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Jean-François STÉVENIN (1944)

Jean-François Stévenin

Acteur français, né le 23 avril 1944, à Lons-le-Saunier (Jura, France).

Fils d'un installateur de remontées mécaniques et d'une institurice, Jean-François Stévenin passe une enfance studieuse et austère dans la commune jurassienne de Perrigny. Bon élève, il reçoit régulièrement de sa grand-mère, dévoreuse de westerns, la récompense méritée d'une visite dominicale dans un cinéma du quartier. Étudiant, s'il échoue dans sa tentative d'intégrer “Maths Sup", il prépare à Lyon – "la ville du cinéma" selon ses dires – l'entrée à H.E.C. où il est bientôt admis, devenant parisien par la force des choses…

En 1966, il part à Cuba pour effectuer, dans le cadre de sa formation, un stage sur la production laitière. Sur place, il participe fortuitement au tournage du film «Las aventuras de Juan Quin Quin», une comédie picaresque de Julio Garcia Espinosa. Homme à tout faire, il découvre avec intérêt les différents corps de métiers du septième art, expérience qui décidera de son avenir.

En 1968, entraîné par un ami dans la longue file d'attente qui patiente devant L'Olympia pour découvrir Jimmy Hendrix, il fait la connaissance d'une jeune femme, Élizabeth Rappeneau, soeur du réalisateur éponyme et scripte à quelques occasions, à qui il confie ses ambitions artistiques. Peu après, impliquée dans la préparation de l'adaptation à l'écran de «La chamade» (1968, d'après le roman de Françoise Sagan), celle-ci se souviendra de ce jeune homme décidé dont elle soufflera le nom au metteur en scène. À la tête d'un budget réduit, Alain Cavalier recrute celui-ci comme stagiaire assistant, nonobstant son inexpérience en la matière. Ayant à coeur de répondre à la confiance qu'on lui accorde, le jeune Stévenin s'implique totalement dans ses nouvelles fonctions, profitant de l'expérience de sa collègue Florence Malraux, fille de l'écrivain André Malraux et assistante régulière d'Alain Resnais qu'elle finira par épouser.

L'implication du jeune homme lui vaut rapidement de nouveaux engagements qui l'amènent tour à tour à collaborer avec quelques noms appelés à devenir grands du nouveau cinéma : Jacques Rivette («Out One», 1971), Jacques Rozier («Du côté d'Orouët», 1971), Peter Fleischmann («Das Unheil», 1972, pour une aventure allemande au cours de laquelle il découvrira l'oeuvre de Céline en langue teutonne), etc. Mais c'est surtout sa collaboration avec François Truffaut, entamée dès «L'enfant Sauvage» (1969, dans lequel il figure une silhouette paysanne que nous n'avons pu repérer avec certitude) qui assoiera son expérience d'assistant, au point qu'il refusera, dans les mois et années suivantes, une bonne vingtaine de propositions du même ordre.

Truffaut a pour habitude de compléter ses castings avec les têtes pittoresques qui tournent autour de lui. Ainsi Stévenin fait-il une apparition en vendeur de journaux dans «Une belle fille comme-moi» (1972, sur lequel il est assistant-décorateur) avant de tenir son propre rôle d'assistant-réalisateur dans «Une nuit américaine« (1973). Mais c'est son personnage d'instituteur dans «L'argent de poche» (1975) qui lance véritablement la carrière d'acteur de Jean-François. S'il sait tout ce qu'il doit à Truffaut auprès de qui il aura aimé travailler, il se sent pourtant éloigné de son univers petit-bourgeois auquel il préfère déjà ceux de Jacques Rozier en France et de John Cassavetes aux États-Unis.

Marié à la psychanaliste Jacqueline Monnier, dite "Florence Stévenin", il devient à cette époque papa pour la première fois, en l'occurrence de Sagamore Stévenin (1974), qui deviendra le futur acteur que l'on connait. Mais il est déjà tombé sous le charme de Claire Snake lorsqu'il travaille sur un projet hasardeux (1975-1978) pour un professionnel au nom encore petit, la réalisation d'un premier film. «Passe-montagne» (1978) n'est autre qu'un “path-movie” français dans lequel deux olibrius arpentent la montagne jurassienne en quête de la "courbe magique". Coup d'essai, coup de maître, grâce notamment à l'aide de Margaret Ménégoz et ses Films du Losange, chers à Truffaut, et à la complicité d'Élizabeth Rappeneau, co-scénariste, et de Yann Dedet, monteur et ami pour la vie.

Néanmoins essentiellement acteur, Jean-François Stévenin alterne ses apparition entre cinéma populaire et travail d'auteur. Dans la première catégorie, on peut citer «Barocco» d'André Téchine (1976), «La guerre des police» de Robin Davis (1979), «Allons z'enfants» d'Yves Boisset (1980) ou encore «Tenue de soirée» de Bertrand Blier : pas à en rougir ! Dans la seconde «La tortue sur le dos» de Luc Béraud (1978) dont il est la vedette, «Mais ou et donc ornicar» de Bertrand Van Effenterre (1978) en époux d'une charmante garagiste, «Deux lions au soleil» de Claude Faraldo (1980) qu'il cite comme celui de la révélation du métier d'acteur, «Le pont du Nord» de Jacques Rivette (1981), «Neige» de Juliet Berto (1981), «Lune froide» de Parick Bouchitey (1991),… de quoi se faire un nom dans les salles du Quartier Latin. Il se permet également deux compositions dynamiques dans le cinéma américain avec «Les chiens de guerre» de John Irvin (1980) et «À nous la victoire» de John Huston (1981) qui lui donnent une dimension internationale. Au rayon des curiosités de l'époque, mentionnons cette rencontre improbable avec la chanteuse Sheila sous l'objectif amusé de Raul Ruiz(«L'île au trésor», 1985).

Pour autant, lorsqu'on lui demande ce qu'il souhaiterait voir disparaître des écrans, il répond sans hésitation : "les effets spéciaux". Le cinéma qui le fait vibrer est plus personnel, davantage “fouilleur d'âmes", définitivement “bohémien" comme l'écrira le critique René Marx. C'est dans cet esprit qu'il écrit et filme son deuxième scénario, «Double messieurs» (1985), une histoire d'amitié chargée de ces souvenirs qu'on veut faire resurgir et dont on s'aperçoit trop tard qu'ils appartiennent définitivement au passé. En face de deux gamins qui refusent de grandir – Stévenin et Yves Afonso – se dresse une vraie femme, belle, mûre, distante, solide muraille entre eux et son époux, l'ami recherché…

Dans les années 80, lorsqu'on flirte avec la marginalité sans avoir Belmondo au générique, monter un projet est un véritable parcours du combattant que l'on ne s'offre pas tous les jours ! Reprenant son bâton de comédien au rythme de 4 à 5 apparitions annuelles, Stévenin n'est pas au chômage : «Le grand pardon 2» d'Alexandre Arcady (1992), «Les Bidochons» de Serge Korber (1996), «Le pacte des loups» de Christophe Gans (2000),… viennent interférer avec les “convocations” régulières d'un René Feret convaincu : «Les frères Gravet» en 1995, «Il a suffi que maman s'en aille…» (2006), «Comme une étoile dans la nuit» (2008).

Troisième “ballad-movie” du metteur-en-scène, «Mischka» (2001) est aussi une affaire de famille que partage celle qui est devenue son épouse, Claire désormais Stévenin, mais aussi leurs trois enfants : Robinson (1981), Salomé (1985) et le petit Pierre (1995). Aux côtés de l'immense Jean-Paul Roussillon, héros du titre, Johnny Hallyday accepte de jouer son propre personnage, participation gracieuse qui apportera son lot de spectateurs. Dans la foulée, l'homme-qui-sait-tout-faire du cinéma français s'attaque à l'écriture d'un texte ambitieux en “réécrivant” les souvenirs de Louis-Ferdinand Céline et de son épouse Lucette Almansor à partir de la “trilogie allemande” de l'auteur. Hélas «Une fée dans le rétro» (2015) restera projet avorté, échec que Stévenin attribue à deux bonnes raisons : une grosse fatigue et le renoncement tardif de son fils Robinson pressenti pour un rôle clef. Ainsi se termine la carrière de réalisateur de notre homme qui se déclare aujourd'hui trop âgé pour avoir la force de remettre la main à la manivelle.

Pour les nostalgiques, ce citoyen d''honneur de la ville de Lons-le-Saunier depuis 2018 aura tout de même supervisé, la même année, la numérisation 4K de ses trois “bébés”. S'il est désormais septuagénaire, il se porte encore suffisamment bien pour avoir été étonné d'apprendre la nouvelle de sa mort abusivement répandue sur les réseaux sociaux en ce mois de novembre 2019.

Christian Grenier
Genèse de «Passe-montagne»

"À force de travailler comme assistant avec Rozier puis avec Fleischmann, j'en ai pris de la graine.

Avec Rozier, j'ai pigé qu'on pouvait n'être que 8 ou 9 pour faire un film.

Je me souviens que pendant les six mois de tournage du film de Flesichmann, à la recherche de buses à lait, de “weisse kakadu” (l'oiseau blanc du film"), de revolvers et d'autres “nazeries", j'étais vraiment à bout, j'était tout seul, vraiment seul.

Et un jour d'épuisement je me suis dit 'Si tout ce que je donne pour ce gros con, je le faisais tranquillement pour moi ?'.

D'un seul coup, le graines ont germé. Passer par la case court-métrage ? Non… si je me mets sur une histoire, autant faire long tout de suite !"

Yan Dedet, «Le point de vue du lapin»

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1972
UNE BELLE FILLE COMME MOI [+ Assistant réalisateur]
2
1973
LA NUIT AMÉRICAINE [+ Assistant réalisateur]
3
1974
SI J'TE CHERCHE… J'ME TROUVE
4
1975
L'ARGENT DE POCHE
5
1978
LA TORTUE SUR LE DOS
6
1978
PASSE-MONTAGNE [+ Réalisateur]
7
1978
MAIS OU ET DONC ORNICAR
8
1979
LA GUERRE DES POLICES
9
1980
THE DOGS OF WAR (Les chiens de guerre)
10
1980
ALLONS Z'ENFANTS
11
1981
NEIGE
12
1981
PASSION
13
1982
Y-A-T'IL UN FRANÇAIS DANS LA SALLE?
14
1982
UNE CHAMBRE EN VILLE
15
1983
POUSSIÈRE D'EMPIRE
16
1985
TREASURE ISLAND (L'île au trésor)
17
1986
TENUE DE SOIRÉE
18
1985
DOUBLE MESSIEURS
19
1988
LES MARIS, LES FEMMES, LES AMANTS
20
1991
LUNE FROIDE
21
1992
LE GRAND PARDON 2
22
1995
LES FRÈRES GRAVET
23
1996
LES BIDOCHON
24
1997
… COMME ELLE RESPIRE
25
2000
LE PACTE DES LOUPS
26
2001
MISCHKA [+ Réalisateur]
27
2006
IL A SUFFI QUE MAMAN S'EN AILLE…, de René FÉRET
 
28
2006
CHUTE LIBRE, d'Olivier DORIGAN (Court métrage)
 
29
2007
LE DEAL, de Jean-Pierre MOCKY
 
30
2007
LES YEUX BANDÉS, de Thomas LITTI
 
31
2007
EL CAMINO, d'Ishtar Yasin GUTIERREZ
 
32
2011
UNE FOLLE ENVIE, de Bernard JEANJEAN
 
33
2011
LET MY PEOPLE GO!
34
2012
DESPRE OAMENI SI MELCI (Des escargots et des hommes), de Tudor GIURGIU
 
35
2012
AMITIES SINCERES, de Stéphan ARCHINARD, Françoise PREVÔT-LEYGONIE
 
36
2016
MIRAGE D'AMOUR AVEC FANFARE, de Hubert TOINT
 
37
2016
JEUNESSE, de Julien SAMANI
 
Éd. 9.1.4 : 11-11-2019