lui permettent de retrouver son amie Romy Schneider, devenue «La banquière» (1980) aux ordres de Francis Girod et dont il devient le "papa", ainsi qu'elle l'appellera jusqu'à sa mort brutale. Outre quatre participations actives dans le cinéma de Claude Lelouch, retenons encore «L'effrontée» de Claude Miller (1985), tournage suivi du plaisir que lui procura l'honneur de remettre un César bien mérité à Charlotte Gainsbourg sous les yeux humides de ses célèbres parents, puis «Inspecteur Lavardin» d'un Claude Chabrol aussi bien inspiré qu'à sa plus bellle époque…

À la recherche du temps perdu…

Cet homme que l'on connaît si mondain et qui nous régala de ses vacheries récurrentes cultiva toute sa vie une nostalgie des plus profondes. Il aimait le temps passé aussi fort qu'il se riait du présent, admirant les personnalités d'avant-guerre comme en témoignent ses amitiés longuement entretenues avec Arletty, Michel Simon, Louise de Vilmorin ou Joséphine Baker. Lorsqu'il aborda une carrière de réalisateur, aidé en cela par le producteur Jacques Charrier, il se servit de ses souvenirs d'enfance pour bâtir l'histoire, transposée à la fin du XIXème siècle, d'«Églantine» (1971), une vieille dame qui reçoit ses petits enfants pour quelques semaines de vacances qui pourraient bien être les dernières. Après le refus d'Arletty, il parvient à convaincre Valentine Tessier de faire un retour inattendu au cinéma pour ce qui demeure son plus beau rôle.

«Les volets clos» (1972) nous laissent tout de même entrevoir l'intérieur d'une maison avant que Marthe Richard ne s'occupe d'en faire obturer les issues ; s'y trouvent cloîtrées quelques comédiennes d'un autre temps de gloire : Marie Bell, Lucienne Bogaert, Ginette Leclerc«L'oiseau rare» (1973) reprend la trame de la célèbre pièce de Sacha Guitry, «Désiré», devenu Armand pour l'occasion sous les traits du comédien-metteur en scène. «Un amour de pluie» (1974) marque la fin des beaux jours chez une femme qui vit sans doute son dernier amour. Et c'est par les adaptations de deux romans de la Comtesse de Ségur, «Les malheurs de Sophie» (1980, conçu pour le petit écran et diffusé sur le grand) et «Un bon petit diable» (1983), que notre homme achèvera son travail de réalisateur du 7ème art, nous laissant finalement une oeuvre cinématographique tout à fait respectable et profondément attachante, qu'il prolongera jusqu'en 2003 pour la télévision («Georges Dandin de Molière» en 1997, «La dame aux camélias» en 1998, etc).

Un homme pour l'éternité…

Jean-Claude BrialyJean-Claude Brialy (2006)

Président du Gala de l'Union des artistes pendant plusieurs années, Jean-Claude Brialy connut la déconfiture de voir sa tentative d'exporter la cérémonie à Los Angeles échouer à cause, raconte-t-il, d'un sabotage parfaitement organisé. Grande fut la compensation de présenter au public le maître de la Cérémonie des César 1976, Jean Gabin, avant que celui-ci ne renouvelle à l'inoubliable Michèle Morgan un aveu déjà concédé en 1938.

Directeur du Festival d'Anjou, directeur artistique du Théâtre Hébertot, il finit par s'offrir, sur un coup de tête, la gestion des Bouffes Parisiens" – les murs restant la propriété de la famille Offenbach – où il monta des pièces tout aussi anciennes («Mon père avait raison» de Sacha Guitry, 1999) que modernes («Le nègre» de Didier Van Cauwelaert, 1986).

Travesti dans «Lévy et Goliath»(1986), homosexuel dans «Les innocents» (1987, qui lui vaut le César du meilleur second rôle), il pratiquait davantage l'autodérision que la moquerie et fit preuve de coeur en s'engageant sans militantisme dans la lutte contre le sida ou les droits des homosexuels. Enfin, il sut rendre au public et à ses amis comédiens une partie de ce qu'il avait reçu en léguant à la ville de Meaux sa gentilhommière de Monthyon dans l'espoir de les voir passer lui dire un petit bonjour après sa mort et se recueillir, en souvenir années champagne, devant quelques uns de ses objets les plus personnels.

Commandeur de l'ordre national de la Légion d'honneur, de l'ordre du mérite et de l'ordre des arts et Lettres, il repose depuis le 30 mai 2007 dans le tombeau qu'il s'était fait construire au cimetière Montmartre, tout autour de celui d'une grande dame du théâtre, Alphonsine "Marie" Du Plessis, la véritable dame aux camélias immortalisée par Alexandre Dumas, faisant un dernier pied-de-nez à Saturne.

Vie privée…

Aujourd'hui, nul n'ignore rien des penchants que l'on qualifiait alors de “contre nature” de Jean-Claude Brialy. Lorsqu'on se jette sur ses mémoires, sachant avec quelle facilité l'homme osait en parler, on ne doute pas que l'on va tout apprendre. Quatre cents pages plus loin, on n'en sait pas plus, sinon quelques prénoms jetés ça et là, comme des miettes aux étourneaux (Michel, Emilio, Bruno…) et dont on ne sait que penser. On a compris la discrétion qui le caractérise et l'on décide de la respecter, n'allant pas chercher ailleurs, au nom d'une vérité des plus futiles, les détails qu'il a choisi de garder pour lui. À douze pages de la fin, il se “confesse” sur le sujet en une dizaine de lignes et ça doit nous suffire puisque ça lui a paru suffisant.

Il aimait les gens pour ce qu'ils étaient et ce qu'ils avaient réalisé, même lorsqu'ils l'avaient fait avant qu'il ne s'ouvre au monde. Jouvet, Guitry ou Cocteau furent des maîtres qu'il eut à peine le temps de côtoyer, mais il s'émerveillait tout autant du jeu d'une Adjani ou d'un Depardieu qui auraient pu être ses enfants. Admirateur de Molière et de la Comtesse de Ségur, il rêva de jouer les dialogues de Bertrand Blier qui lui finit par lui donner satisfaction («Les acteurs», 1998).

Cet homme n'a pas d'âge. Il aura marqué son époque comme une comète traverse le ciel, laissant derrière elle une chevelure lourde de toute l'histoire qui a entretenue sa trajectoire et longue des étincelles de la matière qu'elle a consumée.

Bon voyage dans le temps, Monsieur Brialy.

Documents…

Sources : «Le ruisseau des singes», autobiographie de Jean-Claude Brialy (Robert Laffont, 2000), «Jean-Claude Brialy sur les pas de son enfance en Algérie», documentaire de Yannis Chebbi et Michael Kazan (Électron Libre, 2006), «Le goût des autres» de Henry-Jean Servat , Bruno Bouvier (Ciné-TV, Institut National de l'Audiovisuel, Monthyon Films, 2013), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Quand tu seras grand, que tu auras fini tes études, tu feras ce que tu voudras, tu feras le singe !"

Roger Brialy, à son fils Jean-Claude
Un singe en hiver…
Christian Grenier (septembre 2017)
"De mon homosexualité…"

"Quoi qu'il en soit, jamais je n'ai eu honte de mes penchants homosexuels.

… En fait, si je suis discret sur ce sujet, c'est qu'il relève de la vie intime, qu'il ne regarde que moi et surtout qu'il n'y a pas grand chose à en dire !

Mes parents étaient au courant, mais jamais nous n'en parlâmes ensemble, nous réfugiant de part et d'autre dans un silence hypocrite. Il y avait suffisamment de tension entre nous pour chercher d'autre motif de discorde !

À leur décharge, ils furent toujours courtois et plutôt bienveillants avec les garçons que je leur présentait."

Jean-Claude Brialy, «Le ruisseau des singes» (2000)

Jean Gabin…

"Viens t'habiller avec moi, comme ça on pourra parler".

Je le suivis dans la roulotte où l'attendait un vieux maquilleur russe.

Jean se mit à l'aise, s'assit devant la glace et je vis le maquilleur le barbouiller d'un fond de teint épais et jaune. Je gardais le silence, effrayé à l'avance du résultat et je pensai à moi !

Pour ne pas blesser l'artiste ni jouer la star auprès de Jean, je ne dis rien et subis le même régime.

Puis vint le moment de se changer. Je me dirigeai vers la porte…

"Je vous laisse vous changer, je vais faire un tour dehors".

"- Tu ne vas pas descendre ! Il fait froid ! Reste là, mais tourne-toi, on ne sait jamais !", dit-il en rigolant.

Jean-Claude Brialy, «Le ruisseau des singes» (2000)

Éd.8.1.3 : 11-9-2017