La bibliothèque de L'Encinématheque

Ted de CORSIA (1905 / 1973)

Ted de Corsia

Acteur américain, né Edward Gildea De Corsia, le 29 septembre 1903, à New York City (New York, U.S.A.). Décédé le 11 avril 1973, à Encino (Californie, U.S.A.).

Natif de Brooklyn, Edward Gildea fait à six ans de précoces débuts sur scène dans la troupe de son père,"Edward De Corsia and Company". Jeune homme, il devient représentant de commerce puis cuisinier avant d'ouvrir un restaurant à New York. Le succès n'est pas au rendez-vous mais la fibre parentale se réveille et notre homme rencontre une belle popularité sur les ondes en imitant des personnalités aussi diverses que le Président Hoover ou le dictateur Mussolini dans un programme célèbre, «The March of Time», où il rencontre Orson Welles. Sa carrière radiophonique sera conséquente et comprendra des adaptations de succès de l'écran comme «Maisie», «Docteur Kildare», «Adventures of Ellery Queen»… avec en clé de voûte le rôle récurrent, à la fin des années 40, d'un inspecteur de Scotland Yard dans le feuilleton «Pursuit». En 1951, il reprend sur les ondes le personnage de Harry Lime, créé par Welles, dans une adaptation du «Troisième homme».

Il fréquente Broadway dès 1929 : il y croise Ethel Barrymore – "la plus grande actrice américaine" selon lui – et intègre le Mercury Theater de l'ami Orson Welles qui sera le premier réalisateur à faire appel à lui pour «La dame de Shanghai» (1947) où il joue un détective privé. La quarantaine bien tassée, la voix grave et la stature massive, il est bien paré pour enchaîner les performances dans quelques beaux classiques du film noir, à commencer par «La cité sans voiles» (1948) : il impressionne dans le rôle du tueur Willie Garzah, un ancien lutteur repéré grâce à sa passion pour l'harmonica ; la poursuite finale, filmée avec brio par Jules Dassin, le voit se jeter dans le vide du haut du pont de Brooklyn. Coffré par Bogart dans «The Enforcer/La femme à abattre» (1951), il se tue en tentant de s'évader. «Chasse au gang» (1953), excellent “polar” d'André de Toth, nous le montre en truand évadé de prison, flanqué d'un acolyte inquiétant campé par Charles Buchinsky pas encore Bronson. On le revoit, toujours du mauvais côté de la loi, dans «Vice Squad/Association criminelle» (1954) de Joseph Lewis et «L'ennemi public» (1957) de Don Siegel, un film où il se fait descendre par Baby Face Nelson (Mickey Rooney). L'un de ses meilleurs rôles est sans doute celui de Sol Caspar, le mafieux corrupteur qui règne sur la ville dans «Deux rouquines dans la bagarre» (1956) d'Allan Dwan, où Arlene Dahl, kleptomane alcoolique, lui fait du gringue dans une scène d'anthologie. Le chef d'œuvre du genre demeure «L'ultime razzia» (1956) de Stanley Kubrick où il interprète Randy Kennan, policier corrompu et malchanceux impliqué dans le casse. Rien d'étonnant à ce qu'il joue le truand déterminé à ruiner la carrière du chanteur Joe E. Lewis dans «Le pantin brisé». (1957). Comme il a longtemps baroudé «Inside the Mafia» (1959), on le retrouve sur le petit écran aux côtés de John Cassavetes dans «Johnny Staccato» (1960) ou de Robert Stack dans «Les incorruptibles» (1962).

Son palmarès au rayon des westerns ne manque pas non plus de relief : il joue un voleur de bétail dans «La vallée de la vengeance» (1950), un shérif dans «Vaquero» (1952), un éleveur dans «Règlement de comptes à OK. Corral» (1957) ou un tenancier de bar dans «Nevada Smith» (1966). Patron de saloon affublé du patronyme de Frenchy Lescaux, il semble prompt à la traîtrise et meurt en voulant tuer Robert Mitchum, alias «L'homme au fusil» (1955), d'un coup de couteau dans le dos. Sterling Hayden a toutes les raisons de se méfier de ce partenaire qui le laisse pour mort en emportant le butin après l'attaque d'un train dans «Gun Battle at Monterey» (1957). Interprète d'Acoma, le chef indien rebelle de «New Mexico» (1951), il récidive en Iron Breast dans «Le fils de Geronimo» (1952) et en chef iroquois dans «Mohawk» (1956). La télévision l'inclut volontiers dans le même univers grâce aux séries «La flèche brisée» (1956), «Au nom de la loi» (1959), «Laramie» (1961) ou «Rawhide» (1962). En 1968, il retrouve Henry Hathaway et le western sur grand écran pour «Cinq cartes à abattre» (1968) avec Dean Martin et un Robert Mitchum ressucité.

Indépendamment de ses deux genres de prédilection, il participe à quelques productions de prestige où son personnage se diversifie : massif et inquiétant, il s'oppose au bonheur de Ruth Roman dans «Secrets de femme» (1950) de Robert Wise ; il joue un juge dans «Une place au soleil» (1951), le capitaine Farragut de «Vingt-mille lieues sous les mers» (1954) ou un légionnaire dans «Spartacus» (1960). Plus étonnante est sa participation à deux comédies musicales, «La fille de Neptune» (1949) – où il campe un louche propriétaire de night club répondant au patronyme de Lukie Luzette – et «Kismet» (1956) de Vincente Minnelli où on le voit en policier exotique dans l'univers des mille et une nuits. Dans «Le conquérant» (1956), il campe le chef des Tartares ennemi de Gengis Khan. Aimable pour une fois, il prendrait volontiers Paul Newman pour gendre dans «Du haut de la terrasse» (1960) et lorgne vers la parodie en fréquentant Abbott et Costello, «Deux nigauds dans le pétrin» (1956) ou Jerry Lewis, «L'increvable Jerry» (1962).

Curieusement, c'est Jacques Deray qui lui donne son dernier rôle dans «Un homme est mort» (1972), sorti un an avant sa disparition : il y joue Victor Kovacs, un milliardaire corrompu qui se fait descendre dès les premières séquences par… Jean-Louis Trintignant ! La dernière image de Ted de Corsia à l'écran sera celle, insolite, de son cadavre momifié et néanmoins fumeur de cigare.

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1947
THE LADY FROM SHANGHAI (La dame de Shanghaï)
2
1948
THE NAKED CITY (La cité sans voiles)
3
1949
IT HAPPENS EVERY SPRING
4
1950
CARGO TO CAPETOWN (S.O.S., Cargo en flammes), d'Earl McEVOY
 
5
1950
THREE SECRETS (Secrets de femmes)
6
1951
THE ENFORCER (La femme à abattre)
7
1950
VENGEANCE VALLEY (La vallée de la vengeance)
8
1951
NEW MEXICO, d'Irving REIS
 
9
1951
A PLACE IN THE SUN (Une place au soleil)
10
1952
CAPTAIN PIRATE (Les évasions du capitaine blood)
11
1953
MAN IN THE DARK (J'ai vécu deux fois), de Lew LANDERS
 
12
1953
HOT NEWS, d'Edward BERNDS
 
13
1953
CRIME WAVE / CITY IS DARK (Chasse au gang)
14
1954
THE BIG COMBO (Association criminelle)
15
1955
MAN WITH THE GUN (L'homme au fusil)
16
1956
THE CONQUEROR (Le conquérant)
17
1956
SLIGHTLY SCARLET (Deux rouquines dans la bagarre)
18
1956
THE STEEL JUNGLE (La loi des gangs), de Walter DONIGER
 
19
1956
THE KETTLES IN THE OZARKS
20
1956
MOHAWK (L'attaque du Fort Douglas), de Kurt NEUMANN
 
21
1956
THE KILLING (L'ultime razzia)
22
1956
SHOWDOWN AT ABILENE (Les dernières heures d'un bandit), de Charles F.HAAS
 
23
1957
GUNFIGHT AT THE O.K. CORRAL (Règlements de comptes à O.K. Corral)
24
1957
THE MIDNIGHT STORY (Rendez-vous avec une ombre)
25
1957
THE JOKER IS WILD (Le pantin brisé)
26
1957
GUN BATTLE AT MONTEREY, de Sidney FRANKLIN Jr
 
27
1957
MAN ON THE PROWL, d'Art NAPOLEON
 
28
1958
HANDLE WITH CARE (Une ville passe en jugement)
29
1958
ENCHANTED ISLAND (L'île enchantée)
30
1959
INSIDE THE MAFIA, d'Edward L.CHAN
 
31
1960
OKLAHOMA TERRITORY, d'Edward L.CHAN
 
32
1960
FROM THE TERRACE (Du haut de la terrasse)
33
1965
THE MONEY TRAP (Piège au grisbi)
34
1966
NEVADA SMITH
35
1967
THE KING's PIRATE, de Don WEIS
 
36
1970
THE DELTA FACTOR (Opération Traquenard)
37
1972
UN HOMME EST MORT
Éd. 9.1.4 : 21-2-2019