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Francis FORD (1882 / 1953)

Francis Ford

Acteur et réalisateur américain, né Frank Thomas Feeney, le 15 août 1882 à Portland (Maine, U.S.A.). Décédé le 5 septembre 1953 à Los Angeles (Californie, U.S.A.).

Grâce aux trente films tournés sous la direction de son cadet de douze ans, la sihouette comique, et souvent avinée, de Francis Ford perdure dans nos mémoires mais lorsque le futur John Ford débarqua à Hollywood en 1914, la star était bien son frère, comédien, scénariste et cinéaste débordant d'activité, dont la filmographie pléthorique, en grande partie perdue, a sombré dans l'oubli.

À seize ans, Frank Feeney fuit les études, ses parents irlandais et sa ville natale pour s'engager dans l'armée et participer à la guerre contre l'Espagne : il échoue dans l'entreprise mais décide de gagner New York et de devenir comédien. Sa famille n'entendra plus parler de lui pendant une douzaine d'années et c'est par hasard que sa mère le reconnaît sur un écran de cinéma sous le pseudonyme de Francis Ford, donnant l'idée au benjamin de la famille de le rejoindre à Hollywood. Après dix ans de théâtre sur la côte Est, Francis a suivi en Californie le frère de Georges Méliès, Gaston, et débuté au cinéma sous sa direction en 1909. Le pionnier Thomas H. Ince le dirige dans plusieurs films et co-produit ses premières réalisations dès 1911 : à trente ans, il est l'un des plus jeunes réalisateurs en activité. «Custer's Last Fight» (1912) où il campe le général Custer est un grand succès. Sa belle stature  lui vaut les premiers rôles : noble soldat dans «The Pride of the South» (1913), il protège sa partenaire préférée, Grace Cunard, qu'il terrifie l'année suivante en violoniste inquiétant dans «The Phantom Violin» (1914). Les serials «Lucille Love» (1914), «The Broken Coin» (1915) et «Lady Raffle Returns» (1916) sont un triomphe pour le tandem Ford-Cunard. Valeureux pionnier de la conquête de l'Ouest ou soldat confédéré, il incarne à six reprises Abraham Lincoln, son rôle fétiche, entre autres dans «The Great Sacrifice» (1913) ou «When Lincoln Paid» (1913). Signe des temps, lorsque Griffith tourne «Abraham Lincoln» en 1930, il n'y jouera plus qu'un rôle secondaire à l'ombre de Walter Huston

Un autre rôle marquant, celui du détective Phil Kelly qu'il tient une douzaine de fois – de «The Mysterious Leopard Lady» (1914) au «Mystère des 13» (1919) – le conduit naturellement au personnage de Sherlock Holmes dans «A Study in Scarlet» (1914) où le docteur Watson est joué par son frère “Jack”, devenu son indispensable assistant avant de passer lui-même à la réalisation. Malgré son titre prometteur, «The Great Reward» (1921) marque la fin d'une époque : le film est un échec, Francis Ford a perdu ses galons de vedette à succès. Symboliquement, son frère le dirige pour la première fois dans «Action» (1921) où il joue le rôle de… Soda Water Manning, un comble pour un homme dont le penchant pour la boisson était bien connu. S'il continue à paraître à l'écran –  il joue le fou du village dans «The Fighting Heart» (1925) signé John Ford  – Francis Ford privilégie la réalisation jusqu'en 1928, sans signer malheureusement l'œuvre marquante qui aurait relancé sa carrière. Au final, il aura mis en scène près de 180 films dont les trois quarts sont des courts métrages aujourd'hui disparus. Les problèmes financiers compliquant la donne, il se contentera, la cinquantaine venue, d'une carrière conséquente d'acteur de complément, inaugurée par de brèves apparitions dans «Frankenstein» (1931) – un villageois attaqué par la créature – ou «Scarface» (1932) – un gardien de prison dans une fin alternative peu diffusée. Présage d'une donnée essentielle de sa carrière au parlant, il campe un ivrogne dans «Fascination» (1931) et «Âmes libres» (1931) ; dans «Une étoile est née» (1937), il est condamné pour ivresse sur la voie publique…

 Au générique, on lui rappelle volontiers que son âge d'or est passé : il joue un vétéran dans «Une aventure de Buffalo Bill» (1936) et «La charge fantastique» (1941), un vieux cow boy dans «San Antonio» (1945), un vieil antiquaire à barbe blanche assassiné par Laird Cregar dans la première séquence de «Hangover Square» (1945)… Sur la centaine de films parlants auxquels il participera, on se doit de privilégier ses apparitions sous la direction de son frère : certes, on l'aperçoit à peine en guerrier arabe dans «La patrouille perdue» (1934), en migrant dans «Les raisins de la colère» (1940) ou en vagabond dans «La route au tabac» (1941) et s'il affiche la mine sinistre et la longue barbe noire du juge Flynn dans «Le mouchard» (1935), son rôle est muet. Toutefois les occasions de briller ne manquent pas et sa composition de “mécano” alcoolique dans «Steamboat' Round the Bend» (1935) est réjouissante : il faut le voir, totalement ivre, repeindre le bateau de Will Rogers dans une séquence digne de Laurel et Hardy dont il sera d'ailleurs l'éphémère comparse dans «Les rois de la blague» (1943) et «La grand boum» (1944).

Si le gardien du bagne de «Je n'ai pas tué Lincoln» (1936) paraît plus sobre, on retrouve Francis, toujours entre deux vins, qu'il lutte contre les indiens dans «Sur la piste des Mohawks» (1939) ou en vieil ivrogne accoudé au comptoir à la fin de «Le fils du désert» (1948). Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, c'est lui qui tient le bar de la garnison dans «La charge héroïque» (1949). Pour Henry Fonda, dans «Vers sa destinée» (1939), c'est justement parce qu'il reconnaît être menteur, blasphémateur et alcoolique qu'il fera un excellent juré ! Les rôles de vieux soldat ne manquent pas comme le sergent Billy Pickett, tout heureux de trouver en Thomas Mitchell un compagnon de beuverie au début de «La chevauchée fantastique» (1939), ou Dad, malmené par les Clanton dans «La poursuite infernale» (1946). Il paraît en postillon de diligence dans la première scène de «Fort Apache» (1948) et joue du tambourin pour scander la marche du «Convoi des braves» (1950). Ancêtre du village présumé moribond, il obtient un délai de la camarde afin d'assister à la baston homérique de «L'homme tranquille» (1952) ; l'année de sa disparition, il campe encore un vieux trappeur sudiste dans «Le soleil brille pour tout le monde» (1953), remake du «Juge Priest» (1934) où déjà il ne se séparait guère de son cruchon de vin.

Frank Borzage, Raoul Walsh ou Henry Hathaway l'emploient occasionnellement mais il devra ses rôles les plus conséquents à la série “B” comme lorsqu'il retrouve Warner Oland pour quatre aventures de Charlie Chan ou lorsque son fils, Philip, devenu réalisateur, le distribue dans «Bandits of Dark Canyon» (1947), «The Timber Trail» (1948) et «San Antone Ambush» (1949). William A. Wellman fait exception avec son courageux western, «L'étrange incident» (1943) : en vieux cow-boy hébété, promis au lynchage comme ses deux compagnons, Dana Andrews et Anthony Quinn, Francis Ford fait une composition remarquable.

De mauvaises langues prétendent que John Ford aimait diriger son frère pour le plaisir de le houspiller publiquement à tout propos ; fions-nous plutôt au bel hommage qu'il lui rendit : "C'était un grand artiste, un merveilleux musicien, un acteur sacrément doué, un bon metteur en scène… le seul à m'avoir influencé dans toute ma carrière".

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1911
THE BETTER MAN, de Gaston MÉLIÈS (Court métrage)
 
2
1911
RIGHT OR WRONG, de Gaston MÉLIÈS (Court métrage)
 
3
1912
SMILING BOB, de Gaston MÉLIÈS (Court métrage)
 
4
1912
THE POST TELEGRAPHER, de Francis FORD, Thomas Harper INCE (Court métrage)
 
5
1912
SUNDERED TIES, de Francis FORD (Court métrage)
 
6
1913
WHEN LINCOLN PAID, de Francis FORD (Court métrage)
 
7
1912
CUSTER's LAST FIGHT, Court métrage
8
1914
THE RETURN OF THE TWIN's DOUBLE, de Francis FORD (Court métrage)
 
9
1914
THE PHANTOM VIOLIN, de Francis FORD (Court métrage)
 
10
1915
THE BROKEN COIN, Sérial 22 épisodes
11
1919
THE MYSTERY OF 13 (Le mystère des 13), de Francis FORD (Serial 15 épisodes)
 
12
1921
THE GREAT REWARD, de Francis FORD (Serial 15 épisodes)
 
13
1929
THE BLACK WATCH
14
1930
ABRAHAM LINCOLN, de David Wark GRIFFITH
 
15
1931
SEAS BENEATH (Le corsaire de l'Atlantique)
16
1931
THE FRONT PAGE (Spéciale première)
17
1931
FRANKENSTEIN [Non crédité]
18
1932
SCARFACE, SHAME OF A NATION (Scarface)
19
1935
THE INFORMER (Le mouchard)
20
1935
STEAMBOAT ROUND THE BEND
21
1935
THE ARIZONIAN
22
1936
CHARLIE CHAN's SECRET, de Gordon WILES [Non crédité]
 
23
1936
THE PRISONER OF SHARK ISLAND (Je n'ai pas tué Lincoln)
24
1937
MANNEQUIN
25
1937
SLAVE SHIP (Le dernier négrier)
26
1937
A STAR IS BORN (Une étoile est née)
27
1939
STAGECOACH (La chevauchée fantastique)
28
1939
DRUMS ALONG THE MOHAWK (Sur la piste des Mohawks)
29
1939
YOUNG Mr.LINCOLN (Vers sa destinée)
30
1940
THREE FACES WEST / THE REFUGE (Les déracinés)
31
1941
THE VANISHING VIRGINIAN
32
1943
THE OX-BOW INCIDENT (L'étrange incident)
33
1944
THE BIG NOISE (Le grand boum)
34
1945
HANGOVER SQUARE
35
1945
THE WHITE GORILLA, de Harry L.FRASER
 
36
1946
MY DARLING CLEMENTINE (La poursuite infernale)
37
1947
DRIFTWOOD (Jenny et son chien)
38
1947
GUNFIGHTERS (La vallée maudite)
39
1948
FORT APACHE (Le massacre de Fort Apache)
40
1948
3 GODFATHERS (Le fils du désert)
41
1948
THE FAR FRONTIER
42
1948
EYES OF TEXAS
43
1949
SHE WORE A YELLOW RIBBON (La charge héroïque)
44
1950
WAGON MASTER (Le convoi des braves)
45
1952
THE QUIET MAN (L'homme tranquille)
46
1953
THE SUN SHINES BRIGHT (Le soleil brille pour tout le monde)
Éd. 9.1.4 : 30-4-2019