Cary GRANT (1904 / 1986)

Archibald Leach, fils d'Angleterre…

Cary GrantCary Grant

Archibald Alexander Leach naît le 18 janvier 1904, à Horfield, dans la banlieue nord de Bristol, importante cité située au Sud-Ouest de l'Angleterre. Ses parents, anglicans pratiquants, appartiennent à la classe moyenne. James Leach, le père, est employé chez un confectionneur pour lequel il repasse les costumes. Elsie Kingdom, mère au foyer autoritaire, a eu la douleur de perdre un premier enfant, John, à la suite d'un accident dont elle se sent responsable. Elle ne s'en remettra pas et, en 1913, tandis que son mari menait une double vie, son état mental nécessitera un internement, laissant son fils désemparé de cette absence dont il ne découvrira la véritable raison que plusieurs années après.

Élevé par sa grand-mère paternelle, plus ou moins livré à lui-même, Archibal découvre le théâtre de l'hippodrome de Bristol où quelques troupes ambulantes donnent régulièrement des spectacles propres à nourrir son imagination. Il en vient rapidement à penser que la vie d'artiste doit être agréable. Aussi accepte-t-il à l'insu de son paternel, d'entrer dans une troupe ambulante de jeunes comédiens. Averti, Mr.Leach demande l'aide de la police locale pour rattraper ce rejeton indocile. Dès lors, l'adolescent fugueur poursuivra ses études primaires à la Bishop Road School (1908-1915), puis secondaires à la Fairfield School (1915-1919) de la grande ville.

À 14 ans, sa famille lui laisse enfin la bride sur le cou. Archie en profite pour intégrer la troupe acrobatique de Bob Pender. En 1920, les Knockabout Comedians se produisent à New York où le jeune homme décide de s'installer pour parfaire ses talents de chanteur et danseur : "En regardant en arrière, je considère que ce saut acrobatique fut le plus périlleux de tous !" ironisera-t-il plus tard…

Ses économies épuisées avant que la moindre porte ne s'ouvre, voici bientôt notre jeune homme contraint d'accepter quelques petits boulots : homme-sandwich autour de Coney Island, vendeur de cravates peintes, etc. Ne perdant pas toute prétention artistique, il rassemble autour de lui quelques compagnons de bohême pour constituer sa propre compagnie théâtrale et tente de s'imposer à Broadway. Hélas, la cassette tarde à se remplir et il doit se résoudre à renter au pays, bien décidé à grimper les marches qui lui permettront de revenir avec les moyens de ses ambitions…

Archie fait du cinéma…

Ce qu'il fait dès 1927 lorsque, engagé par Reggie Hammerstein, il participe aux 200 représentations de la pièce «Golden Dawn». Dès lors, les engagements se succèdent : «Boom, Boom» avec Jeanette Macdonald (1929),… "Nikki»", jouée avec Fay Wray (1931), qui lui donnera, l'heure venue, l'idée de reprendre à son propre compte le prénom de son personnage, Cary Lockwood»,… ; quant au patronyme de scène, Grant, il le tirera au sort parmi une liste !

Décidé, à tenter sa chance au cinéma, Archie s'installe en Californie. Prié de donner la réplique à une actrice postulante, il se voit lui-même pris sous contrat par la Paramount Pictures et débute à l'écran dans un court-métrage, «Singapore Sue» (1932), en marin perdu dans un port oriental…

Cary Grant, citoyen des États-Unis…

Cary GrantCary Grant (1935)

Pour sa première année d'acteur, Cary Grant est lourdement mis à contribution, apparaissant dans pas moins de 7 films : lanceur de javelot dans «La belle nuit», acteur pour Fredric March dans «Merrily We Go To Hell», lieutenant de marine dans «Le démon du sous marin»,… Il est déjà bien placé au rang des génériques lorsqu'il donne la réplique à une «Blonde Venus» (1932) incarnée par Marlene Dietrich qui ne tarde pas à le surnommer "Le prince de Hollywood". Avec son film suivant, «Hot Saturday» (1932), dont il tient déjà la vedette, il accède à la notoriété : disputant la belle Nancy Carroll aux espérances de son fiancé, Randolph Scott . Le tournage achevé, il entame avec ce dernier une longue amitié et les deux hommes partageront longtemps un appartement et les frais du ménage.

S'ils ne sortent pas beaucoup, nos deux amis reçoivent parfois. C'est ainsi qu'une jeune actrice, Virginia Cherrill, à qui Charlot vient tout juste d'ouvrir les yeux pour lui faire découvrir «Les lumières de la ville» (1931), se hasarde dans une de leurs réceptions. Le coup de foudre poussera Cary et Virginia à se dire "yes" devant Monsieur le maire de Londres, le 9 février 1934. Leur bonheur sera de courte durée et, quelques mois plus tard, Virginia retournera chez maman. Leur divorce sera prononcé le 26 mars 1935. Et Cary de s'en revenir dormir auprès de Randoph Scott…

Cary Grant excelle déjà dans ces personnages séducteurs et décontractés qui, les mains dans les poches, attendent, sûr d'eux-mêmes, que l'avenir leur donne raison. Mae West, qui s'y connait en mâles, le requiert pour l'aider à se sortir des griffes du plus dangereux de ses nombreux amants («Lady Lou», 1933). La même année, elle lui confie ce que tout le monde sait déjà d'elle, «Je ne suis pas un ange». Carole Lombard, avec laquelle il forme un couple de comédie même dans les drames («L'aigle et le vautour», 1933), Sylvia Sydney («Princesse par intérim», 1934), Loretta Young («Born To Be Bad», 1934), Myrna Loy («Wings in the Dark», 1935), Jean Harlow («Une belle blonde», 1936)… bref, tous les plus beaux fleurons féminins et hollywoodiens de l'époque lui passent successivement entre les mains.

En 1935, le studio “prête” Cary Grant à la RKO Radio Pictures de Howard Hughes pour une comédie que s'apprête à diriger George Cukor, «Sylvia Scarlett». Entre Katharine Hepburn, grimée en garçon, et Edmund Gwenn, malfaiteur en fuite, Cary Grant, auquel Cukor a donné toute lattitude de jeu, complète un trio d'escrocs des plus improbables qui rentrera dans le droit chemin en constituant une troupe théâtrale. L'année suivante, c'est par une «Bonne blague» que s'achève la collaboration de l'acteur avec le studio qui l'a fait naître… 

Travailleur indépendant…

En 1936, Randolph Scott ayant épousé une riche héritière, Cary Grant s'installe à Santa Monica. Poursuivant son travail en indépendant, il joue les fantômes bienfaiteurs en compagnie de Constance Bennett afin de redonner le goût de vivre à ce brave «Topper», son banquier, aux prises avec une épouse castatrice. Oeuvre populaire, elle confirme l'aisance de l'acteur dans la comédie débridée, genre qui va le faire entrer dans le panthéon des grands acteurs hollywoodiens de l'époque, aux côtés de Clark Gable, Gary Cooper, James Stewart ou encore Henry Fonda.

La même année, peu après le décès de son père (1935), Grant découvre que sa mère est toujours vivante, internée à la demande de l'époux pour des raisons qui pourraient être discutées aujourd'hui. Il la retrouve à Bristol : elle ignore tout de Cary Grant, dont elle n'a vu aucun film, et a du mal à reconnaître son fils, qui entretiendra toujours la ligne de démarcation. La vieille dame mourra en 1973, alors que l'acteur aura mis un terme à sa carrière.

À l'écran, joueur invétéré, Cary Grant cache «Cette sacrée vérité» (1937) à son épouse, comme le lui a demandé Leo McCarey, un réalisateur qui s'est fait la main auparavant auprès des Marx Brothers et de Laurel et Hardy. Si les deux hommes se chamaillent souvent, leur collaboration répétée («Lune de miel mouvementée» en 1942, «Elle et lui» en 1957) leur sera à tous deux des plus profitables… et à nous aussi ! L'année 1937 se termine en beauté puisque, assembleur de squelettes antiques, il croise à nouveau la route de Katharine Hepburn, une jeune femme écervelée qui se promène avec un léopard, «L'impossible Monsieur Bébé» !

En 1939, distribué dans trois drames («Gunga Din», «Seuls les anges ont des ailes» et «L'autre»), Cary Grant rassure par sa nonchalance habituelle et son esquisse de sourire aux moments les plus graves. Sur un plan privé, toujours célibataire mais collectionnant les conquêtes, il sollicite une première fois la nationalité américaine…

Mariage de déraison…

Cary GrantCary Grant et Barbara Hutton

Septembre 1939. L'Europe entre en guerre. Suivant le conseil de l'ambassadeur britannique à Washington, Cary Grant reste à Hollywood où il s'active à collecter des fonds pour soutenir l'effort de guerre des Alliés ; il se rendra régulièrement sur les bases d'entraînement pour distraire et encourager les futurs combattants. Il n'en poursuit pas moins sa carrière, tentant de récupérer sa maîtresse, «La dame du vendredi» (Howard Hawks, 1940) par les moyens les plus bas. Peu après, veuf sur le point de convoler en secondes noces avec Gail Patrick, ne voila-t-il pas qu'Irene Dunne, [s]«[M]on épouse favorite» (1940), que l'on croyait disparue, rentre de son île déserte où, à la suite d'un naufrage, elle a passé quelques années en compagnie de ce s… de Randolph Scott ! L'année s'achève en beauté par quelques «Indiscrétions» commises par George Cukor au détriment de Katharine Hepburn et recueillies par une paire de journaliste à l'affût qui ne se contentent pas de relater les événements : l'affaire se concluera par un mariage, mais ce ne sera pas celui pour lequel on était venu !

Après la comédie, le drame, mais dans la vraie vie cette fois. Pour la deuxième fois en moins d'un an, sa ville natale de Bristol a subi les bombardements de l'aviation allemande (janvier1941). L'oncle, la tante et la nièce de l'acteur figurent parmi les victimes. Effondré, celui-ci regagne l'Angleterre pour s'assurer de la sécurité de sa mère dans sa maison de repos. De retour aux États-Unis, après avoir cédé son cachet de «Philadelphia Story» en faveur des sinistrés de la guerre, il fait la connaissance de Barbara Hutton, la "pauvre petite fille riche" de l'Amérique, trentenaire et deux fois divorcée. Les jeunes gens, se découvrant de nombreux points communs, parmi lesquels une enfance perturbée par la disparition prématurée de leurs mères respectives, ne tardent pas à se rapprocher. Ils se marieront le 8 juillet 1942, l'époux renonçant, en cas de divorce, à toute prétention sur la fortune de madame.

Naturalisé américain en juin 1942 sous le patronyme officiel de Cary Grant, c'est avec un mélodrame qu'il reprend le travail, entonnant «La chanson du passé» (1941) à nouveau en compagnie d'Irene Dunne : imperturbable, pour ne pas dire indifférent aux événements, il semble insensible aux malheurs qui l'accablent et nous le préférons définitivement dans la comédie déjantée, même s'il est à cette occasion retenu pour la course à un oscar que lui soufflera Gary Cooper, objecteur de conscience opportunément revenu de ses utopies pour défendre son pays en guerre (nous sommes quelques semaines après Pearl Harbor). Alfred Hitchcock saura toutefois utiliser ce décalage en faisant de lui l'époux malhonnête sur lequel se braquent les «Soupçons» (1941) de Joan Fontaine qui craint pour sa vie. L'ambigüité du jeu de l'acteur fera sa force : tout est contre lui, il comprend la situation mais ne s'en offusque guère. Coupable ou innocent ? Coupable dans le roman original, innocent dans le film !

Rien qu'un coeur solitaire…

Tourné en 1942, «Arsenic et vieilles dentelles», ne sortira sur les écrans qu'en 1944 afin de préserver l'exploitation de la pièce créée à Broadway en 1941. Comédie aussi noire que désopilante, l'oeuvre – chef d'oeuvre d'humour noir qui ne se ressent pas des relations difficiles entre Frank Capra et son interprète – met en scène un jeune homme qui, venu rendre visite à ses vieilles tantes, découvre un cadavre dans leur cave ! En 1943, l'acteur impose aux producteur de la R.K.O. l'adaptation par Clifford Odets d'un roman de Richard Llewellyn, «Rien qu'un coeur solitaire». Dans cette oeuvre sombre, il incarne le cockney qu'il serait resté si la chance ne lui avait pas souri. Nostalgique et repentant, il place le portrait de son père dans le décor d'une scène.

En 1944, séparé par des origines trop différentes, le couple Hutton-Grant se sépare et le divorce sera prononcé en 1945. L'acteur traverse alors une période noire et le doute l'accable. S'estimant avoit été maltraité puis abandonné par sa mère, il a du mal à entretenir une relation paisible avec une femme. Dépressif, il s'éloigne clairement des studios…

Ses démons surmontés, il rejoint Alfred Hitchcock et Ingrid Bergman qui l'attendent sur le plateau de «Les enchaînés» (1946). Film d'espionnage au suspense habile, il s'inscrit dans ces genres que le maître privilégie. S'il tient son public en haleine, il n'apporte pas grand chose au talent et à la renommée de son auteur. La presse se montre boudeuse, mais le public est nettement plus sensible à la froideur de l'actrice confrontée au stoïcisme du bel agent secret chargé d'éprouver ses sentiments patriotiques.

Quelques comédies clôturent cette décennie de la confimation : «Honni soit qui mal y pense» (1947) dans laquelle, ange gardien, il vient en aide à un évêque épiscopalien avant de tomber amoureux de son épouse ! «Un million, clés en mains» (1948), comédie satirique sur “l'american way of life”, «La course au mari» (1948) adroitement menée par une Betsy Drake qui a certainement une idée derrière la tête ; Plus froide sous son costume de W.A.C., «Allez coucher ailleurs» (1949) lui déclare Ann Sheridan qui ne veut pas de lui dans sa chambre !

Au mitan du siècle, la star s'est mise définitivement à l'abri du besoin…

À la recherche de Cary Grant…

Cary GrantLe Chat sur un toit glissant

Cary Grant a fait la connaissance de Betsy Drake en 1948, sur un paquebot transatlantique qui les ramenait à New York : il a 45 ans, elle 25. Ils se marient en toute intimité le 25 décembre 1949 à Phoenix (Arizona, U.S.A.). Elle n'est pas (encore) une actrice, n'ayant que le titre précédemment cité à son palmarès. Ils tourneront encore ensemble dans «Cette sacrée famille» (1951). Le couple vivra dans une certaine discrétion et une relative stabilité puisque leur union restera la plus longue qu'ils connaîtront tous les deux.

 En 1952, le chemin de l'acteur croise celui de la nouvelle vedette à la mode, Marilyn Monroe. Chimiste à la recherche de l'élixir de jeunesse, il en fait boire malencontreusement un extrait à son commanditaire, Charles Coburn, qui, ne tardant pas à retrouver une ardeur juvénile, lance à sa pulpeuse blonde de secrétaire, «Chérie, je me sens rajeunir». Sur le plateau de cette énorme farce dirigée par Howard Hawks (1952), l'acteur bénéficie en outre de la présence de la pétillante Ginger Rogers, qui pourrait être son pendant féminin. Pourtant, le film achevé, lui-même se sent davantage vieillir ; il entame une longue cure de désintoxicatoin cinématographique (1952/1954) et entre alors dans une période mystique au cours de laquelle ni l'hypnose ni le yoga ne lui permettront de se retrouver.

Il faudra qu'Alfred Hitchcock se montre compréhensif et lui présente un beau scenario pour le remettre au travail. «La main au collet» (1955), comédie policière en terre monégasque, brille tout autant de l'éclat de la belle Grace Kelly que du précieux bijou – et autres appâts plus personnels – qu'elle lui plante sous le nez. Là encore, l'acteur en fait le moins possible, mais peut-être est-il impressionné par sa troublante partenaire : "C'est sans doute la plus belle femme que j'ai jamais rencontrée" confiera-t-il à la presse. Quatre ans plus tard, il se montrera plus actif dans «La mort aux trousses» (1959), encore un film d'espionnage qui le mettra aux prises avec la nouvelle blonde au service du seigneur, Eva Marie Saint, à laquelle il accordera une longue suite de baisers au rythme des cahotements du wagon qui les emportera vers un bonheur incertain.

Entre-temps, en 1956, il aura rejoint Sophia Loren et Frank Sinatra en Espagne pour partager «Orgueil et passion» sous la supervision de Stanley Kramer. Lorsque la presse internationale se sera fait l'écho d'une relation sentimentale entre l'ardente Napolitaine et le galant Américain, Betsy Drake déboulera sur le plateau pour défendre son bien. Sur le chemin (maritime) du retour, à bord du paquebot "Andrea Doria", elle connaîtra les affres d'un naufrage en mer, qui se terminera bien pour elle (46 disparus sur 1706 passagers et membres d'équipage). Mais le traumatisme sera profond, dont elle cherchera à échapper en suivant un traitement à base de L.S.D. légalement administré. Plus tard, elle convertira son époux repentant au même traitement, ce dont il se félicitera dans son autobiophie “secrète“, à ce jour demeurée inédite. Néanmoins, le couple se séparera en 1958, avant un divorce prononcé en 1962. De son côté, Sophia Loren se mettra à l'abri en épousant l'homme qui partageait sa vie depuis plusieurs années, le producteur Carlo Ponti. Lorsque les deux amants se retrouveront sur «La péniche du bonheur» (1958), ils sauront que le leur n'avait plus d'avenir.

Rien ne sert de courir…

Prenom_NomCary Grant à l'âge de raison…

Les comédies s'enchaînent. Cary retrouve Ingrid dans une comédie de Stanley Donen, «Indiscret» (1958) : amoureux, il s'invente une épouse pour ne pas s'engager au mariage. Plus tard, aristocrate au royaume de Sa Gracieuse Majesté, il connaîtra le désagrément de voir Madame la comtesse tentée d'aller voir si, par hasard, «Ailleurs l'herbe est plus verte» (Stanley Donen, 1960). Milliardaire et toujours réfractaire au mariage, il offrirait bien «Un soupçon de vison» à Doris Day (1962) s'il était sûr d'en recevoir davantage…

En 1963, après de multiples séances de psychanalyse parfumées à l'opium, Grant prétend à une relative sérénité. Il ose une nouvelle relation avec une jeune starlette, Dyan Cannon, dont le plus beau titre de gloire sera de devenir la nouvelle Mrs.Grant (22 juillet 1965). Après avoir refusé d'incarner James Bond à l'écran, s'estimant à juste titre trop âgé pour le rôle, il ne dédaigne pas venir en aide à la frêle Audrey Hepburn –  devant laquelle il n'hésite pas à prendre une douche… tout habillé ! – dans une nouvelle comédie d'espionnage qui ne nous apportera rien de nouveau. En février 1966, l'acteur devient enfin papa de la petite Jennifer, dont il restera très proche même après son quatrième divorce (21 mars 1968) prononcé au terme d'une procédure mouvementée.

En 1966, il tourne son dernier film, «Rien ne sert de courir», une philosophie de la vie qu'il vient enfin de mettre à profit. En 1970, la profession condescendra à lui accorder un oscar d'honneur pour sa contribution à l'art cinématographique, dont elle n'avait jusque là pas mesuré l'importance. Membre du Comité d'administration de Fabergé au salire de 15 000 dollars par an, il voyagera beaucoup et rencontrera Barbara Harris, attachée de presse d'une chaîne hotelière et sa cadette de trente ans, qui deviendra sa cinquième et dernière épouse (15 avril 1981).

À la fin de l'été 1982, Grace Kelly et Ingrid Bergman disparaissent à quinze jours d'intervalle, emportant avec elles quelques une des plus belles pages de l'histoire de Cary Grant. Celui-ci éternise son contact avec le public dans ses «Conversations avec Cary Grant», qui débutent par une présentation d'extraits de ses plus grands films et s'achèvent par un dialogue plus ou moins improvisé. C'est en préparant l'une de ces séances qu'il est frappé par une crise cardiaque. Il décèdera à l'hôpital de Davenport (Iowa) où il a été transporté. Selon ses dernières volontés, Barbara dispersera ses cendres au-dessus de l'Océan et de leur dernière demeure, sur les hauteurs de Beverly Hills.

Un garçon ou une fille ?

Pour ne pas être soupçonné d'avoir évité d'en parler, parlons-en…

"Pendant un moment, je n'étais plus certain d'être un garçon ou une fille" laissera tomber l'acteur dans son journal intime, ajoutant à l'ambiguïté qui l'entoure et aux rumeurs nées de sa longue cohabitation avec Randolph Scott. Ce dernier n'a jamais répondu à ces insinuations que Grant a toujours démenties. Si telle est l'image qu'il a voulu que l'on garde de lui, pourquoi ne l'accepterait-on pas ? C'est sa vie après tout…

Comme l'a suggéré Coluche, un journaliste ne devrait jamais employer le conditionnel. Alors, pensez, un simple chroniqueur de L'Encinémathèque…

Documents…

Sources : «Cary Grant dans l'objectif», librairie des Champs-Élysées (1980) ;«Cary Grant, de l'autre côté du miroir», documentaire de Mark Kidel (2016) ; Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Mon nom de famille est Leach. À mon baptême, a été ajouté Archibald Alexander, sans que je puisse protester. Pendant plus de la moitié de mes cinquante-huit ans, j'ai scruté prudemment derrière la façade d'un homme appelé Cary…"

Cary Grant
«Mr. Lucky !!!»
Christian Grenier (septembre 2019)
Éd. 9.1.4 : 22-9-2019