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Agnes MOOREHEAD (1900 / 1974)

Agnes Moorehead

Actrice américaine, née Agnes Robertson Moorehead, le 6 décembre 1900, à Clinton (USA). Décédée le 30 avril 1974, à Rochester.

Quatre nominations aux oscars, six nominations aux Emmy Award, deux Golden Globes… Qui dit mieux ? Agnes Moorehead fut l’une des actrices de caractère les plus appréciées par ses pairs avant de devenir une vedette excentrique de sitcom grâce au personnage d’Endora, la mère d’Elizabeth Montgomery dans «Ma sorcière bien-aimée». Selon son “gendre”, Dick Sargent (Jean-Pierre en version française), elle débarquait sur le plateau armée du scénario et de sa Bible ! Il faut dire qu’Agnes était fille de pasteur. Dès l’enfance, elle développa ses dons de comédienne en observant les ouailles paternelles. Malgré son désir de devenir comédienne, elle poursuivit ses études, se lança dans l’enseignement, tout en jouant en amateur et en participant à des programmes radiophoniques. Sur les ondes, son interprétation de Mrs Danvers, la redoutable gouvernante de «Rebecca», ou celle de l’héroïne terrifiée de «Raccrochez, c’est une erreur» marqueront les auditeurs. La rencontre d’Orson Welles allait mettre sa carrière en orbite. Co-fondatrice du Mercury Theater, elle participa à l’invasion martienne sur les ondes et surtout aux deux premiers films du génial cinéaste : «Citizen Kane» (1941) où elle joue la mère de Welles et «La splendeur des Amberson» (1942) pour un premier rôle de femme aigrie qui lui vaut le prix de la meilleure actrice attribué par la critique new-yorkaise.

"Donnez le rôle à Agnes : elle peut tout jouer !". Forte de ce sésame signé Welles, Miss Moorehead voit s’ouvrir les portes d’Hollywood où, après un «Voyage au pays de la peur» (1942), elle quitte le sillage d’Orson pour s’imposer en second rôle hollywoodien de haute tenue comme en témoigne le Golden Globe obtenu pour le personnage d’Aspasia Conti, la baronne de «Mrs Parkington» (1943). Bon nombre de ses personnages manifestent un caractère peu amène : la tante acariâtre de Peggy Ann Garner – la petite «Jane Eyre» (1944) – et celle de Jane Wyman dans «Johnny Belinda» (1948) – avec une nouvelle nomination à l’oscar en prime – ont tout pour s’entendre avec l’ennemie élégante et farouche d’Humphrey Bogart dans «Les passagers de la nuit» (1947). Totalement méconnaissable dans «The Lost Moment» (1947), elle incarne une momie de 105 ans recluse dans un palazzo vénitien ; sur sa lancée, elle s’enlaidit à plaisir dans «Passion fatale» (1949) de Robert Siodmak. Lorsqu’elle tourne «Femmes en cage» (1950), on l’attend en matonne sadique, mais non, c’est la virile Hope Emerson qui s’y colle, Agnes jouant une superintendante des prisons des plus compréhensives avec Eleanor Parker.

Comme il faut bien se montrer aimable de temps en temps, elle s’attendrit devant la petite Margaret O’Brien, sa fille dans «Nos vignes ont de tendres grappes» (1945). Frank Morgan lui fait du gringue sur l’escarpolette de «Belle jeunesse» (1948) et Joe E. Brown, son époux dans «Show Boat» (1951), adore cette maîtresse-femme qui mène sa barque avec bon sens et affection. De grandes fresques romanesques comme «Tant que soufflera la tempête» (1954), «L’arbre de vie» (1957) et «La tempête» (1958) comptent sur son jeu efficace, de même que Douglas Sirk qui la retient pour seconder ses amis Rock Hudson et Jane Wyman dans deux chefs-d'œuvre, «Le secret magnifique» (1954) et «Tout ce que le ciel permet» (1955). Réconciliée avec Bogart dans «La main gauche du seigneur» (1955), elle peut incarner la mère aimante de James Stewart dans «Un homme change son destin» (1949) ou celle de Robert Wagner, alias Jesse James, alias «Le brigand bien-aimé» (1957), mais elle n’oublie pas pour autant ses rôles fétiches de marâtre : dans «Le cygne» (1956), «Le trouillard du Far-West» (1956) ou «Pollyanna» (1960), Grace Kelly, Jerry Lewis ou Hayley Mills auront maille à partir avec cette rousse altière, toute désignée pour le rôle d’Elizabeth The First dans «The Story of Mankind» (1957). En 1954, toute de mauve vêtue selon son habitude, elle part en tournée avec son propre one-woman-show judicieusement intitulé «An Evening With the Fabulous Red-Head».

Sur le tard, elle fréquente même le film horrifique pour «The Bat» (1959) avec Vincent Price puis «Chut…Chut…Chère Charlotte» (1964) de Robert Aldrich : malgré le Golden Globe du meilleur second rôle, il n’est pas sûr qu’il s’agisse de l’une de ses interprétations les plus réussies, tant sa composition est outrée, à la limite du supportable. Après cette date, elle troqua définitivement son austère chignon de vieille fille coincée pour les perruques extravagantes et les sortilèges d’Endora : 147 épisodes tournés entre 1964 et 1972 la rendront plus populaire que jamais. Sa participation à un épisode des «Mystères de l’Ouest» lui rapporte en 1967 une récompense méritée. Alors qu’elle jouait Tante Alicia dans «Gigi» à Broadway, Agnes Moorehead dut interrompre les représentations. Elle devait mourir quelques mois plus tard, victime d’un cancer, regrettant amèrement d’avoir tourné «Le conquérant» (1956) en Utah, non seulement parce qu’il était ridicule de choisir John Wayne pour jouer Gengis Khan, mais surtout parce que les extérieurs furent réalisés sur un site d’essais nucléaires toujours radioactif… Pourtant réputée coriace, celle que l’on surnommait "Tough Old Bird" ne put que baisser les bras dans ce combat perdu d’avance. Son dernier film portait le titre prémonitoire de «Dear Dead Delilah» (1972)…

Agnes Moorehead épousa en 1930 le comédien John Griffin Lee, le couple adoptant un enfant, Sean. En secondes noces, elle fut, de 1953 à 1958, la conjointe du réalisateur Robert Gist.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11941CITIZEN KANE
21942THE MAGNIFICENT AMBERSONS (La splendeur des Amberson)
31942THE BIG STREET (La poupée brisée)
41943JOURNEY INTO FEAR (Voyage au pays de la peur)
51943GOVERNMENT GIRL
61944JANE EYRE
71944THE SEVENTH CROSS (La septième croix)
81944Mrs.PARKINGTON (Madame Parkington)
91945OUR VINES HAVE TENDER GRAPES (Nos vignes ont de tendres grappes)
101947DARK PASSAGE (Les passagers de la nuit)
111947THE LOST MOMENT
121948SUMMER HOLIDAY (Belle jeunesse)
131948THE WOMAN IN WHITE (La femme en blanc)
141948STATION WEST (La cité de la peur)
151948JOHNNY BELINDA
161949THE STRATTON STORY (Un homme change son destin)
171949THE GREAT SINNER (Passion fatale)
181949WITHOUT HONOR (Crépuscule) , de Irving PICHEL 
191950CAGED (Femmes en cage)
201950BLACK JACK
21195114 HOURS (Quatorze heures)
221951LA TAVERNE DE LA NOUVELLE-ORLEANS/THE ADVENTURES OF CAPTAIN FABIAN
231951SHOW BOAT
241952THE BLAZING FOREST (La forêt en feu)
251953MAIN STREET TO BROADWAY
261953THOSE REDHEADS FROM SEATTLE , de Lewis R.FOSTER 
271954THE MAGNIFICENT OBSESSION (Le secret magnifique)
281955UNTAMED (Tant que soufflera la tempête)
291955ALL THAT HEAVEN ALLOWS (Tout ce que le ciel permet)
301955THE LEFT HAND OF GOD (La main gauche du Seigneur)
311955THE SWAN (Le cygne)
321956THE CONQUEROR (Le conquérant)
331956PARDNERS (Le trouillard du Far West)
341956THE REVOLT OF MAMIE STOVER (Bungalow pour femmes)
351956THE OPPOSITE SEX
361957THE TRUE STORY OF JESSE JAMES (Le brigand bien aimé)
371957JEANNE EAGELS (Un seul amour)
381957RAINTREE COUNTY (L'arbre de vie)
391957THE STORY OF MANKIND
401959NIGHT OF THE QUARTER MOON (Le grand damier)
411959THE BAT (Le masque)
421960POLLYANNA
431961TWENTY PLUS TWO
441961JESSICA (La sage-femme, le curé et le bon Dieu)
451962HOW THE WEST WAS WON (La conquête de l'ouest) [ Ep."The River/La vallée de l'Ohio" ]
461964HUSH... HUSH, SWEET CHARLOTTE (Chut... Chut, chère Charlotte)
471966THE SINGING NUN (Dominique)
481971WHAT's THE MATTER WITH HELEN? , de Curtis HARRINGTON 
491973FRANKENSTEIN: THE TRUE STORY , Téléfilm distribué en salles dans certains pays
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 27-4-2016