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[Louise] SYLVIE (1883 / 1970)

Louise Sylvie

Actrice française née Louise Pauline Mainguené, à Paris le 3 janvier 1883. Décédée à Compiègne le 6 janvier 1970.

Louise Pauline Mainguené, élève du comédien Eugène Silvain (qui lui inspire son pseudonyme), débute au théâtre en 1902 dans les rôles d'ingénue. Elle deviendra très vite la comédienne vedette de l'Odéon sous la direction prestigieuse d'Antoine et jouera près de 80 rôles tant dans le répertoire classique que chez les auteurs contemporains. En 1957, elle crée «La visite de la vieille dame» de Dürrenmatt avant d'interpréter Dame Pluche dans «On ne badine pas avec l'amour» sur la scène du TNP aux côtés de Gérard PhilipeGérard Philipe.

Après quelques apparitions au temps du cinéma muet, Sylvie prend ses distances avec le cinéma. Pierre Chenal la ramène à l'écran en 1935 dans «Crime et châtiment». A 50 ans, voilà notre actrice partie pour trois décennies de seconds rôles qui la conduiront in extremis au vedettariat pour un ultime ouvrage.

Dès son premier film parlant, elle s'impose en femme aigrie déversant sa bile sur son entourage, personnage dont elle déclinera de nombreuses variantes. Dans «Carnet de bal» (1937), épouse d'un médecin peu reluisant (Pierre BlancharPierre Blanchar), elle l'accable au cours d'une scène de ménage éprouvante qui la mène à sa fin tragique. Chez Duvivier encore, au milieu des comédiens retraités de «La fin du jour» (1939), elle joue “ce chameau de Tusini” aux répliques assassines. «Entrée des artistes» (1938) et «Le père Goriot» (1944) nous la montrent en délatrice zélée. Quelques femmes du monde sans cœur ne déparent pas cette galerie, comme la bourgeoise du «Voyageur sans bagage» (1943) ou l'aristocrate de «Pour une nuit d'amour» (1946) prête à sacrifier le bonheur de sa fille pour un mariage arrangé.

N'oublions pas les servantes amères de «Pattes blanches» (1948) ou «Dieu a besoin des hommes» (1950), ni les mères trop possessives de Fernandel («Le fruit défendu», 1952) ou Bourvil («Le miroir à deux faces», 1958).

Mais ce n'est là qu'une facette de la carrière cinématographique de Sylvie. Dès «Romance de Paris» (1941), elle nous présente une image plus positive. Pour la première fois, on la voit rire à l'écran : il est vrai qu'elle a pour fils le "fou chantant"Charles Trénet et pour futur gendre Jean TissierJean Tissier qui chante aussi, mais faux ! L'année suivante, dans «Marie-Martine», la voilà mère aveugle, défendant à coups de canne le bonheur de son fils. Mère éplorée d'un cancéreux acculé au suicide par «Le corbeau» (1943), elle se transforme sous ses voiles de veuve en déesse de la vengeance. Au chapitre des figures émouvantes, n'oublions pas la vieille femme solitaire de «Sous le ciel de Paris» (1950), la mère de «Michel Strogoff» (1956), ou la tendre grand-mère de «Journal intime» (1962) visitée à l'hospice par ses petits-fils.

Incarnation de l'autorité, Sylvie s'impose en prieure du couvent dans le très beau premier film de Robert Bresson, «Les anges du péché» (1943). De façon plus légère, Madame Cristina, l'institutrice retraitée du «Petit monde de Don Camillo» (1951) n'hésite pas à houspiller comme s'ils avaient dix ans ces deux garnements que sont Peppone et Don Camillo !

Gardons pour la fin ses deux prestations les plus mémorables. Marcel Carné la choisit en 1953 pour sa transposition moderne de «Thérèse Raquin». Mère trop aimante, elle ne se remet pas de la disparition de son fils et assiste, paralysée, aux manœuvres des meurtriers (Simone SignoretSimone Signoret et Raf ValloneRaf Vallone). Par la force seule de son regard, Sylvie poursuit les amants de sa haine et de sa malédiction muette : que de talent exprimé dans cette interprétation !

René Allio batailla un an durant pour imposer Sylvie à ses producteurs qui réclamaient une vedette pour le rôle principal de «La vieille dame indigne» (1965). Malicieuse et entêtée, Madame Bertini découvre le monde à la mort de son mari, s'achète une 2CV et refuse les conventions dictées par ses enfants, pressés de toucher leur héritage. Le film reste à l'affiche toute une année. A 80 ans, Sylvie connaît la consécration internationale en recevant le prix d'interprétation décerné par la critique américaine. Après plus de soixante de carrière, elle quitte la scène sur un triomphe populaire.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11935CRIME ET CHÂTIMENT
21937UN CARNET DE BAL
31938ENTREE DES ARTISTES
41940LA COMEDIE DU BONHEUR
51941ROMANCE DE PARIS
61941MONTMARTRE-SUR-SEINE
71942MARIE-MARTINE
81942L'HOMME SANS NOM
91943LE VOYAGEUR SANS BAGAGE
101943LE CORBEAU
111943LES ANGES DU PECHE
121943L'ÎLE D'AMOUR
131944LE PERE GORIOT
141945LE PAYS SANS ETOILES
151948TOUS LES DEUX
161948PATTES BLANCHES
171948DEUX AMOURS
181950DIEU A BESOIN DES HOMMES
191951LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO
201951NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS
211952LE FRUIT DEFENDU
221953THERESE RAQUIN
231954ULISSE (Ulysse)
241956LES TRUANDS
251958LE MIROIR A DEUX FACES
261960CRESUS
271962CRONACA FAMILIARE (Journal intime)
281964LA VIEILLE DAME INDIGNE
L'Encinémathèque
Ed.7.2.2 : 23-5-2016